PLANCHE XVI
Prêtre Égyptien *.
Nous avons déjà examiné la théogonie grecque , et toutes les divinités dont elle peuplait les diverses parties de l'univers. Nous avons ajouté à ces dieux les images des héros qui eurent les honneurs de l'apothéose, comme Esculape et Hercule. Nous avons enfin fini par les divinités allégoriques et de fantaisie. Mais l'art des anciens nous a conservé encore des images qui appartiennent à d'autres cultes , et à d'autres divinités que les Romains appelèrent -peregrini, étrangères, et qu'en Grèce on appelait harbares. Les monumens de l'Egypte que nous allons observer à la suite , méritent la plus grande attention , ou à cause de leur abondance , ou de leur antiquité , ou par rapport à l'art, et par un je ne sais quoi de mystique
* Haut, quatre palmes, un tiers 5 sans la plinthe quatre palmes.
qu'elles ont. Parmi ces monumens , celui qui par sa belle conservation et par le genre du travail méritait d'être le premier dans ce recueil, est celui qu'offre cette gravure 5 il appartint jadis au Musée Magnini Rolandi, et se trouve très-vanté dans les écrits de M> de la Causse.
Je reconnais un prêtre égyptien avec les attributs du culte d'Horus dans cette très-rare statue qui conserve la plus ancienne et la plus remarquable manière de cette nation. Les écrivains qui traitent des antiquités égyptiennes , reconnaissent ordinairement l'attribut distinctif du dieu Horus dans ce petit bouquet de barbe , qu'il leur a plu d'appeler une feuille de persea , et que nous voyons pendre au menton de beaucoup d'idoles égyptiennes , de toutes grandeurs , et de toutes espèces de matière. Quoique je ne sois pas disposé à leur accorder que ces barbes postiches soient des filaments de la plante que nous venons de nommer , il ne me paraît pas douteux que cet ornement placé au menton est vraiment un symbole de l'Horus égyptien. Il est notoire que ces peuples adoraient dans cette divinité le Soleil, dans le temps de sa plus grande efficacité sur la terre ; comme dans Harpocrate le Soleil lui-même renouvelle (r) dans le sols*
(i) Voyez le Panthéon Egyptien de Jablonski, liv. H, ch. 4 et 6 , ouvrage savant et rempli d'ide'es ingénieusement établies. 1/ auteur possédant la langue Copte , a
tice d'hiver , et que par cette raison , comme l'a démontré Cuper (i), ces deux divinités étaient confondues ensemble. Aujourd'hui toute figure égyptienne qui a été découverte avec ce signe distinctif au menton , porte encore avec elle des attributs très-clairs qui la font reconnaître pour un Horus ou un Harpocrate (2). Il existe beaucoup de petites idoles égyptiennes avec la barbe, terminées en gaine, et qui semblent enveloppées dans des bandelettes; et ceci est aussi un autre caractère d'Harpocrate , par lequel on indiquait la marche lente du Soleil , qui a l'apparence d'être stationaire dans le signe du capricorne. On voit dans la Table Isiaque du Musée royal de Turin deux figures ainsi serrées dans des bandelettes , ayant ce filet de barbe , et qui ont été reconnues pour
ëtë a même d'éclaircir quelques traditions fort-obscures; il s'est un peu trop abandonne' seulement à son goût pour les étymologies.
(1) In Harpocrate.
(2) On la voit souvent aussi aux figures de Canope- Cependant cela n'a rien qui contredise mon opinion» Outre que Jablonski a prouvé que Canope n'était pas une divinité particulière, mais quelqu'autre dieu égyptien que Ton adorait a Canope , ii est certain que Ton voit sous la forme des Canopes d'autres divinités qui sont relatives à l'élément humide ou au Nil ; et même des animaux. A présent les Canopes à barbe ne sont plus que des images d'Horus, comme auteur de l'accrois- Sèment du Nil.
Horus 9 ou pour Harpocrate (i). Mais le monument le plus remarquable , qui prouve incontestablement que ces simulacres barbus appartiennent à Horus , c'est celui que le comte de Caylus a inséré dans le tome III de son recueil (2): il ne sait comment l'expliquer, mais Suidas l'explique , ou plutôt le décrit à sa place (5): TÒ âyaùpa rov lipiârtv tov Qpv 7tapy 7 Kvyv-TCTLoiç nmh^èim dtâpQTtoisiiïèç Troiovaw , ev rf? desici ax^Tcrpov xâie^ov . . . Iv <$k ri? svqvv^lq nparovv TÒ alBoïov âvrov evreta^évov , dión ta ne- Mpvfjbfjieva h tï? (TTCsp^iara (papspà naJ^iatYiav rà> iïè tfrepà tt?v Ta%ér$f€b ttfç XLVfiasoç ^Àoï , ravrop yàp ro rfkio doi.â^ww. Simulacrum Priapi , quem Horum Aegjptii vocant , humana forma fingunt , dextera sceptrum tenens . . . . laeva vero tenens veretrum suum intentimi , propterea quod semina quae in terra occultabantur educat in apertum , et manifesta reddat. Pinnae vero additae celeritatem motus indi-
ti) Pignor., Mensa Isiaca, fig. KK e TT de l'édit. de Frisius.
