‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 22 sur 55 · PLANCHE XIX · texte numérisé non relu

PLANCHE XIX

La religion de Zoroastre simple , douce en Perse , où elle prit sa naissance , changea de

* Hauteur six palmes ? dix onces et demie avec tout le globe ; de la tète aux pieds cinq palmes, trois quarts. La tête est moderne ; un fragment antique cependant fait voir que ce devait être une tête de lion ; les ailes et les extrémite's sont aussi une restauration ; mais on a

mode en changeant de climat, et devint dans l'occident, superstitieuse, mélancolique et cruelle. Les mages rendaient un culte au Soleil soit en le considérant comme l'image et le ministre du créateur , soit comme le dieu qui donnait la vie à la nature , et ils l'adoraient sous le nom de Mythras, qui signifie amant ou bien.' faisant (2). cette épithète passa peu-à-peu pour le nom propre de ce dieu, dont les cérémonies venues de l'étranger, figurèrent pendant quelque temps dans l'empire romain sur les ruines de la mythologie grecque. Nous trouvons beaucoup de particularités sur ce culte dans les écrivains chrétiens qui l'avaient en

trouvé dans le dos deux trous à l'endroit où étaient les ailes ; les autres parties ont été remplacées d'après les monumens qui sont conservées dans Ja ville Albani.

(ï) De cette étymologie proposée et prouvée par Thomas Hyde y de relig. vet. Pers. } ch. IV, je tire la véritable interprétation d'un passage d'Hérodote, 1. 1, ch. i5i, qui a été accusé d'erreur jusqu'à présent 7 ou mal entendu. Il dit que les Perses adoraient Vénus sous le nom de Mythras. Monseig. de la Torre; Mon. vet. Antii, part. If, ch. '2 y après avoir rapporté les diverses opinions inadmissibles des philologues7 pour rendre raison de ce nom , conclut qu'Hérodote est tombé dans un erreur d'équivoque en confondant le Soleil avec Vénus. Néanmoins il est très-vraisemblable que l'épithète Mythras, Mihr dans l^original, qui veut dire amant , ait été donnée fort-àpropos à là déesse des amours, comme on a pu la donner au Soleil pour indiquer sa puissance bienfaisante sur notre globe,

horreur, et les écrivains payens nous en fournissent aussi quelques-unes. Themistius nous apprend (i), qu'en outre des images ordinaires qui représentent ce dieu en habit persan , Indignata sequi torquentem cornua Miti h ara y il y en avait d'autres mystérieuses que Fon ne montrait qu'aux initiés. Je crois que cette statue sera une de ces dernières images.

Il est hors de doute qu'elle est relative au Soleil. Sans parler de l'assemblage de tant de symboles, les quatre signes des solstices et de l'équinoxe que l'on y distingue, démontrent suffisamment son rapport avec cet astre. Je pense qu'elle appartient plutôt au Soleil que l'on adorait sous le nom de Mythras, avec des cérémonies superstitieuses, qu'a Osiris, ou pour parler plus juste, à Horus , suivant le culte égyptien, et je m'appuye en cela de beaucoup de raisons. Le témoignage de Luttatius scoliaste de la Thébaïde (2) qui décrit Mythras leonis <vultu, est d'un grand poids. Nous y joindrons Porphire (3), qui assure que le lion est le symbole des mystères mythriaques; S. Jérôme (4)* qui parle des simulacres monstrueux de l'antre

(1) Themistius } Oraîs. XX, in Patr.? pag. ^55; ed. Hardouin.

(2) Luttât., ad Stat. Theb., I, à la fin,

(3) Porphire, de abst.? IV, 16.

