‹ Musée Pie-ClémentinChapitre 11 sur 49 · PLANCHE IX · texte numérisé non relu

PLANCHE IX

Arbre soutenant un nid d'Enfans *.

Le nid qui contient cinq enfans, suspendu au tronc d'un arbre, celui de ces enfans principalement qui se présente à la gauche des spectateurs, a fourni jadis à M. Tab. Raffei, aoti* quaire fort éclairé, le sujet d'une jolie chanson didascalique qu'il accompagna, en la publiant, de notes savantes (i). Il y propose une explication du monument dont je donne ici l'extrait.

^ Il est important de faire connaître ce qui est antique dans ce fragment curieux. Le nid à la gauche du spectateur est antique , et environ une moitië de la branche qui le soutient et qui lui est adhérente. Il y avait dedans cinq enfans, ni ^lus ni moins; et il reste diverses parties antiques de chacun d'eux. Les trois enfans du centre sont les plus endommagésf et ne conservent d'antique que la moitié inférieure de leur petit corps; encore est-elle éclatée dans plusieurs endroits. Les torses fevec les cuisses et les jambes des deux antres, qui sont placés au deux extrémités^ sont antiques. L*nn d'eux semble être du sexe femiiiin. De l'autre nid on n'a trouvé qu'un fragment d'enfant; le reste da tronc qui se partage en deux est moderne. Tous ces morceaux^ qui sont de marbre de Luni ^ avaient été restaurés » comme nous les voyons, par Pao!o Cavaceppi , sculpteur du Cardinal AJexandre Albani. Cette éminence étant morte avant d'avoir placé ce fragment dans sa villa, on l'acheta pour le Musée Pontifical avec quelques-autres antiques que nous avons déjà indiqués et expliqués dans le discours de la pi. XIX du tome II, et de la XVII da tome VI de cet ouvrage.

(i) L'opuscule fut imprimée Rome Tan 1778; et dans

*i" 1 It

Pline dit que parmi leâ sUtues qui embelis-

saienile tlié&ire elles portiques de Pompée, â y eu ayait quelques-unes représentant les personnages qui aTaieat fourni à Thistoire naturelle de rhomme des phénomènes singuliers , et que d'illustres écnrains nous ont fait connoitre (i). De ce nombre sont les images de quelques mères derennes fameuses par le nombre ou par la mons«tmositë de leurs enfans. Pline parle de la statue d'Eutichide, mère de trente fils , vingt desquels lui rendirent les derniers honneurs. 11 parle encore d*Alcippe qui mit au monde, disait-on, on éléphant; certainement il ne fait pas meociou expressément du simulacre d'une autre femme du Péloponnèse, laquelle avait mis au monde TÎngt enfaos en quatre accouchemens (a). Mais

le m^me format qne les Monumenti inediti de Wtockcl- SMon, auxquels les diucrialîonf de Raflîei tertent de con« tioaatloD. Après la mort de Wlnckelmann ce savant occupait la même place à la cour dn card. Albani.

(i) Pompeùâs Magnus, in omamentis theatri, mirahi" Cf fama posuti effigies ( Plloe veut parler de faits merveîl» lc«x, qui appartiennent à Thistoire naturelle de Tbomme), oè id diligeniius magnomm artificum ingeniis elaboratas:

Piîn., vn, S ni.

(a) Reperiiur et in Peloponneso quinos quoier enixa , mÊoiarenupte partem ex amni eius vixisse pariu.VWn.fUea €Îté. La leçon de la plus grande partie des éditions est hiHO$'f nuis lab. RafTei soutient avec une critique victoricote, que la véritable leçon est ^*iio^^ qne Ton trouve daos quelques éditions; parce qne Tordre mémedodisco«rs rexige, et les témoignages ooncordans d'Aristote(&ûf. mmm. , TI1I| ch. 5) ; et de Paulus Juriscoosulte lecon<>

Raffel conclut avec beaucoup de'sagaché , d'après^

le passage oii Plioe parle de ce prodige , que le simulacre de cette femme devait probable* ment être parmi les monumens de ce théâtre.

Le naturaliste latin ajoute que les artistes cé« lèbres avaient déployé dans ces sujets tout le talent de Tinvention (i). L'ingénieux antiquaire en prend le motif pour conjecturer que ces statues étaient accompagnées de quelques symbo-^ les ou de représentations emblématiques, qui donnaient une idée du phénomène, l'exprimant d'une manière noble et pittoresque. Ainsi pour distinguer la statue de cette femme dont nous avons dernièrement parlé, l'ab. Raffei suppose que le sculpteur avait placé près du simulacre le tronc d'un arbre , accessoire dont se servaient ordinairement les anciens artistes, et qu'aux branches de cet 'arbre étaient suspendus quatre nids, dans lesquels se jouaient cinq enfans. C'est ainsi qu'à son avis était exprimé le phénomène des vingt enfans sortis, selon l'expression populaire , des quatre nichées. Cet écrivain ne manque pas d'appuyer d'une ricbe éruditon la con-

firment (leg. 3^ Digest. Si pars heredit. petatur)- L^ab. Raffei appuyé ce fait encore sur rautorité de Justin; mais il se trompe. Il a trouvé que Hardouin dans les Emen^ dationes^ à propos de ce passage de Pline, citait Paulus, in Pandect, Justin. , et il a cru que rhistorien Justia ne faisait une autorité.

(i) Diligentius magnorum (UHificum ingeniis élaborât as. Plin., lieu cité; note (^}.

jecCare qu'il propqse , et de reodre probable Tespèce d'emblème méiaphorique. 11 compare en* suite cette opioioD ayec d'autres, que Von pourrait former d'après le fragment singulier que nous examinons , comme serait celle qui y trouve- TÛt le nid des Amours, ou le fruit de l'oeuf de Leda, ou celui de Molion: et il obserye que les enfans n'ayant pas d'ailes , cela rend peu vraisemblable la première opinion tirée d'une ode d'Anacréon, et que le nombre des enfans exclut les deux autres opinions fondées sur la mythologie. Finalement le fragment d'un second nid d'enfans découvert depuis, et que nous voyons maintenant dans la restauration de l'arbre, at* lacbé k la branche qui est à la droite du spec* tateur, parait à cet antiquaire un argument nouveau et assez fort pour confirmer ses conjectures.

Honneur soit k la mémoire de ce littérateur I on ne pouvait rien dire de plus agréable et de plus spirituel sur ces fragmens.

Par ce qu'on peut présumer d'après la ma« Dtère dont les figures des enfans sont groupées , et par le travail , le groupe ne parait pas indigne de cette école ni de cet âge auxquels nous devons le beau Torse. Il suffit de voir les deux petiu Amours de !a Vénus de Qéomene (x) pour

(t) ParticnlUrement celai qui est en arrière et se joue CBUe la «pieae du Dauphin; Tsutre qui est sur la tétt im poisson est moderne en grande partie : le premier tst en entier antique.

Musée Pie-Oém. YoL YD. 4

nous démontrer que les artistes grecs se contentaient de les disposer avec beaucoup d'inielligence, et de les indiquer avec grâce et franchise.

Le marbre , dont sont formés ces fragmens , qui est deLuoi^ ne peut que venir à T^ppui de la conjecture de l'abbé Raffei.

Page 1