(2) Plan. II, n. 1 et 2. Dans la planche suivante ( Recueil. III y pl. III 7 n. 1 ) on voit un prêtre d'Horus dans la même attitude. Telle devait être, à-peu-près ? avant sa restauration ; la statue d'un autre prêtre dan* la villa Albani 7 qui est gravée dans Y Histoire de l'art de Winckelmann ; pl. XIV ; édit. de Rome. Cet ornement ne fut pas inconnu à Horapollus, qui dans son traité des hiéroglyphes, le donne comme le symbole de la continence.
(3) Suidas, Lex. V, TlpiaTtQÇ,
cani. Eumdern enim ac Solem esse arbitraritur. Le marbre que présente Caylus semble être l'original de la description de Suidas, excepté qu'au lreu d'un sceptre il a le fouet , auquel les érudits qui parlent des antiquités égyptiennes , donnent la même signification. Si cette idole se rapporte avec la description du lexicographe , elle se rapporte aussi avec notre statue , par les ornemeus de la poitrine et de la tête ; d'où il me paraît démontré que cette statue a une relation avec Horus. Celuici cependant laisse voir une barbe naturelle j le notre au contraire l'a rapportée , au moyen d'un cordon qui va se réunir à son bonnet Cette différence me fait croire que notre statue n'est pas l'effigie du dieu lui-même, mais celle d'un de ses prêtres. On sera à même d'observer une semblable différence dans beaucoup de monumens égyptiens. Quelques-uns nous montrent ce filet de barbe comme factice , d'autres comme naturel. Je ne crois pas me tromper en rap'portant la première manière à des prêtres vêtus comme leur divinité , et la seconde au dieu lui-même ; surtout lorsque je vois que les connaissances qui nous sont restées sur l'idolatrie égyptienne, appuyent une telle opinion. On sait avec quel soin superstitieux les prêtres se rasaient entièrement; ils ne pouvaient donc pas conserver la barbe pour ressembler à leur dieu , comme dans beaucoup d'occasions Us devaient le faire ; mais ils de-
valent s'en attacher une postiche. Cette opinion superstitieuse ne regardait pas les images de la divinité , corame leurs idées religieuses n'étaient pas choquées de voir à ces idoles une boucle de cheveux , dont ils ornaient toujours les images d'Horus lui-même , et aussi celles d'Harpocrate (i); de même ils ne balançaient pas à leur donner un petit bouquet de barbe au menton. C'est pour cela , que l'on voit de la barbe et des cheveux j comme ailleurs nous le ferons remarquer , aux images les plus authentiques d'Osiris, qui ont été appelées par des antiquaires modernes le Bacchus égyptien (2). Si donc notre figure de marbre a une barbe postiche , nous devons la considérer comme un prêtre , et non comme un dieu.
On ne fait aucun doute qu'il y eut des statues élevées aux prêtres égyptiens 5 et la description que donne Hérodote de quelques-unes colossales que se firent dresser des prêtres de Thèbes de leur vivant , lèverait toute difficulté (3)^ La position d'être assis n'est pas moins convenable à un personnage qui ne fut pas un roi 9
(1) Les images d'Harpocrate avec cette boucle de cheveux sont communes. On voit cette même boucle à Ho. rus sur la Table Isiaque ; fig. DD; et elle n'a pas été remarquée par Pignorius et par Jablonski, qui le reconnaît pour Horus aux. lions placés sous son trône.
(2) Caylus 9 toni. III, pl. IV et Vr (5) Hérodote ; in Euterpe, en.
Musée Pie- C lem. Vol. XI. o
puisque T on voit assise la figure de M emnon , qui , selon les Egyptiens, n'était qu'un simple particulier appelé Phaménophis (i) , D'ailleurs , notre figure n'ayant, pas sur la tête l'ornement qui annonçait la dignité royale (2) , savoir, le serpent , ou les cornes de taureau , ou la peau du lion , je préfère d'après cela l'opinion qui le désigne comme un prêtre égyptien, à celle de le considérer comme un roi d'Egypte, quoique selon Plutarque (3) les rois fussent aussi initiés aux mystères sacrés comme les prêtres.
Après avoir déterminé avec assez de probabilité quel est le sujet que présente cette figure , il nous reste a examiner ses vêtemens et ses attributs. Elle a sur la tête un bonnet à-peu-près semblable à quelques-uns de ceux qui ont été en usage dans des temps qui ne sont pas encore très-éloignés. Si cette coiffure a beaucoup de ressemblance avec le modium, il ne faut pas la confondre avec lui ou avec le calatus , comme l'a fait Pignorius (4) , parce qu'il n'a pas fait attention à sa forme qui enveloppe une partie du col et se découpe sur les oreilles 5 ce que le modimn ou le calatus ne pourraient pas faire. Ce bonnet , qui était la coiffure des prêtres , nous a été décrit
(1) Pausan.? Attica, ou ìiv. I7 ch. 4^-
(2) Diodore; liv. I, ch. 62 ; ed. Wesseling.
