PLANCHE XXX
Faune \
Beaucoup de grâce dans l'invention , dans les formes , dans l'expression j voilà ce qui distingue principalement ce beau Faune, auquel le sculpteur a donné toute la noblesse possible %
(i) Tome I, pl. XXIX.
* Hauteur sept palmes trois quarts 5 avec la plinthe > huit palmes deux onces.
sans s'éloigner du caractère agreste qui convient à des demi-dieux des campagnes. Il l'a représenté dans l'âge qui brille ordinairement par la beauté. On peut croire que ce dieu se repose après s'être exercé sur la flûte ; et il semble encore agité par les douceurs de l'harmonie qu'il a lui-même inspirée à ses sens et à son ame. Il s'appuye du bras droit mollement sur un tronc d'arbre ; sa tête s'incline un peu vers la partie opposée ; son dos gracieusement courbé , fait relever la hanche gauche , et il a négligemment croisé ses jambes ; de sorte que toute la figure offre les plus agréables et les plus naturelles oppositions que l'on ait pu imaginer. Cette position des jambes un peu rustique , l'intervalle de peu d'eteudue entre les sourcils , la chevelure plus garnie , et en quelque sorte plus rude qu'à l'ordinaire , nous retracent facilement le sujet , lequel est pourvu , dans son genre, de parties très-belles, et qui le font reconnaître pour une divinité champêtre 5 avant même qu'on ait aperçu les oreilles de chèvre qui le classent parmi les suivans de Bacchus , c'est-à-dire qui en font un Faune ou un petit Satyre : car le premier nom ayant été inconnu aux Grecs , on ne peut le donner à une figure dont l'original est l'ouvrage de quelque artiste grec (i). J'ai dit l'original , par*
(i) Lucien., Deor. conciL, § 4> dépeint les Satyres teks
ce que si le travail de cette statue correspondait à son invention , nous pourrions admirer en elle un des plus beaux morceaux sortis des ateliers de la Grèce. Je ne sais si je ne me hazarde pas trop dans mes conjectures , mais je suis persuadé que l'original de notre statue fût le beau Satyre de Praxitèle , que Ton estimait autant que son Cupidon (i), qui fut mis au-dessus de tous ses autres ouvrages , celui que les Grecs appelèrent, par antonomase, le Célèbre , Periboetos (2). Si la grande quan*
que ces divinités que nous appelions Faunes , et il les distingue de Pan , bouc de la ceinture en-bas. Les anciens appelaient Panisques ceux que nous nommons à pré* sent Satyres, bien que la parole grecque géne'rale de Satyre comprenne quelquefois toute cette classe de demidieux. Y oyez Pausan.) I, 23, et dans notre tom. I, pl. XLVI.
(1) Une ruse ingénieuse fit découvrir a Phriné l'opinion que l'artiste avait de son morceau de sculpture ; opinion qu'il avait soin de cacher pour n'être pas forcé de le donner. Il avait promis à cette belle celui de Ses ouvrages qu'elle voudrait choisir , mais Phrîné vouloit être guidée dans son choix par le jugement même de Praxitèle -, et comme il réfusait de la satisfaire sur ce point, elle se concerta avec un esclave, qui vint annoncer à l'artiste qui était chez elle, que sa maison était en proie aux flammes: Praxitèle aussitôt s'ecria : je suis perdu si on ne sauve pas mon Satyre et Cupidon. La rusée courlisanne s'empressa de le rassurer sur l'accident supposé, et lui demanda le Cupidon, Pausan. , I, 20.
(a) Pline, H. N. , h XXXIV, § 19. Hardouin n'ayant pas fait attention qu'ici Pline parle des statues de bronze
tité de copies qui nous sont restées nous, garantissent tout le cas que les anciens faisaient du modèle ; si Praxitèle fut appelé le sculpteur des Grâces j si parmi tant de Faunes celui-ci nous a laissé l'idée de Fart chez les Grecs ,
de Praxitèle , commente les paroles ; L cité, fecit et Liberimi patrem , et Ebrielatem 7 nobiiemque una Satyrum quaem Graeci Periboëtos cognominant , comme s'il parlait d'une peinture de ces sujets: una eademque pictura Ebrietaiem , Satyr unique descriptos fuisse significete. Ils ne formaient pas même un groupe ; comme Ton voit dans Pausanias, [, 20, quoiqu'en ayent pense' quelques-uns. Pausanias , 1. cite' , donne le motif de cette parole una 9 employe'e par Pline , en nous enseignant que cette statue servait, avec quelques-autres d'ornemens à certains fameux tre'pieds , qui donnaient leurs noms à une rue d'Atliènes. Donc le Bacchus et l'Ivresse e'taient les deux autres statues qui remplissaient les intervalles entre les pieds du trépied. Il ne faut pas croire cependant que ces figures fussent plus petites que le naturel, car ces tre'pieds n'étaient employe's qu'à servir de simple ornement , et alors ils pouvaient être plus grands que ceux dont on faisait quelque usage , puisqu'on les élevait quelquefois sur la façade des petits temples , comme nous l'aprenons par le texte grec du même auteur , Naoï . . nai GCpiGiv i(pz<y%YiKU(Fi rpittodeç. Ce passage ne se trouve pas dans la traduction que nous avons de Pausanias. Nous voyons en effet un trépied posé de cette manière dans une peinture que nous a donnée Bellori , Ptct* antiq. crypt. Rom., tav. X. Ces trépieds étaient placés , comme le sont les candélabres , sur les façades de nos églises. Tout ceci peut s'ajouter à ce que dit Cay~ lus de ces meubles, tom. I, pl. 75, et doit le corriger dans le passage , où il assure que le beau trépied de marbre blanc du Musée Capitolili çst de pierre de touche.
étant certainement le plus noble et le plus gracieux par son invention 3 je ne crois pas flat-> ter en vain les amateurs du beau , en voulant les engager à voir dans cette statue la copie d'un original aussi fameux (1).
Il en existe deux semblables dans les escaliers du palais Ruspoli 5 l'un , qui est assez beau, fut déterré dans la ville Cassia à Tivoli: on en admire un autre très-beau dans le Musée du Capitole (2). Les proportions , et la grâce légère de ses membres , tiennent assez du style de Praxitèle , si on les compare avec le Sauroctone , qui est de cet liabile maître, comme nous l'avons démontré (5) : bien plus , je ne crois pas me tromper, en assurant que l'un et l'autre, quant à l'invention, sont du même style.
On peut admirer dans le torse de tous deux cette charmante ondulation , non affectée, ce croisement des jambes qui leur donne une expression champêtre ou de jeunesse, sans ôter rien à la mollesse des formes , ou sans les classer dans le genre bas ; c'est ce qu'on observe dans les deux statues.
(1) Winckelmann qui en a compte jusqu'à trente répétitions, fut du même avis: Bis. de F art, etc. , pag^aga, édit. de Rome. Cependant il n'explique pas absolument de quel Faune il a voulu parler.
(2) Museo Capitolino , tome Iti, pl. XXXÏL
(5) Winckelmann, Monum. inediti, n. 4° ? ct notre tom. ï ; pl. XÏH.
La peau qui est sur les épaules de notre Faune , est une peau de Panthère , comme était celle du fameux Faune peint par Antiphile (i). On n'aperçoit pas sur le front des traces de cornes. Celui de la ville Cassia est còuronné de pins.