‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 34 sur 55 · PLANCHE XXXII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXII

Adonis *

Si nous devons regarder comme le caractère propre qui distingue le fils de Cinyre et de Myrrha , cette beauté qui inspira une° passion vive à la déesse des amours elle-même , il ne sera pas difficile de reconnoître dans cette belle statue une autre image d'Adonis (2). Cette désignation au moins est appliquée, non pas par la certitude seulement d'avoir deviné une ancienne attribution , mais sur une convenance assurée, qui se rapporte à tout ce que nous offrait l'image d'un beau jeune homme , sans avoir aucun symbole ou attribut qui le fît distinguer, Le caractère du dessin de cette très-

(1) Voyez la pl. XLVII de YEtruria regalis de Dempster.

* Hauteur huit palmes; sans la plinthe ; sept palmes , sept onces.

(2) The'ocrite, Idylle XXX ; le fait comparer par sa beauté à une statue 'A/L/l' ôç ayjakih taeWov.

Musée Fie-Clém. Vol. IL i5

élégante statue a donné à son corps des formes moins dégagées que celles de l'Apollon , moins efféminées que celles de Bacchus. Elle diffère par sa physionomie , du Méléagre ; elle est plus délicate dans son ensemble que ne le paraissent les images de Thésée et de Persée ; en outre on ne lui aperçoit aucun de ces ornemens qui sont devenus des caractères auxquels on reconnaît ces héros. Le bandeau , qui rassemble ses cheveux , peut convenir à un descendant des rois de Chypre, comme était Adonis. Une certaine vigueur au degré nécessaire pour associer l'idée de la beauté à celle de la valeur, caractérise parfaitement un jeune chasseur, qui au mépris des °caresses de la déesse des plaisirs, s'exposait dans les bois à tous les dangers de la chasse. Pourquoi , dira-t-on, ne serait-t-il pas ou Céphale ou Hippolite (i), à qui tous ces signes

(i) On a souvent pris les statues d'Hippolite pour des images d'Adonis. Ainsi les bas-reliëfs représentant la fable de Phèdre et Hip poi ite , que Winckelmann a rappelés à leur vraie signification ? et qui ont été' dernièrement explique's par le savant abbë Lanzi (La recti Galleria di Firenze , p. i4) prouvent encore davantage cette opinion. De même aussi une peinture ancienne que Bellori et de la Causse ont expliquée et qu'ils donnent pour Yénus et Adonis ( Pict. ant. crypt. Rom. 7 pl. VI ) représente certainement Phèdre et Hippolite ( Winckelmann, Monum. ined., num. 102). La vieille nourrice, qui fait des efforts pour retenir le jeune homme sauvage et dédaigneux ; joue un grand rôle dans la fable d'Hippolite,

disthictifs peuvent également appartenir ? Je préfère Adonis ; d'abord parce qu'il est plu» cé-

C ora m e le prouvent la tragédie d'Euripide , les bas reliefs et Pausanias , de qui Ton apprend ( Alt. I , 22 ) Orfi epoç Ttfç Qaidpaç , nal rtfç rpo(pov to sç ri?v dta- Tto-ViCH/V TÓÀjULVua. L'amour de Phèdre et V entremise hardie de la nourrice). Rien de cela ne peut avoir lieu dans les amours de Venus et d'Adonis. Ou voit cette fable de Phèdre et d'Hippolite représentée autour d'un superbe vase étrusque de la galerie du Grand-Duc , publié par Dempster (pl. LXII et LXHÏ ) par Passeri (Pict. Etrusc. in vnsc. > t. 17 pl. LVlll et LIX) qui en donne , à son ordinaire, une explication de fantaisie. L'histoire y est divisée en deux groupes : dans l'un Phèdre les cheveux épars , agitée par un mouvement passionné et de désespoir, déclare son amour au jeune homme étonné j elle est assistée par la nourrice. Dans l'autre Hippolite en habit de chasse , précisément comme sont velus les' chasseurs sur le vase cité qu'a publié Dempster y planche XLVIII ; a dans la main deux lances courtes ou venabula } on lui voit le bonnet de chasseur jette derrière ses épaules , et il s'arrache avec force aux odieux efforts que fait sa belle mère , tandis que la nourrice fait tout ce qu'elle peut pour le retenir. Dans les gravures de Dempster et de Passeri , le chasseur a de la barbe , mais elle n'existe pas dans le tableau original que j'ai confronté moi-même à Florence, et dont je donnerai ci-après un dessin , qui m'a été généreusement fourni par un véritable mécène , je veux dire par le prince Sigismond Chigi. Dans ce dessin, on voit Hippolite représenté comme un beau jeune homme, tel que le décrit Euripide. Cette petite peinture grecque sur un vase mérite une plus grande attention. On y a découvert quelques épigraphes autour des figures de la partie supérieure : j'ai eu la satisfaction de les examiner