(3) ' De Iside 7 et Osiride,
(4) Mensa Isiaca ? fi g. IL
par Diodore , qui nous apprend aussi qu'il était de pourpre , et garni de plumes d'épervier , précisément tel que nous le voyons à notre statue (i). Quelqu autre ornement symbolique était , peut-être , placé sur la partie supérieure ; le temps l'aura détruit ; ce que donnent lieu de soupçonner quelques vestiges d'un objet rompu qu'on y aperçoit encore. Les deux cordons qui sortent de-dessous le bonnet, et qui descendent le long des joues pour se réunir où la barbe postiche tenait au menton , ont paru à Winckelmann les liens qui servaient à retenir le bonnet lui-même. Cette opinion a été relevée par son habile commentateur , lequel a observé que l'on ne trouvait
(i) Diodore I7 87; Clément d'Alexandrie, 1. VI 5 Stro~ maton, ch. 4» Comme le mot fttapòv peut être traduit par ceux-ci, plumes7 ailes; quelques-uns ont cru que les bonnets égyptiens étaient ornés d'ailes; et non avec des plumes. On peut cependant juger par les monumens que c'était des plumes ; autant qu'il est possible de s'en faire une idée d'après la manière grossière dont elles ont été exprimées par un art encore éloigné de rendre la vérité,. Qui sait si ce ne sont pas ces plumes ou petites ailes ? qui sont au nombre de deux; qui ont servi de motif aux Grecs pour donner des ailes à Mercure sur son chapeau y et au casque de Perséc; car tous deux étaient adorés parmi les Dieux égyptiens. Y. Hérodote in Euterpe. Cependant en comparant le passage de Diodore à celui de Clément d'Alexandrie 7 on s'aperçoit que c'est à tort que Martorelli a prétendu interpréter, dans le lieu^cité, nàpa par ïtrepà. Theca 7 Cal . I; 8. •
jamais ces cordons aux figures qui sont sans barbe , quoiqu'elles portent aussi le bonnet j observation qui démontre leur usage particulier de soutenir cette barbe fausse, comme l'a reconnu le savant Caylus. La barbe de notre statue s'est perdue avec le menton 5 il ne reste que le support qui la soutenait , parce que les Egyptiens n'avaient pas l'usage de percer leurs sculptures j ce support à présent est encore attaché à la tête et à la poitrine. Cette perte empêche que nous assurions comment était figurée cette barbe fausse , quoique nous en ayons la forme sur beaucoup de monumens. La plus grande partie, on peut dire même tous , nous la représentent sous la forme d'une tresse ; mais elle n'est pas assez bien exprimée pour que nous puissions distinguer de quelle matière elle était faite. Je serais d'avis qu'elle était composée de filamens de papirus , plutôt que de persea , ainsi que le veulent la plupart , parce que cette dernière plante était récemment connue en Egypte , et que , comme l'affirme Diodore (i), elle y fut apportée de l'Etiopie par Cambyse. 11 n'est pas vraisemblable que les Egyptiens , qui étaient fort-attachés à leurs usages , voulussent adopter dans leurs rits religieux une plante étrangère , apportée même par un roi exécré , et qui détruisait leurs temples et leurs dieux. Si le
(0 Diodore; liv'. I; ch. 34 ; éd. Wesseiing.
persea fut enfin reçu dans les cérémonies sacrées , ce n'a pu être , il me semble , que lorsque la religion égyptienne fut altérée , lors-* qu'elle eut , peu-à-peu , perdu ce caractère immuable qui était sa plus noble prérogative, et lors qu'on y introduisit non-seulement de nouveaux usages et de nouvelles idoles , mais qu'elle s'accoutuma encore à un mélange de rits et de superstitions étrangères. Cependant, comme beaucoup de très-anciens monumens nous offrent des barbes postiches semblables , et que celui que nous observons est justement regardé comme un de ces anciens , je ne puis , sans des preuves bien évidentes , me décider à croire que ces barbes fussent des feuilles de persea.
Le prêtre avec cet ornement au menton ressemblait à son dieu , dont le menton barbu indiquait ou l'âge viril que l'on supposait au Soleil en été , dont Horus était l'emblème , qui fut appelé Apollon par les Grecs, et auquel on donna un lion pour symbole (i); ou bien qui indiquait la force productive et generative que la barbe représentait assez bien; et on prétendait même reconnaître cette faculté puissante dans le bouquet de cheveux d'Horus et d'Harpocrate (2).
(1) Horapollo; Ilîerogtyph. lia., c. 71, Pignor.; Mensa Isiaca, pag. 44* Les Sphinx a barbe font allusion à ce aieu.
(2) Macrob., Sut. I, 21.
