‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 37 sur 55 · PLANCHE XXXV · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXV

Ganimede *

La belle statue de Ganimède que nous avons sous les yeux, n'est pas certainement la fameuse statue de Léocare \ et elle n'en est pas une imitation. Le jeune garçon dans ce bronze superbe était serré par l'aigle avec tant d'expression , qu'il était facile de voir combien sa proie lui était précieuse , et avec quelle attention il cherchait à ne pas blesser avec ses serres des membres aussi délicats , quoique déjà défendus par ses vêtemens (i). Notre Ganimède n'est point représenté de même , et dans aucune de ses effigies que nous ayons, on ne le voit si non absolument nu. On ne lui a conservé que le bonnet phrygien du costume barbare qui lui convient (2) : une simple chlamyde de ch°asseur

* Hauteur cinq palmes sept onces ; il fut trouvé dan£ une propriété' de Quadrato, hors de la porte S. Jean.

(1) Pline dit que Leocare sculpta l'aigle (AT. jîV., 1. XXXIV ? § 19) sentientem quid rapiat in Ganymede , et parce ntem unguibus etiam per vestem.

(2) Tous les artistes grecs suivirent l'usage de repré-

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pend de ses épaules , il tient de la main gauche le bâton de berger (i), et il se courbe, avec une attitude gracieuse, pour caresser l'aigle qui l'a enlevé ; il paraît déjà content de son nouveau séjour , et il s'est posé , comme font les enfans , en se croisant les jambes. Cette figure a été sculptée dans un marbre grec avec tant de grâces , qu'on ne se hazarde pas trop en la jugeant un original grec , d'autant plus qu'on en retrouve des répétitions dans les galeries (2) y ce qui prouve le cas que l'on a fait du nôtre , qui a tous les caractères de l'originalité.

Quoique tous les mythologues et les poètes fassent enlever Ganimède ou par l'aigle de Jupiter , ou par Jupiter lui-même métamorphosé en aigle par la force de l'amour que ce

senter les héros Troyens et Lydiens avec leur habit asiatique pour les distinguer des héros grecs ; ce ne fut pas une innovation produite par les artistes romains, comme quelqu'un Fa pensé (Antolog. Rom. 7 1 ^85 7 n. XLVIXI). Outre la présente figure de Ganimède nous indiquerons d'autres raisons dans l'explication de la planche suivante.

(1) Virgile, Aen* V7 v. 25s* 7 dit qu'il fut enlevé h la chasse. Lucien ; Dial. Deor. : Jovis et Ganymedis ? le présente menant la vie pastorale sur le mont Ida.

(2; Tel est celui du palais Lancellotti cité par Winckelmann ; Hïst. de l'art, 1. V } ch. m , § 10. Tels sont à-peu-près ceux que donne Gronovius; Thes. Ant.Graec. } t. I ; fol. v. Juvenal parle , Sat. IX 7 d'une superbe statue de Ganimède qui se conservait dans les salles appartenantes au temple de la Paix.

maître des Dieux avait réssenti pour ce jeune pâtre royal; cependant Homère veut qu'il fût ravi non-seulement par Jupiter , mais par tous les autres Dieux ensemble , qui le destinèrent, à cause de sa beauté extraordinaire , à être Téchanson du roi de l'Olympe (i). Les aventures de ce jeune garçon sont représentées sur le très-beau camée de Médicis , où Gori qui l'a expliqué voit Junon cherchant à séduire Ganimède (2). La déesse , demi-nue , est Vénus, et non

(1) Homère, //. Y , 232.

nai âvtfàeoç Tavvfifi^ç

Oç dfy xàXÙKrroç yévero SviqvQV owSpóftov. Tòv Hai avr^pevìpavvo Seoi Au oivo^oeveh, ÎLdÀÀeoç eìvEKOi aio , /V â^avâtoiat i&steifi.

Ganimède est comparable à un Dieu , lui le plus heau de tous les mortels 9 qui fut enlevé par les Dieux qui lui destinèrent la place d'échanson de Jupiter, et qui à cause de sa beauté voulurent le placer parmi les immortels» Le nom de Ganimède de'rive de yà#0Ç, allé» gresse , et de (ifjfîéQ , penser > avoir soin : il convient par-là à celui qui présentait la coupe aux Dieux, à celui qui a soin d'eux à leurs festins. C'est pour cela qu'Hébé, qui remplissait le même office, fut aussi appelée Ganimède, Pausan., II, i5, Xénophon (Sympos.) , qui prétend que ce ne fut pas à cause de sa beauté que Ganimède fut enlevé, mais à cause de sa vertu, donne un autre sens à la même étymologie, comme si elle signifiait, celui qui fait ses déiiees de penser et de méditer.

(2) Muscum Florentinum, Gemmae, t. II, pl. XXXVII. Sur cette pièrre Ganimède a la tête couverte d'une espèce de casque ou de bonnet de chasse, il soutient sur le bras gauche le bouclier appelé Pelta , pour indiquer par cette

pas Junon, qui ne fut jamais représentée avec si peu de décence par les artistes grecs. Elle caresse Ganimède et l'instruit de ses nouvelles destinées, tandis que le jeune homme pensif approche son doigt de sa bouche, comme pour exprimer une incertitude enfantine ; Jupiter est à l'écart les examinant, et il est moitié recouvert par les grandes ailes de son aigle qui, en même-temps qu'elles lient la composition , font ressortir par la diversité de leur couleur , le mérite de ce superhe onix , rare autant par la variété de ses teintes et par sa transparence orientale , qu'estimable par son travail.

arme, qui n'est pas grecque, que le jeune garçon est étranger. Anciennement les chasseurs se servaient d'armures ; particulièrement de celles qui étaient légères } Paus. , liv. I, 2i : et on voit dans les peintures antiques des chasseurs avec le bouclier: Pict. vet. sepulchri Nason* Bellori?, et Caussei , etc. y pl. XXVIII et XXIX. Le vase placé aux pieds du Ganimède indique ses fonctions dans le ciel. On peut appliquer à ce sujet représenté sur le camée les vers d'Anaxandride qui fait dire à Ganimède lui-même :

Je converse avec Junoni et je ni assieds près de Cïpris. (Athénée II).

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