‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 38 sur 55 · PLANCHE XXXVI · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXVI

Ganimède *«

Cette gravure nous représente une seconde statue de Ganimède : d'où nous pouvons accorder au Musée Pie-Clémentin le mérite de nous avoir conservé deux images , non douteuses , de ce favori de Jupiter, qui sont très -rares dans les autres musées , puisque le beau Ganimède de la Galerie du Grand-Duc , n'est devenu tel que par le travail de Benvenuto Cellini , qui s'est plu à donner cette expression et ce caractère à un tronc d'une statue antique qui manquait non-seulment d'attributs distinctifs, mais-même de toutes ses extrémités (i). La présente statue d'une composition gracieuse , dessinée avec élégance, n'a pas cependant l'originalité et la beauté d'exécution qui brillent dans la précédente. L'artiste qui l'a copiée d'après une autre figure , en s'attachant à conserver un certain caractère moelleux dans la touche , et une juste imitation du vrai , n'est pas parvenu néanmoins à cette noblesse et à ce sublime que Ton admire dans les ouvrages grecs. Cela ne doit pas nous surprendre, puisque cette statue avait

* Hauteur dîx palmes j sans la plinthe neuf palmes, trois onces.

(i) Muséum Florentiaum7 tome III, pl. "V 5 Cellini dans sa Fie 9 pag. ^65.

été destinée à orner des édifices publics ou particuliers de la colonie Falerienne daus l'Etrurie , et non pas les magnifiques monumens de Rome. Il est bien rare en effet que dans les villes municipales , qui ne furent pas originairement grecques , on découvre des morceaux de sculpture qui attestent la supériorité de l'art chez les anciens , et qui en excitant l'admiration des modernes , soient dévenus pour eux un objet de rivalité. Souvent ces mêmes copies acquièrent pourtant un grand prix, parce qu'elles nous conservent l'idée de tant °de chefsd'œuvre de Fart que la barbarie des siècles intermédiaires a détruits , et parmi lesquels se sera sans doute fait distinguer l'original de I3. figure que nous venons d'éxaminer.

PLANCHE XXXVI t.

Paris *.

Euphranor, peintre renommé , s'appliqua aussi â la sculpture , et fit une statue de Paris en bronze avec un tel art, que l'on reconnaissait à ses traits le juge des trois Déesses rl'a-

* Hauteur onze palmes ; deux onces ; sans la plinthe dix palmes, sept onces. Il a appartenu jadis aux ducs d'Àltemps. Il a eié publié par Maffei parmi les principales statues de Rome.

mant d'Hélène et celui qui fit périr Achille (i). Je ne puis assurer si notre statue provient du bronze, mais on peut au moins dire que la physionomie de ce Pâris est admirable; car en outre de tout ce qu'elle a de gracieux , on y remarque un mélange d'audace qui convient bien au caractère de ce Troyen malheureusement célèbre. On peut aussi regarder comme certain que cette figure est une invention due à l'école grecque; tant le mouvement en est agréable , la disposition bien conçue , la forme élégante , êt l'expression juste. Je ne prendrai pas une opinion contraire à ce que j'ai dit, qu'elle était un ouvrage grec, parce qu'elle porte le bonnet et l'habit phrygien. Je ne pense pas , comme Ta fait un savait sculpteur anglais (2), que cet habillement àit été représenté pour la première fois par des artistes romains t jaloux de conserver les modes troyennes. Je suis persuadé que les artistes l'ont figuré de cette manière, comme les poètes le dépeignaient, et comme les acteurs le représentaient. Mais Euripide , dans le Cyclope (3) , décrit Pâris tel

(1) Plin., //. N.9 liv. XXXIV, 4. De pareils témoignages nous donnent une idée de la vraie expression que les anciens connaissaient si bien.

(2) Antologìa Romana, 1785, fol. XLVIII.

(3) Cjrclops } v. 18 j e seg.:

Ti?v upodoup ii rovç SvXâxvç rovç ^oinïk^ç

que nous le voyons dans cette statue, avec cette espèce de pantalons qu'il appelle ^v/ldjeyç^ thjlacoS) et que Mavortius a* appelées barbara termina crurum (i). De plus il nous le représente ayant le menton resserré par les cordons de sa tiare ou bonnet qu'il nomme xkotòv , cloeon^ d'où Virgile l'a imité dans l'ironique description de Paris, liv. IV de Y Enéide^ où il le dépeint (2):

Maeonia mentimi mitra, crinemque madentem Subneocus.

Les Grecs étaient même si accoutumés à se représenter Paris avec le bonnet sur la tête 9 qu'Eustase dans les diverses leçons de l'Iliade nous fait remarquer que quelques-uns lisaient dans les reproches qu'Hector fait à Paris (3): Ov ydp toi ypai<xiuLi2 xidapiç %cu re dôp\ ' Atppodhfzç

K.Ù01ÒP (popovpra itepï fiéaov top avvivai

La perfide ! en voyant l'étranger paré de ses chaussures Irodées , et des colliers fior qui lui ceignaient la moitié du col7 elle en perdit la raison.

