‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 42 sur 55 · PLANCHE XL IL · texte numérisé non relu

PLANCHE XL IL

Alcibiade *.

Ce beau et remarquable simulacre d'Alcibiade devait attirer toute notre attention par le mérite du travail , mais il ne serait pas devenu plus précieux encore par ce qu'il re-

* Haut, liuit palmes, dix onces ; sans la plinthe huit palmes ; quatre onces.

présente cet homme extraordinaire, si un Hermès, avec le nom écrit, qui est dans le Musée Pie-Clémentin (i), en nous offrant des ressemblances certaines, ne nous autorisait pas à lui donner cette dénomination. Appuyés par ce buste, nous pouvons avec certitude déterminer le sujet de cette belle statue , qui resta couchée pendant plusieurs siècles, et négligée, dans les allées de la ville Mattei , et qui fut transformée par de mauvaises restaurations, en un de ces gladiateurs imaginaires (2). La bonté du dessin se fait apercevoir davantage dans le dos de la figure , parce qu'étant tombée , peut-être, ainsi à la renverse, cette partie s'est mieux conservée. Je la crois une copie du bronze qui fut élev^ au forum, dans le cinquième siècle de Rome , en l'honneur de ce Grec admirable , et en même- temps que la statue de Pythagore. L'oracle de Delphes avait ordonné aux Romains d'ériger des statues au

(1) Cette statue fut trouvée dans les fouilles de Pantanello de la ville Àdrienne ? par le célèbre peintre M. Gavino Hamilton 3 et elle fut achetée par Sa Sainteté. On y lit un reste de fragment du nom grec

sur un des côtés est une épigramme énigmatique ; que nous donnerons.

(2) On la voit dans les Monumenta Matthaeiorum , t. I, pl. Cî; où elle est a peine reconnaissant. Venuti la donne pour un Gladiateur: mais le savant abbé Amaduzzi, dans une note, observe qu'il est plus à propos de la regarder comme un Athlète. Le portrait, authentique d'Alcibiade n'était pas encore connu.

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plus sage et au plus vaillant des Grecs , de les placer dans le lieu de Rome le plus remarquable (i), et il faisait dépendre de l'exécution de cfct ordre leur victoire sur les Samnites (2). Le choix tomba sur Alcibiade et Pythagore de préférence, au grand étonnement de Pline, à Socrate et à Thémistocle. Le premier, à la vérité 9 était pour l'Italie le plus célèbre des philosophes, parce qu'une quantité de loix très-sages qu'il avait établies dans la Grande Grèce , étaient un témoignage de sa sagesse , bien moins équivoque que les récits , ou bien que les écrits des autres philosophes , qui n'étaient pas assez connus des Romains, ou que ceux-ci ne comprenaient pas alors si bien. Alcibiade dût peut-être ce choix à ses actions, alors récentes, qui devaient occuper en ce temps toutes les peuplades grecques. Un motif assez puissant pour croire que notre statue est co-

ti) Pline y liv. XXXIV. 6: Inverno et Pjthagorae , et Alcibiadi in cornibus comitii positas ( statuas) cum bello Samniti Apollo Pythius fortissimo Graecorum gentis iussissety et alteri sapientissimo simulacra celebri loco dicari 7 donec Sfila Dictator ibi curiam faceret. Mirumque est illos patres Socrati cunctis ab eodem Deo sapientia praelato Pythagoram praetulisse , aut tot aliis virtute Alcibiadem7 aut quemquam utroque Themistocli. Plutarque, dans Numa 7 dit la même chose.

(2) L'esprit de cet oracle fait concevoir avec combien de vérité Horace a attribué aux Grecs cet amour extrême

Praeter laudéfn nullius avaris 7 de la gloire qui les pendit si grands dans tout.

piée d'après un bronze, c'est la manière sèche et recherchée avec laquelle les cheveux , la barbe et les poils sont traités. C'était ainsi qu'on les travaillait dans les morceaux en bronze, et on pouvait dire de tous les fondeurs ce que dit Horace ;

Molli imitabitur aere capillos- Les bronzes d'Herculanum, quoiqu'on puisse les juger de beaucoup postérieurs à ces temps, nous offrent les cheveux exécutés avec la même finesse et la même précision. Dans le marbre au contraire, ils sont disposés ou un peu frisés , ou en masse , ou à petites boucles , qui de loin font l'effet de la nature , et de près sentent la manière , quoique traités avec beaucoup d'art. Je ne puis alléguer d'autre motif, pour que ces chevelures soient travaillées dans quelques statues , comme le sont celles des bronzes , sinon que l'artiste en copiant en marbre ces statues , n'a pas voulu , même dans cette partie, s'écarter de son modèle. Et il avait d'autant plus raison d'en agir ainsi, quand son original offrait , comme celui-ci , un portrait. Nous apercevons ce style dans notre statue , et plus encore dans l'hermès qui nous sert à l'expliquer

Le casque qu Alcibiade a sous les pieds , est une restauration moderne , dont on a pris l'exemple sur la statue d'un héros dans la cour Farnese. On l'a donné à la nôtre , parce

que l'image de la Valeur sur les médailles (i), est représentée dans le même mouvement , et qu' Alcibiade obtint cette statue comme le plus vaillant des Grecs.

L'action de cette belle figure, et sa grâce svelte, méritent d'être observées avec attention. L'original devait être sorti de ces écoles Grecques-Italiques, qui se montraient les rivales en talens et en connaissances , des écoles de la Grèce-Mère. Les Etrusques, qui peuplaient la Campanie , avaient étudié les arts dans ces dernières , voilà pourquoi ils ne représentaient dans leurs ouvrages que des fables grecques > et n'imitaient que les travaux des Grecs. Peutêtre ne suivirent ils pas leurs progrès dans les arts, et c'est à cela que l'on peut attribuer la ressemblance que l'on trouve dans les ouvrages Tuscaniques avec le style des temps antérieurs à Praxitèle (2).

(1) V ir tus.

(2) Tout ce qui a été écrit sur l'antériorité des beauxarts en Etrurie ; par beaucoup d'Italiens ; qui ont été copiés, sans beaucoup de jugement, par plusieurs ultramontains, sera toujours regardé; par quiconque connaît bien les arts des anciens, comme une pure illusion. On ne met pas en question ; si les anciens peuples d'Italie , ou Etrusques, ou Umbres, ou Siciliens, cultivaient quelques arts, ou même avaient quelques commencemens de ceux d'imitation avant rétablissement des colonies grecques, et si les Grecs aussi les connurent avant d'envoyer leurs colonies en Italie ; nous disons seulement que le style grec bien évident ; sur tous les monumens produits

Nous pouvons admirer dans cette statue d'Alcibiade cette beauté qui est propre à l'âge viril, que Platon reconnaissait dans ce héros, qui sut se rendre séduisant dans toutes les saisons de sa vie, de sorte qu'il vérifiait cette brillante pensée d'Euripide :

L'Automne des belles a aussi sa beauté.

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