‹ Musée Pie-ClémentinChapitre 41 sur 49 · PLANCHE XLV · texte numérisé non relu

PLANCHE XLV

TbÔNE de C£R£S '^.

Les sphynx élaient devenus chez les anciens nn des omemens les plus usités sur les sièges des di- Trinités. Les images de cet animal symbolique , que les artistes grecs avaient emprunté à la mythologie égyptienne, en le modifiant et Tembellissant^ suivant leur usage , ornaient le trône du Jupiter Olympien et celui d'Apollon à Amyclès ; et on les voit employés pour servir de bras d'une forme majesteuse aux sièges sur lesquek Minerve est assise sur des médailles antiques , et à ceux de Cérès sur des pierres gravées (i). D'après cela on s'est décidé, en trouvant les deux sphynx qui avaient composé l'ornement d'une chaise en marbre , de la restaurer dans ces temps modernes avec le caractère

* Ce siège avec son marchepied est haut d'environ sept palmes. Il n'y a d'antique que les deux sphynx ; mais la tête de celle qui est k gauche de la personne. assise est moderne. On voyait ici par les yestiges antiques que ces fragmens appartenaient k un grand siège. M. Franzoni l'a rétabli ^ comme il a fait de celni de Bacchus ^ d'après l'idée que je lui en ai donné, et les dessins qu'en a fait M. Corazzani en suivant ces vestiges.

(i) Les sphynx proent le siège de Minerve sur quelques médaillons des rois Attalidi qui portent le nom de Pliletère^ et le tr6ne de Cérès ^ sur une pierre du musée deStosch ( Winckelmann , Description des pierres gravie de Stosch , pag. 7g).

^fjMl

r8 qui pouvait convenir h un trôoc de Crrès. Cette Déesse est représentée sur beaucoup de monumens aniiqucs, assise comme symbule de la terre. Le iphyux, acimal allégorique deveou symbole des niyslères (i), a été regardé comme propre, en raison de sou allusion , et par l'exemple que nous avons indiqué , à orner le trône d'une divinité à laquelle OD attribuait l'in ùlution des niYStères. C'est pour cela que la corbeille, emblème des raysières d'Eleusis, a été sculptée dessous(3), et d'un côté on y a représenté la faucille des moissonneurs , instrument consacré k la Déesse fnigifera ; de l'autre côté un volume, attribut de la Déesse légiféra, et indiquant qu'il contenait les rïts secrets des mystères , ou celui des premières lois de la société civile fondée en grande partie sur l'agriculture (3J.

(i) Clément d' Alciândric , Siiomat. , liv. V ; Plutarque , de fside eiOxiriiie, pag. 3î4f toin. li,opefum. Le sphinx grec est ditiriigue du spliyni ^gypt'^" P'r deux particularité» remarquables. Lea tphyni il'E^j'pte •ont' fliUct , et lét grec* lont de J'auti« sexe ; ceus-ct ont dei aileij qae n'ont pai le* égrplieDi, tiBoo dans ièë monomeiu postérieors k )■ fsndatisn d'Alexandrie, et «1 mélange de* arta et de la inytholagie grenjxe avec le* art! et la re)i|^an tfg^ptienne.

(9) C^ria e*t axise »t une grande corbeille mjpitiqne , dam qnelqn» médulle* Je grand bronse frappée* k Rome et k l'honneur de l'impératrice Sabine éponie d'Adrien.

(5) Lu épitbèlei de fnigifsra et de inféra , en grec yiapxo<p6poç y Carpohorot , et ^op,o<p6poç , T^smofhoros, aont propret k cette déeaie. Il est k renarqner dnu les grand» aiMaiUet d'argent dn IMmétrint I Soicr, rai de Sjrie, la figure de Céria utiie^ qui n'a pas

22g Les colonnes da dosner représentent les deux flambeaux que Cérès alluma dans les feux de l'Etna pour aller à la recherche de sa fille enlevée , et leurs flammes servent de pommes. Les serpens ailés qui tiraient le char de la Déesse , et qu'elle prêta à Tripolème^ sont sculptés en bas-relief sur. le dos« siermême(i): les épis et les pavots de Cérès sont sculptés conune omemens sur les autres parties du trône.

