‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 24 sur 55 · PLANCHE XXII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXII

Minerve *

La statue de Pallas qu'offre notre gravure est intéressante par l'attitude heureuse et naturelle qui nous exprime le caractère belliqueux et farouche de la vierge guerrière , et en même temps l'etymologie de son nom grec Pallas j et du latin Minerve. Si celui-ci a tiré son origine de la fureur militaire, ou de l'aspect menaçant de la déesse (i), on ne peut trouver une figure qui puisse mieux représenter Minerve arance de sa lance, avec laquelle elle renverse des légions entières de héros :

........ tô dâjjbvriGi an^aç âviïpov

<HpÓG)v oìaiv re no%im£nm oèpt^ioTtarp^ (2). Si le premier nom lui a été donné à cause de

* Haut, sept palmes à-peu-près ; sans la plinthe six palmes y huit onces.

(1) Festus 7 v. Minerva y dit que Cornificius tirait le nom de cette deesse ; quod fingatur, pingaturque minitans armis. Ciceron, de nat. Deor., II, assure qu'elle fut ap* pele'e ainsi quod minaretur. Peut-être que la véritable origine du nom Minerva ou Mcnerva, se trouve dans le mot grec fisvoç^ animi ardor , impetus animi concitati*

(2) Homère, Iliade E} v. 7^ :

. . . . . prese la picca Gravosa, grande e forte, colla quale D" uomini eroi doma le schiere, a cui Vi forte padre la figlia s9 adira (Salvini ).

la puissance avec laquelle elle brandit et lance ( ftd/t/Lew pailein ) cette arme terrible , on ne connoît aucune autre statue qui nous la fasse voir dans une telle attitude parcourant, comme dit Homère , les rangs de la battaille (i);

àva 7Vto?J{ioio ye(pvpaç.

La déesse a tous les attributs ordinaires , le casque, le bouclier argolique (2), au centre duquel (umèo) est représentée l'égide qu'elle porte sur la poitrine. L'égide dont Jupiter faisait son bouclier, se voit sur une'pierre gravée dans Winckelrnann (3). Elle est disposée en forme de manteau sur le beau camée de la Sainte Chapelle de Paris , lequel représente l'apothéose d'Auguste (4)-

Il est bon de remarquer que l'on voit rare-

(1) Minerve est aussi représentée sur les médailles grecques des Mamertins, dans l'altitude d'une personne qui combat. Magnan. , Bvuttia Numismat. , pl. XLIV.

(2) Nous avons démontre dans le tome I ; pl. IX 7 note (5) qu'on avait donné le nom d'Argoliques aux boucliers de celte forme. Peut-être en donna-t-on un pareil à PallaS; parce que les armes fabriquées à Àrgos étaient les plus estimées: Ortha d' àrf Apyeoç. « Les armures » guerrières d'Argos ; » dit Pindare cité par Athénée^ I? 22. On prétend que ces paroles sont tirées d'une ode Pythique en l'honneur de Hieron ; et cependant on ne les trouve pas à présent dans aucune des trois odes des Pythioniques composées pour ce souverain.

(3) Monum. inediti , n. g.

(4) Montfaucon, tom. V; part. I, pl. 127.

ment les dieux représentés dans une action de mouvement marqué. Cette expression ne se rencontre presque jamais que dans les figures de Diane chasseresse, de la guerrière Minerve, et de Cupidon lançant une flèche. Il m'était d'abord venu à l'idée que ces simulacres si expressifs comme celui-ci , pouvaient plutôt s'attribuer a Enyo , 'Ei>## . déesse de la guerre , où la Furie elle-même présidant au carnage : mais l'égide qui lui sert d'attribut m'a fait abandonner cette conjecture, d'autant plus que l'attitude menaçante de la statue correspond parfaitement à l'idée que les payens s'étaient fait de Minerve et aux noms qu'ils lui donnèrent.

La statue d'un travail au-dessous du médiocre ne nous a conservé que le beau mouvement de l'original.

Page 1