PLANCHE XL
Dl DON *
Sur quel fondement à-ton pu donner le nom de Didon à cette figure trouvée sans la tête et sans les extrémités ? Il faut que le lecteur soit instruit des observations et des conjectures qui m'ont déterminé à la publier sous le nom de cette fameuse reine. Qui que ce soit , un peu versé dans les études de l'antiquité, devra admettre, qu'un simulacre quelconque, mutilé, auquel il ne reste plus de signes distinctifs , ni de caractères, peut être déterminé avec beaucoup de certitude , s'il est reconnu pour n'être qu'un double d'un autre monument, resté entier, et qui conserve des attributs suffisans pour en assigner le sujet. Or notre statue peut être regardée comme un double de celle qui est conservée dans le palais Barberini , sur laquelle
* Haut, de quatre palmes ; trois onces j et longue de cinq palmes, cinq onces.
je crois remarquer assez de marques distinctives pour décider que c'est une Didon. Avant de soumettre cette question au jugement du public, je dois le prévenir, qu'il ne trouve pas extraordinaire si je m'écarte cette fois du système ordinaire, celui de chercher l'explication des images antiques dans la mythologie grecque. Je ne serais pas allé certainement interroger l'Enéide pour avoir l'interprétation de cette figure, sans trois motifs. Le premier, est le rapport parfait de la statue avec le récit de Virgile: le second, c'est le style qui convient mieux à des temps postérieurs , qu'à des époques plus anciennes ; le troisième enfin , est la certitude que nous avons, et que nous donne Macrobe (i)f que les aventures décrites dans l'Enéide, et particulièrement celle de Didon abandonnée , ont fourni aux peintres et aux sculpteurs , après Virgile , des sujets recherchés et fréquemment traités par eux. Maintenant, si le style qui se remarque dans cette sculpture ne nous transporte pas dans les temps les plus anciens et les plus florissans de l'art, et si tout ce qui appartient à ce simulacre ne présente rien de contraire au sujet proposé , on peut croire mon opinion très-probable. La statue Barberine nous offre une femme assise sur un dégré , accablée par la douleur , ou plutôt par le désespoir. Le scul-
(l) Saturn. } liv. "V. ch. 17.
pteur, assez médiocre, ne peut avoir été capable d'inventer une expression si forte et si naturelle , ou il l'aura copiée d'après les meilleurs modèles i ou il l'aura emprunptée de quelqu'autre sujet de la fable grecque * traité par un habile maître * et qui pouvait s'adapter a son objet. Les bons peintres modernes qui ont choisi ce sujet pour l'exécuter , sont bien loin d'y avoir mis la noblesse qu'a l'attitude de la Didon - Barberino. Mais ce n'est pas encore seulement la douleur qui est empreinte sur le visage de la statue qui la fait reconnaître * non plus que l'épée troyenne qu'elle tient , parce que le bras droit dans cette statue est moderne ; mais bien plutôt la singularité de ce qu elle est telle que Virgile dépeint la moribonde Elisa (i):
Unum eacuta pedem vinelis-
Le simulacre a visiblement un pied nu , l'autre porte la chaussure ordinaire lacée. Le poëte nous la représente ainsi soigneusement occupéé à éloiguer par de feintes cérémonies magiques, toute espèce de soupçon qu'elle veuille attenter à ses jours. Et le sculpteur a suivi trèsexactement la peinture qu'en fait le poëte pour
(i) Virgile; Àen. IV; v. 5i8. C'est une chose à remarquer que le pied gauche n'est pas chaussé; comme l'avait déjà conjecturé le savant jésuite la Cerda dans Ses commentaires sur Virgile.
que son sujet put être au premier coup-d'œii distingué de tant d'autres suicides rendus fameux par l'histoire tragique de quelques héroïnes.
Si la Didon Barberine avait , comme elle l'eut dans l'antique, l'épée dans la main droite, et prête à se frapper, elle serait la plus évidente représentation de cet épisode intéressant par lequel l'Homère des Latins a prouvé que s'il est au-dessus du poëte grec dans la régularité du poëme, par le grandiose des idées, de l'invention et du style , il ne lui cede pas cependant dans les moyens de pénétrer les cœurs. Le poëte judicieux occupe délicieusement les lecteurs par cette fable, mais il donne encore une origine mythologique à l'inimitié qui existe entre Rome etCarthage; inimitié qui offre un si grand intérêt dans l'histoire romaine ; et par-là il augmentait d'autant plus l'importance du sujet de son poëme pour ses contemporains. Les Romains d'alors devaient se rappeler Annibal et Cannes , en lisant ce vers sublime et inimitable, mis dans la bouche de Didon mourante (i) :
Exoriare aliquis nostris eoo ossibus ultor.
