‹ Musee Pie-Clementin (volume 5)Chapitre 6 sur 55 · PLANCHE V · texte numérisé non relu

PLANCHE V

Hercule avec le trépied*

Les quatre beaux groupes qui représentent les travaux d'Hercule, et que nous expliquons, furent tous trouvés près d'Ostie, où probablement ils formaient l'ornement de quelque lieu

* Haut, six palmes un quart; avec la plinthe six paljnes sept onces.

de délices. Celui-ci nous rappelle la violence que ce héros fit à l'oracle de Delphes , dont la Pithie refusa de lui répondre , parce qu'il était souillé du sang dlphitus qu'il avait tué injustement. Il enleva le trépied, et il combattit ensuite Apollon ; ce qui obligea Jupiter leur père commun, de les séparer en lançant sur eux son foudre (i). Il semble que le héros , en ravissant le trépied, défie d'un regard provoquant le dieu dont il a profané l'oracle. Ce groupe a été ici placé avant les autres , parce qu'il représente Alcide imberbe , tandis que tous les autres l'offrent avec une barbe fortépaisse. Nous ne trouvons cependant rien de bien clair dans l'histoire sur l'époque de cette entreprise d'Hercule (2), et je conjecture que ce n'est pas sans une cause mistérieuse que nous le voyons ici sans barbe.

Cicéron nous apprend que l'Hercule qui eut dispute avec Apollon était le plus ancien des Hercules , fils du plus ancien Jupiter et de Lisitus, et non FHercule d'Argos ou de Thèhes , fils de Jupiter et d'Alcmêne (3). Nous

(1) La Pithie était appelée Senoclea , Pausan. ; liv. X ou Phocica , ch. i3; Apollod. , BibL7 liv. II.

(2) Apollodore , 3. c, veut que cette dispute ait eu lieu après les douze travaux ; dans lesquels on représente Hercule avec une barbe; ce qui se voit aussi dan» nos groupes.

(5) Cicéron ; de natura Deor. , liv. III, où il en compte six: Quamquam f quem potissimum Hercûlem cq*

savons aussi que les Phéniciens eurent leu? Hercule, lequel quoique plus ancien certaine-* ment que le grec , fut représenté imberbe ; ce

ta mus scire sane velim ; plures enlm tradunt nobis ii , qui interior es scrutantur } et reconditas literas : antiquissirrtum Jove natum ? sed antiquissimo item Jove: nam Joves quoque plures in priscis Graecorum li ter h invenimus. Ex eo igitur et Lysito est is Hercules , quem concertasse cum Apolline de tripode accepimus. Alter traditur Nilo natus Aegyptius 7 quem ajunt Phtygias literas conscripsisse. Ter dus est ex Idaeis Dactylis y cui inferias offerunt. Çuartus Jovis et Asteriae Lalonae sororis , quem Tyrii maxime colunt , cujus Carthaginem Jiliam jerunt. Quintus in India ? qui Belus dicitur. Sextus hic ex Alcumena , quem Jupiter genuit , sed tertlus Jupiter. Il paraît vraiment impossible que tant d'hommes célèbres par leur force ayent porté le nom d'Hercule ; et même nous savons que l'Hercule Egyptien était désigné par un autre nom. Etymolog. magn. in XftW. Je crois que le nom d'Hercule *Hpax?*tfç , Héraclès 7 étant d'origine grecque, a été donné seulement au Thébain , et que les Grecs après avoir divinisé cet homme fort , ont ensuite donné ce nom à toutes les divinités étrangères, dont le principal caractère était la force ? ou parce qu'elles provenaient de l'apothéose d'hommes courageux , ou parce qu'elles exprimaient la puissance de Dieu , ou la force dont est doué le Soleil, ou celle de toute la Nature. Après avoir confondu les sujets, on confondit aussi leurs aventures. Il paraît que les théologiens du paganisme avaient tant de penchant pour la tolérance, qu'ils mettaient en avant toutes les subtilités , non pas pour exciter des disputes théologiques , mais bien plutôt pour concilier entre eux les systèmes et les cultes qui paraissaient les plus discordant, et devoir le moins se rapr procher.

