‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 23 sur 55 · PLANCHE XX · texte numérisé non relu

PLANCHE XX

Cette statue et les suivantes qui représentent des divinités du paganisme sont placées ici comme supplément, n'ayant pas pu être insérées dans le lieu qui leur convenait , ou parce qu'elles ont été découvertes dans des fouilles postérieurement faîtes , ou parce qu'elles ont été depuis achetées par le souverain Pontife. Cette riche collection s' augmentant de jour en jour, nous nous trouverons, peut-être, obligés encore par la suite de faire de nouveaux supplémens qui ne pourront qu'être agréables au lecteur , lequel trouvera l'ordre rétabli dans un index historique et mythologique, placé à la fin.

La belle statue que nous présentons est, quant aux draperies , à peu-près , une copie antique de la superbe Junon que nous avons donnée dans le premier volume (i). Elle paraîtrait égale-

* Haut, neuf palmes , trois quarts j sans la plinthe neuf et un quart, (i) Tome l, pl. IL

ment une copie dans la tête j mais celle qui lui a été rapportée appartenait à une copie antique de la Vénus de Praxitèle (1), et le diadème qu'on lui a ajouté pour ornement , la rend plus convenable à une Junon. Toutefois il ne me répugnerait pas de la nommer une Vénus habillée , comme elle était représentée suivant l'usage le plus ancien. Ce simulacre ornait les thermes d'Otricoli (2). Il est traité d'un bon

(1) V# tome premier ; pl. X.

(2) Les édifices de cette colonie , qui n'était pas une des plus distinguées ; offrent dans leurs ruines plus de magnificence que Ton n'en pourrait trouver dans beaucoup de villes modernes plus considérables. On a publié plusieurs de ces monumens avec leurs pians et les coupes dans une agréable journal intitulé Notizie dell9 antichità e delle belle arti di Eowa. Je donne ici l'inscription ; un peu endommagée; qui se lisait a l'entrée de ces thermes :

IMP • CAESAR • DIVI • HADRIANI • FIL • DIVI - TRAI ANI • PARTHICI • NEP • DIVI • Nemze

PRONEPOS • T • AELIVS • HADRIANVS • AN- TONINVS • AVG • PIVS • PONTIF • MAX • - TRIB • POTES • • •

THERMAS • m • QYARYM • EXSTRVCTIONEM - DI VOS • PATER - S WS • HS • IXXl (*) POL- LICI//juerat

ADIECTA • PECYNIA • QYANTA • AMPLIVS - DESIDERABATVR • ITEM • MARMORIBVS - AD • OMNEM • Ornatum

(*) ( vicies centena millia ) Si l'on confronte cette inscription avec une autre du'

goût; il conserve assez bien les idées principales de l'original , quoiqu'on y remarque de la différence dans la finesse du travail et dans quelques parties.

Cet usage de répéter les ouvrages célèbres au lieu d'en commander à des artistes médio-

même Antonin le Pieux qui est a Pozzuolo, et qui a été publiée par Martorelli, Th. Cal., liv. II, p. 582 ; et ensuite par le célèbre abbé Morcelli , de stilo inscript. , liv. I , part, i , ch. 4 ; on verra par une analogie bien claire que Y opus prontissimi de cette dernière est la même chose que opus quod quis fuerat pollicitus , contre Favis du philologue Martorelli. La voici, pour qu'on en voye la ressemblance:

IMP * CAESAR • DIVI • H ADRIANI • FIL DIVI • TRAIANl • PARTHJCÏ • NEPOS

DIVI - NERVAE • PRONEPOS T • AELÏVS • HADRIANVS • ANTONINVS . AVG • PIVS • PONT • MAX TRIB • POT • II • COS • Ii : DESIGNAT • III • P • P OPVS • PILARVM ; VI • MARIS - CONLAPSVM A • DIVO • PATRE ■ SVO • PROMISSVM RESTITVIT

Le motif pour lequel on doit entendre PROMISSVM pour PORRECTVM, prolongé, est qu' Antonin ne pouvait réparer un ouvrage seulement promis et non exécuté par Adrien. Mais la promesse était précisément celle de rétablir le môle, qui avait été renversé par la mer, comme si on lisait RESTITVI PROMISSVM RESTITVIT. On remarquera que notre inscription d'Otricoli se sert d'un terme plus propre , celui de polliceri , puisque le mot propre qui exprimait les promesses faites au public était pollicâationes.

cres de leur propre invention, était très-favorable aux beaux-arts ; il conservait le bon goût général , en accoutumant les yeux à ne sè porter que sur des belles choses.

Observations de U auteur , insérées dans le tome VII de Védition de Rome.