ìèbre que les deux autres , et parce qu'on lui rendit un culte religieux 7 circonstances l'une

très-commodément; de sorte que je puis les donner d'une façon plus correcte qu'on ne Ta fait jusqu'à présent. Près de l'homme couvert du pallium 7 qui s'appuie sur un bâton 7 à cole' d'une matrone assise 7 lequel dans la gravure donnée par Passeri paraît être une femme 7 il est écrit non pas M AAAÏA.2 7 mais KAAAIAE ; la femme est nommé NIK.OITOAI2 ' des deux guerriers l'un est SEAINIKOS, Vautre non pas AOPRA, nom de femme $ mais $OPKA 7 la femme avec les flûtes a IÏAEO- AOHA, et non IIAEOAOHA; celle avec l'instrument à corde est nommée ÏIEFAZIS , non pas A<DPOAl2. Dans ces sortes de caractères l'E est mis à la place de FH ; comme KAAAIRAE2 pour KAAAIKAH2 dans Mazzocchi (Ad Reg. Tab. HeracL, p. i38); ceux peints sur le vase étant du même genre que les caractères que ce grand philologue a cru être attiques. Quant à la signification à donner aux figures ; je diffère de l'avis de l'abbé Lanzi 7 lequel (1. cité, p. i63 et suiv.) a cru que le nom Nicopolis, était delà ville ainsi appelée à cause de la victoire d'Àctium 7 et que les fêtes auxquelles on fait allusion ont été instituées en mémoire de cette mémorable bataille 7 et qu'elles furent appelées par cette raison Actia. Cette opinion renverserait toutes les idées que nous avons des arts de la Grèce. Le dessin très-beau qu'on remarque dans ces figures ; digne des vases Athéniens ou Gnidiens les plus rénommés, ne peut être postérieur au siècle d'Auguste, La simplicité ; qui en est le caractère principal ; ne ressemble a rien qui soit de ces temps et il y a trop de distance avec les styles d'imitation. Je ne parle pas des lettres, parce que dans ce cas on distinguerait peu l'imitation. Cependant comme une telle explication n'est fondée que sur le nom de Nicopolis ; elle tombe d'elle-même ; quand on pense que Nico-

et l'autre qui ont du faire multiplier ses images. On peut regarder la gracieuse inclinaison de

polis , selon le caractère de la langue grecque et le genie de la langue Ialine , peut être un nom propre de femme , qui n'a rien de plus extraordinaire que ceux de Stratonice et de Lisistrata ; si ceux-ci signifient qui rompt, vainqeur des armées , le premier veut dire, vainqueur des villes* En effet on connaît dans les monumens; des personnes qui portèrent ce nom j telle est la Nicopolis sur les marbres grecs, dont parle Caylus C Recueil , tom. II ; pl. 74); telle la Flavia Nicopolis, dont il est question dans une inscription trouvée dans l'intérieur du tombeau des Scipions , laquelle est conservée au muse'e du Vatican 3 et qui sera publiée par le chev. Piranese avec les autres épitaphes appartenantes à ce tombeau célèbre. En admettant donc que Nicopolis soit ; comme cela paraît certain , le nom de la matrone assise , essayons de donner a ces figures une interprétation plus raisonnable. Je crois même que ce vase appartient aux Thesmophories, et tout s'arrange avec cette hypothèse. Nous savons que deux matrones présidaient à ces fêtes, et précisément nous en distinguons deux par une espèce de fauteuil ou de thrône, quoiqu'il n'y en ait qu'une assise. Nous savons aussi qu'il y avait un préfet nommé Stéphanophore , et c'est Callias , KAAAIAS sur notre vase. Les deux guerriers sont, suivant moi, les maris des deux matrones qui président, lesquels avaient, en combattant pour la patrie , mérité par leur vaillance cette honorable distinction pour leurs épouses \ et pour cela ils sont peints sur le vase avec leurs noms Phorcas et Sélénicus. Cela est d'autant mieux fondé, que les maris fournissaient a leurs femmes choisies pour être présidentes, tout l'argent nécessaire pour rendre plus brillante la solemnité. Les femmes avec des instrumens de musique sont également très-bien placées dans une cérémonie qui

la tête comme un signe d'apothéose. Nous avons déjà fait remarquer ailleurs , que cette attitude

