‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 2 sur 55 · PLANCHE IL · texte numérisé non relu

PLANCHE IL

Une D a n a ï d e *.

Cette figure élégante et très-curieure , fut trouvée sous les ruines de l'ancien Forum de Preneste. Nous avons parlé déjà de cette fouille féconde en morceaux rares d'antiquités (i), et dans la suite de cet ouvrage nous avons encore de nouvelles occasions d'en parler. Avant que je hazarde aucune espèce de conjecture sur cette belle statue, il est nécessaire que je la montre à mes lecteurs dépouillée de toutes les restaurations qu'on lui a faites ; c'est-à-dire , dans l'état naturel dont on la tira du sein de la terre qui l'avait conservée, et avec les mutilations qu'elle présentait. On voyait une figure de femme sans bras , ni rien de ce qu'elle pouvait tenir, sans tête aussi; mais on avait trouvé, à peu de distance une tête assez singulière , dont la proportion convenait tout-àfait à la statue , et dont la qualité du marbre statuaire , est parfaitement conforme dans la tête et la figure. J'ai dit qu'elle était singulière à cause de l'expression de son regard

* Haut sept palmes et un quart; sans la plinthe six et trois quarts. Elle fut trouvée dans les ruines de l'ancien Forum de Preneste, dans le jardin des pères Doctrinaires de Palestrine.

(i) Tome I, pl., 6.

tout-à-fait neuve et très-signifiante* Ses yeux sont à demi-fermés , de manière que les paupières , supérieures et inférieures , sont presque rapprochées , sans cependant que la supérieure sòit étendue comme si elle sommeillait ; mais elles sont resserrées toutes deux , seulement comme si les yeux étaient oppressés par des pleurs abondantes (i). Le dos incliné, et le

(i) Ces yeux, demi-clos, sont bien différens de ceux de quelques statues vulgairement appelées de style étrusque, qui semblent ^aussi avoir les yeux entre-ouverts; mais ceci n'est pas autre chose, qu'un style ou une manière de dessin de cette partie qui est particulière à la sculpture ancienne. Winckelmann (Storia delle arti, liv. HI, ch. 5. § 4 et 5) en rapporte des exemples; il les appelle stiacciati , tirati alV insà ed intagliati al medesimo livello del sopracciglio. Dans notre statue au contraire , dont le travail est large et élégant , ces yeux sont aim* formés pour leur donner une expression. Je fais remarquer ici, avec plaisir, cette particularité des manières antiques grecques ou étrusques , parce qu'elle sert a expliquer avec beaucoup de probabilité une fable obscure racontée parStrabon, et qui est indiquée par Licophron. Le premier dit , liv. VI , qu'on voyait dans la ville d'Héraclée une statue très-antique de Pallas ( elle devait être du style que nous appelons étrusque ), que Ton disait avoir été apportée de Troie, et qui avait les yeux demi-clos: on en donnait pour motif que quelques colons athéniens ayant massacre' aux pieds du simulacre de la déesse les anciens habitants d'Héraclée qui s'étaient réfugiés près d'elle, la figure, pour ne pas voir cette horrible profanation de son sanctuaire , ferma les yeux et resta depuis toujours avec les paupières ainsi demieloses; Ttfç iïè Tpóop naroimaç Tm^piov ïtoiovf-

défaut de tout vestige qui indiquât où les bras s'appuyaient , ont fait penser qu'elle soutenait quelque poids , ce que la situation de toutes les articulations inférieures rend encore plus vraisemblable. A une femme demi-nue , que son habit peut faire regarder comme une

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deiKVvaàai âè Hai vvv xarafivop to %óavov. ^Irafiòp {lèv ovv naì tò omo (ivSévew , oare (lì? (iópov narafivcrai (paivófxsvov v naSamp nul rò èp atto- (TTpa(ptfvaù Tema top Kaaadviïpaç fìmcrybòv , aXXk Ttal Tearafivov iïeinvvo&aL « Ils apportent comme une » preuve qu'une colonie trojenne était venue à Héraclée, » la statue de Minerve Iliade qui y fut placée , et ils » racontaient cette fable ; que la déesse ferma les yeux. » lorsque les Ioniens , qui se rendirent maîtres de la » ville , poursuivirent ceux qui se réfugiaient dans lç » temple ... . ils ajoutent que la déesse se voit encore » avec les paupières baissées. C'est une grande témérité » vraiment que de mettre de telles fables en avant, au! » lieu de se contenter de dire qu'il sembla que la sta- » tue ne fit qu'entrouvrir les yeux ( comme on dit de » celle d'Ilion qui retourna le visage lorsque Cassandre •> fut violée devant elle ) , mais en soutenant qu'on la » voit encore avec les yeux demi- clos. » L'observation que Winekelmann a faite sur cette manière affectée des yeux dans les sculptures des premiers temps 7 nous donne la clef de cette tradition populaire, qui loin de provenir , comme l'assure Strabon ? d'une imposture trop hardie, dérivait seulement de ce que l'on voyait à la statue des yeux formés ainsi , mais qui dans le temps où l'art était parfait, ne parurent pas être sans signification r oa dénués de motifs.

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nymphe, il ne peut convenir qu'une urne pour Verser de l'eau ; ainsi la restauration moderne lui donna une conque ou une coupe qui fut appuyée sur un tronc , pour lui donner de la solidité. Cependant par le travail des plis que T on aperçoit encore à présent derrière le support, il est Fort-aisé de reconnaître, que dans le morceau antique il n'y avait pas de tronc, et que pour cela le vase devait être de métal. Ce fut ainsi qu'on forma l'ensemble d'une nymphe pleurant, à-peu-près telle qu'elle avait pu sortir du ciseau du sculpteur ancien. Alors commença à se fonder , en l'observant , line nouvelle opinion , que cette belle figure de marbre n'était pas une nymphe , mais une des fameuses Danaïdes. La conque parut faire allusion au supplice auquel elles étaient condamnées dans les enfers, où elles sont occupées continuellement à remplir d'eau un vase qui est sans fond (i); et les pleurs semblèrent convenir aux remords de leur crime , et au tourment continuel de leur supplice. On pouvait aussi conjecturer que c'était une de ces nymphes qui versèrent tant de larmes à cause de la mort de Marsias , qu'elle donnèrent la naissance à un fleuve qui porta le nom de ce malheureux musicien (2) : et il y avait appa-

(1) Nous parlerons plus longuement de cette fable «Hans l'explication des bas-reliefs de notre Muse'e.

(2) Ovide , Metamorph. , liv. V.

rence que cette figure ornait quelque fontaine: les feuillages bacchiques sculptés par le restaurateur sur le support du vase , ont rapport à cette idée. Mais le peu de vraisemblance que ce support pût servir à faire passer la coiiduite de Feau , et la connaissance que nous avons qu'il existait de belles statues des Bélides dans un lieu le plus remarquable de Rome, c'est-àdire dans le portique d'Apollon Palatin , me détermine à proposer cette dernière dénomination. On n'ignore pas avec quel soin les colonies et les municipes anciens imitaient dans leurs édifices publics , les situations , les dessins , les ornemens des forum , et des temples des Romains (i).

(i) On sait que les colonies avaient jusqu'à leur Capitole ; et à ce propos il est bon de rapporter une inscription qui fut trouve'e aussi dans les fouilles qui eurent lieu à Falëron dans la Marche 7 par ordre du Souverain, et qui est conserve'e dans le Muse'e Pie-Clémentin. La voici :

IMP • CAESARE TRAIANO • HADRIANO AVG • HI • COS

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