(1) Anthologie latine, liv. I, ep. CXLVII; v. 1.

(2) Virgile, Aetu IV, v. 34.1 , et Servius en cet endroit décrit le bonnet phrygien ainsi recourbe'. Juvenal qui a dit dans la sat. Vt Phrigia vestitur bucca tiara : fait allusion à cette coiffure, et par cette raison cette phrase ne devait pas être re'péte'e sous un autre sens par le moderne Septanus. Sur les cordons du bonnet phrygien on peut consulter Winckelmann , Monum, înëd.? n. 112*

(3) Homère, ///. F, v. 54 ? et Eustase.

A quoi te serviront la mitre et les dons de

F énus ?

au lieu de la leçon ordinaire qui admet nfàapiç la cetra , les Grecs entendaient par le mot cydaris parler du bonnet , ou de la mitre , ou de la tiare? phrygienne , que plusieurs autres écrivains gjecs et latins nommaient de même cy daris. Il ^st même à croire que dans le chœur de Phrygiens introduit parEschile dans sa tragédie intitulée ®pvysç, Arrpa : Les Phrigiens ou le Rachat (i), pour laquelle il avait luimême composé toutes les figures de la danse, les acteurs fussent vêtus ainsi , puisque Pollux n'a pas oublié, en décrivant les costumes de théâtre, de parler de mitres et de tiares (2), et ce qui ajoute encore plus , c'est qu'il nous est resté des masques tragiques en marbre , en bronze , et sur des camées , couverts du bonnet phrygien , sans parler des gravures où se lit le nonr grec (3) , et des médailles grecques, sur lesquelles nous voyons ainsi coiffés des images de Priam , de Midas , et d'autres illustres Phrygiens célèbres dans les fables de la Grèce.

(1) V. Casaubon, ad Athen. 7 i? ch. 19.

(2) Pollux 7 Onomast. 7 IV ; 116.

(3) Tel est le Priam avec le bonnet phrygien, et le nom grec à'Aezion 7 que cite le baron Stosch. L'abbé Bracci en le rappelant dans ses Commentarla de antiqui s scalploiibus , croit que cet Àezion est le même qui peignit les amours d'Alexandre et de Roxane 7 ce qui est sans vraisemblance.

La jambe gauclie de notre Paris a Besoin d'une meilleure restauration , car dans ce qui se voit avoir été fait le siècle dernier , elle est raccourcie de quelques onces , parce qu'on n'a pas rapporté le pied moderne à sa place, comme les traces de l'antique qui s'apperçoivent encore devaient l'indiquer. Combien n'aton pas accusé les artistes anciens de pareils défauts qui n'ont été introduits dans leurs ouvrages que par des restaurateurs modernes !

Notre Paris a une tunique courte avec de longues manches ; par-dessus il est couvert de la chlamyde ordinaire que l'on retrouve dans les ouvrages anciens à toutes les figures des divinités, aux héros de la fable et de l'histoire. Le bonnet n'est pas attaché sous le menton , afin de laisser appercevoir la beauté du cou du héros (i), qui de la main droite of-

(i) La pierre rapportée par Winckelmann {Monum* ined. 7 n. ioo ) le represente attachant son cidaris 7 ou bonnet -, à moins qu'au lieu d'être un Paris , cette tête ne représente plutôt le dieu Mithras ; ou le dieu Menés ou Lunus, adoré dans laPhrigie, et qui a cette coiffure) et les étoiles dont est parsemée sa tiare peuvent le faire croire. Ce pourrait être un portrait de Tigrane dont on voit aussi sur des médailles la tiare ornée d'étoiles et ceinte du bandeau royal, comme elle est sur la pierre, et la physionomie aiderait à le reconnaître. Il faudrait dans ce cas supposer que l'artiste grec aurait donné à la mitre des rois de l'Orient une forme un peu plus élégante. Une tête de Pâris ; publiée par le comte de Caylus, a les cordons rélevés sur le bonnet. Ces observations

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fre la pomme à la Déesse de la beauté, et qui de la gauche , dont il tenait le bâton pastoral , s'appuye sur la roche du mont Ida , sur laquelle il est agréablement assis.

Observations de V auteur * insérées dans le tome Vil de V édition de Rome.

A la page 267, note (1) j'ai proposé comme conjecture que la figure ornée d'un diadème , avec une tiare étoilée, qui est gravée sur un^ pierre , et publiée par Winckelmann ( Mon. ined.9 num. 100 ), pouvait être un portrait de Tigrane. L'effigie de ce roi d'Arménie , que j'ai depuis examinée sur plusieurs médailles , détruit cette conjecture. Le sujet sera probablement le Dieu Lunus ou Atis qui est presque le même.

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