‹ Musée Pie-ClémentinChapitre 23 sur 49 · PLANCHE XXI · texte numérisé non relu

PLANCHE XXI

DiDIUS JULIANUS *.

Si les médailles de cet empereur sont moins rares que celles d'Annius Yerus, ses images sculptées eu marbre doivent Tétre beaucoup plus. Annius Terus, qui naquit et fut élevé daos la pourpre impériale ^ a pu être représenté soit en marbre , soit en bronze , presque à chaque époque de sa vie si courte; et la tendresse de son père en multiplia les images même après sa mort. 11 n'en fut pas de même de Didius Julianus. Sa mémoire ne peut-être honorée ; les moyens indignes par lesquels il s'était élevé à l'empire, la manière vile et lâche avec laquelle il s'y maintint, et la catastrophe prompte qui Ten précipita après soixante six jours de règne ^ sans exciter aucun intérêt, ne permettent pas de supposer que son portrait ait été ^ copié après sa mort par les artistes anciens (i).

Mais Julianus , qui n'était pas d'une extrac-

* La tête seule est antique et assez bien conservée, même l'extrémité du nez. Elle est un peu plus grande que nature. Le marbre est de Paros , que les marbriers appellent simplement marbre grec : ou Ta trouvée dans la même fouille dont il a e'te' parle à propos de la planche précédente.

(i) D'autant plus que Didia Clara ^ sa fille ^ mariée k RepentintiS; fut dépouillée de son patrimoine par Septime Sévère: Spartianus^ in Didio Jnliano j ch. 8.

uon obscnre , avait passe sa vie dans les gouverneineDS des provinces et dans les honneurs de la nsagistrature : il avait plus d'une fois ob* tenu le consulat (i): ses richesses et son luxe l'avaient fait remarquer depuis long-temps (2) , lorsqu'il voulut en tirer partie quand k la mort de Pertinax il porta plus haut sou ambition audacieuse , en s'emparant de la pourpre , ren- * due vénale par ces prétoriens infidèles qui avaient assassiné leur prince. Jtdianus put donc avoir des statues, même avant d'être empereur; et si nous aimons à croire qu'elles ne lui furent élevées que durant son court règne, cette opinion n'aurait rien d'invraisemblable ^ puisque les médailles de grand bronze de cet empereur ne sont pas si rares , qu'on ne les trouve presque dans toutes les collections, même les moins riches; et il n'est pas plus difficile de sculpter une tête en marbre (3), que de graver les deux types d'un coin avec cette délicatesse

(c) Tillemont , Histoire des Empereurs, tom. III , note i , sur Sévère.

(2) Je crois qae ce qu*a écrit Dion du caractère et des mœurs de cet empereur , s'aproclie plus de la vérité que les diverses opinions qu*a rapportées sur cet objet Spartîanus. Dion avait connu personellement Didius Julian. Dion^ liv. LXXIII^ S II.

(3) Je dis une léle ^ parce que l'on pouvait trouver' toutes faites les statues revêtues de la toge^ ou d'une cuirasse^ qui avaient une cavité préparée pour y adapter une tête.

de travail dont sont exécutées les médailles de Didius Julianus (i).

Nous devions commencer par ces observations, pour que personne ne regardât comme de fantaisie la dénomination donnée à ce portrait. Il est si conforme à la tête de Didius Julianus irravée sur les médailles , qu'il n'est pas possible de' ne pas reconnaître au premier coup-d'oeil cette ressemblance. En outre des traits caractérisques de cette physionomie , on y voit encore les groupes de cheveux courts et boticlés qui tombent sur ses tempes, et qui semblent presque un signe sûr de Teffigie de Julianus sur les médailles.

Celte lête fut trouvée avec la précédente et avec celle de plusieurs Césars , circonstance qui semble confirmer encore que c'est le portrait d'un empereur. Le style de la sculpture est ferme et plein de morbidesse , propre à exprimer la vérité d'une manière simple, sans sécheresse. Je ne connais pas outre cela, sinon un seul de por* truit certain de Didius Julianus d'un ciseau antique (2).