L'ornement du cou qui couvre aussi la poitrine , ne mérite pas un examen particulier. Il était rarement oublié dans le costume égyptien y ce que nous voyons sur la Table Isiaque, où il se remarque à presque toutes les figures d'hommes. Les monumens publiés par Caylus , nous en offrent encore des exemples ; et si les auteurs prophanes n'en parlent pas , il en est question dans la Génèse , où il est dit que Pharaon collo torquem auream circomposuit à Joseph (i). Notre statue est toute nue, excepté qu'un tablier rayé , selon l'usage , la couvre sans la vêtir ; les jambes, les pieds et les bras sont absolument nus ; ceux-ci cependant sont garnis d'une espèce de bracelet, près du poignet , mais d'autres figures égyptiennes le portent sur l'avant-bras. Les écrivains qui donnent aux prêtres de longues tuniques de lin et des chaussures de papyrus , ont , sans doute , parlé de ceux de la basse Egypte , climat plus tempéré : et les statues que nous voyons nues appartiennent peut-être à la haute Egypte, où parce qu'elle était placée
Sub ciirru nimium propinqui — Solis (2),
on ne se servait pas d'autres habits, que de ceux que la décence exigeait. De ceux-ci ,
(1) Gènes. XLL 42.
(2) Horace, Carm. l7 od, 22.
nous croyons digne d'un examen ce tablier rayé , que l'on dit ordinairement , sans aucun fondement que je sache , fait de feuilles de palmier ou de papyrus. Nous apprenons par les anciens que le lin et le byssus formaient les habillemens égyptiens , et que le papyrus était seulement destiné pour les ceintures et les chaussures. On voit dans la Table Isiaque quatre prêtres occupés du culte du bœuf Apis(i), vêtus également de tuniques rayées , et je ne crois pas avoir lu dans aucun classique qu'il y eût des tuniques de papyrus (2). Il me semble qu'un passage de Plutarque, mal entendu dans les traductions que j'ai vues > explique à merveilles les rayures qui distinguaient les habits sacrés des prêtres. Dans son traité de Iside, et Osiride (3), il dit, que ces habits étaient variés par des bandes noires
(1) Les deux marqués de la lettre S; et les deux près du boeuf marqué HH.
(2) Pline ; H. N. , XIII ; 22 ; entre tous les usages du papirus il parle de vestem etiam slragulam , mots qui signifient des espèces de stores ou couvertures , mais non pas des habits 7 comme quelques-uns Font cru.
(5) Plutarque ; de Iside ? et Osiride in princ. : Tà fJbSV [léXavoj nui amódri , %a dì (pavepà naï ^afi^rpà rtfç rtepi Seov VTro^Àovvra ôiïiascoç , oîa nui Tcepi rfyv èoStf-To, tfyp lepkv âito(pa'iveraA. « Elle indique » ( la doctrine sacrée ) quelques idées sombres et léné- » breuses ; d'autres ouvertes et claires sur les connais- » sances que l'on a des dieux : comme on le voit par » les vêtemens des prêtres. »
et blanches 9 pour désigner que si la plupart des notions qu'ont les hommes sur la divinité sont claires et certaines , beaucoup aussi sont obscures et douteuses. Il ne faut donc plus chercher à expliquer les rayures que l'on remarque sur les tabliers et dans les coiffures des figures égyptiennes , en disant que c'est tin tissu fait de feuilles de palmier ou de papyrus.
En examinant avec beaucoup d'exactitude cette ancienne statue*, j'ai remarqué une autre partie de son habillement sacerdotal , à laquelle les interprètes de ces monumens antiques n'avaient pas encore fait attention. Le graveur l'a oubliée dans sa planche ; et cependant elle est très-visible et bien distincte sur le marbre. C'est une espèce de cordon à-peu-près de la grosseur d'un des doigts de la figure elle-même, qui pend sur le siège , que. l'on voit très-distinctement dans l'espace entre les deux jambes, et qui ayant commencé à la partie postérieure du tablier, se termine a peu de distance du plan sur lequel est posée la figure. Enfin il est placé comme le serait la queue d'un animal. Je dis que cela me paraît un cordon , quoiqu'on ne puisse juger de sa fléxibilité ; mais ayant trouvé la même chose sur huit figures de la Table Isiaque (i), elle semble plus forte
(i) Ce sont celies marquées À; D7 H? K ; ]N; G; et les deux autres après les figures marque'es TT et YY. A
ft-ffj
et plus élastique que ne peut l'être une corde. Au milieu de l'obscurité dans laquelle nous sommes par rapport aux costumes très-anciens, Vidée la moins invraisemblable qui se soit présentée à mes recherches, est de croire que c'est un cordon formé d'un jonc papyracée du Nil , dont ils se faisaient une ceinture en Egypte , en laissant pendre la tête dans le milieu postérieur de la ceinture. C'est , peutêtre , à cet usage que s'applique ce vers de Juvenal (i) :
Succinctus patria quondam Crispine papyro*
A l'appui de cette conjecture , on pourrait rapporter la description que Pline fait d'un jonc égyptien appelé sari, dont la forme et la grosseur répond à celui de notre figure (2).
celle notée D on voit que ce jonc est absolument au milieu des deux jambes , non d'un seul côté 5 ce qui pourrait paraître dans quelques autres par un de'faut de l'art- Dans les deux dernières figures ce jonc paraît être terminée par deux feuilles de roseau.
(1) Sat. IV, v. 24.
