‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 19 sur 55 · PLANCHE XV1L · texte numérisé non relu

PLANCHE XV1L

Agatodémon Égyptien*.

Dans le nombre des statues qui, après avoir été l'objet du culte idolâtre chez les Egyptiens , sont venues après tant de siècles orner nos Musées, il n'y en a pas dont le sujet, que représente la gravure qui fait la matière de ce chapitre, ait été plus répété. C'est en même temps une des figures les plus simples de celles qu'ont produit les arts en Egypte , qui conserve le style des premiers temps celui d'avoir les bras collés sur ses flancs , les poings fermés avec quelque chose de cilindrique qui remplit la paume de la main, ayant les jambes à la vérité séparées entre-elles , mais avec le mouvement ordinaire que la gauche avance d'un demi-pas sur l'autre, sans que pour cela ni la cuisse ni la jambe soient détachées du bloc

* Haut, cinq palmes et un tiers. Il fut trouvé près du lac de Torre Paola, à peu de distance des anciens Circe'es.

de marbre (i). La tête, couverte de la coiffure ordinaire n'est pas surchargée d'ornemens J mais elle a seulement un petit serpent, qui forme lui-même un petit groupe en s'élevant au-dessus du front de la figure. Les flancs sont recouverts du tablier ordinaire à bandes. Telles sont les édoles égyptiennes du Musée Capitolili et celles de la Pille Albani i tels sont encore, quant au style, l'Antinous Egyptien du Capitole et celui en marbre rouge de la même ville. On voit de pareilles idoles en bronze dans divers Musées , et principalement dans la riche collection d'antiquités égyptiennes du Musée Borgia à Veli e tri. Ceux qui les ont appelées des prêtres , se sont fondés sur ces bouts de bâton , qu'ils ont expliqués , en les regardant comme les fouets avec lesquels ils se frappaient tour-à-tour, ou ces verges que tenaient, à ce que l'on prétend, les gardiens des temples. D'autres ont dit que c'était les brancards d'une petite chapelle qu'ils devaient soutenir à deux, comme on fait d'une chaise-à-porteur. Mais

(i) C'est l'attitude la plus ordinaire des statues égyptiennes. Diodore voulant dire que l'Apollon de Samos était dans le goût égyptien 7 le décrit ainsi; 1. I7 c. 98 : JOLivai a avrò 'Àéyvat xarà ro %kûwTÔf ftoÙpe(jt,(p€pèç roîç AïyviïTioiç oç dv ràç [isv J^sipaç eyov crrapwrerafisvaç <rà fxh crxéûij diafcSwvóta. « On dit qu'il » ressemble à une statue égyptienne 7 qu'il a les mains » étendues et les jambes placées comme s'il marchait. »

ce ri était pas la manière qu* employaient les ministres des temples lorsqu'ils présentaient en public les trônes de leurs dieux ; il n'est pas vraisemblable que de pareilles figures formassent des groupes ; et encore moins qu'on eut choisi un simulacre d'Antinous divinisé pour une pareille fonction. Quelques-uns les ont appelés Dieux Averrunci destinés à la garde des palais et des temples avec des fouets , pour en écarter tous les objets sinistres qui s'en fussent approchés. Ces derniers, à mon avis, ne s'éloignent pas tant de la vérité, quoiqu'ils se servent d'un nom qui ne peut appartenir à la mythologie égyptienne, et qu'ils n'ayent pas considéré assez le principal symbole de ces figures. Symbole que je crois reconnaître dans le petit serpent que l'on voit groupé sur le front a tous les simulacres de cette espèce. Ce petit serpent était vénéré en Egypte et connu sous le nom d'Agatodémon ou de bon Génie (i). Les anciens écrivains nous garantissent et l'abondance et le nom de ces reptiles en Egypte: et parce que le peuple , partisan des mystères , regardait les animaux comme des emblèmes de la divinité, et en faisait ses simulacres vivans ] notre serpent était dévenu la représention

(i) Lampridius dans Heliogabale : Aegyptios dracuncuìos Romae hai? uà j tjuos iïii Agalhodaemonas vocant. Yoyez aussi Plutarqne dans 'EpCJTMCQ.

de ce bon Genie (i) ou Dieu bon, que Ton connaissait à Thèbes sous le nom de Cnef , auteur de tous les biens, ou plutôt le persona nage allégorique de la bonté divine ou du bon principe (2). Ce petit peloton que le serpent formait au-dessus du front des idoles n'était pas sans mystère: les théologiens égyptiens indiquèrent par-là cette puissance qui animait la nature , qui partout correspond à elle même , et se replie sur elle-même , serpentant dans les entrailles de la terre, dans toutes les sphères célestes, et répandant ainsi la vie dans l'univers , suivant l'expression du poëte ,

Magno se corpore miscet (3).

