‹ Musée Pie-ClémentinChapitre 27 sur 49 · PLANCHE XXVI L · texte numérisé non relu

PLANCHE XXVI L

S I' Paon de bronze ^

L'aigle ayant ëtë consacre à Jupiter, le paon fat de même, dès la plus haute antiquité, consacré à Junoo son épouse et sa sœur. La beauté et la richesse des plumes de cet oiseau , variées de si belles couleurs et dorées , la longueur de sa large queue trainante (i), l'ont fait assigner àla reine des Dieux, comme étant le prince des oiseaux domestiques.

* Ce paon de bronze j et uq autre qai raccompagne sont haute ^ en ligne perpendiculaire , de quatre palmes et demie environ. Ils ont ^t^ dores anciennement, et il reste encore quelques vestiges de la dorure. Depuis trois siècles environ ils ont ëtë place's comme ornement dans la grande niche de Bramante au fond du jardin de Beî- Te'dère, l'un d*nn cAtd, l'autre opposé , près de la grande pomme de pin en hronze. SMl est vrai que cette pomme ait appartenu au m61e d'Adrien y les deux paons ont bien pu se trouver parmi les omemens de ce superbe mausolée qui renferma les cendres de tant d'empereurs et d'impératrices.

(i) Les grammairiens prétendent que le nom grec du paon taoç ou plutôt raFQÇ ( taos ou tayos , d'où est venu le latin pavo ) est dérivé de la tasi^ étendue ou développement de la queue , que cet oiseau replie ou déployé k sa volonté. On peut voir dîfTérentes remarques érudites dans le tome des Peintures d'Herculanum , pag. 347 , oii Von explique une peinture antique qui représente un paon blanc*

Musée Pie-Clém. VoL YII. 10

L'ile de Samos, consacrée k cette déesse , eut les paops de TÂsie qui en était voisine ; elles les dédia à sa divinité tutélaire^ elle enfitmuU tiplîer Tespèce qui était en Europe avant la guerre du Péloponnèse (i). Le luxe les rendit peu-à* peu indigènes dans la Grèce et dans d'autres contrées plus occidentales, tellement que par leur abondance ils devinrent enfin un des mets dé* licats des tables grecques et romaines (3).

L'empereur Adrien avait consacré dans le tera* pie de Junon k Mycènes le simulacre d'un paon composé d'or et de pierres précieuses (3). D'autres images du même oiseau ornèrent d'autres temples de la même Déesse , et aussi ceux des nouvelles Junons, qui étaient les épouses déi-

(1) Â^thënée, liv. XIV , pag. a55, et dans tout le $ 70 ^ et le lîv. IX , pag. 597 , et tout le $ 56. On y apprend que la fable des yeux d'Argus qui furent transportes sur la queue du paon pour la parer , comme on lit dans le liv. I des Métamorphoses, a été inventée par des poètes moins anciens que la plus grande partie de ceux qui ont pour ainsi dire formé la mythologie grecque. En eflct, selon les fables les plus anciennes^ le gardien d'Io n'avait que quatre yeux ^ deux devant et deux derrière, ou même seulement trois, l'un desquels était placé sur la nuque du cou {Schoi. ad Euripùi. Phaenis , v. iia3).

(a) Horace^ liv. II , sat. a , v. a3 et ailleurs , Athénép dans les passages cités ci-dessus; Elien , ^ 7V^ ^. , liv. V^ chap. ai y Pline, liv. X, § 25. Hortensius fut le premier des Romains qui mangea des paons. Ce genre de luxe était plus ancien parmi les Grecs.

(5) PausaniaS; liv. II, chap. 17.

«47 fiées des empereurs romaîas (i). Peuuétre que

les deux paons de bronze , F un desquels est gravé seul ici , à raison du peu de dissemblance de Fautre (a), ont appartenu au monument de quelque impératrice. On ne peut dire que le travail dans ces bronzes soit. d'un style excellent;, les animaux n*y manquent pas cependant de vérité et d'une certaine majesté. Dorés , comme ils furent anciennement, ils devaient contribuer d'uue façon assez noble à la décoration d'un édifice quelconque. Les écrivains grecs du bas empire, qui ont décrit les raretés de Constan* tinople, ont fait mention de quelques images de paons (3)«

(i) Le paon est souvent le type des médaiiles battues en Thonnear des impératrices déifiées. On voit souvent leurs âmes enlevées au ciel par un paon , comme celles des empereurs éf aient portées par des aigles. L'adulation faisant comparer les impératrices encore vivantes à la' reine des Dîeui , on trouve par ce motif le paon an re* vers des médailles d'or de Julie fille de Titus , frappées pendant sa vie, et deux plumes de paon. placées devant Je buste de Messaline sur la superbe médaille de grand bronse fabriquée k Nicée en l'honneur de cette impératrice jf lui donnent le caractère d'une nouvelle Junon , titre qu'on lui a donné dans la légende ( Pellerin , Recueil f tome [II y pi. i3a). Les antiquaires ont pris ces deux plumes pour deux épis, qui la désigneraient plutôt comme une nouvelle Gérés. La médaille originale, que j'ai examinée au Musée de Paris, me semble plutôt offrir deux plumes de paon.

{i) Cette diversité consiste plntAt dans le différent mouvement des tctcs.

(5) On les voyait dans VArfopolitim on marché au paiu;

PaOU i>E MARBRE *.

Les deux paons de marbre 9 dont mi seul est représente dans celte gramre, sont d^im plus beaa travaQ que ceox de bronze. On y voit la plnme très-bien exprimée , sans un soin trop maigre, mais a^ec délicatesse, légèreté et bon goûu Placés comme ils étâent dans la Yilla Adrienne, ik ponvaient ressembler à denx paons blancs, yéritables et TiTans(i). On peut croire, par la différence dans la longueur des queues»

€l ûs j forent placés p«r Conttanrin le Grand {.Jmd^, Cm- KAtlùup., Ut. I, p. j6^ t4Mne I de Vlmtperimm Orien- Maie de Bandnri).

^ Ces denx paons , de mailire pentéliqne , Inrcnt tronirés à Pantanello par fen Garino Hamilton , arec f antres fingmens de scnIpCnre qnl a|^artinrent tons à la Villa Adrienne. Le cou , la tête , la qnene , sont des parties modernes dans Ton et l'autre. Cependant le commencement antique des queues fait distinguer clairement celle àe% deux qui était pins lai^e et plus riche en plumes , et il indiquait le mile. Le sculpteur moderne qui les a restaurés semble avoir fait attention à cette différence: grâces lui soient rendues de ce qu'il ne s'est pas avisé de retoucher les parties antiques , licence que prennent souvent les artistes quand ils ont entrepris de restaurer les figures d*animanx.

(1) Sur les paoDs blancs que connurent les anciens, on peut consulter les Académicieas d'Hercnlanum dans l'endroit cite ci-dessus^ note (1}^ p. i56.

iÂ9

qne Pancîen artiste ait eu Vintention de repré* senter une couple de paous^ le mâle et la femêle.

Page 1