(2) Pline, H. N.> 1. XIII, ch. 25 : Fruticosi generis esc Sari, circa Nilum nascens duorum fere cubitorum altitudine , pollicari crassitudine , coma papy ri. Theophraste, de même H. P., liv. IV, ch. 9, le regarde comme une espèce de papirus. On observera que la grosseur de ce que je suppose le sari , est vraiment d'un pouce, pollicaris , et que sa longueur, si on la prend dans la proportion des figures tant de la Table Isiaque , que de notre statue , est environ de deux coudées, ou de trois pieds;
[lté
On pourrait aussi observer que ce jonc était un emblème du Nil, duquel l'Egypte avait pris son nom très-ancien de Sjris (i), auquel les poëtes donnaient pour épithète , plein de jonc (2) , et qu'enfin cette plante se voyant aux figures des dieux de l'Egypte (5) , elle servirait à indiquer leur influence sur le Nil , qui était plus particulièrement donnée à Horus , ainsi que leur origine venue de ce fleuve , dont est-il parlé dans des mémoires égyptiens (4). Mais
(1) C'est ce que tâche de prouver Jablonski avec son e'rudition ordinaire ; Pant. AeçypL , liv. IV, ch. ï, § 6. Seldenus , de Dus Sjrris > attribue cependant une autre e'tymologie à ce nom.
(2) Athenëe ; liv. I, page 20, cite le vers suivant de Bacchilides:
T^î> â^sifiavrôp rs Méfitpiv naì dovaxódea ISeîXov.
» Et Memphis sans hiver, et le Nil rempli de ro- » seuax. »
Ovide aussi, Metamorph , XV, 755.
Perque papy riferì septemflua /lamina Nili.
(3) On conserve dans le Musée Borgia à Velletri un bas-relief très curieux , en bois de sicomore , de trois couleurs, blanc ? rouge et noir, qui est la couleur naturelle du bois. Il represente Horus en profil , avec ce filet de barbe au menton; il est assis , et il tient dans la main droite un sceptre ou un bâton en forme de soc. Ce qui le rend remarquable est une plante de l'espèce des joncs, avec sa fleur qui sort d'entre ses jambes, et qui confirme par-la mon opinion sur cette sorte de cordon qui pend, que j'ai remarque' dans beaucoup de figures e'gyptiennes. La figure et son exacte description se voyent dans les planches de supplément.
(4) Diodore, liv. I? pag. 12.
c'est fatiguer le lecteur que de le conduire dans ces ténèbres épaisses ; je me contente donc seulement de faire remarquer cette particularité dans la statue que nous examinons.
Je n'ai rien dit encore du symbole que notre prêtre tient de la main gauche , posé sur son genou. Chacun peut y reconnaître le Tau Egyptien; ce qui suffirait à qui se contente de savoir seulement la nomenclature des antiquités. C'est une tâche difficile que celle de rechercher l'origine et la signification, de ce symbole, et il n'est guères possible de s'en tirer sans dispute , vu la multiplicité des sentimens. Je ne voudrais pas me prononcer en faveur d'un parti, mais je ne dois pas néanmoins laisser ignorer à mes lecteurs toutes les réflexions qui me feraient croire que certaine opinion serait la plus vraisemblable.
Avant d'exposer les différentes hypothèses qui ont été mises en avant par les érudits pour donner l'explication du Tau , je dois prévenir que la figure essentielle de cet hiéroglyphe ne consiste que dans le Tau , c'està-dire le T, et que le cercle auquel il est attaché , n'est précisément qu'une anse , qu'une poignée, qui dans les premiers temps fut absolument étrangère à la figure hiéroglyphique (t).
(i) Telle est aussi l'opinion de Goropius, qui s'explique ainsi ; liv. XVI , de ses Hiéroglyphes : In ohdïscc item qui est ad portam Collinam excisant manum vi-
Ce qui donne lieu de le croire , c*est de voir fort-souvent le Tau sans cet accessoire , lequel nous est indiqué par quelques figures de la Table Isiaque , ressemblant plutôt à un cordon qu'à un anneau (i). Enfin notre marbre le démontre plus clairement , car cette poignée a une forme alongée, comme si elle était faite de jonc , ou d'autre matière flexible ; et que sûrement le poids du Tau , qu'elle tient suspendu, lui a fait prendre cette forme , qui vers la main est circulaire , mais qui en s'approcbant du Tau est forcée par sa pesanteur à devenir rectiligne , et se termine par un angle aigu. Ceci considéré , examinons a présent les diverses opinions.
Le sentiment de beaucoup d'antiquaires (2) et celui qui est le plus en vogue aujourd'hui 7 est que ce signe représente une clef, regardée comme le symbole du Soleil ; ou à cause de l'ouverture de l'année , ou parce qu'elle fait allusion à ces portes mistérieuses dont on parlait dans les cérémonies Mithriaques (5)- Il est pourtant facile de démontrer que le
deas j quae Tau funiculo } she ansa comprehensum tenet: et quo dare perspicias ansam ad paries Tau non per* tinere 7 animadvertas in eadem saxea mole Tau etiam titra ansavi e f fiction.
(1) Celles marquées K, MM; YY.
(U) L'auteur des Supplem. al Caflus.; Raffei , Osserv. ;opra alcuni monûm. , pag. 57.
(3) V. ci- après la pl. XIX.