La statue Barberine semble le prononcer ; il n'en est pas de même de la nôtre, parce qu'on
(i) Lieu cité, v. 6^5.
Musée Pie-Clêtn. Vol. IL
lui a placé une tête antique qui appartenait à un autre sujet ; de-là vient qu'elle n'a point l'expression qui lui conviendrait. Les pieds sont imités de la statue Barberine , l'un est chaussé et l'autre ne l'est pas ; la main droite est faite pour tenir un poignard. La figure du Vatican était certainement d'un travail meilleur : mais cet avantage est assez balancé par sa conservation moins parfaite.
PLANC H E XLI.
Sardanapale *.
Ce monument curieux et unique n'a pas été encore examiné par les érudits avec une suffisante attention. Winckelmann , qui fut le premier à le publier , n'a pas , selon moi , parfaitement fixé nos idées sur le véritable sujet qu'il représente ( t). Mon opinion est bien différente de celle de Winckelmann , et de tous les antiquaires ordinaires. Je vais la soumettre au jugement des lecteurs , après que je les aurai mis à même d'observer la statue avec tous les détails qui lui appartiennent.
Le marbre nous représente un homme, dont Je visage majestueux , et sur lequel brille la
* Haut, neuf palmes et demie j sans la plinthe huit palmes 7 dix onces.
(i) Monum. ùiéd. ; num. i63.
sérénité, est orné d'une longue barbe bien soignée, qui couvre la poitrine et s'étend dessus avec une gracieuse disposition. Les traits de sa physionomie tiennent purement de l'idéal; le nez est grec et quarré (i), le sourcil relevé et aigu. Enfin c'est le portrait reconnu par nos anciens pour être celui de Platon , dans les sculptures grecques , et qui se trouve répété sur beaucoup d'hermès. Les cheveux , encore mieux traités que la barbe, tombent sur ses épaules , divisés en deux boucles fort longues et bien formées. La plus grande partie de cette chevelure est reserrée , selon l'usage des femmes , sur le cou et soutenue par une large bandelette qui lui ceint toute la tête. L'élégance et la riche ampleur de ses habits correspondent au luxe de sa chevelure. Son habillement se compose d'une tunique de drap fin, peut-être de bissus , à petits plis, et d'une longueur qui excède même celle dont on se servait au théâtre. Le personnage s'enveloppe dans un manteau aussi très-ample et magnifique , qui le couvre de manière à ne laisser voir de ses membres que le bras droit , lequel, d'après ce qui reste de l'antique, devait être élevé. Le gauche posé sur le côté est totalement enveloppé par le manteau, lequel
(i) On peut assurer cela , maigre' la restauration ; parce que le commencement antique existe encore.
est plié double sur la poitrine (1), et sur son bord est gravé en lettres grecques le mot CAPAANAI1AAAOC , Sardanapallos. C'en fut assez pour que tout le monde reconnut dans ce simulacre l'efféminé roi de Ninive , et on a décidé que cet air majestueux, ces vêtemens grandioses, et cette chevelure soignée comme celle des femmes , convenaient au sujet reconnu. L'évidence de cette opinion prit chez le vulgaire plus de poids , parce que cette statue trouvée dans les ruines d'une ville de Tusculum (2), était placée dans une niche soutenue par quatre figures de femmes, qui remplaçaient les colonnes, sous la forme de Cariatides; et cette compagnie, dit-on, s'accordait très-bien avec les mœurs de ce roi très-voluptueux. Quelques personnes étaient cependant frappées de la ressemblance du visage de la figure principale avec des images crues généralement des portraits de Platon: et comme ce philosophe n'a pas été à l'abri du reproche de mollesse , elles soupçonnèrent que cette statue était une satire,
(1) Savoir se couvrir avec grâces de son manteau , c'e'tait une partie des belles manières anciennes : àva- PdûùeoSaù èjudéfya ( Platon dans Theaetet. ) Quelques-uns ont cru que Ton pouvait apercevoir un indice des moeurs et de la culture de l'esprit dans les diverses manières de porter le manteau. Athene'e , I, ch. 18.
