PLANCHE XV
AtrrBE AUTEL AVEC DES IMAGES ÉGYPTIENNES *•
Les bas*reliefs qui ornenl la surface de cet autre autel , qui sert de pendant au premier , sont également précieux k l'érudition , et plus remarquables 4 parce que les Dieux qu'on y yoit se rencontrent plus rarement dans les monumens égyptiens. La divinité ayant de la barbe , et assise , qui semble fixer la première l'attention , est distinguée par le symbole d'une torche qu'elle a dans la main droite. Cet attribut caractérise Yulcain (i), divinité du premier ordre de l'Egypte, et qui avait le titre de Dieu tutélaire et gardien de cette région sacrée (a), où il passait pour avoir enseigné aux hommes les divers usages du feu (3), et il était même devenu l'emblème de cet élément (4)* Ceux
^ Cet autel i du indnne marbre , de mêmes formes et dimensions que le préce'dent, e'tait dans la Villa Matt^i sur le Coeliunt, V^yti ce qui en a été dit danfs le discours précèdent.
(i) Le flambeau est l'attribut de Vnicaîn dans le célèbre bas-relief du palais Mattei , représentant les n6ceâ de The'tis et Pelée ( WinckelmanUi Monum. ined. ^ n. i lo }. Le sculpteur y devant représenter le Vnlcain égjptien^ ne pouvait y joindre les symboles de l'art de forgeron^ qui sont attribués à Vnlcain dans la mytbologie grecque.
(o) Gicéron^ de Nat. Deor.y liv. III; % aa.
(5) Dlod. Sicul^ liv. I^ $ i3.
(4) Le mâme auteur ^ lieu cité^ §. is* Le nom de ce Dieu en égyptien était Pluhasi il avait son temple prin-
qui pourraient en donier, seraient convaincus en voyant , en outre du flambeau indiqué ici , placés à ses pieds , comme d'autres symboles qui lui sont propres , deux moitiés d*œufs , appartenant à cet oeuf mystique sorti dès l'origine du monde de la bouche du Dieu Kneph , principe de tout bien , et d*oii sortit le nouveau Dieu Phthas ^ que les Grecs appelèrent Hephaistos^ etles latins Yulcain (i >* Ces traditions , qui faisaient partie des doctrines mystérieuses égyptiennes et orphiques, sont représentées par la corbeille des mystères ( cista secreto^ rum capax) (i), que Ton voit près des deux co-«
cipal k Mempbis (Jablonski, Panthéon Aegjrpt. , tome I, page 4^ X I^aas ce leos , et par une doctrine qui semble retomber dans le panthc'i'sme de quelques historiens , Vulcaîo ou Phihas est appelé le père des Dieux , dans la traduction des notes hiéroglyphiques de l'obélisque d'Héliopolis fait par Herroapîon^ et qui nons a été conservé par Âmmien Harcellîn^ lîy. XVII.
(i) On peut voir dans Jablonski (liv. 1, ch. a^ §8) cité le passage d*£usebe ( Praeparat. Evang» , liv. III , ch. XI ) ^ dans lequel nous retrouvons la fable égyptienne de Tœnf de Kneph , et la comparaison que ce moderne savant en fait avec les doctrines orphiques. On voit sur les monnoies romaines des familles Eppia et Rubria^ un serpent qui s'entortille autour d'un demi-oeuf: on voit un serpent au revers d*nne médaille d'Homole dans la Thessalie -, dnc6ié opposé est une tête de Vulcain : enfin dans le Zodiaque de Gabi, le bonnet de Vulcain^ qui pourrait ^ comme celui des Castors , passer pour une moitié d'œuf, est aussi entouré d'un serpent (Monum. Gabini , pi. i6, b). Tous ces monumens pourraient faire allusion à la fa. Ue égyptienne^ appartenant tous à une époque dans laquelle les superstitions égyptiennes avaient puié les mers.
