‹ Musée Pie-ClémentinChapitre 26 sur 49 · PLANCHE XXV · texte numérisé non relu

PLANCHE XXV

Demi-figures sépulcrales *.

Les deux personnages, en demi-figures (a);

il était parlé fut en bronze^ comme la plupart des morceaux du même sculpteur MyroD. Cependant la statue du Capitole est si éloignée du style un peu roide qui distinguait les ouvrages de cet artiste , qu'on ne peut la croire copiée d'après un de ses originaux : et si elle en conserve pourtant quelque apparence ; on peut croire au plus qu'elle n'est qu'une imitation.

(]) Pline ^ liy. XXXIY, § 19 , n. a6. Aristodème qui vivait dn temps de Seleucus Nicator premier roi de Syrie y comme on l'apprend dans le passage cite de Pline, était probablement un écolier de Lysippe. Il parait au moins certain que l'Esope d' Aristodème , d'après lequel «st peut-être copié celui de la Villa llbani , fut attribué par d'autres à Lysippe lui-même. Voyei Tatîen, contra graecos , page i83 , et Fépigramme d'Agathias , qui est la 35 dans les Analecia de Brunch.

* Ce groupe eut autrefois une grande réputation étant placé dans la Villa Mattei sur le Celio ; il fut retiré de cette coUecUon quand S. M. Clément XIV en ordonna racquîsition en 1770. C'est par cette raison qu'il a été' publié dans le t. H des Monumenta Matthaeiorum, pi. 54p s. I. Il est sculpté en marbre de Luni , et d'une rare conservation^ quoique une partie de la draperie de l'homme, celle qui est sur le flanc droit, ait quelque restaura, tion. On le voit présentement dans le Musée de Paris: il a trois palmes et une once de hauteur, et trois pal« mcS| dix onces de largeur.

(a) On peut voir sur l'usage très-ancien de Kulplcr des simulacres k demi-figure^ les autorités que î'ai établies dans le tome VI de cet ouvrage.

réunies ensemble dans un seul groupe , semblent^ par le mouvement de se serrer Tune et Tauire la main droile, être deux époux (i). Ils étaient romains, au moins par leur demeure et par leurs droits, car le costume de l'homme et la coif* fure de la femme sont tels qu*il couTenait à deux personnages romains. Certainement la tunique virile pourrait être grecque aussi bien que romaine , et la forme du manteau ne se voit pas aussi bien développée dans la demi-figure qu^il le faudrait pour reconnaître clairement si c'est une toge : mais les cheveux rasés et courts sont entièrement de la mode romaine , et tels que nous les observons aux têtes d'hommes vers la fin de. la république et dès le commencement de l'empire. Le menton tout à fait rasé est aussi d'accord avec les usages de la même époque (2). La coiffure s^ible indiquer plus préciséuieuc le temps des premiers Césars. C'est ainsi que nous voyons la chevelure disposée , sur les médailles, soit qu'elle soit naturelle ou artificielle, sur les têtes d'Autonin , d'Agrippine , de Ger-

(1) L'actîoQ de se donner la maia droite se trouve dans un grand nombre défigures, sculptées sur ks bas-reiiefs sépulcraux grecs et latins, et les inscriptions nous avertissent que les figures ainsi unies sont ordinairement celles du mari et de l'épouse.

(2) Les cheveux et la barbe rasée se trouvent encore dans les portraits du lll siècle', mais avec cette différence que les cheveux sont encore plus courts^ et la barbe semble plutôt coupée avec des ciseaux que rasée.

i55 manicus et de Drasille (i). Les chet%ux divisés eo deux masses latérales ^ vieDoent se rapprocheri sont liés ensemble, et retombent derrière le cou en formant une seule boucle. L'expression de raffection conjugale empreinte sur la figure et dans les attitudes des deux figures^ ne parait pas équivoque, quoiqu'une certaine difFérence dans l^ge pourrait faire croire que c'est un père et sa fille. Cétait l'opinion qu'en avaient pris ceux qui ont donné à ce groupe les noms de Caton et de Porcia. Les personnes qui ont cru y retrouver A rie et Pétus ont adopté la même opinion ; mais les uns et les autres ont mis en avant des conjectures non-seulement peu fondées, mais absolument erronées et invraisemblables. Porcia, fille de Caton et veuve de Marcus Brutus, n'eut pas un tombeau commun avec son père, qui mourut et qui fut enseveli à Utique (s). Et Pétus, condamné à mort comme complice de la conjuration de Scribonianus contre l'empereur Claude, ne put avoir un monument si distingué, car le travail de ce groupe n'est pas l'ouvrage d'un