Il faut observer que la ressemblance des draperies de cette statue avec celles de la Junon Barberine ( tom. I , pl. 2 ) n'est pas absolue j on y aperçoit seulement quelque analogie-

PLANCHE XXL Junon Lanuvina *

Ce monument intéressant qui ornait le vestibule du palais Paganica , était assez mal entretenu par la négligence de celui qui le gardait , et gâté par le temps , lorsqu'il fixa les regards de Winckelmann qui en parle dans deux endroits de ses monumens inédits. Il ne se trompa pas en le désignant sous le nom de Junon , qu'il jugea devoir convenir à la déesse représentée dans ce marbre, mais il ne saisit pas, en la comparant avec des médailles romaines , le caractère

* Haut, douze palmes , dix onces j sans la plinthe douze palmes ; trois onces.

particulier sous lequel elle était exprimée. Ce qui le surprit, fut cet habillement d'une peau, qu'il crut de lion , lequel après avoir couvert la tête de la déesse, vient s'attacher sur sa poitrine et descend autour de la taille, a guisa d'un giub* bone oltramontano , « en forme d'une jupe eu » usage par de-là les monts , » et enfin est lié sur les flancs par une large ceinture (1). Comme ce savant était plus versé dans les antiquités grecques que dans les romaines , ses idées se portèrent sur une Junon appelée Vnùvri , Rhione ou cPwóv4 , Bhinone , peut-être à cause d'une peau qui la couvrait, dont on parle dansl'étymologicon. Mais s'il avait considéré que l'on aperçoit sur la tête les cornes d'une chèvre , rompues à la vérité, mais encore assez évidentes, il n'eut pas tardé à la reconnaître pour la Junon Sispita ou Sospita , c'est-à-dire Sauveur des habitans de Lanuvium, représentée sur tant de médailles romaines (2), et avec la peau attachée de même par une ceinture et posée sur le corps, comme Winckelmann l'a remarqué avec surprise. On ne balança pas donc pour chercher quelle était l'action et les ornemens que l'on devait

(1) Winckelmann , Monum. ined. 7 pag. i5.

(2) Sur les médailles des familles Cornifitia ; Pappia 1 Procilia, Roscia, Thoria, sur celles d'Antonin le Pieux. On voit dans le Thes: Morelli cette déesse représentée sur les médailles de la famille Procilia avec la peau disposée et attachée comme cçllç de notre monument.

rétablir en la restaurant , parce que les deux bras et les pieds manquoient , et on lui rendit le bouclier, la lance , les souliers relevés de la pointe , attributs sans lesquels , dit Cicéron, il n'était pas possible de se représenter Junon Lanuvina (i). On n'a fait en cela que copier les médailles; et l'indication du mouvement des bras se prêtait si naturellement à l'intention du restaurateur, que je ne doute pas que cette figure n'ait été anciennement offerte à la vénération publique telle que nous la voyons aujourd'hui.

Le serpent que Ton a ajouté au-bas de ses pieds a été pris dans les mêmes modèles. On vénérait ce serpent à Lanuvium, et l'on prétendait qu'il habitait dans un antre où tous les ans une jeune fille descendait pour lui porter à manger. Cette cérémonie est représentée sur les médailles romaines et élégamment décrite par Properce (2). La peau de chèvre dont Junon est couverte en guise d'armure , est , je crois, celle de la chèvre Amalihée , dont les dieux se servaient pour leur défense, et dont les poètes grecs ont armé Jupiter et Pallas. Virgile donne à Junon des armes et un char (5), en parlant de Carthage, ville qui lui était consacrée

(1) Cicer. ; de nat. Deor., I, 29: Cum pelle caprina 7 num hasta , cum scululo , cum calceolis répandis»

(2) Sur- celles de la famille Papia. Properce; IV, i&

(3) Virgile, Aen., \y v. -io.

Musée Pie-Clém. Yol. IL 12

hic illius arma.

Hic currus fuit ; et les médailles romaines nous présentent aussi Junon Lanuvina armée et montée sur un char (t)J Le surnom de Sispita peut également se rapporter aux armes quelle tient (2) comme pour défendre les peuples ses adorateurs , et au serpent, symbole de la santé, qui rampe à ses pieds.

Le style de cette figure sent l'imitation. On a voulu lui conserver l'idée de l'ancienne statue de la Junon Lanuvina , en lui donnant cependant quelques-unes des grâces élégantes de l'art grec. La disposition de la peau (3) et celle de la tunique , là manière affectée des plis, nous rappellent ce st^le ancien, auquel on avait donné le nom de Toscan. La douceur

(x) Médailles de la famille Procilia.

(2) Les peuples belliqueux donnaient des armes à leurs divinités. De même les Sabins adoraient Junon Curites, qui voulait dire armée d'une lance. Catón; Orig. Servius, Enéide, lieu cité; nous a conservé un fragment de prière tiré des cérémonies Tiburtines ) on y prie Junon Curile ainsi: Curru, clypeoque tuere meos curiae vernulas sane.

