PLANCHE XL VI
Auguste voile *.
Cette statue est de beaucoup inférieure, sous le rapport de l'art , à celle que nous venons d'examiner. Elle a cependant un mérite de plus, qui est son intégrité \ car la tête qu'on voit à présent rattachée, fut découverte avec la statue, et se rapportait très-bien aux fractures du cou, quand on la tira de-dessous terre , il y a peu d'années , dans la colonie d'Ocriculum y sans doute elle ornait la basilique de cette ville, avec beaucoup d'autres images d'empereurs, qui se voyent toutes aujourd'hui placées dans notre Musée.
Il est inutile de répéter ce que nous avons
"Virgile, Aeneid. I, v. 286; Suétone, Vie d'Auguste, ch. 4o; ajoute que cet empereur, habùum , vestitumque prislinum reducere studuit.
* Haut, huit palmes, sept onces ) sans la plinthe sept palmes > quatre onces.
dit ailleurs du peu de mérite dans le travail de ces productions municipales, ni de parler de cette grâce , et du naturel, qui, comme nous l'avons fait observer déjà , s'aperçoivent dans ces ouvrages, malgré toute la médiocrité de leur exécution fort éloignée encore d'arriver jusqu'à la négligence que l'on remarque dans nos modernes sculptures.
Auguste est voilé comme il convient de l'être à un prêtre , ou plutôt à un grand prêtre tel qu'il était; car il avait pris cette dignité pour réunir toute la souveraineté , en rassemblant dans la personne du prince toutes les charges les plus importantes de la république (i). La dignité pontificale qui , chez les Romains, n'était pas séparée de l'état civil, rendait infiniment respectable celui qui en était revêtu, et contribuait à lui donner sur le public une grande influence , parce que la religion dominante , toute absurde qu'elle fût, avait toujours parmi le peuple des zélateurs de bonne foi , et en grand nombre. L'historien T. Live nous en fournit un exemple frappant par les invectives qu'il adresse aux esprits forts de son siècle. Mais pour en revenir à notre sujet, nous fe-
(i) Yoyez Spanhe'mius, de usa et praest. numis.y t. lly dissert. 12 ? § 4; n. 8; où il prouve que les empereurs prenaient le titre de pontifes ; mais aussi qu'ils en avaient les droits, qu'ils en exerçaient les fonctions; et il en apporte des exemples de l'histoire d'Auguste lui-même.
rons observer, que Ton voit souvent sur les médailles romaines, César ayant la tête voilée et accompagné du lituus ou bâton augurai ; tant ce peuple croyait que le sacerdoce devait ajouter aux honneurs dont jouissaient déjà les dominateurs du monde.
La tête voilée dans les empereurs du troisième et du quatrième siècle , ne paraissait plus être le signe du sacerdoce, mais celui de l'apothéose seulement. Les médailles de Claudius Goticus, de Constance Chlore et de Maximin , nous donnent cette idée. En observant le camée de la S. Chapelle de Paris, je vois un empereur divinisé, aussi avec la tête voilée comme dans celles que nous venons de citer (i). Je ne croirai pas néanmoins par cette raison , que cette superbe pierre appartint au quatrième siècle de l'ère chrétienne , comme Font pensé plusieurs érudits, mais seulement que le chef voilé est dans ce camée relatif au sacerdoce exercé par Auguste , comme dans notre statue: et la couronne radiée, dont sa tête est également ornée, se rapporte à son apothéose.
(i) Montfaucon, Antiquité expliquée , toni. V; part. I, liv. IV 7 ch. io. Il prend pour une Vénus cet Auguste voile' et portant la couronne radiée 7 et il avance qu'on ne trouve aucune effigie d'Auguste radiée. Il est à croire que cet homme savant n'avait jamais vu les médailles d'Auguste 7 qui sont cependant très-communes 7 et sur lesquelles on voit cet empereur très-frequemment radié de son vivant et après son apothéose.
Observations de V auteur, insérées dans le t. VII de l édition de Rome*
Dans la note (i), pag. 35o, on lit que la couronne radiée a été donnée à Auguste sur les médailles qui ont été frappées de son vivant , également sur celles frappées après sa mort, qui portent son effigie. La couronne radiée sur la tête d'Auguste ne se trouve que sur les secondes. Néron fut le premier empereur dont les médailles furent ornées de son vivant par cette sorte de couronne.