«te reconnue par les antiquaires. Cette figure que les Grecs appellent Demeter ^ fait allusion au nom du roi Dëmetrius , et elle a dans la main droite un stylet pour écrire , avec lequel elle trace les premières loix -, dans sa ganche elle tenait une corne d'abondance pleine des produits de la terre dont cette Déesse ^ enseigné la culture aux hommes. Ces symboles la caractérisent comme Déesse legifer et frugifer. V. Vaillant , Sêleucid. imp. , page i3i et i53, édit Hagae Com. , 1733.

(1) M. Gorauani a donné mal à propos aux serpent de Cérès des ailes membraneuses comme celles des ehauvesouris et des dragons imaginaires. Les ailes des serpens de Cérès sont celles de l'aigle^ semblables k celles des pégases ^ des grifons et des sphynx. Dans la grande médaille de Démétrins I , citée dans la note précédente^ les serpens de la Déesse ont la figure , depuis la ceintme jusqu'en hant^ de femmes ailées^ et eUes forment las pieds du trine.

Pave de mosaïque tkou\'e dans les anciens •

THERMES d' OtbICOLI *.

On TOU dans les cîoq planches qtn restent, la ' gravure de sut mosaïques , qui sont cboisies parniî

• Cette moMiqiie n été décoiivcrlc dan* les ruines ilc l'ancicane colanic d'Otriculum, à peu de distance de la cité moderne d'Ocriculi , sur la voie Flaminia , \ environ ^i> miles de Rome, vers l'annce 1780. On l'a dclache'e avec beaucoup de soin du lieu 011 elle sei^vait ii parer la salle principale de» tbemies. Ayant cic trauspoitee k Borne, nn la (it rellaurer admirablemcut bit-n , avec di's pierres naturellci , sous la direction de M. Gioachino Falcioui, habile artiste. I.n dimension qu'a cette luosaïqne d'un angle à l'autre est de 5o palmes et plu». Actnellement «Ile forme le pavé de la grande salle ronde du Musée du Vatican, comme on peut le voir dans le plan qui accompagne la Préface du I volume de cet ouvrage. Comme le diamètre de celle salle est de 63 pslmei , et aarptMe d« 3a la diagonale de la mosaïque , l'eipace qoi régne entre elle etie* mnrf-atfté rempliptr nne moia'iqne moïni fine, de petitei pierres blanches et noim , qae l'on trouva dans d'antre! partie* des niéniei tbermei, et qui repr^nte, comme celle du centre, dei «DÏmanx, de* monnrei et de* divînitë* de la mer. . M. Gnauani dan* lu Notiùe d' antiehità e tTarti on Motuantnti intdiU, janvier, 1^84 , pi- I, a donné le plan dea mine* d'Otricnlum, dan* leqn^'-ftn voit indif{vi le lien pi^cii oii la inotBk[ne fnt décourerte j et dan* la ^ I de la fenUle de jsîllet de la n^me anntfe , on voit r^^ation en perspective de la *a1Ie de* thermes, sur le pav^ duquel on avait eu'calé cetie mo*a'ique.

le grand nombre de celles qui omeni le pay4 du Musée du Vadcan , et cinq desquelles sont dues aux fouilles qui furent entreprises dans les enrirons de Tivoli et dans ceux d'Otricoli , sous le pontificat de Pie Six.

11 me semble utile de jeter un coup«d'oeil , avant de les examiner en particulier , sur la pre* mièro origine de Tart de la roosaique , et d'ex« pliquer tous les mots dont les anciens se servaient , pour distinguer leur vraie signification telle qu'il m'a paru pouvoir la déduire de la compa* raison que j'ai finte de divers passages des auteurs grecs et latins; d'autant plus que Ciampini let Furietti , savans écrivains j qui ont traité le même sujet (j), ne sont pas bien d'acord entre eux ; et que l'on désirerait une plus grande clarté dans l'ouvrage de ce dernier, sur les mosaïques.