(iz) Aujourd'hui dans le territoire de Monte Porzio. On croit communément que c'est le lieu où e'tait la ville de L. Ver us.
assez coureuse , dirigée contre le divin philosophe ( i y Winckelmann, trop éclairé pour adopter une opinion semhlable , ne se dissimula pas qu'il y avait quelques invraisemblances dans l'opinion commune j et entre autres choses il observa celle de la barbe , que wSardanapale rasait tous les jours , parce qu'il avait coutume de se vêtir à la manière des femmes. Cette barbe dans le personnage représenté ici paraît au contraire soignée et arrangée avec beaucoup d'art. Par cette raison il imagina que la statue appartenait à un Sardanapale plus ancien et plus retenu dans ses mœurs , dont parle Suidas (2). Aucune de ces opinions même ne paraît assez bien fondée pour résister contre un examen raisonné de cette sculpture.
Elle ne peut représenter le célèbre et voluptueux Sardanapale ; parce que cette longue barbe ne s'accorde pas avec ce que l'histoire dit de lui (3)5 et parce qu'en effet nous trouvons sur les médailles grecques son portrait, tel qu'il était sur son tombeau à Anchialos , et qu'on y distingue fort bien son menton rasé (4)*
(1) V. Winckelmann à l'endroit cité.
Ci) Suidas, Lex. v. ^apdavâiïahoç.
(5) Diodore ; liv. II.
(4) Voyez dans Beger, Thesaur. Brandemburg. , tom. I, p. 507, et Haym? Trésor Britann. I, p. 82. M. Onorato Caetani possède dans son riche Cabinet deux médailles de Tarse où est ce sepulchre ou cénotaphe de Sardanapale. Je les ai examinées avec altenlion 7 et une d'elles
Je ne puis admettre le sentiment qui veut y faire reconnaître un portrait satyrique de Platon i car outre les motifs que donne Winckelmann pour le combattre , Tunique fondement de la ressemblance avec les portraits de ce philosophe reste détruit par la connaissance assurée du vrai portrait de Platon , qui est entièrement différent de ceux qu'on lui a attribués communément, et que nous avons rapporté dans le tome premier (i). Mais l'opinion de Winckelmann lui-même n'est pas probable du tout i car il est peu vraisemblable que tant de portraits et de simulacres qui nous sont parvenus , appartiennent à un prince (2), dont l'histoire était isolée de celle des Grecs et des Romains, et dont les actions, presque inconnues des anciens historiens , se découvrent à peine et d'une façon peu certaine encore dans quelques notices indirectes.
Je crois qu'avant de donner à la statue un nom , d'après l'inscription gravée dessus , il faudrait examiner si la figure ne porte pas un caractère qui puisse déterminer à y reconnaître
se verra gravée pl. D: et j'y ajouterai les ëclaircissemens sur les doutes de Gronovius au sujet du type qui y est empreint 7 et j'y examinerai Fopinion de M. Freret qui attribue ce sepulchre a un troisième Sardanapaîe.
(1) Pian. A. IV , num. 8.
; (2) Les hermès avec un semblable portrait sont trèsfrequèris, et il y en a de beaux dans presque tous les musées.
un sujet peu compatible avec cette épigraphe, et alors nous devrons regarder ce nom de C AFA A j>t A ! ì A AAOC , comme une erreur antique, ou comme une imposture du même temps. Le sujet nous est à présent très-connu par luimême , et il démontre qu'il n'est autre chose que le Bacchus vieux ou barbu , assez commun dans l'ancienne mythologie (i). Nous découvrons précisément dans les bas-reliefs appelés vulgairement Repas de Trimalcion cette même figure , où son cortège de Silènes et de Faunes indique qu'elle représente Bacchus (2). Nous admirons dans la superbe topaze gravée du Vatican (3) la même figure avec les simuboles Dionysiaques de la coupe et du thyrse: c'est la même qui est appuyée sur un Faune dans la peinture du beau vase étrusque que rapporte d'Hancarville (4). La même , sur un admirable camée qui appartient à M. Jengkings, représente Bacchus acceptant les offrandes de ses suivans. La même au milieu des Bacchans est sculptée sur un vase et sur un sarcophage du palaisFarnese (5). Enfin la même se trouve très-fréquemment sur cent autres monumens Bacchiques.
(1) On en parle fort longuement clans YHist. de L'art , liv. Y, ch. i; § 22.
(2) Admiranda, pl. LXXI.
(5) Buonarroti, Osservazioni sopra alcuni medaglioni ec. pag. 144.