(5) Le beau puteal ou autel rond du Musée Capitolili., où sont sculptées douze divinités } offre un Hercule avec la peau de lion disposée de la même manière , excepté qu'elle n'est pas ceinte, Museo Capii. 7 t. IV,. pl. XXIL Le savant abbé Lanzi examinant le marbre grec de ce monument a conclu qu'elle est d'un style tosc'an , mais que le travail n'est pas étrusque.

cles traits du visage , le moelleux du travail , nous indiquent un temps, où les arts avaient déjà acquis un goût de la plus grande élégance et rempli de grâces. Je suis resté incertain si je . ne devais pas en fixer l'époque aux derniers momens de la république romaine , qui comptait dans les premières charges de sa capitale (i) des personnes nées dans Lanuvium , de sorte qu'elles purent consacrer dans Rome des simulacres de la déesse protectrice de leur municipe, déesse qui exigait en outre dans les cérémonies romaines une vénération particulière (2). Un autre parti se présentait à prendre, celui d'en rapprocher l'époque au temps d'Antonin le Pieux, né à Lanuvium (3), et qui ayant été par sa dévotion comparé à Numa, aura voulu honorer la déesse tutélaire de sa patrie. En effet nous trouvons sur ses médailles la Junon Sispita. Mais ce sont ses médailles elles-mêmes qui me font préférer la première de ces deux opinions, parce que je remarque sur leurs empreintes que la déesse a bien tous les attributs qui se trouvent à ses images les plus anciennes , mais qu'ils sont disposés sur les médailles avec plus d'art et plus de grâces (4)-

(1) Murena, consul après Cicéron 7 et que celui-ci défendit ; e'tait de Lanuvium. Cic.; prò Muraena , 41*

(2) lunoni Sospitae omnes Consules facere necesse est. Cicer. ; 1. c.

(5) Capitolin en T. Antoninus Pius.

(4) On peut rapporter au temps d'Antonin le Pieu^

Ce sera donc plutôt l'ouvrage de quelqu'un de ces artistes grecs qui vinrent à Rome, vers

la statue Capitoline, sur la base de laquelle est écrit: FVNO LANVMVINA. La peau de chèvre qui lui couvre les* épaules a échappé aux observations de Fauteur, qui a décrit ce Musée 7 Museo Capitol. , t. III, pl. 5. Il faut fendre cependant à Thésée la prétendue tête de jeune femme couverte avec une peau de taureau , que l'abbé Bracci a prise pour une peau de chèvre , et qu'il a attribuée à Junon Lanumvina , Comment, de antiq. sculpt.} pl. 48. Cette tête, si on l'examine dans l'empreinte de soufre, a la forme mâle de même que les cheveux > de plus on lui voit près de l'oreille un léger poil de barbe 5 et enfin les cornes de la peau, qui la couvre , ressemblent à celles d'un petit taureau. Stosch ne s'est pas éloigné de la vérité en croyant y voir Thésée orné des dépouilles du taureau de Marathon -, elles pourraient encore appartenir au Minotaure , qui est représenté avec une tête de veau dans une peinture d'Herculanum, et qui sur un vase étrusque rapporté par Winckelmann , a aussi les pieds de devant du boeuf. La beauté qui distingue le profil de cette tête conviendrait à Thésée qui fut pris pour une jeune fille à Athènes par ceux qui construisaient le temple de Delphes ( Pausan. , I , 19 ), et cela dans l'âge précisément qu'il avait lorsqu'il terrassa le Minotaure , et qu'il inspira de l'amour aux I deux filles de Minos. Si la médaille de Thésée qui fut frappée à Nicea offre des variétés dans les traits , cela ne provient que de la différence de l'âge où il était parvenu lorsqu'on le grava. D'ailleurs je ne dirai jamais que sur cette médaille c'est Hercule qui est représenté au lieu de Thésée, comme l'assure le même abbé Bracci, alléguant pour preuves , des médailles avec des noms de ; rois, et des images de divinités. Cela ne pouvait venir j à l'esprit de personne , à moins d'être dans le cas de nç j

la fin de la république, sur un théâtre plus vaste pour leurs talens , d'autant plus que les maux qui affligèrent Athènes, lorsque Sjlla y porta les armes , avaient , pour ainsi dire , banni les lettres et les beaux-arts de leur berceau. Cet artiste l'aura exécuté pour quelque personnage né à Lanuvium : car il ne me paraît pas croyable que ce simulacre ait appartenu au temple de Junon Sispita sur le Palatin, où la famille Paganica avait de beaux jardins; ceLi me paraîtrait d'autant plus difficile , que du temps d'Ovide il ne restait plus de vestiges de ce temple (1). Cette statue, presque colossale, est faite de plusieurs morceaux d'un marbre gree très-fin.

pas comprendre la différence de signification 7 qu'admet l'épigraphe , à l'accusatif , de cette médaille : 0H2EA PÎ1KA1EEIS: Theseum Nicaeenses ( honorant) > et celleci au génitif: ANTIOXOÏ , IITOAEMAIOÏ etc., qui indiquent seulement le souverain a qui appartient la monnoie.

(i) Ovid.; Fast. , II, v. 55 :

Principio mensis Phrjgiae contermina ma tri

Sospita delubris dicitùr aucta novis , Nunc ubi sunt , quaeris 9 illis sacrata kalendis

Tempia Deae ? longo procubuere die»

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