(i) Ciampini dans son onvrage intkttW Votera Momt^

menia , etc. , psge I , ch. i o ; Furietti dans le livre de

Musivis ^ imprimé à Home I'sd i^Sa, in-4» Winckelmana

a parlé des mosaïques dans YHist. des Arts du dessin ^

liv. Vll^ ch. IV, S i6; et lîv. XII ^ ch. i^JS etsuîv.

.de l'éditioB romaine de M. Tav. Fea. On troare qael-

qnes observations sar les mosaïqmes antiqaes^ dans les

notes de U pi. 5i da IV t<Hne des Peintures d*Hercu-

lanum. On a rassemblé beaaconp d*éniditil»n à ce sujet

dans le bel ouvrage de H. Alexandre La Borde MéréviUe,

siuditeur du conseil dVtat, imprimé à Kris l'an i8oa ^

grand în f. , et intitulé : Description à^un pai^é en mo^

saïque , découvert dans T ancienne Vitte d^Italica. Les

gravures coloriées qui représentent ce monument sont

d'une exécution si parfaite, que Von croit voir le mooa*

ment lui-même.

Le mot lithostrotos est un négatif pris substantivement , et il est générique selon la même étymologie (i): et signifie un pavé de pierre ou de marbre , que ces matériaux soient joints avec plus ou moins d'art, et qu'on les ait employés en grands ou en petits morceaux. Lithostrotos dans le sens le plus général ce sont les voies romaines pavées, stratae lapide; lithostrotos pouvait plutôt se dire spécialement le pavé formé de grandes tables de marbre grec que nous avons vu découvrir de nos jours dans la partie la plus basse àxi Forum Romain (2); lithostrotos y le beau pavé du Pantéon .formé de dalles de porphyre et de jaune antique, est d'un bien plus grand prixf iithostrotoiyCe sont plus particulièrement ces pavés d'un travail plus petit , mélangé d'une plus grande variété de couleurs , d'un dessin plus composé , et que l'on trouve si souvent dans les prétoires des villes anciennes , et qui , ayant été déterrés à Herculanum et à Pompeia., ont servi, comme nous les voyons , au même usage dans les salles du Musée de Porllci. Lithostrotoi ^ ce sont aussi des pavés de plusieurs anciennes basiliques , d'un autre genre et plus recherché , qui étaient formés par des petits morceaux de marbre et Je petites

(i) Tlenri Etienne ne cite pas dans son Thésaurus pour ce mot écrit eu grec d'autre autorité' que celle de Pline ; on pouvait citer la Tcrsion des Septante du livre d' Estlier , qui porte le mr*;me mot au v. 6 du chap. I.

(2) Ces excavations furent ouvertes^ sons le pontificat du Pic VI , par le chev. Frodenheim Sncdoi».

pi#»fTe5 de diverses couleurs disposés avec goût au milieu de bandes de marbre blanc, et autour de grands ronds ( orbes ) de porphyres , de granits et de serpentin. Enfin lithostrotoi peuvent aussi s'ap* peler ces pavés composés avec plus d'art , et qui le disputent à la peinture en l'imitant, soit qu'ik soient travaillés avec l'assemblage des marbres de différentes couleurs taillés d'après un dessin , ou exécutés en mosaïque , avec une quantité de pe* tites pierres de différentes couleurs (i).