(1) Eusebe, Praep. Evang. , liv. l? ch. 10; tyobiiceç àvrov 'AtfaSòv daifxovaij xaûovai , ô^loiqç iïè geai AîfVrtTlOt Kvi?(p OVOpâÇwt. « Les Phéniciens appellent » ( ce serpent ) Àgatodémon ; de même les Egyptiens » l'appellent Cnef. » Voyez les autres preuves dans Jablonskij Panih. Aegypt. , liv. I, ch. 4*

(2) Plutarque ; de Iside et Osiride Eusebe } Praep. Emng., liv. III , ch. 11.

(5) A cet effet ils représentaient le serpent en cercle, et ils employaient ces signes 0 ou ® pour dénoter Farne du monde. Eusebe 7 Praep. Ev.7 lib. I, ch. 105 Proclus dans le Timée, 1. Ht C'est par cette raison qu'Horapollo dit dans les Hiéroglyphes que le serpent est le signe de cet esprit tout puissant qui pénètre l'univers. Havroxpatopa {r^fiaiwcn ocpiv ^ypacpovvreç ovtq ïtap* âvwïç rov iïavrôç ma^iv rò dwinóv êaxi icvevpa*

Le vulgaire de l'Egypte n'aura pu s'élever, comme c'est l'ordinaire partout , à la noble et sublime théologie des prêtres Thébains ; et les emblèmes de ce bon Génie s'étant beaucoup multipliés 5 ils auront cru trouver dans tous les reptiles delà même espèce une infinité de démons bienfaisans semblables, faisant présider chacun aux différentes parties de la vie et de la nature , et à toutes leurs périodes. Ce fut la source des opinions adoptées par d'autres peuples sur les bons Génies gardiens des personnes et des lieux , qu'ils représentèrent aussi par des serpens ; car rien ne se répand avec plus de facilité parmi les hommes que la superstition. Voila pourquoi voulant placer Antinous au rang des Dieux de l'Egypte , on le représenta seulement avec les attributs symboliques de l'Agatodcmon ou du bon Génie, rang dans lequel étaient élevées les ames des héros (i).

Je ne puis me résoudre à penser que les petits cilindres renfermés dans les mains soient des restes de bâtons qui servaient à éloigner les événemens malheureux. On aperçoit clairement dans quelques statues que ces cilindres n'ont jamais été plus longs qu'on ne les voit à présent. Ne

On conserve dans le Musée Borgia a Velletri un de ces petits serpent de bronze ? qui forme précisément ce peloton que l'on voit si fréquemment sur la tête des idoles égyptiennes. Ce monument a été apporté d'Egypte, (i) Pithagoras, Aurea Carmina, vers dernier.

serait-il pas plus probable que dans la sculpture la plus antique égyptienne il ne fût pas en usage de laisser le marbre percé , et que les artistes postérieurs croyant que les figures avaient dans les mains des corps solides, en auront relevé les deux extrémités? JNe serait-ce pas aussi des imagos du Phallus , emblème de la puissance productive de la divinité , emblème si commun dans la religion égyptienne ?

Le style de cette figure est égyptien , mais non de celui qui précéda le mélange qui se fit dans ces contrées avec les arts de la Grèce* Les contours des membres, la forme du visage, l'isolement des épaules et du dos, n'ont aucune ressemblance avec la manière la plus ancienne. On n'y voit pas davantage la grâce et le moelleux des manières du temps d'Adrien. La dureté des traits , particulièrement du visage , semble reporter cette figure au temps des Ptolomées , et fait croire qu'elle a été exécutée par quelque artiste égyptien qui a cherché à copier les formes grecques. Le marbre lui-même connu sous le nom de brèche violette , riche par la variété de ses taches , mais réfractaii e sous le ciseau , et qui se prete difficilement à former les contours, achevé de démontrer que cet ouvrage est égyptien. La statue a un trou sur le sommet de la tête, dans lequel on faisait entrer quelques-uns de ces ornemens qui ont coutume de terminer d'une façon bizarre les têtes égyptiennes.

Observations de V auteur^ insérées dans le tome VU de V édition de Home.

La signification phallique donnée aux bâtons que tiennent dans leurs mains fermées les figures égyptiennes, et dont il est parlé p. i 56, est tout-à-fait invraisemblale. Cette indication de bâton indique le symbole ou l'accessoire eu entier. Dans les figures grecques il équivaut k un sceptre ou à une lance ; dans les figures égyptiennes il tient lieu d'un fouet ou d'une verge ; car nous retrouvons ces attributs tout entiers dans des simulacres de bronze , dans des bas-reliefs, ou dans des peintures.

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