Tau n'est pas une clef: premièrement parce qu'on remarque ce symbole au haut d'un bâton, dans beaucoup de monumens égyptiens, et il est impossible d'imaginer qu'une clef soit ainsi placée secondement parce que
des Tau semblables , sans la poignée cependant, qui n'en est pas, comme nous l'avons démontré , une partie essentielle , se retrouvent sur la cime de vases qui étaient destinés à conserver et à purifier l'eau du Nil, et que ce ne peut également être la place d'une clef (2) ; troisièmement enfin , parce que la ligne transversale qui forme le T, et que l'on a dit devoir être la poignée pour tourner plus facilement cette clef, se voit quelquefois triplée (5) et quadruplée ; ce qui ne pourrait avoir une explication raisonnable dans cette hypothèse.
Ceux (4) qui veulent plutôt reconnaître dans ce symbole la force du Soleil, répandue dans les quatre élémens , c'est-à-dire , la force représentée par l'anneau du disque , et les élé-
(1) On peut voir entre autres dans la Table Isiaque a la lettre KK.
(1) Voyez également la Table Isiaque dans la frise a. 23 et n. 55 ; et Agostini dans les Gemme 7 tom. II ; pl. 83.
(3) Elle est triplée dans la figure de la même Table ? lettre TT ; elle esX quadruplée dans le recueil de Caylus; tom. IV > pl. I.
(4) Raffei ; 1. c. ; pag, 58.
mens par les quatre parties de la croix, ne font pas réflexion que , comme nous l'avons dit , cet anneau n'est pas une partie intégrante de la figure hiéroglyphique , mais simplement une poignée , de sorte qu'ils ne peuvent plus nous expliquer les monumens qui offrent des Tau sans l'anneau (i). En outre dans la plus grande partie des monumens que le temps nous a conservés , et qui nous servent d'exemples, ce symbole a plutôt la forme d'un ï, que celle d'une croix (2) , de manière qu'il ne pourrait exprimer que trois élémens , et non pas quatre, puisque les lignes dont il se compose , ne forment que trois extrémités. Il faut ajouter encore , ce que j'eusse dû dire avant tout , c'est que les anciens écrivains ne fournissent pas le moindre fondement à une telle interprétation. Il est vrai qu'une croix ou un X , c'est-à-dire deux lignes qui se coupent, ou, comme disent les Latins', decussate} da.ns un cercle, forment le hiéroglyphe de cet esprit vivifiant
(1) V. ies monumens cités ; Table isiacjue } KK, 25 ? et ailleurs, Agostini, t. II, pl. LXXXIIL
(2) On connaît la dispute élevée entre les Chrétiens et les Gentils sur la signification de ce Tau par Socrate, liv. IX. Hist. trip, y et par Sozomènc, L VII, Ecc. Insù. Les premiers prétendirent que le Tau était le symbole de la vie éternelle , vénéré en Egypte par une espèce de tradition patriarchale. L'équivoque provenait, peutêtre, de ce que ce symbole passait parmi Jes personnages les plus instruits pour celui de la vie produite dans le monde par la force du Soleil
répandu dans tout l'univers (x) j mais ce signe est bien différent d^ notre Tau , et nous le voyons souvent répété dans beaucoup d'endroits de la Table Isiaque (2).
11 nous reste a examiner l'opinion de De-la- Croze et de Jablonski (3), qui ont cru que le Tau n'était autre chose que l'emblème du Phallus; opinion qui a été sévèrement critiquée il n'y a pas long-temps par un savant écrivain (4). En effet , si cela ne s'appuyait que sur une certaine parité entre le Tau et le Lingam des Indiens , symbole bien constant de la génération , on ne pourrait le regarder comme une chose très-probable. Il me semblerait cependant que plus on porte en avant les recherches sur ce qui nous reste des monumens de la science des Egyptiens , plus cette dernière hypothèse devient vraisemblable. On doit admettre d'après les témoignages uniformes et multipliés des plus graves auteurs, que l'existence de cet emblème et le culte qu'on lui rendait solemnellement en Egypte , sont certains (5). Il est également hors de doute que
(1) Proclus y in Timacum * lib. HT.
(2) Aux figures G; H; I, N 7 0 7 parmi les hie'rogly-p plies, et dans une espèce de feston alternativement avec l'œil aile' sur le bœuf Apis; lettre R.
(5) De-la-Croze; Hist. du Christianisme dans les Indes L VI j Jablonski; Pantheon Aeayp 7 1. II 7 ch. 7 , § 6,
(4) Raffei, Osservazioni sopra alcuni monumenti, p. 53.
