PLANCHE VIII
Hercule avec Cerbère*.
C'est le dernier et le plus mémorable (2) des travaux d'Hercule que nous présente ce
(1) Q. Smirneus :
T^pvóvv dèna/tov fioaç tfyayev f| 'JLpvSeii?^ Àusone :
Geryone extincto decimam dat lheria palmam. * Haut, six palmes ; cinq onces ; avec la plinthe six palmes , dix onces.
(2; Àusone :
Cerherus extremi suprema est meta laborîs.
quatrième groupe, dont la composition est plus simple que les autres , mais qui les surpasse tous en beautés par les formes , et par le bon goût du travail. On voit ce demi-dieu lorsque
Tartareum Me manu custodem in vincla petivit Ipsius a solio régis , traocitque trementem (i).
Ce gardien des enfers est entraîné avec violence par le fds d'Àlcmêne qui Ta enchaîné , et qui va retrouver Euristhée, après avoir quitté ces lieux, d'où nul mortel ne peut espérer de revenir.
Le terrible animal est dépeint de beaucoup de manières différentes par les grecs et les poètes latins. Les uns lui donnent cent têtes (2), ceux-ci cinquante (5) , le plus grand nombre les réduit à trois (4). On lui suppfose une voix de bronze lorsqu'il aboie (5); son col doit être entourée de serpens (6). Quelqu'auteur très-
Cependant Q. Smirneus assigne le onzième rang à la victoire sur Cerbère :
Y^èp^epov hdènmov hìv* â>viiyayev èì; 9A.ÏBao>
(1) Virgile, Aen.j VI, v. 395.
(1) Horace l'appelle Bellua centìceps, od. XIII, 1. IL
(3) Tlspt^OVraTcap^vòv. Hésiode , Théogon., v. 3 12.
(4) Sophocle, Trachin, , v. ni3; Euripide, Hercule furieux y et tous les autres.
(■5) X.a>ÛK£0<pù)VOj> , Hésiode, Theogon., v, 5xr. (6) ........ Furiale centum
Maniant angue s caput ejus.
Horace, Carm.7 liv. Ili, od. 115 et Tibulle, liv. III.
ancien a prétendu que ce qu'on appella chien Cerbère n'était qu'un serpent d'une grandeur démesurée, dont la retraite était une caverne de Tenaros en Laconie , qu'Hercule l'en arracha, et qu'Homère (i), par une fiction poétique donna à ce serpent terrible le nom de chien de Pluton, comme gardien des souterrains lieux consacrés à Dis (2). On croit que cette méthaphore d'Homère, prise matériellement, à donné l'origine de ce chien , et que les poètes qui ont succédé à ce chantre divin se sont disputés à qui le rendrait plus horrible, et par cette raison plus digne d'être le gardien de ce lieu repoussant. Pausanias qui met en avant cette opinion y lui si bien instruit par la lecture des mythologistes , et qui possédait également les meilleures traditions, n'ose pas assurer que cette idée soit invraisemblable; et je remarque qu'Euripide semble lui donner plus de probabilité, lorsqu'il se sert d'une façon de s'exprimer absolument conforme à celle d'Homère , en appellai! t Chien de Lerne (3) l'hydre qu'il décrit un dragon à plusieurs têtes.
Quoique l'on veuille dire des origines obscures de certaines fables , en voulant les réduire au sens historique , elles perdent , au
(1) Pausan., Lacon. ou liv. III, ch. ^5.
(2) 'E| 'Fjpéfisvç ovovia» nvva aTvyepov 'Aïdao* Hom, E, v. 368.
(5) Euripide; Hercule furieux, v. 420 et 1274.
lieu d'acquérir des lumières , je ne sais quoi de noble et d'intéressant que les plus éloquens écrivains de tous les siècles leur ont imprimé. Je me bornerai à indiquer l'origine d'une mythologie plus moderne , dont on trouve l'explication dans l'examen des monumens de l'art.
