PLANCHE XXVIII
Cigogne avec les ailes éplotéçs *.
Ce simulacre d'un oiseau qui a été estimé en tout temps , et par son utilité et par ses moeurs ^ est un des plus parfaits qui nous reste de ce genre d'imitation. On ne peut suffisamment ap^ précier, si on ne le voit, la manière large ethar^ die dont les plumes sont traitées. 11 est diffi-* Ole de trouver un autre ouvrage antique ou moderne, qui l'égale dans cette particularité. L'attitude de la cicogne est naturelle» ses proportions sont légères. Ce qui est remarquable c'est l'exactitude avec laquelle l'artiste a imité les diverses dimensions des plumes qui forment le^ ailes (i).
* Elle a de hauteur quatre palmes et demie ^ et sculptée en marbre pentélique. La tête est moderne , de même que les ailes et les pattes. Elle se trouvait parmi les autîquiles recueillies par le célèbre architecte graveur feu le chev. Giambattista Piranesi.
(i) Quand les ailes de la cicogne sont dëployëes, elles présentent^ comme Tobserve Buffon (Hisi. nai.^ t. Vil, Oiscasêx, p. a55 de l'édition originale ), une espèce deçà*
Cet oiseau blaDC, ennemi des reptiles odieux (i\ dévore un serpent dans cette image. On fait ainsi allusion à cette qualité qui rend la cicogne si utile à la société humaine. Quant à son inclination douce et reconnaissante, qu'elle manifeste particulièrement en prenant soin des vieux oiseaux de son espèce, elle fut tant célébrée par les nations anciennes, qui ont piîs cet oiseau pour cmblénie de la piété et de Tamour filial (2), ei cet éloge de son caractère n'a pas été encore démenti.
De semblables qualités, et les services que la cicogne rend à Thomme, comme nous l'avons dit, ont fait regarder comme un crime chez beaucoup de peuples de lui donner la mort (5): .et. quelques nations modernes, suivant leurs pro* :pres principes, ou voulant imiter les usages an-*
vite dans le milieu. Les plumes qui sont aUachées aux flancs sont plus longues que celles qui garnissent Taile dans les parties intermédiaires , mais moins longues cependant que celles des extrémités. La partie qui reste de Tantique sufYit pour démontrer que cette forme d'ailes n*est pas due à la restauration.
(1) Virgile, Georg.f liv. Il , v. Sao :
Candida venit avis longis invisa colubris,
(3) La cicogne est donnée pour attribut à la Pie'te', sur les mounoies consulaires d'argent frappe'es par Metellus Pius. Les e'crivains sur la numismatique qui ont explique les médailles romaines^ dites des familles , s'étendent beaucoup sur les qualitc's de la cicogne^ et iJs citent les au-^ torites qui les confirment fi/i gente CaeciliaJ.
(5) Aristoie, Ilist. AnimaL , Uv. IX ^ chap. i3) Pline ^ liv. X, § 3i.
i5i cîens, accueillent encore aujourd'hui cec oiseau vojageur a?ec une hospitalUé bienveillante (i).
CiCOGNC APPmrÉE A UN TRONC ^
Quoique la cicogne blanche (a) préfère ordinairement les habitations des hommes et la som« mité des grands édifices pour se procurer un azile , die choisit cependant quelquefois pour son séjour les cimes des arbres les plus élevées* L'auteur de notre sculpture a eu Tintendon d'exprimer cet nsage des cicognes : il semble plutôt qu'il ait voulu imiter aussi Tatutude habituelle de cet oiseau lors qu'il veut être en repos. 11 se rejette alors en arrière en renversant le dos et le cou vers quelque support r et il relevé une de ses pattes sous une
(i) Les Hollandais préparent | ainsi qne les Suisses , sur les toits de leurs maisons des couverts pour lescicogneSy Buflbn , l«eu cité , p. ^57.
^ Elle est en marbre de Luni ou de Carrare , liante de quatre palmes et demie- La tête et une partie des pattes sont modernes.
(9} Je crois qu'on a représenté sur ce marbre une cicogne blanche , oa^ pour mieux dire, blanche et noire ( parce que quelques plumes de $e$ ailes sont noires) plutôt qu'une cicogne toute noire. Les cicognes de cette seconde espèce^ étant plus petites que les autres^ se nourrissent d*insectes> mais non de serpens ; et dans le marbre que nous examinons , bien que la tête de l'oiseau soit moderne ^ un6 partie du serpent est antique.
aile. Cette dernière particularité ne se voit pas ici y parce que la cicogne , qui est ici reprësentée , même en se disposant au sonuneil , n*a pas négligé de £ûre sa chasse , et il a pris un petit serpent qui est venu ramper près de lui.
La sculpture de cette seconde cicogne n'est pas comparable pour l'excellence de l'art avec le premier ; mais elle ne manque cependant pas de vérité, et de goût.