qui est prouvé par les médailles Puniques de Cadix, ou de Gadira (i). C'est par ce motif que les Hercules des Etrusques sont pour la plupart imberbes , parce que la nation Thirrenienne avait eu des rapports avec les Phéniciens. Si Ton veut regarder ces morceaux comme des ouvrages grecs très-anciens , on devra convenir que les arts dans la Grèce conservaient à cette époque reculée de très-grands rapports avec les fables , et avec les arts d'orient. D'où il suit que tous les monumens qui nous représentent l'enlèvement du trépied , ou la dispute d'Apollon et d'Hercule , nous offrent toujours ce héros sans barbe ; ce qu'il importe de remarquer , et ce qui certainement n'est pas fait sans motif (2).

(1) Voyez Fexeeilent ouvrage de M. Dutens; Explication d<* quelques médailles grecques et phéniciennes , p. 5^.

(2) Les monumens qui représentent cette fable sont cites par Caylns y tome IV? Recueil. , p. io5 ; n. 5. Ori peut à cela ajouter le bas-relief qui est sur lé pied d'un candélabre du Musée Pie-Clémentin ; que Ton expliquer a à son lieu y ainsi que deux autres de la ville Albani. Il faut cependant remarquer ; que sur la pierre gravée étrusque que présente M. de Caylus, pl. XXXIV, n. 5, on voit Hercule avec la barbe ; mais je soupçonne qu'il y a eu de la négligence dans la gravure ; car dans ce recueil rien n'y a conservé le caractère de l'antique. Le même Caylus rapporte, tome V; pl. 49; n- 5; une autre pierre sur laquelle il a cru reconnaître Hercule qui sacrifie un boeuf à Apollon avant de consulter l'oracle. Mais le prétendu Hercule n'est autre chose qu'uu vieti-

Musée Pie-Clem. Vol II 4

So

Le dieu que représente notre groupe , a sur les épaules le cractère du trépied , en forme d'un disque, oîi Ton aperçoit les traces d'une traverse, peut-être de métal, qui devait s'attacher à quelqu'autre partie de cet appareil.

Je pense que l'on plaçait dessus le couvercle percé et bombé en forme de demi-sphère , sur lequel s'asseyait la Pithie , et qui devait être assez vraisemblablement en bronze , pour couvrir cette surface plane et ronde du trépied , qui ne peut représenter que très-imparfaitement la cuvette.

Le travail de ces quatre groupes a du mérite particulièrement dans les figures d'Hercule, dans lesquelles on voit une action propre au sujet et d'une belle disposition , et ou se remarque aussi une intelligence habile du nu. On pourrait ajouter que ces figures sont d'un bon style romain ; jugement admissible en le rapportant à des morceaux exécutés sous le règne des empereurs romains , sans avoir égard à la patrie du sculpteur , ni à l'école d'où il sortit (i). Les accessoires sont extrêmement né-

maire y comme on doit le voir au caractère de la figure, qui n'a pas la peau de lion, et par la draperie qui couvre ses reins ; et lui forme une espèce de limus ou ceinture qui ne convient nullement à Hercule.

(i) On appelle ordinairement les statues d'un style mediocre sculptures latines ou romaines: le premier nom ne peut convenir qu'aux morceaux d'un travail qui ressemble au style étrusque grossier et sajis goût? et il n'y

gligés. Quoiqu'il en soit , ces groupes ont un grand mérite , parce qu'il ne s'en trouve pas ailleurs du même sujet en ronde bosse ; et qu'ils forment par leur enchaînement une réunion singulière qui ne se rencontre dans aucune galerie.

Observations de L'auteur , publiées dans le tome VII de V édition de Rome.

