PLANCHE
Silène avec une Outke *.
Nous ayons vu souvent les SSènes, les Sa^^s et les Faunes , tantôt chargés du poids de cette outre , tantôt appuyés dessus comme sur des coussins moelleux , et nous n'avons pas négligé de remarquer , selon les occasions , le parti ingénieux et élégant que les anciens sculpteurs ont tiré de semblables groupes pour l'ornement des fontaines ( i ). Ifotre Silène , chauve , velu et couronné de lierre , montre beaucoup de gaieté en soutenant de ses deux mains sur ses épaules un poids qui semble précieux pour lui. Mab pour enrichir cette explication, d'un sujet assez ordinaire, par quelques ob-
* Cette petite statue en marbre de Lanî , fat trouvée en 1789 k Roma-vecckia f possession qui est le long de la Toie Appia^ ccfmine Tobserve mons. l'abbé Biccy dans le liyre qa'il a publié à Rome Tan 180^^ io-4.^1 sous le titre de Rîcerche sidT antico pago Lemonio ^ f^ge lag. Notre Silène est haut d'un peu plus de trois palmes et demie 5 les jambes, le bras gaucbe^ la main droite, et d'autres petites parties sont restaurées.
(t) Pour ne pas cbercber des exemples bors de cet ouvrage, on n'aura qu'a recourir aux pi. XLVII et XLVIII du tome l, XXIV et XXVII du IV, XIII du V, et l'on comparera avec ce que nous ayons di( de ces sculptures.
servations qui puissent servir à donner des éclàircis* semens sur des figures analogues à celle-ci, je par* lerai des Silènes en bronze destinés aussi à des fontaines^ mais qui sont à cheval sur une outre qu'ils semblent conduire avec les deux pattes (i). Des figures de telle sorte publiées parmi les bronzes d'Herculanum, n'ont encore été accompagnées d'aucune • explication qui soit satisfesante. Voici ma conjecture.
Je crois que ces^mages avaient rapport à l'usage que l'on faisait des ces outres dans les opérations militaires. On s'en servait autrefois pour faire passer plus facilement les armées sur les fleuves. Cet usage était dévenu si général, que les Romains eurent un corps d' C/frici/Zart attachés au service de leurs armées, comme sont aujôrd'hui les Pontoniers (2). Mais ce qui rend l'expli(:ation que je propose plus applicable au Silène de bronze , c'est l'ancienne opinion de Nonnus, qui attribuait cette invention militaire à Bacchus, et à ceux de sa suite qui cornitiandaient (3). H s'en était servi avantageusemeot
(i) Bronzes d^ Herculanum , tome II', page XLIV.
(3} Oa peut parcourir tout ce qu'a recueilli sur les col* Icgcs des Utricularu avec beaucoup d'érudition et de sens )e doct. Calvet; dans une dissertation que le professeur Martini a traduite en latin , et qu'il a fait imprimer h Leipsick en 1787, et înse'rer dans sa Sylloge altéra munumentorum antiquorum : l'original français avait e'té imprime' a Avignon dès 177G.
(3) Dj-onisJ^ 1. XXIII ^ V. i5o et suiv. , dit de BacchuS; ' que :
i5 dans la conquête de Tlnde. Ainsi ces meubles qui avaient cté dans le principe consacrés ht des usages, non pour satisfaire l'ambition du vainqueur de rinde , mais seulement pour se livrer à toute la gaieté des banquets célébrés par l'inventeur des vendanges, devinrent des instnimens de guerre.
J'ai dit leur usage primitif, parce qull semhic que les outres furent les plus anciens vases dans lesquels on conserva le vin , et pendant long-temps même les seuls connus (i). Parla
Aêpfuin (pvaaXéo 9ufiéTps€P ïyâov t(Hirjtfi9, ^9o(ivj(^(nf y Ms^ov iynvi/LOVeç eitXeov doxoL
« Ayant eu l'adresse de renfermer l'ai» dans des peaux^ « n traversa dessus dans l'Inde l'Hydaspe: les outres de « Bacchus floltaient snr les eaux, soutenues par l'air qu'4:l« t les contenaient. •
On pent lire la même chose dans le II volume în-4-^ ^^ ^^1 onvrage , plein d'une véritable érudition, qui est intitulé £ Voya^dans V Empire Ottoman , CEgjrpte et la Perse^ etc., par G. A. Olivier f Paris chez H, Agasse. Xulourâ'hu'ica" core les outres servent dans l'Orient en place de barques pour passer le Tigre et les autres canaux de la Mésapotamie^ et pour transporter les marchandises.
(i) On fait clairement mention d'outrés de vin dans un passage du livre de Josué, ch. IX , v. 4 et v. i5. Il n'est pas également démontré que ce fût une outre qu'Abraham donna à Agar^ Genèse f XX.I , v. i4> Le texte hébreu ne se sert pas dn même mot^ cependant les Septante les traduisent tous deux par àaxoÇf outres: et par la correspondance des deux mots arabes analogues , on peut croire que ce que la vnigate tradnit par utrem dans ce passage, est véritablement une outre. Quand on perdit l'usage de mettre le vin dans les entres , on les employa
suite ils cédèrent la place aux doUa ou jarres de terre cuite qui remplissaient les celliers riches^ Cel" lae^ ou caves des Grecs et des Romains. Enfin les auteurs nous disent que vers le temps d'Auguste on imagina les tonneaux en bois, comme les nôtres , à cercles de fer ^ et quelques monumens rares nous les représentent ; les poètes de ce siècle d'or semblent eux-mêmes quelquefois y faire allusion (i).
pour renfermer d'autres liquides , comme Thuile et Teau, à laquelle elles paraissent avoir été destinées dès Torlgines ; selon le passage cité de la Genèse.
(i) Les tonneaux en bois certiés eh fer sont indiqués dans Strabon y lÎT. V, p. i5i de Tédit. de 1587 et ailleurs: et même plus distinctement par Pline y liv. XIV, § XXV H. ^ ( vinum ) lîgneis vasis condunt, circidisque cin» gunt* On conservait^ et peut-être conserve-t-on encore, dans le Musée propbane de la bibliotbèque du Vatican un petit baril antique. Ficoroni dans son Labico a publié une lampe sur laquelle est représenté nn baril avec sti cercles , et il n'y a pas d'éqnivoque. Je crois que c'est à de semblables vaseS; faits pour conservjer le vin, que Ton fait allusion dans un passage très-obscur de Properce ^ liv. IV ^ êl. VI, v. 7 et suiv. Voici les paroles:
Carmenque receiuibus aris Tibia Mjrgdoniis libet ebuma cadis.
Le poëte compare à de petits barils d'ivoire les parties de la fl&te qui s'emboîtent l'une dans l'autre, et qui sont garnies de petits cercles , comme le sont les tonneaux. Mais ces barils d'ivoire versent des vers et de l'harmonie, au lien du vin que versent les véritables barils 1 c'est de-là qu'est tirée l'élégante métaphore : libare carnien qui vient de l'usage de libare vina dans les sacrîiices. La flûte; Migdonium, c'est-à-dire celle qu'inventa
ï7 Notre petite statue faisait probablement aussi
un ornement à quelque font^ne : son altitade est naturelle et gracieuse ; quant à Vexécuûon elle n'est pas tout 'k fait au-dessous du médiocre: cependant elle est terminée avec soin. On a fait beaucoup d'usage do trépan dans les cheveux, dans la barbe et dans les poils.