(i) Apulée^ iUtamorph, liv. XI.
quilles de Tœuf , et dont le couvercle est fermé. A côté s'élève un petit autel avec une flamme et environné d'une gmrlande : ces deux joueurs de flûtes , tihiae , paraissent accompagner la cérémonie d'un saciiûce par le son harmonieux de leurs instrumens ( i ). On remarque dans le groupe qui es| à la droite du spectateur une déesse , ayant un manteau qui voltige en forme de cercle autour de sa été ( :ai ) 9 assise sur un siège riche ou un trône ; elle présente un paquet d'herbes pour nourriture à un taureau qui est orné de bandelettes sacrées, et qui porte au milieu de ses cornes un oiseau symbolique , qui peut être une hupe ou un épervier (3). A peu de distance est un autre bceuf cou-
(i) On voit dans quelques peintures d^Herculanum les rits e'gyptiens accompagnés par le son des fl&tes^ t. 11^ pi. 59 et 60 j ce qui convient parfaitement^ puisque plusieurs auteurs ont attribué à Osiris l'invention de cet instrument.
{*x) Cette draperie volante, symbole des divinités de Taîr et de celle de la mer, convient k Isis dispensatrice des vents ^ selon l'opinion de cette théologie physique. Voyez )e Dialogue de Jupiter et de Mercure parmi les Dialogues des Dieux de Lucien ; et parmi les Dialogues marins du même auteur^ celui de Notus et de Zépfure.
(5) Il ressemble efiectivement à une hupe par la crête ou le panache qui s'élève sur sa tête. Les Égyptiens appelaient cet oiseau cucupha : il était un des symboles sacrés , et sa tête servait d'ornement au bout des sceptres des divinités égyptiennes. Si Pauw avait connu ces monumens, il ne se serait pas obstiné k soutenir contre tonte espèce de raison que la cucupha, dont parle HorapoUo, est la civette ( ad HorapolL, hierogl. , liv. \ , c. 55 ). Au reste les
elle II lerre ; au dessus de lui on voit un spfaynx ailé qui a une roue entre ses pattes. Il me parait probable que cette Déesse assise est Isis elle-même; maïs considérée comme la Déesse de Butos ou de Latopolis,et confondue uvec une autre divinité moins connue , que les Grecs ont appelée Latone , et que les Egyptiens regardaient comme la nourrice de la Lune et du Soleil ( i ). Le taureau Apis , image de la première , est celui que nous avons remarqué dans le premier bas-relie£ Nous voyons ici deux taureaux sacrés, tous deux , à ce qu'il me semble , relatifs au soleiL L'un , celui qui a la huppe sur la tête, sera probablement le taureau Hermontitès , appelé Onuphis , consacré à l'astre du jour , et qui se nouiTÎssait de cette espèce de fourage que les Latins appelèrent medîca ou herbe médicale , et c'est probablemeot la nourriture que dans ce bas-relief l'animar sacré reçoit de la main de la divine nourrice (3). L'autre taureau sera celui d'Héliopolis on de la ville du Soleil , connu sous le nom de Mnem (3).. Le spbynx ailé qui est au dessus de lui est
plume* qui forment sur le dessus de la tête de la hupe l'apparence des rayons^ et ses changemens^ compare's à ceux du Soleil dans les dîflërentes saisons^ aarout fait considérer cet oiseau comme une image de cette plauclte.
(1) On peut voir ce qu'a savamment ^crit sur cette Déesse iabloDski , Pont. Aegjrp. , liv. \\\ ^ c. 4«
(1) Macrobc; Saturn.y 1. c. 21 ;Élien, Hist. animal., lîv. XII , c. 1 1 . s C^^ Onuphis, dît Técrivain grec , se nourrit de rherbe médicinale.
(3) Diodore de Sicile , lîv. i , S ai j Élien , /. c > Suida ^
un symbole grec de la Déesse Némësis , prise pour la Justice punissante et pour la Fortune ; mab qui ignore que les superstitions égyptiennes dans les premiers siècles de l'ère chrétienne , donnaient à Isis toutes les fonctions et tous* les attributs de Némé* ma (0?
