‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 39 sur 55 · PLANCHE XXXVIII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXXVIII

Amazone *.

Cette Amazone mérite véritablement toute l'admiration de quiconque aime et honore les

peuvent servir aux artistes pour le costume dans leurs compositions, puisque les plus beaux sujets , et les plus interessata pour les beaux-arts ; seront toujours ; selon les apparences ? pr^s pendant bien des siècles parmi ceux qu'offre la mythologie grecque.

* Hauteur neuf palmes \ sans la plinthe huit palmes ? trois çnces.

beaux-arts. Si la Sostrata de Policlete eut le premier rang parmi les célèbres Amazones antiques en bronze qui ornaient le temple d'Ephèse , on ne peut contester à celle-ci d'être de beaucoup supérieure à toutes celles qui nous sont restées. Cette beauté guerrière, telle que l'a imaginée et exécutée l'artiste ancien, est bien plus sublime que tout ce que nos poètes ont dit des Bradamantes et des Clorindes. Les meilleures statues de nos jeunes héros , n'offrent pas des formes plus sveltes et plus robustes, avec toute la noblesse possible, sans que les grâces féminines en soient en aucune manière altérées; au contraire elles deviennent même plus admirables et plus intéressantes, par cet air libre et audacieux qui se développe sur tous les traits de cette héroïne.

Il n'est pas nécessaire de rappeler ici toute l'histoire des Amazones (i). Beaucoup d'autres ont fait des recherches sur là vérité de leur existence, sur leur origine, sur l'étymologie la plus certaine qui ait pu fonder l'opinion des Grecs, qui les supposait privées de la mamelle droite ; fable qu'Hippocrate lui-même a adoptée comme vraie. On a aussi observé (2), ce

(1) Frère t dans les Mémoires de V Académie des, inscriptions et belles lettres , toni. XXI in 4-°; Pag- 209 et suiv.

(2) Winckelmann , Hist. de l'art, liv. V? ch. II, §23, et d'autres encore depuis,

qu'il est necessaire de remarquer, que les anciens artistes ont bien en effet laissé à découvert le côté droit du sein des Amazones , exserta , mais qu'ils se sont bien gardés de les mutiler dans cette partie, comme le supposent plusieurs écrivains.

Notre Amazone se présente dans le moment où elle tend Fare pour lancer sa flèche ; et cette action , qui donne beaucoup de noblesse et d'agrément à la figure, a servi à l'artiste pour faire voir son habileté en sculptant cette belle gorge et l'aisselle droite de son Amazone. Si l'on peut de cette action conjecturer quel est le sujet de la statue , je croirais que c'est Molpadie qui lance sa flèche contre Antiope , jadis sa compagne , devenue son ennemie , depuis qu'elle s'était éprise de Thésée , plutôt à cause de sa beauté que pour sa valeur , ce qui lui fit trahir sa patrie et ses compagnes (i). On voyait hors d'Athènes les tombeaux de ces deux Amazones , élevés dans le lieu même où elles tombèrent mortes ; Antiope tuée par sa compagne , et vengée par la main de Thésée lui-même sur Molpadie. Cette fable est représentée sur une belle pierre du Musée de Médicis , où Thésée , en tuant cette Amazone , satisfait sa vengeance et sa douleur de la perte d'Antiope expirante , et tombée à ses pieds.

(i) Pausan. ; Attica, ou liv. I, ch. a.

L'artiste a indiqué dans le champ quelques tombeaux, précisément pour déterminer le lieu de la scène, et rendre ce tableau moins équivoque (>).

L'Amazone dans notre statue n'a pas le carquois sur les épaules , mais il est sur le côté gauche : on a beaucoup d'exemples de cette manière de le porter (2). Ce carquois n'a pas le couvercle âfKp^pép^ n'est pas rond, mais grand, plat, découvert, semblable à ceux que l'on remarque dans les trophées composés d'armes des peuples dits barbares. Sa tunique relevée par la ceinture, est travaillée avec beaucoup d'élégance, et on la suppose déjà préparée à petits plis , pour exprimer ce goût de parure si naturel aux femmes, qu'elles ne peuvent pas perdre, même au milieu dune éducation mâle et guerrière. On pourrait croire que la draperie a été anciennement couverte de quelque teiute qui faisait valoir davantage la blancheur et la beauté du nu (5).

(1) Muséum Florentïnum, Gemmœ y tom. II, pl. XXXII.