(4) Tom. I, pl. CÏV.
(5} Le sarcophage a e'té grave' par Marc-\ntoìne.
Celte figure a non~set|lcment par elle-même tout ce qui peut indiquer qu'elle représente un Bacchus barbu , mais elle est encore confermée par toutes les circonstances que l'on doit remarquer autour d'elle. Sa niche était soutenue par quatre figures de femmes , et c'est ainsi qu'était accompagné le Bacchus vêtu de Sycione (j). Le nombre de quatre correspond à la tradition de l'auteur anonyme , qui assigne quatre femmes au dieuThébain (2). La seule circonstance contraire serait donc l'épigraphe. Mais de quel poids peut-elle être , lorsqu'elle est si évidemment en opposition avec le sujet ? La statue équestre de Neptune à Athène avait une inscription qui lui donnait un autre nom (5), ce qui cependant n'empêcha pas Pausanias de la reconnaître pour un Neptune. Il y avait des inscriptions trompeuses aux simulacres des Prétides à Sicyone (4) , aux statues même de Thémistocle et de Miltiade à Athène (5). La sta-
(1) Pausan. } Corinth., ou liv. M; ch. 7. J'ai dit qu'il était vêtu parce que la statue était d'ivoire et d'or , et que dans ces morceaux de sculpture les figures ne se faisaient pas nues.
(2) L'anonyme de incredibilibus 7 ch. 16: Téacrapaç de yvvaiKaç eîvai dvrô âde%<paç §ià ro rèacrapaç rpoitaç zynv naï ^era^o^àç %bv ohov. « On dit que Bacchus avait avec lui quatre soeurs ; parce que le vin éprouve quatre opérations ou plutôt quatre changemens. »
(3) Pausan., Attica, où liv. I? ch. 2.
(4) Le même, Cor/nth. 7 ou liv. II ? c. g.
(5) Le même ? Attica ? ou liv. I, ch. 18.
tue d'Oreste dans l'Hereum, si Ton s'en fût rapporté à l'inscription , devait être appelée une effigie d'Octave Auguste (i). Ne trouve-t-on pas d'autres figures avec de semblables inscriptions contradictoires ? La même tête qui au Capitole porte le nom grec de Pindare , porte celui de Sophocle , dans le Musée Pie-Clémentin. Le bas-relief de trois figures de la 'ville Pinciana , qui a les noms antiques d'Amphion , de Zétus et d'Antiope, a, dans un double qui est à Naples , ceux d'Orphée , de Mercure et d'Euridice (2). Si les fausses épigraphes n'ont donc pas empêché les antiquaires grecs de décider , sur de meilleurs indices , quels étaient les véritables sujets des sculptures, elles ne doivent également pas être pour nous un obstacle qui nous empêche de nous déterminer contre elles-mêmes, quelque antiques qu'elles soient, si nous trouvons des motifs plus puissans et plus évidens pour le faire. Et si le su^et de notre statue est très-certainement un Bacchus barbu , comme il est prouvé par tant de monumens pareils , l'inscription qui en fait un Sardanapale , devient fausse. Elle paraît en ef-
(1) Le même ; C or in th. y ou 1. IT; 17. À Micènes dans le temple de Junon.
(2) Winckelmann, Mommi. ined.? ec. , p. 1 1 4? indique d'autres sujets sur lesquels les anciens antiquaires avaient des doutes, et dont les inscriptions ne s'accordaient pas avec Topinion la plus probable.
fet très-postérieure à la staine (i). Le doublement de F A n'est pas conforme à la plus exacte orthographe , et la forme du C , de FA , du A et de l'A (2), ont quelques exemples dans les monumens avant l'ère chrétienne , et en présentent un bien plus grand nombre depuis le temps des Anlonins. Ainsi les principés d'une gage critique établissent , que si ces signes ne doivent pas servir à raprocher l'époque d'un monument, qui en offre d'autres indiquant des temps antérieurs , ils peuvent être utiles cependant pour confirmer notre opinion sur l'époque postérieure d'un autre monument , qui déjà présente d'assez forts motifs de le soupçonner de cette époque.
Si l'on me demandait quelle peut avoir été l'origine de cette fausse dénomination , et si elle est due à l'imposture ou à l'ignorance, je n'hésiterais pas à deviner quels sont les motifs qui ont pu entraîner dans l'erreur les anciens qui ont expliqué les plus antiques statues. Il semble que cette espèce de commentateurs s'était multipliée vers le temps des Antonins à proportion de ce que les anciennes traditions
(1) Les épigraphes du tombeau de Cipsélus ; bien qu'écrites Bustrophedon , étaient aussi moins antiques que les figures qu'elles indiquaient. Pausan. 7 Eliac. I ; ou liv. Y, ch. 19.