Il nous reste h examiner les images de quatre îeunes hommes, vêtus tous d'un habit serré sur le corps (a) , et orné au milieu et sur les bords d'une
(i) Apulëc, Metixmorph. , Itv. XI , Rhamnusiam ilH fnominantj.
(q) On pourrait penser que la forme étroite de ces tu* niques qui s'appliquent presque sur les contours du corps^ soit dans le bas-relief une imitation mal entendue du style e'g^ptien le plus antique^ suivant lequel on voit représentés les vétemens si adhèrens aux membres ^ que sou- Vent on est incertain si la figure est nue on vdlue. On peut croire avec assez de probabilité que ces babits sont les tuniques auxquelles Apulée (/. cité) donne le nom de cataclistae ou catacUiae» Les érudits ont proposé diverses explications de ce mot ^ qu'ils s'accordent tous à faire dériver du verbe xataxXsiO^ je serre. QucK{ues-uns conviennent assez bien aux babillemens que nous voyous ici , car plusieurs écrivains ont cru que ces noms étaient donnés à de tels babits quand ils étaient serrés sur les membres, d'autres quand ils étaient bordés par une broderie qui en marquait les contours et les coutures. Ces deux interprétations vont assez aux vétemens des figures de notre basrelief. Salmasius prétend ^ k la vérité, que les vétemens furent appelés cataclistae f comme si on voulait dire tirés du coffre où ils étaient enfermés j mais cette explication me .paraît peu probable. On n'invente pas ordinairement des Ihots extraordinaires et particuliers pour dénoter des «sages ou des coutumes qui tiennent de l'ancienne sin^-
hrodency tenant dans leurs mains des plantes fleuries de lothos y et ayant des serpens auprès d'eux ; l'un de ces serpens forme de son corps un nœud sur un petit autel Ces serpens et Fimage voisine de Yulcain me font conjecturer que les figtu^es des jeunes garçons représentent les bons Génies ou les ilgathodemones ; et leur nombre quademaire peut se rapporter aux quatre points cardinaux de l'univers. Ce sont les ministres du grand Génie Kneph ou Knuphis , esprit vivifiant de tout ce qui était crée , et père de Yulcain , représenté constamment sous la forme d'un serpent (i). Le lotbos, plante sacrée et symbolique , peut encore faire allusion aux marais qui environnaient la viUe de Latopo^ Us y où la Déesse avait élevé Orus et Bubastus , le Soleil et la Lune: fable mystérieuse encore, et qui appartenait en partie à la physiologie de cette
pHcitê. Des noms tirés des laogaes e'traugères ne sont employét au contraire qne pour indiquer des variations et des formes que la mode introduit dans ]es habtllemens. (i) lïous avons parlé dans le second volume de cet ouvrage , discours XVII, page i54^ notes (i)et(3}^ d'une espèce particulière de serpens , adores en Egypte , sous le nom è^Agoiodemones ou de bons Génies. On peut voir expliqué par beaucoup d'exemples dans l'ouvrage de monsieur Giorgio Zoega ( de Orlg. et usa Obelîsc, ) comment la religion égyptienne reconnaissait un grand nombre de Génies ou Dieux subalternes ^ ministres j assessores , fa* mulî des plus grandes divinités. Les pierres gravées d* Abraxa donnent une tête de lion radiée au serpent qui re. présente Kneph lui-même ^ ou ^ comme il est nommé dans les incriplions , Knotsphis,
natioD. La ttte de Tua de ces Génies était ceinte d'une couronne de feuilles de palmier disposées de manière qu'elles imitent les rayons solaires ( i ). Cette plante était aussi consacrée à Isis , et on employait des couronnes sembbbles dans les cérémonies.
Yulcain, fils de Knepb, fut réputé père du Soleil, de-là la connexion des images et des objets représentés dans ces bas-reliefis. Enfin le prêtre égyptien portant des prémices sur la tête avec une attitude et des vêtemens pareils à ceux sculptés autour du premier de ces autels , paraît rappeler la même solennité égyptienne , ToiTrande des prémices de la campagne à laquelle ces deux autels semblent être principalement destinés.