PLANCHE XLVIII
DOMITIA VÊTUE EN DlANE *.
En donnant un nom à cette charmante statue , nous avons suivi les traces de beau-
(i) La Cerda et La Paie sur Virgile, Aen. IV, v. 2o5, * Haut, cinq palmes , onze onces } sans la plinthe
coup d'antiquaires , qui ayant trouvé dans des portraits de femmes une ressemblance par la coiffure avec celle de quelques impératrice, ont voulu aussitôt la lui attribuer , comme s'il n'était pas possible que des femmes , imitassent, par esprit de vanité, la manière dont s'ajustaient les épouses des Césars, ou comme si certain arrangement des cheveux suffisait pour indiquer et préciser un portrait.
Cette forme si arbitraire , qui peut seulement servir à fixer par conjecture une époque pour l'image , a enrichi presque tous nos Musées de portraits de femmes des Césars ; et comme il se trouve rarement une disposition de chevelure qui n'ait pas quelque ressemblance avec celles qui sont sur les médailles romaines , aussi a-t-on rarement laissé un portrait de femme sans lui donner un nom.
Quant à moi, je crois que la personne que nous voyons sous les attributs de Diane, pouvait être contemporaine de Domitia, et qu'elle est différente de cette impératrice. C'est, à mon avis, une jeune fille de quelque famille illustre» que l'on s'est plu à représenter sous les formes de la vierge chasseresse. On a en effet comparé les mères et les épouses des empereurs à Junon , à Cerès , à Proserpine , à Vé-
cinq palmes, sept onces. Elle fut trouvée a, Castel de Guido; où était l'ancien Lorium.
nus , mais jamais on ne les a comparées à Diane» Et on ne doit pas regarder comme une chose neuve que Ton ait accordé à une jeune personne de condition privée, les attributs de quelque divinité , quand on sait que plusieurs siècles avant l'époque de notre statue, Anacréon avait fait sculpter son Bathyle (i) en Phébus ; et quand à Rome même, le peintre Arellius (2), par un abus, moins fréquent à ce qu'il paraît par la surprise qu'il causa à ses contemporains, avait transformé en Déesses , tous les portraits des dames romaines peintes par lui.
On a, peut-être, voulu célébrer les moeurs de la personne représentée en la faisant semblable à Diane ; et pour conserver plus de décence, on ne lui releva pas son habit par la ceinture, comme c'était l'usage dans la plus grande partie des figures de cette divine chasseresse. Notre figure est en outre parée du manteau ou de la palla que portaient les femmes. Ces réflexions nous indiquent le sujet de la statue.
Sous le rapport de l'art elle en fait naître
(1) Anacréon, ode XVI ; dern. vers:
C'est de même qu'on lit dans notre Musée un distique sous une figure sépulcrale, lequel a déjà été publié plus d'une fois ; et qui a une phrase pareille. Le voici : ^aropveïvoç èyò xinX'vio'KOiJLaL hx, <ïè {ie izaïiïoç E/V Aiovvaov aya?u{i e^saav {irirrip %e rtatrip te.
(2) Pline, //. N.} liv. XXXV.
Musée Pie-Clém. Yol, IL 23
de bien plus intéressantes encore ; car il semble que l'artiste a cherché le beau aux dépens de la vérité. La draperie légère dont elle est vêtue est composée, comme si elle était transparente ; car on y aperçoit le nombril marqué par un creux , licence autorisée par les meilleurs modèles , et qui n'a pas été bien sentie par ceux qui ont voulu la critiquer (i). Le sculpteur n'a pas cherché à former dans cet endroit un pli aussi caractérisé de l'habillement, il a seulement voulu obtenir par ce creux l'effet du clair-obscur, qu'offre dans la nature mi habit transparent.
La partie plus difficile à excuser est celle de la draperie qui lui couvre la jambe gauche , laquelle étant un peu plus en arrière , devrait d'autant plus être détachée de l'habillement ,
(i) Cela se voit dans la Flore, ou plutôt l'Erato Farnèsienne. L'habile sculpteur a fait choix foit-a-propos d'une figure qui danse , pour montrer tout son talent dans un vêtement transparent. Les mouvemens de la danse obligent la tunique à s'appliquer sur les membres, à se lancer en arrière, en supposant que le personnage se meut comme s'il marchait. Par ce moyen la draperie peut sans affectation s'attacher sur chaque partie des membres de la Deesse ? qui sont couverts des parfums célestes, et en développer les formes, ajoutant ainsi un effet admirable qui ne s'écarte pas de la vérité. L'abbe' Bracci a critiqué l'art des anciens dans ces ouvrages admirables, parce qu'il n'a pas compris ni l'intention des artistes ; ni leurs moyens d'exécution ( Comment.de antiq. scalptoribus , Préf. )
sì l'artiste ne l'avait pas appliquée dessus avec affectation , comme si elle était collée sur ses membres. On pourrait dire encore , qu'en cela il aurait voulu obtenir les effets de la transparence du vêtement, et que cette affectation n'est plus sensible, quand on la regarde en face: et peut-être que la statue était placée quelque part, de manière qu'elle ne pût être vue que sous cet aspect. Peut être aussi que l'emploi des huiles parfumées, dont les anciens dans leur luxe faisaient un si grand usage , occasionnait quelquefois une certaine adhésion des étoffes fines sui les parties du corps, laquelle aujourd'hui nous paraîtrait invraisemblable. Mais les artistes doivent être très-reservés dans l'imitation de la transparence, dans la crainte que l'envie de se distinguer dans les choses difficiles ne les fasse tomber dans le faux. La statue que Fon appelle la Flore Farnèsienne indique tout ce qu'on peut se permettre en ce genre: chercher a aller au de~là, c'est oublier le but principal et les beautés de l'art (i).
(i) On connaît a cet égard la Tuzia à Rome, le Christ sur le suaire k Naples, et d'autres inepties difficiles du Contadini.