(2) Dans les originaux on voit la petite ligne a droite supérieurement allongée et repliée.
commencèrent à devenir moins sures (i). Ce fut probablement alors que ceux qui possédaient des statues désirèrent y voir écrit le nom du sujet (2). Celui qui donna a notre statue le nom de Sardanapale, tomba dans une erreur conforme à celle qu'on peut reprocher aux antiquaires modernes qui ont donné le nom de ïrimalcion à une figure semblable.
Ayant lu la description exagérée que fait Pétrone de la mollesse et de la crapule dans lesquelles vivait ce personnage , ils lui ont attribué les images qui représentent un homme barbu plongé dans les plaisirs et les orgies, sans prendre garde aux oreilles de Faune et aux queues qu'ont les figures de son cortège , ce qui leur eut facilement indiqué un Bacchus (3). Les anciens , chez lesquels le luxe et les festins de Sardanapale avaient passé en proverbe (4) 9 l'auront reconnu dans ces images , et
(1) Pausanias en parle, et se plaint souvent de leur peu d'instruction.
(2) L'épigraphe du fameux Cice'ron du Musée Mattei , bien qu'elle soit antique } n'est pas de la même epoque que le marbre 3 au contraire le caractère des lettres paraît la reporter au troisième siècle de l'ere chrétienne.
(3) Admiranda y pl. LXXI; ou Ton peut voir l'explication qui y est dessus. Ce sujet est souvent répété \ en outre du bas-relief de la ville Negroni, qui est le plus beau, il y en a deux autres à la ville Albani 7 et un sur un autel ou piédestal assez curieux du Musée Pie-Ciémentin ) qui sera explique à sa place.
(4) Juvenal, sut. X; v. j(r.i.
5oo
de même dans notre statue \ qui a une ressemblance si parfaite avec les figures d'un grand nombre de ces bas-reliefs dont nous venons de parler. Il était d'autant plus facile de commettre cette erreur , que la statue de Sardanapale à Anchiale , différait peu dans ses attribùts des statues Bacchiques (i). Par le bras droit qui a été conservé, nous sommes fondés à croire que cette erreur avait eu un motif ultérieur. La sta» tue de Sardanapale élevait la main droite avec les doigts disposés comme s'il voulait les faire claquer , action qui servait à indiquer, selon ce que peut faire présumer l'inscription placée sous la figure , que tout est vanité parmi les mortels , excepté les plaisirs sensuels ; comme s'il eut voulu dire: Tout le reste ne vaut pas cela y c est-à-dire , le son qu' exprimait son geste (2).
Mais les anciens donnaient aussi une attitude et une expression semblable aux figures Bacchiques , comme Je prouve 1$ belle statue en bronze d'un Bacchant ivre, du Musée de Portici (5). Des figures de Bacchus barbu ayant ordinairement chez les anciens une expression très-voluptueuse > la nôtre a par conséquent la main
(1) V. l'explication del la planche B à la fin de ce volume.
(2) Athenee, Vili, 7; Strabon XIV.
(5) Antichità (f Ercolano 7 tom. VI ; des Bronzes H, pl. XLU et XLUL
Soi
élevée, et certainement pour exprimer le geste que nous venons d' indiquer. 11 fut donc trèsfacile de la confondre avec une image de Sardanapale , déjà connue par ce geste , et d'en écrire le nom sur le bord de la dra^ perie , tout en s'ecartant en cela de l'usage ordinaire (i\
Sous le rapport de Fart , notre Bacchus barbu est un morceau digne d'être observé. Il est impossible d'exprimer avec plus de dignité et de sentiment la volupté et la mollesse dans l'âge adulte. Non-seulement le corps, délicatement pourvu de certain embonpoint , orné et vêtu avec recherche , mais l'ame elle-même , semblent montrer cette satisfaction naïve d'un
(i) C'est ordinairement sur la plinthe que Ton trouve écrits les noms des sujets des statues ; comme la Mnémosine dont il est parle' dans notre toni. I; pl. XXVII, la Junon Lanuvina du Musée Capitolin, l'Euripide de la ville Albani7 le Pausidippe de la ville Negroni, dont les noms sont placés sur la partie antérieure de la plinthe. H y a dans le palais Spada une statue d'un philosophe, sans barbe ; qui paraît plongé dans des pensées profondes ; l'épigraphe qui est écrite sur le côté droit de la plinthe, dégradée sur la fin, paraît indiquer un Aristote par la forme des lettres conservées. On attribue a ce philosophe l'usage qu'avaient les Macédoniens de se raser le menton ; ce qui le distingue des autres philosophes. Cependant les anciens écrivains parlent des noms qui se mettaient dans le tissu des vêtemens. On en trouve beaucoup d'exemples dans les peintures des temps postérieurs. Voyez à ce sujet Ciampini.