(5) Plutarque 7 de Iside et Osiride , dit : \mv
les prêtres égyptiens étaient avant tout initiés aux mistères Phalliques (i). Un rapport , obscur à la vérité , mais suffisant pour être indiqué sans choquer la pudeur , entre la forme du symbole et l'objet symbolisé , est absolument incontestable. Il est peu d'objets représentés par des caractères de convention , qui ressemblent plus que celui-ci à leur modèle (2). Si nous ne voyons pas dans les hiéroglyphes , et dans les attributs qui se trouvent sur tant de monumens de l'idolatrie égyptienne , aucun autre signe qui puisse exprimer ce sens (3) , c'est un argument négatif qui doit être de quelque poids. L'assertion de Jablonski , que
xaSiepoirai, top QaXkov ô rai wv ëoprà&iy tovç 'AiyviïTlVç. « Isis consacra le Phallus, auquel les Egyp- » tiens ont jusqu'à présent rendu un culte. »
(1) Diodore Sicile , liv. I, ch. 88, après avoir parlé du culte universellement rendu à l'organe de la génération, ajoute, qu'il était en usage ràç Jtarpôaç ïcpQO'Ùvaç izupaJkaftôvTaç tovto rô Seô orpêxov (iveïaSat* » que ceux qui se destinaient aux fonctions sacerdota- » les , fussent avant tout initiés à cette divinité. »
(2) L'œil, par exemple, n'est indiqué quelquefois que par un simple segment de cercle. Caylus, t. 1IÎ ? pl. Ili ^ n. 5, où l'on voit aussi le Tau avec l'anse alongée. Ce qu'Eusebe, Praep. Ev.y 1. II, ch. 8, nous apprend, qu'un triangle était l'hiéroglyphe des parties naturelles de la femme , convient encore mieux à notre opinion.
(5) Winckelmann , Description du cabinet de Stosch , n. 2 , prouve que les testes oculati vus par Pignorius ; ne sont autre chose qu'un œil ailé,
son adversaire a passée sous silence (j) 9 est plus pressante ; il l'a fondée sur l'image du Tau avec les trois lignes transversales. Cette image qui détruit les autres hypothèses, donne une grande force à son opinion pour le Phallus triplé des fêtes Pamilies dont nous parle Plutarque. Ces fêtes se célébraient précisément dans la saison , où , selon la phrase égyptienne , le Soleil était encore enfant , ce qui nous explique pourquoi le Tau triple ne se trouve que parmi les attributs d'Harpocrate emmailloté , qui était le signe du Soleil d'hiver. Maintenant si l'observation qu'a faite De-la- Croze de la ressemblance du Tau avec le Lingam , qui est le signe phallique des Indiens , se réunit à ce qui vient d'être dit , ce sera une autorité pour en établir la parité de notre hiéroglyphe plus puissante encore, qu'elle n'eut pu l'être restant seule , isolée , sans cet appui. Mais j'ai dit que des observations ultérieures sur les antiquités égyptiennes donnent plus de valeur à cette hypothèse j il faut donc que je les soumette aux lecteurs.
Ils pourront en premier lieu remarquer , combien l'emblème du Phallus convient non-» seulement aux figures égyptiennes qui le portent, mais encore à la cime de ces vases, ou urnes destinées à contenir les eaux du Nil. Il dévient le symbole de la vertu fécondante et
(i) Jablonsky, Pantheon Aegyp. , L TII; ch. 5; § 4*
Musée Pie-Clém. Vol. II 10
génératrice attribuée à ces eaux , par l'opinion de l'ancienne Egypte , et approuvée par tous les écrivains (i). En adoptant tout autre système , ce signe me paraît inexplicable.
Le lecteur devra encore faire une seconde observation sur les caractères astronomiques , dont plusieurs sont d'une origine trèsancienne, et plusieurs d'origine égyptienne (2); il y trouvera notre Tau avec son anse ou poignée ainsi figurée ^ , servir pour le caractère indiquant la planète de Vénus (3). Quoiqu'on puisse dire de l'antiquité de tous les autres caractères qui furent en usage chez les Arabes, et employés par les astronomes , celui-ci est très-certainement de la plus haute antiquité , puisque nous le voyons sur une pierre gravée dans le Musée Romain (4), placé près du Soleil, et que nous le reconnaissons accompagnant le dieu Apis , sur une médaille égyptienne trèsrare (5). Un rapport aussi frappant augmente, à ce quii me semble , les probabilités en fa-
(1) Diodore, liv. I, pag- 9 et 105 The'ophraste , apud Athenaeum , p. 41 fi*1-; Pline, H. N. , VII, ch. 3.
(a) V. la Dissertation de Goguet après la II part, de Y Origine des loix7 etc.
(5) Kircher lui-même l'avoue, mais il l'explique d'une autre manière fort-arbitrairement. ObeL Pamphil. , 1. IV.
(4) De la CKausse , Muséum Romanum, pl. XXXVIII, Gemmae.
(5) Voyez a la fin du ch. 4; liv. II, de l'édition romaine de l'Histoire de Part, où elle est citée.
veur de l'opinion qui regarde le Tau comme un symbole du Phallus.
