‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 25 sur 55 · PLANCHE XXIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXIII

Vénus victrix *<

Cette charmante figure est aussi sortie des fouilles d'Otricoli, mais en si mauvais état, qu'il était très- difficile d'en reconnaître le sujet. Deux observations m'engageaient à la croire une Vénus avec les armes , comme on les lui voit

* Haut, sans la plinthe sept palmes ; avec la plinthe sept palmes ; trois onces et demie.

quelquefois sur des médailles impériales avec le titre de Victriœ (i). La première observation, c'est que la statue avait sa tunique tombante de sa gorge avec une négligence voluptueuse , mode que les anciens employèrent trèssouvent dans les figures de Vénus vêtue , et qui se remarque particulièrement à la Vénus V^ictrix avec des armes, sur le revers des médailles de Jules César (2). La seconde observation avait lieu par rapport au fragment de pilastre ou de petite colonne, sur laquelle est placé un casque , et que l'on voit accompagnant de pareilles images de Vénus, sur les pierres gravées et sur les médailles , cette colonne ne pouvant avoir d'objet que de supporter quelque partie d'armure que cette Vénus montre (3). Cette sta-

(1) Sur les médailles de Ju'ia Pia elle est inlitule'e Venus victnx; sur celles de Jules César, elle tient dans sa main une Victoire. Thes. Mo rei. , Gens Julia , pl. II.

(2) Comme il pouvait arriver facilement que par le mouvement la tunique tombât de-dessus les épaules, les femmes grecques avaient coutume d'ajouter à leur habillement le peplum proprement dit, ou Y d^e^ÓVlOV , amiculum , qui servait à couvrir le sein, et qui souvent avait des manches fort-courtes qui s'attachaient sur le bras avec des boucles. Musée le grammairien , dans le poëme des amours de Léandre et He'ro , fait allusion à cette chute de la tunique, quand il nous décrit l'embarras où se trouvait Héro en parlant à Léandre, v. 162:

aî^o^êvri (Se

HoTiTiaxiQ âjjb(p QfjLOiGiv eòv Ivvèfipye %iTQVa.

et tout en rougissant

Elle relevait son vêtement sur ses épaules.

(3) Cet usage de poser les armes près des colonnes ou

tue fut donc restaurée d'après cette idée , et pour faire allusion à son épithète de victorieuse on lui ajouta la palme qui se voit dans beaucoup de monumeçs.

Si la fable employée par Virgile introduisant Vénus qui apporte à son fils Enée des armes forgées par Vulcain , n'était pas de sa propre invention , mais que comme beaucoup d'autres qui se trouvent dans son poëme, celle-ci eût été connue avant qu'il eut fait l'Enéide , il y aurait lieu de croire que par cette fable il ait voulu adresser un compliment à Jules César lui-même , qui descendant de Vénus et vainqueur , était comparé à un nouvel Enée , que la mère des armes célestes avait donné à Rome. Mais on voit dans cette épisode de Virgile une

même dessus ; nous est en partie indiqué par Homère ; Odissea Ay 127, il Test aussi par l'épigramme placée par Pyrrhus sur les armes des Macédoniens qu'il fit suspendre dans le temple de Jupiter Dodonéen , Pausan. ; I; i3. Mais les monumens anciens nous offrent beaucoup de ces espèces de colonnes ou pilastres sur lesquels on posait le casque et les autres pièces de l'armure. On peut voir la Vénus victriçc dans Leonardo Agostini ? Gemme, t. II, fig. 4^, et de même celle des médailles de Julia Pia. Néanmoins il n'est pas de monument ancien qui prouve mieux cet usage , que la peinture à sgrafito autour de la cista mistique, dont j'ai parlé déjà tome I, pl. XLIIl , note (1), pag. 3i5; où l'arsenal de Cizique, dans lequel sont reçus les Argonautes, est garni de semblables pilastres , sur chacun desquels est placée quelque armure guerrière.

imitation trop évidente d'Homère pour croire que cette fable est antérieure au poëte latin. Il paraîtrait plutôt que la famille de Jules se glorifiant de cette origine , origine en quelque sorte de tous les Romains , le poëte n'a pas voulu représenter Vénus comme la déesse de la mollesse et du plaisir , mais comme il convenait d'offrir la mère de Rome et de ses héros. La Grèce fournissant d'anciens simulacres de Vénus avec des armes, on fit choix de cette représentation pour la Vénus que les Romains comptaient comme une des sources de leur nom glorieux. César lui-même qui avait donné pour mot de signal Vénus, à la bataille de Pharsale , ne devait pas la faire représenter autrement que comme une déesse victorieuse. Et en effet sur son sceau était gravée Vénus armée (i). C'est à cela que Properce fait application dans le vers suivant :

V eccit et ipsa suis Caesaris àrma Venus (2) j

c' est à ce sceau que se rapportent toutes les images romaines de Vénus avec les armes. Il n'est pas possible de la confondre avec les simulacres de Pallas. Vénus tient des armes , mais c'est pour en former un trophée en signe de victoire , ou pour les déposer en temps de

(1) Dion, liv. XLIV, p. 255 ? edit. Weclieliana*

(2) Properce 7 IV? 1, 46.

paix , lorsque prodiguant ses caresses à Mars , elle suspend les fureurs de la guerre et fait que

.fera mo enera militiai

Per maria ac terras omnêis sopita quiescant (t).

La colonie d'Otricoli a sans doute voulu honorer dans cette statue l'origine de Rome et des empereurs \ si les conjectures qui portent à la regarder comme une Vénus ne sont pas une erreur.

Quoique la figure soit composée avec une certaine élégance qui indique qu'elle a été faite dans le beau temps de Fart, elle est cependant exécutée avec beaucoup de négligence. Elle tire tout son prix de la nouveauté du sujet et de l'invention , et pour cela elle peut tenir une place dans une grande collection.

Page 1