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des figures humaines dans des lieux où il leur serait impossible de rester continuellement pendant du temps sans changer de position, ce fut à tort que les Grecs employèrent des figures de femmes pour soutenir des fardeaux t que les Egyptiens ne faisaient supporter que par des figures colossales de démons, dont leur théologie était fort-riche. Ces simulacres, en portant les architraves des temples, inspiraient une terreur sacrée à ceux qui en approchaient, et imprimaient dans les esprits une forte idée de la puissance du dieu qui avait assujetti à cette fonction servile des êtres surnaturels. Cette idée donnait alors une apparence de vraisemblance à un parti si bizarre d'architecture. Mais les motifs et le but des modèles se perdirent dans les imitations qu'on en fit, en voulant substituer des êtres vrais, réels, comme les femmes de la Carie, à des êtres de fantaisie tels que les employèrent les Egyptiens.
Les Àthlantes et les Télamons de l'architecture grecque , lorsqu'ils représentèrent des personnages mythologiques , furent moins déplacés que les Cariatides. Lorsque Vitruve (i) a voulu nous apprendre que les Grecs appelaient Athlantes ces figures auxquelles les Latins donnaient le nom de Télamons, il eut dû plutôt dire qu'en
La quai fa del non ver vera rancura Nascer a chi la vede ec.
(i) Vitruve ? liv. I; ch. i*
Italie on appella Téïamons ce qui dans la Grèce orientale était nommé Athlantes. Les noms sont également grecs \ car, quoique l'architecte romain ait regardé comme impossible de trouver le sens propre du mot Télamon, il est certain qu'il signifie soutien (i). Mais Vitruve nous avait déjà prévenus de son ignorance en tout ce qui n'appartenait pas à sa profession , et son inexactitude , même lorsqu'il s'exprime dans cette partie, nous eût dévoilé cette ignorance sans qu'il l'eût avouée ; et cela malgré ceux qui se glorifient plutôt de l'admirer, que de savoir le lire et le comprendre , en ont l'idée la plus avantageuse.
(i) On a déjà remarqué cela dans TÉtymologicon de "Vossius qui s'est appuyé de l'étymologie du mot grec lEk&fjbàv , qui veut dire soutien du bouclier. On peut ajouter qu'il est inutile de chercher un verfce reÀdQ synonime de rÀâ& , parce que Telamon est la mêmechose que rûâfiov , avec une espèce d'e muet entre les deux premières consonnes -, usage qu'avaient les plus anciens Grecs en écrivant, dans les cas où deux consonnes se réunissent sans une voyelle intermédiaire. Je puis citer en témoignage les inscriptions d'Amyclée expliquées par l'abbé Barthélémy dans les Mémoires de VAcad. des inscrip.y t. XXIII, p. 3g4, où on lit AMOKEA. pour AMTKA , KAPAAEPI2 pour KAPÀAPIS , API-
2KTOMAX02 pour APISTOMAXOS, et semblables. On dit plutôt Telamon de tXdliQV , que Telemon de iKrifjLQV* parce que c'est ainsi que le prononçaient les Grecs d'Italie, qui n'employèrent presque pas d'autre dialecte que le dorique.
Revenons à nos colosses : ils étaient probablement placés à l'entrée du Canope dans la ville Adrienne, et ils donnaient à cet endroit, en inspirant une crainte religieuse, l'aspect d'un lieu enchanté rempli de la présence de quelque divinité puissante. La belle couleur rouge du granit augmentait encore , sans doute , cet effet mystérieux, sans nuire au travail de l'habile sculpteur ; quoique le comte de Ca^lus , qui ne se figurait pas des simulacres de si grande dimension, ait cru que cette qualité de marbre ne pouvait être d'aucun usage pour la sculpture (i).
Afin de ne rien laisser à désirer sur tout ce qui peut avoir quelque rapport à la signification mythologique de nosTélamons, je pourrais dire combien il était à propos que l'on plaçât sur leur tête des vases , puisqu'ils devaient servir à l'ornement de l'entrée du Catiope , dont la divinité principale présidait à l'élément acqueux, ou qui était, suivant l'opinion de quelques-uns , l'emblème du Nil ; ou plutôt, suivant l'opinion que je crois plus juste, le symbole de ce fluide qui était regardé dans les anciennes cosmogonies comme le principe de l'univers, et dont on retrouve des traces
(i) Cayluç, Recueil. y tom. III, pl. VIII ; n. 2: Cette -pierre ( il parle du granit rouge ) ingrate pour le travail, rendrolt les plus beaux ouvrages désagréables et choquans\
dans la Genèse. Les deux Télamons seront donc deux Agatodémons ou bons Génies, qu'il convenait de placer à l'entrée du temple d'un dieu bienfaisant , et le petit serpent que chacun d'eux a sur le front leur donne le vrai caractère, comme nous l'avons fait remarquer k la figure précédente.
Observations de l'auteur, publiées dans le tome Vil de l'édition de Rome*
J'ai proposé à la note (3) de la page 169 mes conjectures sur le lieu précis du Panthéon d' Agrippa, où étaient les Cariatides de bronze dont parle Pline; et j'avais pensé qu'elles pouvaient être placées sur les colonnes intérieures du portique où la corniche était plus élevée. Après avoir examiné davantage cet édifice et l'arc qui était au-dessus de la porte du temple , il me semble que cet espace avait été couvert par une espèce de voûte a plein-cintre exécutée en bronze, et que par ce motif les Cariatides ne purent y exister, de sorte qu'elles auront dû être placées sur les colonnes de la décoration intérieure , en supposant que l'édifice n'ait pas eu la disposition que nous lui voyons à présent, par les restaurations qui ont été faites successivement.
J'ai dit à la page i63 que Vitruve s'était mal expliqué en nous disant que les Latins appelaient Telamone s ces figures d'hommes qui
soutenaient, et qui furent appelées par les Grecs Atlantes -P je devais me borner à dire que le mot Telamone s avait son etimologie grecque, sans assurer que ce n'était pas une parole latine, puisque beaucoup de mots de cette langue avaient une origine grecque.
Une voyelle entre deux consonnes dans un mot est un accident , dont on trouve des exemples dans toutes les langues , c'est ainsi que du grec Àsclepios s'est formé le mot latin Aesculapius. Quant aux inscriptions d'Amyclée , ou l'on rencontre de semblables voyelles placées dans beaucoup de syllabes, je ne voudrais pas m'appuyer sur un exemple tiré d'un monument dont l'authenticité n'a pas encore été établie contre les doutes fondés par M. Richard Payne.