‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 9 sur 55 · H E B C U L E ET T É L È P H E · texte numérisé non relu

H E B C U L E ET T É L È P H E

Il y a déjà plusieurs siècles que cette belle et remarquable statue d'Hercule sert d'orne-*' ment au Vatican. On trouve autant de différence dans l'opinion des érudits sur sa signification , qu'il en existe dans le jugement des connaisseurs sur le mérite de son travail. Peutêtre qu'un sentiment impartial , éloigné de l'esprit de système , mettra le lecteur en état de porter seul , sur ces deux objets, un jugement plus certain.

Winckelmann , ce grand philologue , qui a éclairé par son génie tous les objets figurés de l'antiquité, qui a excité les antiquaires à recourir à ces sources intarissables de toutes les connaissances qu'elles alimentent, et qui sont cependant négligées par une grande partie de nos nouveaux savans , Winckelmann qui tant de fois fit briller le flambeau de l'évidence , où l'on s'attendait à peine à trouver une lumière incertaine produite par les conjectures, a décidé, d'une façon incontestable, que cette figure représentait Alcide, et non point , comme on. le croyait , un Commode , ou tout autre empereur, sous la forme d'Alcide. Qui, si ce

* Haut, neuf palmes ; avec la plinthe neuf palmes et demie.

n'est quelqu'un préoccupé de la manie si générale dans le siècle passé de rapporter tout aux romains j qui, dis-je, ne voit pas dans ce visage une physionomie idéale ? La seule incertitude qui reste ne peut avoir rapport qu'à la détermination de l'enfant que ce dieu tient amoureusement de la main , placé sur la peau du lion de la forêt de Némée. Le célèbre antiquaire dont il vient d'être parlé , l'a cru un Ajax , et il a appuyé cette opinion d'une si profonde érudition , qu'il serait assez difficile d'adopter une opinion contraire. Il a pour lui les classiques, lesquels attestent non-seulement l'amour que ce héros portait au fils de Télamon et d'Hésione , mais qui disent aussi qu'Hercule le souleva sur ses bras, l'enveloppa dans la peau de lion qui le couvrait, oii, ajouterai-je, l'enfant acquit l'invulnérabilité , qualité propre à cette dépouille mémorable ([).

A côté d'une opinion si bien appuyée d'autorités , et qui de plus convient parfaitement à l'expression de la figure , rien de moins probable, que le sentiment de qui croit voir dans l'enfant de notre statue, Hylas , le bien aimé (2) d'Hercule; il en sera de même de l'opinion de ceux qui veulent que ce soit le petit Télèphe, autre fils de ce héros. Sans oser préférer aucune de

(1) Winckelmann ; Monum. ined > discours prélimîn^ p. LXXXVIIL

(2) Yaillant; ad mm* Âbh. de Caivps* Julia Pia . 11» 4*

ces opinions à celle de Winckelmann , je ferai seulement quelques réflexions qui ne sont pas étrangères à la question. D'abord, quand le savant antiquaire a voulu réfuter l'avis de ceux qui donnaient le nom d'Hylas à l'enfant , il est tombé dans une équivoque en le confondant avec Hyllos, fils d'Hercule (i). Une seconde réflexion , c'est que bien qu'il paraisse peu probable de voir Télèphe sur les bras d'Hercule, puisqu'il était né secrètement pendant son absence , qu'il avait été exposé , et qu'il fut nourri par une cerf, d'où il prit son nom , qu'il fut sauvé, et qu'il grandît loin de son père, on voit cependant dans la Tailla d'Est à Tivoli une statue d'Hercule semblable à la nôtre , qui a un cerf à ses pieds ; et dans une belle peinture d'Herculanum , on voit Télèphe allaité par le cerf en présence d'Hercule , son père (2). De plus , une médaille du Musée de Camps , frappée par les Midéens , qui habitaient les campagnes Teuthreniennes où régna Télèphe , nous offre le même groupe avec le cerf aux pieds du héros , et Vaillant Fa pris pour un chien. Sans doute , le premier qui inventa cette figure a eu le dessein d'en faire un Hercule avec Ajax. Et depuis, ceux qui avaient intérêt de rendre des honneurs à Télèphe, en ont totalement changé le sujet en y ajoutant un cerf dans les copies.

(1) "Winckelmann, 1. c.

(2) Pitture d'Ercolano, lom. ï; pl. 6.