(4) S. Je'rôme en ep. ad Laetam : Gracchum cum praefect uram gereret urbanam 7 nonne specum Mithrae , et omnia portentosa simulacra subvertìt ?

de Mythras ; les inscriptions qui font mention des Léontiques (i), nom particulier de quelques cérémonies du culte de ce dieu persan ; enfin la découverte que l'on a faite de figures semblables à la nôtre dans une caverne qui était le sanctuaire consacré à cette barbare religion (s). L'objection qui pourrait naître de la différence de cette image avec celles plus ordinaires , qui représentent Mythras , a été déjà pressentie, et nous y avons répondu en disant, qu'il y avait deux espèces de simulacres My~ thriaques , d'où l'on peut conjecturer que celui-ci est un de ceux que l'on cachait, et qui ne se révélaient qu'aux initiés par les ministres de ces mystères sanglans.

Ceci supposé, il n'est plus difficile de suivre l'examen de tous les symboles du simulacre et de les reconnaître comme solaires et mythriaques. L'attribut que l'on retrouve constamment à toutes ces images , lorsqu'elles sont entières , c'est une clef: elle pourrait convenir aussi à Osiris , dans la supposition seule que le Tau égyptien serait de même une clef; supposition que nous avons démontrée être inadmissible. Mais la clef convient à Mythras, puisque dans les mystères il est question, selon ce que dit

(1) Gruter, pag. 3o3 et 1087.

(2) Montfaucon, Diar. tal, pag. 1845 Raffei^ Osseiv., ec, pl. III et IV.

Gelse (i), des sept portes par lesquelles devaient passer les ames des mortels. La tête du lion est le symbole de la vigueur du Soleil qui se manifeste avec plus de force sous ce signe; le serpent qui l'entoure fait allusion à l'année qui serpente sur l'écliptique. On le voit entor^ tillant de même une figure ailée sur plusieurs bas-reliefs de Mythras (2). Les ailes indiquent la rapidité du cours apparent du Soleil ; elles sont, peut-être, semblables à celles du corbeau ou du griffon , animaux consacrés dans les idées superstitieuses de ce culte (3) : le globe placé à ses pieds dénote Fempire du monde , et on le trouve souvent aussi sur des pierres gravées , faisant allusion à cette divinité. Les signes zodiacaux des solstices montrent le terme de son cours , et les équinoxiaux étaient regardés, dit Porphire (4)> comme le séjour de Mythras.

On peut voir une plus longue explication de tous les attributs indiqués dans l'ouvrage de l'abbé Raffei (5), qui les rapporte au Soleil et à Osiris ; et on peut appliquer à cette interprétation du simulacre de Mythras ce qu'a

(1) Celse dans Origene, contra Cels., liv. VI, p. 290, Hyde, ouv. déjà cite', pag. koi et suiv.

(2) Beger, Spicilegi pag. 99.

(3) A. Turre, Monum. vet. Antiï } part. IL

(4) Porphire , de antro Nympharum , p. 265.

(5) Raffei, 1. c.

dit monseig. della Torre de Guthieres sur les superstitions attachées au culte de cette divinité (2).

Cette sculpture est d'un style misérable ; on peut l'attribuer au troisième siècle , lorsque la superstition et le despotisme avaient fait passer dans toutes les ames un système d'avilissement qui s'étendit même sur l'imagination des artistes; et lorsqu'il sembla que les beaux arts de la Grèce qui avaient brillé dans l'occident , en avaient été bannies par la défaveur répandue sur les fables grecques.

Observations de V auteur , publiées dans le tome VII de l'édition de Rome.

M. Zoega dans les bas-reliefs de Rome , pl. 59 , prétend que ces images mystérieuses avec une tête de lion ne représentent pas Mythras, lequel considéré comme le Soleil, peut être le symbole du temps , de l'année et du siècle , mais bien le dieu Eone ou le Siècle , différent de Mythras et même de Chronus, qui est le temps. Ses conjectures sont établies par une érudition abondante et bien choisie , et son opinion est que le Scoliaste de S tace s'est mé-

(1) Egregiam iisdcm operam navavit Gutherius , cui tantum aliquid de laude demas , quod ad sacra Isidis et Osiridïs perttnere voluerit. À Turre ; ouv. cilé, part. II , ch. 5.

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pris en donnant une figure de lion à MytWas,

ce qui forme la meilleure preuve de l'interprétation que j'ai donnée.

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