(i) Le devant de cette coifTare m'avait semble antrefoia avoir qaelque reMemblaoce aTec les coiffures des dames romaines da troisième siècle ; mais les ayant mieux observées il me parait plus semblable k celles que j'indique à présent* On devra réformer ponr cela ce que {'ai dit k ce sujet dans la Notice francaisô des antiquités du Musée de paris ^ n. laS.

(a) PlttUrque dans la Vie de Caton Mineur p p. 794; t. 1 de redit, de iCao,

artiste orcKnaire , mais d'uni habile sculpteur , lequel, sans fatigue de soios , a su reudre les chairs et les airs de tête avec uoe grande vérité et finesse , traiter avec beaucoup de goût les plis des draperies , et enfin mettre du naturel et de la grâce dans l'ensemble de la composition»

Les mains gauches des deux époux sont ornées d'anneaux. Le mari porte au petit doigt Tanoeau dont on se servait pour sceller, et c'était précisément un usage de le mettre à ce doigt (i). La main gauche de la femme qui est placée sur l'épaule de son époux est parée, selon l'usage le plus élégant, de deux anneaux (a) ^ l'un est à la première jointure de l'index, comme nous le voyons dans le simulacre de bronze d'une femme romaine de la même époque , trouvé dans les ruines d'Herculanum (3) j l'autre anneau est passé

(i) Pline ^ liv. XXXHI; §6^ où il parle fort longuement de Tusage des anneaux et de leur aatiquîte.

(u) Ftminae non amplius quam hinos anulos aureos in d/gitis habere solebant, Isydor, Origin.^ liv. XlX^c. 52.

(3) Les Bronzes, l. Il, pi. 85. Je crois la matrone reprcseulée dans ce bronze , contemporaine de la matrone de notre groupe , ayant Tune et l'autre la nicrae coiffure. Les écrivains d'Herculanum mettent en avant beaucoup d'autorités pour expliquer cet usage de porter des anneaux a l'index j elles ont été tirées de Kirchmann , de annulis , ch. ^ , ^, ^o et suiv. Pollux (liv. V, n. loo et 101 } parle d'un anneau que les femmes portaient au doigt index ^ et qu'on appelait xopiavov ^ curiandre , et d'un autre qu'on pytaitau petit doigt et qu'on appelait oixapèç, le point. Les paroles du grammairien doivent ici s'entea-

i57 XI a doigt annulaire , lequel avait pris cette déno*

mioation parce qu'il avait été jugé le plus propre de tous à porter des anneaux , comme étant dans la main moins disposée pour agir et en même temps le moins exposée à des chocs.

dre que ces noms y donnés aux anneaux selon nne mode passagèrci signifiaient one certaine espèce d'anneaux qu'on aTaîc coutume de porter anx doigts que nous venons d'indiquer y mais non pas qu'on doive les interpréter comme le font les antiquaires admettant comme des noms ge'ncriques point et coriandre , le premier pour indiquer tous les anneaux passés au petit doigt , le second tous ceux qui se portaient à l'index. L'anneau servant k cacheter é^it porté, comme nous avons vu^ an petit doigt, et 11 j a des autorités qui prouvent que quelquefois cet anneau était fort grand , de sorte que le nom punctum ne pouvait lui convenir. L' usage de mettre un anneau \ la première jointure la plus près de la sommité des doigts, appartenait aux femmes (Kirchmann^ lieu cité, cb* 17}: cependant Suétone raconte qu'Auguste voulant écrire, fortifiait son Index avec un petit cercle d'or^ parce que dans la vieillesse ces jointures s'éiaient affoiblies {Octav, Aug.^ chap. 80). Peut-être les anneaux qui servaient d'amulettes , comme étaient probablement ceux qui venaient de Samotrace , se mettaient à l'Index que les Latins appelaient le doigt salutaire. Les trois anneaux que Ton voit dans ce groupe sont tous k chaton , que les I^atios appelaient pala , forme supposant une pierre gravée qui j était atuchée, ou au moins nne gravure faite dans le métal lui-même pour servir de sceau.