homme abandonné à tous les plaisirs , et qui n'éprouve aucune espèce de remords. L'air de tête est néanmoins grandiose et noble, tel qu'il convient à un Dieu ; et on devine à la physionomie que le personnage est capable de concévoir de grandes idées. On peut le regarder comme un Dieu d'Epicure , enivré par les plaisirs, lesquels cependant ne l'ont pas affaibli, et qui paraît libre de toute inquiétude. Il semble qu'on voye ses cheveux oints des parfums les plus suaves ; et son habillement , dont la disposition annonce tant de goût , a été exécuté p^r l'artiste avec une parfaite vérité d'imitation du naturel. On doit remarquer la manche qui couvre le bras droit; le commencement de cette partie est antique , et très- différente de celles que nous voyons ordinairement aux sculptures. Je ne connais rien de semblable que celle d'un Bacchus barbu, ou d'un prêtre, sous les formes d'un Dieu, qui est peint sur un très-beau vase (i).
Les statues de femmes qui accompagnaient cette figure , sont conservées dans la ville Albani , où elles servent de Cariatides. Il leur manquait les têtes et les bras ; mais on les a restaurées , dans l'attitude des Canéphores , selon que les restes des bras Fludiquaient. Le travail du Bacchus est infiniment supérieur à celui de ces figures accessoires.
(i) Hancarville, tom. I; pl. LXXXIÏ,
Observations de V auteur^ insérées dans le t. VII de V édition de Rome.
J'ai dit à la page 298 que le doublement de L, dans le nom de Sardanapale , n'était pas conforme à la véritable orthographe de ce nom. Quoiqu'il se trouve plus ordinairement écrit avec un seul L, je dois faire remarquer que l'autre orthographe n'est pas moins bonne, ni moins antique ; et c'est celle que Ton trouve dans le texte d'Hérodote, 1. 2 , ch, i5o, qui a été approuvée par Wesselingius dans les notes sur ce passage. Je dois aussi ajouter, pour expliquer comment le mot Sardanapale a pu être écrit sur un simulacre qui ne représente pas ce roi d'Assyrie , que ce nom était devenu une espèce de nom appellatif pour indiquer un caractère voluptueux et efféminé ; caractère que les anciens donnaient particulièrement à Bac chus , et surtout quand il était , comme dans notre figure, barbu et revêtu de la tunique appelée bassaride , comme le témoignent les bas-reliefs dont j'ai parlé dans ce chapitre. La preuve de cette conjecture est tirée du Querulus y comédie écrite au quatrième siècle de l'ère vulgaire , et improprement attribuée à Piaule. Le nom de Sardanapale indique, dans ce drame , un personnage efféminé et adonné à la crapule. Aristophane même s'en était déjà servi presque dans le même sens. Aves , v. 1021.
M. Mongès de l'Institut de France, lut, il y
a quelques années, à cette accademie une dis- . sertation sur ce simulacre, qui représente, à ce qu'il prétend , l'empereur Heliogabale , auquel, nous le savons par l'histoire , on donna le surnom de Sardanapale, et il croit que ce voluptueux empereur avait pris dans cette statue le costume d'un Bacchus barbu. Cette opinion ne pouvait se fonder que sur une ressemblance très-certaine des traits du visage de la statue avec des portraits authentiques de cet empereur, et cette ressemblance n'existe pas. La statue , comme je l'ai fait observer, a quelque chose d'idéal dans la figure, ce qui est exprimé par la beauté du front , des yeux , et la forme quarrée du nez 3 cette forme, que Philostrate a expressément indiquée comme particulièrement convenable aux statues, et qui appartient , comme nous l'observons , à la beauté idéale : Terpdyojvoç ïdèa rtfç phoç^ oiov âyâX^iaroç ( Héroica in Protésilao ).