PLANCHE XXXI IL
Nous commençons l'histoire des héros par Persee , parce que le culte que l'on rendit à Adonis , assez généralement , nous l'a fait placer au nombre de ces héros qui , comme Hercule et Esculape , furent placés parmi les dieux par les payens. La rareté du sujet (1) donne-
* Hauteur sept palmes et demie; sans la plinthe sept palmes. Il fut trouvé à Civitavecchia dans les fondemeus de la maison de Cioccolani.
(1) On pourrait dire que cette figure de Persee est unique ; puisque celle du palais Lante , citée par Win* ckeimann dans V Hist. de Vart (1. V, cap. 1 } § 2-2) n'est telle qu'au moyen de sa restauration. Le bras qui tient la Gorgone est moderne. Ce qui est antique c'est l'égide sur l'épaule, et elle convient à Jupiter ou a un Auguste déifié et non pas à Persee.
rait un plus grand prix à cette statue, d'un travail admirable, si nous pouvions assurer positivement , que l'image de ce héros était dans l'antique telle que nous la voyons à présent. Mais les signes qui peuvent déterminer à l'y reconnaître sont modernes , et on ne voit rien de Y antique qui ait pu offrir un motif suffisant pour lui donner ces attributs plutôt que d'autres. La tête , les bras et les pieds , s'étant trouvés manquer à cette figure , il était impossible que l'observateur y découvrît des caractères distinctifs. Ce qui se fit remarquer , ce fut le bras gauche enveloppé d'un petit manteau , et presque caché près du flanc. C'est l'attitude qu'a le Persée du très-beau bas-relief Capitolin , ainsi représenté , comme s'il cachait la tête de la Gorgone , pour qu'elle ne fût pas fatale à ceux qui pourraient la regarder (i). Cela suffit pour faire donner à notre statue tous les attributs de Persée, savoir: les ailes de Mercure aux tempes, et son épée , harpe, dans la main droite.
Cependant la draperie dont est couvert le bras gauche , ne cache pas certainement la tête de Méduse; car elle n'a pas assez d'étendue pour cela, et il ne rend compte par sa forme que
(i) Museo Capitolino ? t. 4 ; pl LXJI. Sur une patere rapportée par Dempslere et par Fabretti 7 pag. 54^, où est gravée cette fable avec les noms écrits, Persée a une petite corbeille pour placer la tète de Méduse.
du bras. Le manteau replié sur le bras gauche a été regardé , ainsi que nous l'avons observé déjà, comme un des symboles de Mercure (i), a qui convient parfaitement le caractère noble et robuste en même temps , des membres de cette figure. Nous avons encore dit, que cette main gauche enveloppée dans le manteau, était un caractère particulier aux guerriers, aux chasseurs , et qu'il y avait de petits manteaux , àpeu-près pareils à celui qu'avait notre figure , dont se couvraient les mains ceux qui représentaient sur la scène des héros fameux dans la guerre ou dans la chasse (2). Dans ce cas la statue pouvait représenter Méléagre.
Si quelqu'un pensait que la dénomination de Persée non-seulement n'est pas très-fondée , mais encore s'il la régardait comme impropre par rapport au caractère de dessin employé par l'artiste, trop sublime pour représenter un homme , et qui ne conviendrait qu'à un dieu , il devra se rappeler que dans quelques lieux , les héros étaient adorés comme des divinités , et entre autres Persée , que les Grecs crurent avoir trouvé à Chemmis , ville d'Egypte , où
(1) Tom. I, pl. VI et YIÏ.
(2) Polluce ; Onomast. ? IV, 116. 'E^&ttt/ç, (rvorpe^iamtóv ti (pomxovv ,ì\ Ttopcpvpovv , 0 itepì t^p ^pa, zlyov oi tfo2>c(iovvTsç 1 i% oî ^fipovteç. Vephaptide est une peut manteau pour s'envelopper ; // est rouge ou pourpre ; les guerriers et les chasseurs le portaient autour de la main*
ces peuples lui rendaient des honneurs pareils à ceux des plus anciennes divinités (i). Quand les proportions le permettent , les amateurs de monumens font adapter aux statues plus volontiers , une tête antique quelconque , que d'eu faire faire une qui leur soit plus analogue. Delà vient que tant de statues manquent de cette expression qui faisait leur principal mérite j expression qui devait principalement se faire remarquer sur le visage.
Observations de l'auteur , insérées dans le tome VII de V édition de Rome.
Ce que dans cette explication ( pag. 2 35 , note (2)) nous avons dit de Yephaptide , doit être réformé d'après ce que nous avons fait observer dans les additions à la planche XXIX , pag. 254 du premier volume.