(2) Une Diane entre autres dans la galerie Giustiniani, et une autre assez curieuse, récemment découverte; qui par le sexe est reconnue pour un homme , et que je crois un Jupiter transformé en Diane pour séduire Callisto.

(5) Pline parle de la circumlîtio (1. XXXV, 4°); que l'on faisait donner aux statues par les peintres, ce qui a été interprété de différentes manières } il semble cependant rju'oa doit entendre parler d'une teinte ou d'un.

Les genoux, les jambes et les pieds de l'Amazone sont des chefs-d'œuvre de l'art. On doit surtout remarquer au pied gauche une bandelette avec sa boucle, destinée à soutenir un seul éperon xéprpov , selon la coutume qu'avaient, peut-être, anciennement les cavaliers (i), et que l'artiste a fort - à -propos donné aux Amazones, qui selon les mouumens , semblent avoir été les premières à se battre à cheval , lorsque les héros de l'Iliade ne se servaient de chevaux qu'attachés à leurs chars, sur lesquels ils avaient l'usage de combattre.

L'inscription gravée sur le plan horizontal de la plinthe, en ces tenues, TRANSLATA DE SCUOLA MEDICO RV M , rend le monument encore plus important. Il eut été à désirer , que comme ceux qui le transportèrent de la Schola ou de la Galerie des Médicis pour en décorer un autre édifice, en désignèrent sa translation, ceux qui ont eu le bonheur de la découvrir, nous eussent instruits de même du lieu où ils la trouvèrent. Winckelmann

vernis. Peut-être variait-on par les couleurs quelques parties de la statue, comme , par exemple, des armes, la draperie j et cette opération exigeait tout le goût d'un habile artiste. Nicias, selon Pline, ne dédaigna pas de se livrer à ce travail. L'opinion de Winckelmann ( H/'st. de l'art , 1. IX , ch. m ) qui entend par ce passage une retouche seulement des modèles, ne me paraît pas soutenante.

(i) Yirgile; Aen. XI ; v, ïi|.

a été le premier qui ait lu cette épigraphe (i), que l'on n'avait pas encore remarquée, et le célèbre abbé Âmaduzzi (2), savant éclairé dans tous les genres de littérature , Fa expliquée fort heureusement , tant par rapport aux loix qui défendaient le transport des monumens , que p r rapport au véritable sens du mot Se ho la 1 que dans p.e cas- ci on ne doit pas eutnidre par un lieu ou Ton va étudier, mais plutôt par un portique , une sale , où les personnes d'une certaine profession , ou qui appartenaient à un corps , à un collège , venaient se délasser o-/o ,àïf . Cette signification du mot Schola n'a pas été sentie par le trèscélèbre écrivain sur la littérature italienne par Tiraboschi , qui a voulu établir l'existence de ce que nous appelions école publi-* que de médecine, par une inscription qui porte ces mots Schola Medicorum (3).

Observations de V auteur , insérées dans le tome Vil de Sédition de Rome.

J'avais cru que cette guerrière était représentée au moment où elle tend l'arc pour lancer une flèche ; mais ayant dû écrire de nou-

(1) Monurrì. ined. 7 pag. 2^2.

(2) Monum. Matthaeiorum, tom. I, pag. 55; et t. Ih , pag. 117.

(3) Storia della letteratura ital.7 t. I, 1. Ht, part. III , ch. 5, § 9.

veau dans le Musée Français, sur cette statue, transportée à Paris , je l'y ai examinée avec plus d'attention, et je me suis convaincu que l'Amazone détend son arc au lieu de le tendre. La preuve est que les armes sont jettées à terre, c'est le défaut de flèches, puisque le carquois est fermé. Je pense donc, à présent, que cette Amazone a été représentée dans notre statue comme vaincue par Bacchus,' et réfugiée dans le temple de Diane d'Ephèse (Pausali., 1. VII, ch. 2). Les cinquante statues qui ornaient le portique de ce fameux temple, devaient représenter des Amazones réfugiées. Peut-être que celle-ci , répétée dans d'autres figures antiques , nous représente celle de Policlète, qui obtint le prix sur toutes les autres. Nous avons aussi des répétitions de la statue que fit Déphilaus , qui fut placée la troisième parmi les chiquantes à cause de son mérite , et qui représentait une Amazone blessée. Voyez t< III du Musée Français-

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