PLANCHE VU
Hercule terrassant Gérion *.
De tous les avantages qui donnent du prix à ce groupe rare , on doit considérer surtout celui de nous représenter Gérion vaincu , non pas rpKrófiarov (i), trisomaton , avec trois corps , mais seulement rptnaprivòp , tricarenon, à trois têtes. C'était ainsi qu il était décrit dans la fable par les plus anciens écrivains (2) ; et par cette raison l'interprétation donnée par Palephatus (3) est plus admissible. Hercule a le bras levé , et va décharger, avec sa massue, sur
* Haut, six palmes, deux onces 5 avec la plinthe six palmes et demie.
(0 Tpi<rÓ(iaT0V, c'est ainsi que s'exprime Euripide dans le Choeur d'Hercule furieux, Apollodore le de'crit à trois corps , liv. II. Lucrèce l'appelle à trois seins , liv. V in pr.
Gerjonai
Quidve tripectora ter gemini vis?
Sur la coupe de la ville Albani Ge'rion a trois corps.
(2) Hésiode, Theogon., v. 287:
X.pvo"aóp erette tpmàprivov Yfipvov^a. n. r. 2. Crisaor engendra Gérion trois têtes.
(3) Palephat., Fab. 4°> explique le motif qui fit donner trois têtes à Gérion ; en l'attribuant à un équivoque qui prit son origine du lieu où ce prince re'gnait ; et qui se nommait Tpinàpfivov ou TplHap^na, Tricarenon ou Tricarenia.
la tête de son ennemi un coup mortel; de la main gauche il s'est déjà emparé de l'un des bœufs pourprés qui appartenait au troupeau d'Ericie.
On peut appliquer à la belle pose de ce demi-dieu, à la petitesse des autres figures qui sont aussi négligées , les mêmes observations que nous avons faites sur la pianelle précédentew Je me permettrai d'y en ajouter une seule , qui tient à la fable , et qui m'est suggérée par la tragédie d'Euripide intitulé Y Hercule furieux. Le poëte parle deux fois de cette ■victoire d'Hercule (i): d'abord il se contente d'indiquer Gérion sous le nom de Berger d'Ericie y une autre fois il l'appelle formellement Typhon , et non pas Gérion , et ajoute à son nom l'épithète à trois corps. Ce nom provient certainement de l'histoire mythologique de l'Hercule Egyptien , et il est possible de ne pas
(i) Euripide; Hercule furieux, v. 4^3:
Tòv rpicrófiaTOV
E#ra fioTrip* 'EpvSeiaç.
» II tua le féroce pasteur à trois corps d'Ericie. » Et dans le vers. 1271 :
Tloiovç uot? ri Àéovraç , $ rpiaQfidrvç Tv(povaç $ yiyavraç, % reTpao-xsXeïç ,
» Quels lions , quels Typhons à trois corps ; quels » géants, ou centaures quadrupèdes n'ai-je pas affronté » dans des combats, ou n'ai-je pas tué? »
regarder comme dépourvue de raison l'explication que donne le Scoliaste d'Hésiode , qui interprète la victoire d'Hercule sur Gérion , comme une allusion au calme qu'il conserva au milieu d'un tourbillon orageux, qu'il découvre dans l'étymologie de Gérion, qui, à cet égard, pourrait se changer en Typhon (i).
Nous aprenons d'ailleurs par Àthenée, que l'ancien écrivain Eudoxe parlait d'un combat de Typhon et d'Hercule, dans lequel ce héros périt , mais qu'il fut sur-le-champ rappelé h la vie par Jolas , et qu'ensuite Hercule vainquit Typhon. En outre du passage d'Euripide , nous avons le témoignage de Virgile (2) :
. . . Non tenait ipse Tjphoeus Arduus , arma tenens.
Ce sujet méritait quelque éclaircissement, parce qu'aucun mythologue ne nous a dit que Typhon était représenté avec trois corps.
L'enlèvement des bœufs d'Ericie est compté pour le dixième des travaux d'Hercule (5) , et il était , comme le précèdent , sculpté par
(1) Hesychius ; v. Tv(póv. Tv(póv ô fiévài âvsfioç. » Typhon est un grand vent. » Hésiode aussi dans la Théogonie l'appelle un vent terrible et dangereux , Aei- WV d% v^picrr^v t' aveybOV. Jablonsky, Pdnt. Aegypt. , ïiv. V7 ch. 2; § 14 et suiv.
(2) Aeneid. 7 VIII ; v. 298.
(5) Pausan.; III, 18 ; v. 10.
Baticlés sur le siège d'Àmiclée, et par Àlcamêne parmi les présens d'Olympie (i).
Observations de ï auteur , publiées dans le tome Vil de L'édition de Rome.
Je ferai remarquer que dans le passage d'Euripide que j'ai placé p. 58, note (i), il n'est pas nécessaire, comme je l'ai cru en suivant l'interprétâtion des textes connus , de joindre l'épithète Tpi(rQ(idtvç avec le sujet Tv<p5mç. Par Tpca-Qfidryç on peut entendre les Gérions , puisque le poëte employé ici le pluriel. Il suffira de mettre une virgule entre les deux mots.