Nous voyons fréquemment sur les marbres anciens des chiens sculptés avec une espèce de crinière comme celle des lions (i); on croit que ce sont des chiens molosses ; et cette dénomination ne s'éloigne pas trop , peut-être, de la vérité. Cerbère a été très-souvent représenté de la même manière que ces chiens ; et cela lui convenait beaucoup , parce que plusieurs auteurs l'ont précisément supposé un chien du roi des Molosses et ce fut pour lui donner un aspect plus terrible et plus féroce. Mais de la négligence qu'apportèrent les sculpteurs du second ordre , et surtout les copistes , en exprimant les accessoires , négligence qui se remarque dans beaucoup de monumens , sans parler de nos groupes, il en est résulté que rarement ils se sont donné la peine de terminer les trois têtes de Cerbère
(1) 11 y a deux chiens semblables dans le Musée Pie- Clermentin; deux dans la galerie de Florence, un en Angleterre, publie' et restaure' par Cavaceppi, un dans le palais du prince Chigi ; retrouve' dans ses fouilles Laurentines.
(2) Banier, Mythologie.
avec le même soin, se contentant, au lieu de cela , de mettre quelque sentiment dans celle du milieu , et ne faisant qu'ébaucher deux autres petites têtes à peine formées , pour donner à cet animal infernal le caractère monstrueux qui lui convenait.
Ceci une fois établi, fut imité par tous, de sorte qu'on s'habitua à représenter Cerbère de cette manière ; c'est-à-dire, avec une tête plus grande et à crinière , et avec deux autres peu exprimées , et seulement ébauchées. Tel est le Cerbère de notre Hercule , celui de Pluton , et de même la plupart de tous ceux que nous possédons an ronde bosse. Qu'arrivat-il de cette manière de le sculpter? Que les personnes peu instruites , et qui ne voyaient pas toujours sous leurs yeux des chiens de cette espèce avec des crinières, suposèrent d'abord que la principale tête de Cerbère était celle d'un lion , et les deux plus petites , l'une une tête de loup , Tautre celle d'un chien. Cerbère fut ainsi changé en une espèce de monstre , que jamais aucun ancien écrivain n'avait imaginé, et que pourtant des personnes très-versées dans la science théologique des Payens ont cherché à expliquer par un symbole. Macrobe (i) en
(i) Macrobe, Satum., liv. I: Simulacro ( Serapîdis ) signum tricipùis animantis adjungunt } c/uod exprimit medio , eodemque maximo capite leonis éfÛgiém : dextera pane caput canis exoritur mansueta specie blandientis ;
exposant les significations qu'avaient ces images , part de la supposition que Cerbère était ainsi représenté de son temps ; supposition dont on voit clairement l'insuffisance , en rapprochant les observations précédentes de l'examen des rilonumens , et de la lecture des classiques.
Nous laisserons donc de côté les allégories chimériques de Macrobe sur les trois têtes de lion, de loup et de chien, que l'on donnait à Cerbère , et qui s'appuyent sur l'équivoque dont nous avons parlé : je ne m'arrêterai pas davantage sur une fable commune, connue suffisamment de ceux qui sont les moins instruits de la religion des gentils. Je dirai seulement que les anciens varièrent beaucoup dans leurs opinions sur le lieu où le chien de Pluton fut amené , et exposé à la clarté du soleil. L'un veut qu'il sortît de l'antre de Ténare -y un autre 5 d'une caverne du mont Lafistius ; celui-ci, de l'antre d'Hermione près de Corinthe j celui-là, du côté de Trezène ; enfin quelques-uns, d'Heraclée du Pont. Il serait superflu d'élever une discussion sur cet objet, quoique cependant c'était une chose nécessaire, pour l'intelligence des auteurs classiques , d'être averti de cette diversité d'opinions.
pars vero laeva cervicis , rapacìs lupi capite finilur , eas~ que formas animalium draco conneclit volumine suo .... Ergo leonis capite monstratur praesens tèmpus, etc.
Musée Pîe-Clém. Vol IL 5