Cette action n'a été donnée au groupe que par la réparation. M.r Zoega a cru voir dans le sujet du groupe le combat d'Hercule contre le sanglier d'Erimantbe ; et voici ses observations ( Bassirilieçi di Roma , t. II , pag. 7 1 , n. 85 ). « Il nous reste un grand nombre de » monumens ( de la victoire sur le sanglier ) , » mais je ne connais qu'une seule statue, mu- » tilée , mal réparée , et que dans \e II tome » du Musée Pie-Clémentin , pl. 5 , on a dit )) représenter l'enlèvement du trépied de la » Pithie , que fit Hercule dans un mouvement » de colère. Le bloc du marbre destiné à cette » statue n'étant pas assez considérable pour » former toute la longueur du sanglier qui, posé

a pas d'équivoque à faire avec le style grec antique. Il serait plus juste de les appeler des copies ; car on reconnaît dans la plus grande partie le caractère des orim ginaux grecs. En effet on trouve plus d'artistes grecs qui travaillaient à Rome spus les empereurs 7 et l'école de l'art pouvait alors s'appeler école grecque^

» sur la dépouille du lion, devait traverser au- » delà de l'épaule de la figure ; on avait tail- » lé seulement en forme de disque la grosseur » du ventre , à la place où il était resserré par » le bras d'Hercule , et on avait rapporté le » reste du corps par des morceaux , soutenus » par une traverse qui passait dans un trou au- » milieu du disque , et qui avaient été renfor- » cés par des coins qu'on avait laissé sur les » surfaces de ce même disque. J'ajouterai de » plus, par conjecture, qu'à la place du trépied, » ouvrage moderne , qui tient à la jambe gau- » che, également moderne, il devait y avoir » dans l'antique le vase avec Euristbée , que » l'on y ajoute très-souvent ; et ainsi tout l'en- » semble de ce groupe convenait davantage » à la masse des trois autres qui l'accom- » pagnaient , et qui furent trouvés ensemble , y» ayant tous des petites figures qui sont au-bas x de la figure principale. » Cette observation lumineuse me paraît avoir indiqué le sujet et mis au jour la vérité.

A la page 49 j'aî dit dans l'explication de la même planche , que la figure d'Hercule qui enlevé le trépied, se voit toujours sans barbe sur les monumens qui représentent cette fable. Cette observation est trop générale ; je devais dire seulement que le plus souvent Hercule est représenté sans barbe dans cette action. Le monument qui a été expliqué à la pl. XXXVI du VII volume , nous offre un exemple con-

traire ; car dans ce bas-relief la figûre d'Hercule porte la b^rbe.

P L ANCHE V I Hercule avec les chevaux de Diomede *.

Tous ceux qui ont écrit les travaux glorieux d'Hercule , que ce héros entreprit pour purger la terre des hommes cruels et des tirans qui faisaient gémir par leurs forfaits le genre humain , n'ont pas manqué de célébrer la mort qu'il donna à Diomede , fils de Mars et roi de Thrace, qui faisait dévorer, par ses féroces cavalles, de la chair humaine. Les artistes se sont également que les écrivains empressés à célébrer cette victoire du héros. Baticle l'avait représentée avec quelques autres actions de ce dieu sur le fameux siège d'Amiclée. Alcamêne l'a sculptée sur les portes du temple de Jupiter Olimpien (i). Nous retrouvons encore ce travail d'Hercule sur beau* coup de pierres gravées (2), sans parler des bas-

* Haut, six palmes 3 avec la terrasse six palmes ; cinq onces.

(1) Pausanias, Lacon. ou liv. X, ch. 18. Eliacorum I, ou liv. V, ch. 10.

(2) Winckelmann, Monum, ined.7 pl. LXVIIÏ, LXIXj Mariette, Traité des pierres gravées , t. Iï; n. 77, dans lequel comme on voit représenté un jeune homme terrassé par Hercule sans qu'il y ait de chevaux, on pourrait plutôt croire que c'est Cygnus, fils de Mars.