(i) Le revers de quelques médailles de Didius Julianus a éle aussi grave' exprès pour cet empereur. Tel esl celui des médailles qui ont pour lypc l'empereur lui-même avec la loge , tenant un globe dans sa main^ et avec Tëpigraphe RECTOR ORBIS. On reconnaît sur les médailles bien conservées le portrait de Julianus dans la léte de la figure^ et ce type s'y trouve pour la première fuis,

(q) Le portrait dout je parle était à Berlin^ et se trouve

PLANCHE XXIL

Buste inconnu d'un Orateur *•

L'ancien artiste pour donner plus de vie à ce portrait, dont Texécution offre la plus élégante imitation de la nature , a imaginé de lui donner l'action de parler, en lui faisant la bou- , che ouverte, de sorte qu'on puisse lui appliquer cet éloge qu'adresse le Dante à une image seul-' piée

Che non sembrai^a immagine che tace (1)4 Ce mouvement donné aux lèvres est le seul motif pour former la conjecture que ce buste est le portrait de quelqu'ancien orateur, parce que nous savons que cette même particularité servit à distinguer une image d'Isocrate orateur athénien (2). Mais les particularités de ce buste

i présent dans le Musée de Paris. Je ne ceindrais pas de dire qu'il est encore plus certain que celui que nous examinons, tant est parfaite en tout point la ressemblance qu'il a avec la tête frappée sur les médailles de cet empereur. Cette tète antique se voit insérée dans une statue y aussi antique , ayant la toge ; et qui correspond bien pour le style de la sculpture et pour les proportions*

* Cette tête, un peu plus grande que nature, est de marbre de Paros, appelé mordre ^rec 3 le buste est moderne: on ignore d'où elle provient. Elle se trouvait chez M. Jeniins anglais , quand S. M. Clément XIV en fit Tacquisition.

(1) PurgatoriOj chant X , v. Sg.

(a) Voyez la description poétique de ce simulacre que nous a laissé Chrystedore Goptîte {Analec. de Brunck , * 1. 11^ page 4^5).

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ne peuvent nous aider dans aucune conjecture

pour pouvoir en déterminer le sujets

On devait connaître des portraits semblables dans le XYI siècle, parce que l'un d'eux fut pris pour modèle par Texcellent graveur en pierre fines Alexandre Cesari , pour en faire son Pbocion, qu'il a cherché à attribuer par une ingénieuse imposture, àPirgotele (i). Il était plus facile de tromper les connaisseurs sur l'âge et sur l'art du camée, que les érudits sur le sujet réprésenté. Ceux-ci savaient que Phocion devait porter la barbe, comme les autres Athéniens de son temps (3); et si l'expression d'un orateur pouvait convenir aux images de cet homme ,, aussi éloquent que vertueux, on ne retrouvait pas dans la physionomie gravée sur la pierre , cet air bourru et désagréable qui décourageait les Athéniens , et les forçaient de peu apprécier Phocion (5).

La disposition des cheveux , plus courts qu'on

(i) Bracci y degli antichi inclsori , tome II, page i83, qui rapporte Tautoritë de Giorgio Vasari.

(2) Par exemple Dcmoslhcue et Eschiuc , contemporaios de Phociou , dont les portraits sont connus. On peut les comparer dans le tome VI de cet ouvrage , pL 5G et 37. L'usage de se raser devint général parmi les militaires du temps d'Alexandre le Grand (Athénée, 1. XUf, ch. 18). Phocion était alors trop avancé en âge pour changer son usage.

(5) Plutarque dans la Vie de Phocion, page 743, oïl l'on remarque particulièrement le mouvement scYcre de «es sourciis.

1^7 De les Toit ordinaîremeni dans les portraits grecs , me fait -croire que l'orateur ici représenté est un Romain : peut-être un Antoine , ou un Crassas, que Cicéron a tant loués dans ses livres (i). Li^excellence du travail de cette sculpture peut Lien donner lieu à penser que le personnage représenté appartenait à quelqu'une de ces familles puissantes. A moins que 'nous ne vou* lions y reconnaître un Asinius Pollion quiprétendail surpasser en éloquence lee plus illustres orateurs de Tâge précédent, et dont le goût pour les beaux-arts brillait à Rome par tant de nobles monumens quil éleva ^ et par les chefsd'oeuvre de rârchitecture grecque dont il Tenrichit (3).

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