En dernier lieu , si on lit les hiéroglyphes d'Horapollo , on y trouvera ce signe employé pour symbole des noces ; et on le reconnaîtra dans ce sens, d'autant plus sûrement que l'obscurité des expressions de l'auteur prouve qu'il parle , selon les anciens mémoires , sans entendre que ce soit les images , ou les rapports. Il dit que le cercle ou le disque du soleil joint à une demi-étoile signifie l'épouse nouvelle (i). Qu'est-ce que ce disque, ce cercle du soleil , sinon la poignée du Tau , puisque l'emblème du soleil était seulement un cercle, lequel étant remarqué par Horapollo dans cet hiéroglyphe , où nous ne voyons qu'une poignée , lut attribué par lui au soleil, sans le comprendre? La demi-étoile n'est que le Tau : non pas seulement parce qu'en Egypte on exprimait les astres par la figure d'un |- ; mais parce que nous les voyons souvent dépeints par cinq lignes qui partent d'un point central ; trois desquelles forment deux lignes à angle droit , et le Tau, et les deux autres placées dessus formant trois angles de 60 dégrés, comme si on posait la
(1) Horapollo, liv. IL Twciïxa eyyvov $vM(t>$Wt fyfiami i{kvH xvnko'V <tvv âcrrépi {ietù tfXh d'ianx Tteffifigem ir^fia^wi Je lis TeT(ifi[iévf , et non isr^bviiubêvov , parce qu'il se rapporte au disque du soleil, il l'aurait dit dans la première partie de la phrase, où il dit absolument nvnkov*
lettre V sur le T de cette manière «Y" (0* ou à la renverse ainsi Maintenant si c'était là le chiffre pour désigner les étoiles, paraîtra-t-il étonnant que Horapollo, n'ayant pas compris l'allusion du hiéroglyphe Q et ayant comparé l'anneau au soleil, ait voulu indiquer le Tau en l'appellant une demi-étoile ? Alors je demande aux érudits si cet auteur ayant vu dans ce symbole une signification des noces , on ne peut pas dire qu'il offre une démonstration de l'hypothèse dé De-la-Croze. Le Tau avec une anse sera donc dans notre statue un emblème de la force vivifiante et générative du soleil, qui était particulière à Horus , ou bien celui du dieu dont nous voyons un des ministres dans ce marbre; ce sera même un signe de l'initiation phallique à laquelle a été admis notre prêtre , suivant les rits très-anciens de son pays.
Mais il est temps d'abbandonner ces recherches incertaines sur les mystères d'une nation ancienne dont les opinions se sont étendues dans les sciences et dans les religions des âges suivans y et voyons ce qui nous reste à examiner dans cette antique statue.
Nous ne devons pas oublier de faire observer que sur le plan du dez il y a une ligne
(i) Dans la Talle Isiaque toutes les étoiles qui ornent les figures et à centaines, sont ainsi représentées Voyez les figures G et NN. Cette dernière a une étoile de même espèce pour ornement de tcte.
seule d'hiéroglyphes ; caractères autrefois mistérieux , aujourd'hui inintelligibles , et que nous présenterons dans une des planches ajoutées à la fin , pour suivre l'exemple des antiquaires les plus exacts.
Le marbre de couleur obscure dont on s'est servi pour sculpter cette statue, est connu des artistes sous le nom de brèche , qui a une couleur veidâtre, mais qui tire plus sur le noir. Les Egyptiens ont très-souvent employé des marbres bruns parce qu'ils se rapprochaient davantage de la vérité dans l'imitation de la nature , puisque la couleur brune était naturelle pour le teint des Egyptiens, et que le mot Egypte même n'avait pas d'autre signification (i). C'est par cette raison que les artiste* égyptiens ont préféré au bel albâtre , très-dur qu'ils possédaient , des marbres noirâtres. Le superbe fragment de statue d'albâtre assise , qui se conserve dans la Taille Albani , devait être restaurée en lui donnant les symboles d'Horus , dont la couleur , selon les traditions des prêtres , était blanche (2).
Addition de V auteur.
La médaille rapportée par Winckelmann comme égyptienne , dont nous avons parlé
(1) Selden., de Dits S fris , syntagm. I; ch. 4<
(2) Plutanjue, de Iside et Osiride.
pag. i46, note (5), a été regardée par les plus savans auteurs de numismatique comme grecque, et même italique de Crotone ce que le célèbre abbé Fea avait déjà remarqué dans VHist. de L'art, liv. II, ch. 4 9 S 22 9 n-° M Il est sur qu'elle appartient au genre des Varici. Toutefois l'antiquité du signe en question reste également prouvée.
Observations de l'auteur , publiées dans le tome VII de ïédition de Rome.
La collection Borgia de Velletri , l'excellent ouvrage de M. Zoega , De origine et de usu óbeliscorum , les monumens et les dessins apportés en Europe au moyen des conquêtes faites par les Français dans les dernières années du siècle passé , ont dissipé beaucoup de fausses hypothèses qui s'étaient introduites dans l'explication des antiquités égyptiennes. La longue dissertation que j'ai faite sur le simulacre gravé dans cette planche n'est pas exempte d'erreurs. Premièrement le ruban qui passe sous le menton de cette figure peut bien être celui du bonnet, Pileus ou Tutulus , au lieu d'être celui qui servait 3 attacher la barbe postiche. Ainsi la statue pourrait représenter une divinité , Horus peut-être , et non pas un prêtre. Le Tau ansatum que j'avais regardé comme un signe phallique , ne me paraît plus un emblème de ce genre , depuis que j'ai vu
tant de Phallus non équivoques sur les monumens égyptiens et dans leurs hiéroglyphes. Il sera donc vrai que ce symhole ou cet instrument est une clef, emblème que les Grecs eux-mêmes ont mis dans les mains de plusieurs de leurs divinités.