reliefs, mais eette statue est la seule sur ce sujet qui nous ait été conservée. On y voit le fils de Jupiter qui est entré dans cette meurtrière écurie (i), et a déjà terrassé lé cruel tyran , dont l'attitude indique la terreur que lui inspire la vue de la mort qui le menace. Les cavalles elles-mêmes sont épouvantées , et le héros est sur le point de s'en rendre le maître. L'artiste qui a voulu faire briller son talent par la composition, l'attitude et l'expression d'Alcide , n'y a ajouté d'accessoires, que ce qui était nécessaire pour déterminer Faction de la figure principale. Cette action est subordonnée à la figure à laquelle il a consacré toute son habileté , et c'est sur elle seule qu'il faut le juger. Quelques personnes trouveront ridicule ce combat d'un géant contre un pigmèe : mais la chose leur paraîtra moins extraordinaire , si l'on admet que la «eule intention qu'ait eue le sculpteur , était d'offrir une belle statue d'Hercule sous un aspect convenable à l'un des travaux si célèbres, et que tout ce qui l'accompagne n'est là que pour donner la connaissance du sujet, et pour faire valoir davantage la beauté de l'attitude et la disposition entière du groupe. Il est possible que ces simulacres fussent une imitation de modèles d'un travail plus fini , et de peintures qui exprimaient ces accessoires d'une manière plus correcte ; et l'artiste n'aura

(i) $>oviai(ri (pdvvaiç, Eurip.; Hercule furieux ; v. 582.

voulu copier que la figure principale , et se sera contenté de donner une idée telle quelle de tout le reste.

Revenons à la fable j notre groupe laisse encore indécis si Hercule tua les cavalles , ou s'il les conduisit à Euristhée , comme l'assurent les plus anciens mythologues. Ce qu'il y a de certain, c'est que l'artiste n'a pas cru que Diomède fût soumis au même genre de mort à laquelle il exposait ses victimes ; suplice qui est représenté sur une pierre gravée très-intéressante rapportée par Winckelmann.

Les vêtemens du barbare méritent notre attention ; ils consistent dans une clilamyde qui recouvre sa tunique à longues manches, et qui est ceinte sur les reins. Ce costume a été employé par les statuaires antiques pour les figures des rois étrangers , comme on l'aperçoit dans les prisonniers qui sont sur l'arc de Constantin , et sur ceux que l'on admire dans la cour de9 Conservatori. Les antiquaires (i) qui prétendent que ces derniers sont aussi des rois de Thrace , fonderont , sans doute , leur opinion sur la ressemblance de leur vêtement avec celui de notre Diomede (2).

(1) Winckelmann, Monum. ined. 7 discours prélimin. 7 p. LXXXVIIL

fai Sur le célèbre monument cle l'expiation d'Hercule on lit deux fois le récit du meurtre du roi de Thrace Diomede, l'un aux lignes 76 et 79, l'autre aux lignes 102 et 104. Le P.Corsini ne connaît pas d'erreur dans cette

Quintus de Smyrne et Ausone , qui racontent les travaux d'Hercule , donnent le neuvième rang à sa Conquête des chevaux de Diomede (i).

répétition, mais il ajoute à la page 56 ( Herculis quies etc. ) Diomedem alluni Diomedis jam interempli filium conoscere hic cogîmur , quamvis Me a nullo prorsus historiée* memoretur. Cependant il est très-probable que celui qui a gravé les caractères se soit trompé $ on en voit fort-évidemment le motif, et le voici: c'est que les mots antécédens a la ligne 76, comme k la ligne 102, sont les mêmes jusqu'au nombre de six, et rapportent ainsi les faits dont il est question, et l'œil du copiste trompé peut les avoir fait répéter après la seconde phrase qui est pareille, et que l'autographe avait placé seulement après la première. Nous lisons ainsi à la ligne 75: TIPTN01OT2

EN ATTH KATÛKIZE TOÏÏÛ A EIII; et k la ligne ici : EAAHNA2 EN ATTH KATÛKI2E

TOYTÛ A EOI etc. Est-il étonnant qu'après ces dernières paroles de la ligne 101 on ait répété ce qui devait seulement suivre la ligne 75? Ma conjecture acquerera plus de valeur si elle est approuvée par le savant abbé Gaetano Marini, lequel, en expliquant les inscriptions du Musée Albani, s'occupera d'appliquer a celle-ci sa vaste érudition qiii le rend si recommandable dans tous les genres de connaissances , et le fait regarder1 comme l'unique savant instruit dans le style lapidaire, (l) Q. Smirneus :

Ylivmov ht Op^^ç Ato^i^soç tfyayeit ïftftvç.

Ausone :

In Diomedeis Victoria nona quadrigïs.

L'inscription du Musée Albani sur le Repos d'Hercule compte ce travail pour le huitième.

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