‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 45 sur 55 · PLAN C H E XLV · texte numérisé non relu

PLAN C H E XLV

Auguste revêtu de la toge *•

Ce beau simulacre d'Auguste embellissait autrefois le palais des nobles MM. Giustiniani à Venise , et il est probable qu'il faisait partie des dépouilles de la Grèce , dont cette illustre capitale possède un grand nombre. La tête ne répondait ni à la beauté ni à la conservation de la statue, et on lui en substitua, par cette raison , une autre très-ressemblante aux portraits bien certains d'Octave; celle-ci, très-bien conservée, fut découverte dans le territoire de Vélletri , qui était le lieu de naissance d'Auguste.

La beauté des draperies qui représentent la toge romaine, est d'autant plus remarquable, quelle est traitée avec cette manière large et maj e tueuse qui annonce le style des meilleures écoles de la Grèce , chose assez rare dans les statues couvertes de la toge (i).

* Haut, neuf palmes et cinq onces j sans la plinthe huit palmes et onze onces. L'anglais M. Brown l'avait achetée a Vénise avec une autre, et les avait transportées à Rome pour les faire restaurer, et il les revendit a Sa Sainteté qui les acheta pour son Musée.

(0 Que Ton ne reproche pas, comme on a coutume de le faire, ces mauvaises sculptures à l'école romaine, mais plutôt aux excessives adulatictis, aux moeurs esclaves de l'Italie, tombée sous la main du despotisme j ce

Quoique la perte de la tête puisse nous laisser des doutes sur le personnage , en l'honneur duquel cette statue fut formée, elle paraît convenir assez bien à Octave Auguste, comme prince de la gens togata, et comme tellement attaché aux anciens usages romains, qu'il ne se faisait voir que très-rarement sans toge, et qu'il voyait même avec peiue que ce noble vêtement, particulier au peuple maître du monde, commençait déjà à tomber en désuétude (i).

qui faisait prostituer les honneurs des statues pour des gens de la plus médiocre fortune ; et les faisait confier à des mains peu habiles 7 qui ne pouvaient exiger qu'un prix misérable pour travailler à des effigies aussitôt oubliées qu'elles avaient été crées. À quelles économies sordides ne furent pas réduites les villes municipales par cet usage de basse flatterie ? si Athènes elle-même en vint au point d'effacer; de-dessus les statues de Théniistocle et de Miltiades, leurs noms; pour les consacrer à qucîqu'indigne favori, ou à quelque obscur magistrat ! C'est pour cela que Cicéron écrivait à Atticus VI ; t , a la fin: Odi fais as inscripliones statuai 'um \ alienar um. Souvent on abbattait la tête des anciennes slatues; pour y placer des portraits d'hommes vivans7 et c'est, peut-être, ime des plus grandes causes de la destruction de beaucoup de monumens historiques des grands hommes de la république. L'abus que les préfets de Rome firent de leur pouvoir pour convertir en leur honneur des statues qui rappelaient à la mémoire d'autres personnages , a été savamment observé par M. l'abbé Gaetano Marini; Iscrizioni Aliane , pag. 46.

(1) Romano* rerum dominos } gentemque togaiam.

La forme de cet habillement correspond fortbien à l'ingénieuse figure qu'en a donné M. Lens dans son ouvrage utile, intitulé Costumes des peuples , etc. ; ouvrage qui serait exempt d'erreurs, et devenu encore plus utile qu'il ne peut être, si ce peintre éclairé avait daigné consulter quelques érudits.

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