‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 47 sur 55 · PLANCHE XLVII · texte numérisé non relu

PLANCHE XLVII

LlVIE SOUS LA FIGURE DE LA PlETE *.

Le pendant de l'Auguste sacrifiant, est cette statue de Livie, qui maintenant avec les bras et les mains ouvertes représente , comme sur les médailles impériales, la Piété, que nous appelerions la Religion. Dans les temps ou commençait à s'établir la domination absolue des Césars, on n'osa pas attribuer les honneurs suprêmes à leurs épouses , sans y ajouter quelque modification. C'est par ce motif que nous voyons sur les médailles romaines des portraits

* Haut, neuf palmes , deux onces ; sans la plinthe huit palmes, neuf onces. Elle fut trouvée, avec la précédente, dans les ruines de la basilique à Otricoli.

que l'on croit généralement ceux de Li vie, sous le nom de la Piété , de la Justice , ou de la Santé (i). Une certaine ressemblance avec ces portraits , quoiqu'elle ne soit pas absolument évidente , et encore plus sa correspondance avec la précédente statue d'Auguste , nous ont fait donner à cette figure le nom de Livie.

L'action qu'elle présente est celle de prier, et suivant la coutume des cérémonies religieuses anciennes :

Manibus orasse supinis (2) la piété envers les Dieux fut exprimée par cette attitude ; et on vit souvent les statues des impératrices sous la figure de cette divinité. Si celle-ci fut inventée exprès pour élever une statue à Livie , le sculpteur contemporain d'Auguste qui la conçut, fut à-coupsur un habile artiste ; et la beauté qui régne dans l'invention, et l'agencement des draperies, suffiraient seules , pour nous prouver que la sculpture de ces temps eut aussi ses Dioscorides. Cette figure fut en effet répétée assez souvent par les anciens sous le même sujets en bronze, comme on le voit au Musée de Portici (3) ; et

(ï) Voyez les Césars de Morelli. Cependant cette téle, qui a le nom Salus } ne me paraît pas être le même portrait que les deux autres.

(2) Virgile , Aen. IV ; v. 2o5.

(3) Antiquités d9 Herculanum 7 t. VI ; des Bronzes II, pl. LXXXIII. Ces savans commentateurs n'y ont pas re-

en marbre statuaire dans le palais Barberini , avec le portrait, à ce que je crois, de Faustine la jeune ; et enfin à la ville Borghese (i) une en porphyre , à laquelle on a adapté une belle tête antique idéale , un peu forte pour la proportion.

Mais il se^eut que l'idée d'une si élégante figure n'ait pas pris sa naissance dans le tems d'Auguste, et il se peut aussi que les artistes ayent cherché à appliquer à l'expression de la piété envers les Dieux, les modèles célèbres de leurs adoratrices , sujet dans lequel se distinguèrent à l'envi les sculpteurs grecs Beda, Euphranor, Sténide et Apelles (2). Mais comme nous ne

connu l'image d'aucune impératrice 5 ils ont même pensé que ce bronze ne pouvait pas représenter une femme romaine, parce qu'elle a comme la nôtre les manches de sa tunique attachées par des boutons. Cependant cette raison n'est pas suffisamment fondée. L'Agrippine majeure du Musée Capitolili, et la jeune qui était jadis dans les jardins Farnese, ont des boutons semblables sur les bras, et sont assurément des sujets romains, comme, en outre des portraits, le prouvent l'ajustement des cheveux suivant les usages que nous trouvons sur les médailles latines. On ne peut démontrer que les vêtemens de femmes, dont on se servait à Rome, n'eussent pas de pareils clavi ou boutons ; et quand on pourrait même le prouver, il n'en faudrait pas conclure encore, que des figures vêtues ainsi ne pourraient appartenir à des impératrices romaines figurées sous des formes mythologiques, et par cette raison, peut-être, vêtues àia manière grecque,

(1) Montelatici , Villa Borghese, pag. 25i,

(2) Pline, liv. XXXIV, 19.

connaissons aucun statuaire d'un mérite extraordinaire, qui soit sorti des écoles grecques du temps d'Auguste ; et comme, d'un autre côté, les copies qui dans différens temps ont été faites de cette figure , à l'occasion de simulacres d'un certain prix, nous prouvent quel cas on faisait alors de cette invention^ je me flatte, et je désirerais avoir plus de certitude de retrouver dans cette statue une copie des fameuses adoratrices.

Quoique cette belle figure ne soit encore qu'une médiocre copie d'une autre bien supérieure, elle nous offre pourtant un excellent modèle, que nos artistes modernes pourraient imiter avec succès dans beaucoup de sujets sacrés; et elle est en même-temps un monument précieux qui nous indique le rit religieux d'alors de prier avec les mains ouvertes ; rit dont on trouve des traces jusques dans le Pentateuque, et qui passa ensuite aux Chrétiens , comme nous l'atteste , indépendamment des cérémonies pratiquées aujourd'hui, une ancienne peinture très-estimable du Cimetière de Priscilla (i). Ces monumens nous font comprendre le sens des expressions employées par les auteurs classiques, dans cette phrase; manus supinae, pour indiquer le geste de quelqu'un qui prie. Ils

(0 Ai ingh. , Roma subterr. , tome I, pag. 3o5 ; n, i. Voyez aussi Paciaudi } Diatribe 7 qua Graeci anaglyphi interpretatio tradilur, Rotnae 1^5 1? in 4»% pag. 7 et. suiv.

nous montrent que telle était cette attitude , consacrée depuis dans le christianisme, et non pas celle que les commentateurs de Virgile , trop attachés au sens littéral de l'adjectif supinaSj ont cru devoir lui substituer (i).

Observations de V auteur, insérées dans le t. VII de V édition de Rome»

Dans la note (i), pag. 332, j'ai établi en doute si le portrait représenté sur quelques médailles latines avec l'épigraphe SALVS était celui de Livie. Après avoir depuis examiné un plus grand nombre de ces médailles , il ne m'est plus testé d'incertitude: je dois faire observer cependant , que quoique les têtes avec les inscriptions Pietas , Salus , Justitia soient des éffigies de Livie, celle-ci n'est pas bien caractérisée , excepté dans quelques médailles , la plus grande partie n'offrant que des têtes presque idéales.

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