encore ud bon nombre de ces ouvrages; et nous conservons la mémoire de beaucoup d'autres (i). Les collections d'antiquités nous offrent quantité de simulacres d'animaux , dont quelques-uns ont du prixj mais aucun Musée ne peut à cet égard le disputer à celui du Vatican , lequel est très-riche^ bien plus que tout autre , d'animaux. Les dessins de plusieurs qui ont paru ou qui sont les plus excellens quant à l'exécution , ou plus curieux et plus rares pour l'objet représenté, seront gravés dans cette planche et dans les Luit suivantes , comme un essai de ce qui nous reste de plus beau en ce genre, et comme un modèle de cette habileté avec laquelle les artistes, grecs ont su caractériser et embellir les formes des bêtes elles-mêmes , en leur donnant un je ne sais quoi d'idéal, sans s'écarter cependant de la

vérité.

L'Aigle *.

On ne connaît pas d'aigle en relief plus beau

(i) Winckclmanu , Histoire de l'Art, etc., t. I, p. 087 de rédilion romaine*

* [1 était dans la Villa Mattei ; il est sculpté eQ marbre pentëlique ou cipoîla statuaire f haut de trois palmes j un tiers. La restauratiou consiste dans la pointe du bec , rextrëmitc de Taile droite et une grande partie de Ja gauche, mais elle n'a pas été retouchée dans les par* ties aQti<{ue$.

que celui-là (i). L'oîseau de Jupiter semble fi« xer le Soleil^ et qu'il déployé ses aîles pour s'éle^ ver jusqu^à lui. La vérité du mouvement et Texcellence du travail , rendent ce monument un moidèle de Tart. L'aigle , consacré au roi des Dieai^, Il celui qui lance le tonnère , cet oiseau, Iç roi des volatiles (2) y que jamais la foudre n'offense (3), devint la devise et l'emblème du peuple romain qui vénérait comme sa divinité tutélaire Jnpiter Capitoliu. Aussi la chouette, oiseau de Mi« nerve, était devenue l'emblème des Athéniens. Mais peu de villes autres qu'Athènes et ses colonies, multiplièrent les images de la chouette : celles de faigle furent répétées et honorées dans tout Tempire romain.

Les images de l'aigle étaient fréquentes dans la Grèce , dans les temps qui précédèrent la grandeur des Romains. On voyait deux aigles dW, très-anciens , à Delphes , près du trépied sur lequel la Pythie prononçait des oracles (4). L'u-

(1) Ceux de la colonne Trajane cont attachés par le dos aox angles do piédestal , et ils sont un peu mutilés. Ceux très-beaox do palais Barbcrîoi placés sur la façade qoi regarde le jardin sont en bas-relief.

i'i) Piadare ( Oljmp, y W\l, v. ag ) et Horace ( liv. IV, od. IV, ▼. 3) appellent l'aigle le roi des oiseaux.

(3) Pline, liv. II 1 % 56. On pent consulter sur les motifs qoi portèrent le paganisme k con:iacrer Tàigle à Jupiter , l^s académiciens de Maples dans le tome IV des Peintures y page 5, (6), et dans le tome II des Bronzes £ HeratUmum f page 4 y (*^)*

'4} Pînilare^ Pj'^^» j od. IV, r. 7. Le scoliaste fiUt

sage de sculpter des aigles en bas-relief sur les frontispices des temples fut peut-être introduit par les Corinthiens (i). Les victoires de Lysander sculptées à Sparte étaient posées sur des aigles de bronze (2). Un autre du même métal , au moyen d'un artifice mécanique, servait à Olympia pour donner le signal de la course des quadriges (5). Seleucus fit élever à Antioche un aigle de marbre , comme un monument des augures qu'il avait observés en fondant la capitale de rOrient (4). Même 1 iconographie ou le plan de Seleucia sur le Tigre , ville qui porta le nom de son fondateur , offrait , à ce que dit Pline , la figure d'un aigle qui a les ailes éployées (5). En-

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observer que ces aigles d'or faisaient allusion k ceux qui, par les ordres de Jupiter étaient sortis par deux points opposés du ciel ^ et s'e'taient rencontrés sur le trou d'où sortaient les oracles de Delphes, lien regardé par cette raison comme le centre de la terre.