se célébrait dans les villes Helléniques 7 et particulièrement par des femmes ; cérémonie dans laquelle la musique était si nécessaire ; qu'un des mètres de la poésie grecque en prît le nom de Thesmophorion» Le génie ailé ; volant 7 qui tient une lyre ; est le génie des mystères de Cérès Thesmophore 7 ou législatrice, appe'é *VL'y8(lÒP , Hegernon le conducteur 7 qui a été bien expliqué par le sav. abbé Marini, préfet des archives du Vatican ; dans ses Iscrizioni antiche delle ville e palazzi Albani 9 n. CLXI ? ouvrage écrit comme il convient à un véritable antiquaire , et qui sera publié avant peu. Si on disait que la lyre désignait la législation solemnisée plus particulièrement dans ces fêles ; on ne s'écarterait pas des métaphores des écoles Pythagoriciennes et Platoniciennes (Platon ; in Gorgia , p. 5 i6 ). Enfin comme la chasteté était une chose absolument exigée dans les rits des Thesmophories ; on a représenté sur le corps du vase l'exemple de chasteté le plus fameux 7 c'est-à-dire l'histoire d'Hippolite y le Joseph de la fable grecque. J'ai épargné au lecteur l'ennui des citations de tous les passages originaux qui servent d'appui à chaque partie de mon discours, et qui se trouvent déjà réunis dans la Grecia feriata de Meursius 7 au mot 0E2MO4*OPI AI. Je terminerai cette note, en ajoutant que je reconnais Phèdre et Hippolite dans la très-jolie sculpture où Caylus a cru trouver Sapho et Phaon ( tom. I ; pl. XLVIÏ, n. 5 ), et cela par la lettre, ou par les tablettes jettées parterre } qu'on a coutume de voir sur la plus grande partie des monumens qui représentent celle fabìe (Winckelmann , lieu cité). Ces tablettes même me font croire que par cette figure nue, aux pieds de laquelle est un chien représenté sur le Dyptique Quirini, dyptique assez improprement éxpliqué par Passeri (Thes. D/ptich.y tom. III ,

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était donnée aux images des dieux, comme pour indiquer qu'ils voulaient se montrer favorables aux prières des mortels. Le titre de Respiciens , qui était particulier à plusieurs divinités , avait peut-être quelque rapport à cêtte attitude , dans laquelle elles étaient représentées.

Lorsque Ton considère les chefs-d'œuvre sortis de Y école grecque , on ne peut cesser d'être surpris de la profonde connaissance du beau qu'avaient les artistes de cette nation ; et qui leur donna la faculté de varier, de tant de manières , l'idée sublime de la beauté , dont leur imagination était pénétrée. Nous possédons dans ce Musée beaucoup de statues , qui toutes représentent des figures dans la jeunesse et l'âge viril , et toutes sont d'une beauté surnaturelle , toutes sont différentes , suivant les caractères et la nature diverse des sujets , mais chacune avec une telle harmonie d'ensemble , que les parties de l'une ne pourraient convenir aux autres. La première statue dans laquelle

pl. XVII de Fappendix) pour une histoire chrétienne y on a voulu faire un Hippolite au moment où il rend les tablettes à sa belle mère ou à la nourrice. Ces tablettes d'ivoire couvraient peut-être un livre de fables anciennes ; car sur l'autre face on voit Enee vêtu en phrygien, avec Didon en chasseresse ; comme elle est décrite par Virgile, (Aen. IV ; v. 1 57 7 et suiv. ) Le travail n'est pas plus mauvais que celui d'autres ivoires prophanes ; comme celui d'Esculape que l'on peut voir dans le même tome ; pl. XX de l'appendix.

on voit le style sublime de la beauté , c'est F Apollon ; le Mercure dit l'Antinous offre ensuite des formes moins majestueuses mais plus robustes. L'Adonis, dont nous nous occupons en ce moment , es't plus simple et n'a pas le même caractère de force ; le Méléagre est un peu plus léger • l'Amour a des formes plus délicates j celles du Baccbus sont plus efféminées ; et tous cependant sont presque également surprenans et remplis de beautés.

Un mérite qui distingue notre Adonis audessus des autres , c'est la grâce étonnante de ses épaules. En voyant cette statue , on conçoit plus facilement en quoi consistait cet agrément de la jeunesse, dont Minerve fit un don à Ulisse (i).

La tête est aussi fort-belle , le visage agréable ; mais la physionomie n'est pas très-expressive cependant, et c'est peut-être un motif pour y reconnaître un héros qui dût plutôt sa célébrité au bonheur , qu'à quelques actions mémorables (2).

(1) Homère, Odyss. Z, ou Kv. VI, v. 255.

(2) On ne peut cependant se dissimuler la très-grande ressemblance de cette figure avec le superbe Apollon trouvé dans les fouilles Laurentines du prince Chigi. Que Ton veuille ensuite en conclure l'identité du sujet, ou une simple imitation, je remets cela au bon plaisir de qui voudra examiner ces deux superbes morceaux.

Observations de V auteur 9 insérées dans Le tome VII de V édition de Rome.

J'ai cité à la page , note (2) une statue d'Apollon qui est dans le palais Chigi , dont le mouvement est très-semblable au prétendu Adonis. On en voit une autre , également semblable , avec les attributs d'Apollon , dans la collection Giustiniani, tom. ï, pl. 5i ; de sorte que je ne fais aucun doute que notre Adonis n'ait été lui-même anciennement un Apollon.

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