Les opinions variées , sur le mérite du travail de ce groupe, peuvent aussi se convertir dans un jugement plus certain, si Ton veut observer que la tête du dieu est vraiment digne de tous les éloges que Winckelmann a accordé au talent du sculpteur , tandis qu'au contraire il y a une grande différence dans l'exécution de tout le corps, avec les beautés que Ton admire dans la tête j et qu'enfin le style misérable que l'on remarque dans l'enfant, servirait à justifier le peu de cas que quelque connaisseur a fait de cette figure. Winckelmann a été séduit par les beautés surprenantes de la tête : d'autant plus que l'antique conserve toujours une disposition si juste de parties , un mouvement si naturel , une dignité si agréable dans l'attitude , même dans les morceaux médiocres , que lorsqu'on ne les examine Ms avec trop de sévérité , on peut les confondre avec les meilleurs ouvrages. Quant à la pauvreté du style de l'enfant , nous ne pouvons pas eu tirer un motif qui puisse détruire le mérite qui existe dans le reste. On a tant de fois remarqué que les meilleures copies antiques, d'après d'excellens originaux , sont rarement exemptes d'une négligence particulière dans les accessoires. La couronne dont est ornée la tête de notre Hercule, est de celles que l'on voit moins ordinairement, et sur lesquelles on trouve moins de documens. Elle est formée par des rubans ou bandelettes tortillées , en

forme d'un cordon* On a cru qu'elle était du genre que Ton désignait comme couronnes roulées orepavoi &hm$oï (1). Il me semble que le nom qui leur convient le mieux , est celui de couronnes tortillées ozs(pavol xv/Lio-toï , ou êMcvÀMrroi (2); mot que Casaubon a mal~à-propos expliqué par le mot latin rotatiles. Un seul coup-d'œil sur notre marbre fera juger combien est convenable notre dénomination.

(1) C'est ainsi que désignent une couronne semblable les écrivains qui ont parlé des bronzes d'Herculanum , t. I, pl. 61 et 6f27 n. 4« Elle est la ornée aussi de fleurs ; ce qui convient aux couronnes tortillées, dans lesquelles, çomme l'observe Athénée , on employait des roses. Deipnosoph. , XV, 7.

(2) Casaubon, sur Athénée , XV , 7, et II, 10, a cru que de telles couronnes s'appellaient wv^LCTOÏ , parce qu'on pouvait les faire rouler sans qu'elles se défassent, mais on n'a jamais employé ces ornemens pour jouer à la roulette j je ne conçois pas comment on peut faire dériver ce nom d'une telle espèce de Couronne. Un passage d'Eubule cité par Athénée, où il est question d'un homme dont Je corps était reployé en forme de couronne VevXùarôç , a servi de fondement à cette interprétation de Casaubom Les grammairiens qui donnent à ces couronnes l'épi thè te de àdpoi > grosse y solide, ont semblé confirmer cette interprétation. Cette coriiparaison se rapporte, suivant mon avis, à cette action de rouler qu'il est nécessaire d'employer pour les tortiller ; travail qui leur donne assez de solidité pour qu'on puisse leur attribuer l'épithète aiïpot. Nous voyons en effet sur les monumens de pareilles couronnes plus grosses qu'à l'ordina're , comme celle de la belle statue d'Esculape qui est dans l'hémicycle de la villa Albani.

Addition de V auteur.

Winckelmann, dont nous avons rapporté Fo~ pinion à la page 67 , ne parle pas de l'invulnérabilité dont fut doué le petit Ajax , fils de Télamon pour avoir été enveloppé dans la peau du lion de Némée. Cette circonstance se trouve dans Suidas, v. ' kaCfiddaaTOç , dans le Scoliaste de Sophocle à l'Ajax , dans les scholies d'Homère , //. X , et enfin dans ceux de Tzelze sur Licopliron. Les membres de l'enfant devinrent invulnérables dans la partie qui avait été seulement enveloppée dans cette peau, sous le trou par lequel devait passer le baudrier du carquois. Ovide , Metamorph. XIII , V. 391 , veut que ce fût la poitrine.

La couronne d'Hercule dont il est parlé , page 69 , est entremêlée de fleurs , telles qu'étaient souvent, comme nous l'avons fait observer, les couronnes appelées kvÎagtqi. Voyez la note (1).

Nouvelles observations de V auteur , insérées dans le tome Vil de H édition de Rome.

Dans la note (2), pag. 70, j'ai dit que l'on voyait sur une belle statue d'Esculape , alors dans la mila Albani , une de ces couronnes tortiles. J'ai depuis examiné cette figure qui est dans le Musée de Paris , et je vois que cette espèce de turban , qui est roulé autour

de sa tête , ii'est pas une couronne , mais un palliolwn rica ou petit voile , ou theristrion , avec lequel les anciens avaient l'usage de se couvrir la tête , plus souvent que de leur bonnet, du pileitm. Les médecins avaient adopté cet usage plus que les autres : et il est assez curieux de connaître toutes les conjectures sur ce genre de coiffure , que Ton voit ordinairement aux bustes d'Hyppocrate , qui furent mises en avant par l'auteur grec anonyme de sa vie. Et par le même motif, je crois recon-* naître des portraits de médecins dans deux bustes qui ont cette espèce de turban roulé autour de la tête. L'un est de bronze, publié tome I des Bronzes d'Herculanum , pl. 29 et 3o -, et l'autre de marbre , rapporté parmi les têtes inconnues du Musée Capitolili , tome I , pi 88.

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