(i) Pindare ^ Olymp, , XUI, v. 29. Le poëte cependant attribue aux Corinthiens rasage d'orner les tempU'S d'un double frontispice; c'est-kdiie sur le devant et sur Je derrière de rédifice , et il suppose qu'on y voyait des aigles sculptés. Ce passage mal interprété, ainsi qu'un au* tre d'Athénée^ où l'on parle de deux aigles placés près l'un de l'autre (liv. V , page 197 , A ) ^ ont fait croire à quelques modernes que les aigles à deux tctes avaient été imaginés par les anciens. Je n'ai trouvé aucun exemple d'une pareille monstruosité qui remonte au delà des dernières périodes de l'empire grec.

(2) Pausanias, liv. III , c. 17.

(5) Idem, liv. VI, c. 20.

yf\) Malala, Chronogr. ^ liv. VllI, p. 8^ de Tédit. de Venise de i-^jS.

C>} Liv. VI, § Ji.

1^5 fin dans la nouvelle B.ome,à ConstantiDopIe même, on voyait des aigles de marbre placés pour or* oemeut au palais Lausiaque (i).

11 n'est pas question d'établir quelque conjecture pour rendre compte de l'objet précis qui a fait sculpter Taigle que nous examinons en ce moment, mais il ne paraît certainement pas avoir été fait pour grouper comme symbole accessoire de quelque simulacre de Jupiter ou de Ganimède. U serait peut-être plus probable de penser qu'il a été placé pour terminer une colonne , ou sur les acrotères de quelque édifice : mais ce serait une témérité de vouloir déterminer, sans avoir d'autres données, l'usage d'un monument qui a pu s'appliquer également et tout aussi bien h beaucoup d'emplois diiTérens.

Un Coq *.

Le coq fut consacré au Sol^ Ç2), à Minerve (3),

(i) Antiq. Consiantinop. , liv. i | page m^ tome I de X fntperùan Orientale de Bandari.

* Celui-ci e'tait aassi dans ia Villa Mattei. La qttcae et les pattes sont modernes | ainsi qu'une partie du bec et de U crête; mais il n*y a aucune retouche dans les parties antiques. Il est de marbre de Luni , que les marbriers appellent ordinaire^ haut d'une palme et onze onces.

{1) Pausanias, lîv. V, c. a5j Plutarque/ ^ /y^^. orrxc. ^ tome II, op. p. 5ooj lamblique, Vit. Pytîta^.^ c. a8.

(3) Pansanias, Ht. Vf, chap. a6, où il note que cet

à Mercare ( i), à EscuUpe (a) , aux Plpsetires (3). Lé coq était la devi^ qii^ Ton voyait dans la guerre de ^roye ^ar k bouclier d'Idomenée (4). 11 fut employé quelquefois comme un symbole des poètes (5) et plus so^Vent comme empreinte des médâlies de plusieurs ^villes d'Italie, de là Grèce et de l'Asie (6). Néimmoins les images antiques de cet oiseau, sculptées en marbre , et tout en relief , sont fort rares. Celle que nous eiaminons, quoique d'un traTail médiocre, semble toutefois, vu la simplicité et la facilité du style, avoir été exécutée dans lé bon temps de Fart.

oiseau est particulièrement coiisacré k Minerve comme à une Dëetse qui préside à diffëreos genres de travaux et qui lui a fait donner le Mumom d'Ergane.

(i) On voit le coq rëuni à plusieurs images de Mercure , considéré peut-être comme Dieu du commerce ^ auquel convient la vigilance dont le coq est le simbole. V. Montfancon ^ A. £. ^ tom. I , page T ; liv. ILI , c. 8.

(2) Platon, Phaedro , à la fin.

(5) Gallim., Epigr. 24 ^ dans les Analectes de Brunck.

(4) Pausanias, lib. Y, c. 25.

(5) On voyait un coq sculpté sur le tombeau d'Antipater SidoninSy comme symbole de son génie poétique } Méléagre y Epign. ia3, dans les Analectes de Brunck.

(6) Par exemple dans celles de la cité dlmera en Sicile j de Calé et d'Aquin dans la Gampanie , de Garisto dans rile d*£ubée ; des D^rdanides dans la Troade , etc.

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