‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 20 sur 55 · PLANCHE XVIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XVIII

T É l .4 m o N Égyptien *•

Le simulacre colossal qu'offre cette gravure n'est pas seul , il a son correspondant ; et tous deux placés à la porte de la grande rotonde du Musée Pie , y tiennent lieu de colonnes , comme était leur première destination dans la ville Adrienne à Tivoli: on peut les regarde* comme le plus grand et le plus remarquable monument de tous ceux , en grande quantité ?

* Haut, quinze palmes et demie; sans la plinthe quinze palmes.

- retirés de cette mine féconde de précieux restes des arts antiques. Après avoir été admirés long-temps à la porte du palais épiscopal de Tivoli; après y avoir été exposés à toutes les injures des saisons , ils furent offerts au souverain Pontife par les habitans de cette commune ; mais aujourd'hui qu'ils sont placés dans le palais des arts , ils ne paraissent pas rappeler ni le goût ni la magnificence d'Adrien.

Il est démontré dans l'Histoire de l'art du dessin , que le style de ces figures n'est que d'imitation , et que si l'invention et la composition semblent égyptiennes, c'est à l'art grec qu'appartiennent les formes du nu (i). Nous nous contenterons de cette preuve , sans vouloir la confirmer par la ressemblance entre les visages de ces figures et le portrait d'Antinous. Lorsque Winckelmann y reconnut les traits du favori d'Adrien , il ne se rappela , peutêtre, pas que les deux statues Tiburtiues étaient liées à l'architecture , et servaient , suivant la désignation en usage, de Cariatides. Les portraits authentiques de ce jeune homme déifié, n'ont aucune ressemblance avec les têtes de nos statues (2). Aussi nous approuvons le docte édi-

(1) Winckelmann ; Storia delle arti del disegno ? 1. II, eh. 5 j § 10.

(2) On retrouve cette ressemblance dans quelques au-

leur romain de l'ouvrage de Winckelmann , d'avoir repoussé cette opinion dans une note savante Ces simulacres ont sur la tête une espèce de vase qui tenait lieu d'un chapiteau, et en cette qualité plus raisonnables que le beau fragment Farnesien publié par l'antiquaire Allemand (2), lequel portait sur sa tête une corbeille de joncs, objet peu propre à soutenir des poids considérables (3). Ce vase et la res-

tres monumens égyptiens, comme dans la statue du Capitole déjà indiquée par Winckelmann, et plus encore dans le buste de la ville Albani.

(1) Note (Aj de l'ouvrage.

(2) Monitm. ined. , ri. 208. Je crois cependant qu'elle servait plutôt à orner quelque jardin, et que cette corbeille ne contenait que des plantes. Que sait-on si elle n'appartenait pas à quelques belles allées près du théâtre dg Pompée, plantées en lauriers et en platanes?

(3) Winckelmann a pensé que ce beau fragment avait pu appartenir aux Cariatides du Panthéon, qu'il place dans l'intérieur de l'édifice, a l'attique qui l'entoure. Ces deux idées ne présentent rien de vraisemblable. Premièrement il n'est pas croyable que Pline ait donné le nom de Cariatides a des figures d'hommes : cette manière de parler abusive est moderne. En second lieu il semble que les Cariatides du Panthéon devaient être de bronze, parce qu'elles avaient été faites par le même artiste qui avait fait le bas-relief du tympan extérieur , qui certainement devait être en bronze. Voici les paroles de Pline, XXXVI, 4? II: Agrippae Pantheum décorant Diogenes Atheniensis , et Caryatides in columnis templi ejus probantur inter pauca operum : sicut in fastigio posila signa y sed propter altùudinem loci minus celebrata. En troisième lieu? il ne me semble pas que Wittckelmann

semblance qui existe entre ces deux figures, indiquent leur usage , et les fait aussitôt reconnaître pour deux Athlantes ou Télamons égyptiens.

On a déjà observé que cette licence en architecture , si Ton veut la qualifier ainsi , de placer des figures humaines au lieu des supports naturels , a eu en Egypte des exemples très-anciens. Les Télamons que nous examinons ne sont que de très-peu plus petits que ceux

ait deviné juste ou étaient placées les Cariatides du Panthéon. La phrase in colunmls 9 selon le laconisme de cet écrivain doit avoir une plus grande justesse et une signification plus exacte , car l'attique de l'intérieur n'est pas élevé sur les colonnes seules. Quatrièmement ; il paraît plus probable qu'elles étaient au portique , qui fut sûrement fabriqué par Agrippa, auquel travailla Diogene, et où Ton admirait d'autres ouvrages de cet habile sculpteur. Je crois qu'elles formaient une espèce d'attique sur les colonnes du portique qui en divisent l'espace intérieur en trois nefs ; dont celle du milieu avait ; comme on le voit ; son lambris plus élevé que celui des deux nefs latérales 7 et ainsi il correspond à la hauteur plus grande du faîte, ou, comme on a coutume de le dire , du tympan, La phrase in columnis dévient alors plus propre à la chose , puisque les Cariatides étaient placées au-dessus des colonnes, seulement parce que les pilastres du vestibule supportent un arc. Les mots templi ejus qui suivent, ne peuvent être un obstacle , les portiques étant si essentiels aux temples des anciens , que du nombre et de la disposition de leurs colonnes ils prenaient les noms de tetrastyle , octostyle ; etc., comme ceux d'eustyle^ pienpstyle, etc.

qui furent élevés par le roi Psametticus pour soutenir la porte du temple d'Apis , et il serait possible qu'elles ne fussent que des copies. Il se pourrait même que les Grecs en employant à cet usage les images des prisonnières Cariâtes n'eussent fait qu'imiter les édifices de l'Egypte (i). Cependant ils sont moins excusables dans cette innovation que les Egyptiens qui leur en ont fourni l'exemple. Si c'est un principe (2) raisonnable que celui de ne pas mettre

(1) "Vitruve ; liv. I.

(2) Il en est qui pensent que cette condition n'est pas nécessaire , et qu'il suffit que les figures puissent rester dans cette position 7 même très-peu de temps. Les Cariatides du temple d'Erectée à Athènes ne soutiennent que l'architrave seul. La frise qui est supprimée, indique qu'un autre pièce de bois est posée dessus : alors une simple poutre peut être soutenue facilement par quatre ou six personnes , et on peut supposer la couverture trèslégère ; par exemple de peau, de toile, etc. Les copistes plus modernes n'ont pas fait cette sage observation , et ils ont élevé des arcs immenses sur les épaules des Cariatides ou des Àthlantes courbés , comme sont ceux de la fameuse terrasse de Lanzi à Florence, construite par rOrgagna. Cet édifice par ses proportions est une des productions de l'architecture moderne la mieux entenr due, la plus grandiose, mais les membres en sont d'un mauvais goût, et ces Athlantes mesquins choquèrent le Dante, qui probablement a voulu leur faire allusion dans Jet Vers suivans du Purgatoire , X, v. i5o.

Come per sostentar solajo , o tetto , Per mensola talvolta una figura Si vede giunger le ginocchia al petto ,

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