La phrase opus tesselatum^irayai] à pièces carrées) dénote plus particulièrement les travaux en mo* saique formés de petites pierres quarrées ou de tesseUae (a) ; tels sont les moniunens dont nous don-

(i) Ainsi le mot liihostrotos s'oppose à l'idée de dalles de pierre ^ ou à tout autre pavé de briques et de fragjnens de terré cuite. On ne peut cependant nier que les anciens écrivains avaient employé ce mot pour indiquer nn pavé de mosaïque ^ un ouvrage tessellatus ou vermiculaius. Je crois que le motif est parce que cette sorte de pavé était le plus en usage tontei les fois que Ton voulait couvrir de dalles de pierre ou de marbre l'aire d'un bâtiment. Le tribunal du préteur Romain k Jérusalem avait un pavé UthostratuSy mais nous ne pouvons déterminer de quel genre il était. Le mot hel>reu par lequel Tévangeliste indique le même lieu ( s. Jean , ch. XIX ^ T. i3), n'est pas un équivalent du mot grec, c'est le nom du L'en lui-même , comme l'appelaient les Juifs. Les moU: Sedit pro trihunali in loco qui diciiwr LITHOSTROTOS , hehraice autem GABBATHA , nous apprennent que ce tribunal avait deux noms; les Grecs l'appelaient le pavé de marbre, les Juifs l'appelaient plus simplement la saillie ( suggestus , fi^fia )•

(i) Ce mot dérivé du grec tessara ( qtuurc ) signifie

lions le dcssia daas celle pIsDche et dans les suivantes.

La phrase opus vcrmiculatum ( ouvrage ver~ micuté) s'applique plus particulîèremeai et plus ooavenablement à ces mosaïques dans lesquelles les petites pierres (jui les composent ne sout pas de forme carrée ou rectangulaire, mais qui s'allongent , ou se courbent en forme de petits vers ( lumbrici). L'artiste habile se sert de ces petites pierres courbes et minces , comme uo giaveur sa- Vaoi sait employer sur sou cuivre des tailles arrondies, pour mieux exprimer les parties touroantes dans le dessin des ligures. Telle est la funne de la plus grande partie de ces pieiTcs dans les mosaïques Irès-dclicatement faites, qui représentent des chasses de Ceniaiires que l'on voyait autrefois dans la bibliothèque du cardinal Marefoschi. Ainsi on peut regarder l'ouvrage vermicule' comme uD raHloemcnt de travail tessellatum; il se confond pour l'exécndc»! kçoc m genre d'oarrage , et mime il se confond souTeot dans la dénomînatiod.

Opus sectUe (ouvrage scié), ce n'est pas propremeot une mosaïque; quoique tràs-flouvent l'u-

propremeot d« petit* morceaux qaarr^i^ ou de* quadrilatéral. Atbéne'e dam la deKriptioD du pave en mouïqnv qui amait la nef de 'Ht^ron employé fort k propos 1« mol jibakiskoif diminutif d'jtbacfau, carreau k quatre c&tëi ( peipn. , liv. V, page 307 j c. ). tjes Grec* du bai empire le lenreat lonveat pour indiquer la mosaïque du terme psephides {petites pierres). V. Dacauge , Glossar. med. et inf. LatinittUie ^ V. Miuivum.

a55 sage vulgaire TiDdiqne sous ce nom. L'ouvrage sectilis est celui que les artistes italiens modernes appellent commesso. On découpe à cet effet des pier>res de diverses couleurs , suivant les contours des figures tracées sur le carton original, ainsi les marbres et les pierres fines peuvent imiter la pmnture en donnant moins de peines à l'artiste , mais aussi avec moins de perfection et sans produire autant d'illusion que la mosaïque. Tels sont les groupes de bétes appliqués sur les murs de la Chapelle de saint Antenne abbé , dans k basilique Sicinlana sur le mont Esquilin (i). Tels sont les commessi du palais Âlbani , dans l'un desquels est représenté l'enlèvement dllylas , et qui semble tissu dans les omemens d'une riche tapisserie. Ce dernier monument devait orner non le pavé y mais les murs de quelque salle (a).

Enfin les noms de muséum^ musivum, opus museium, opus muswum qui contiennent l'etymologie du mot moderne mosaïque ( musaico ) , étaient consacrés à désigner plus particulièrement ces travaux du même genre , dans lesquels ou employait au lieu de pierres des morceaux de verre

(i) II faat lire ce que M. Bîanchini a écrit dans les Notes ad Anastasiwn Bibl. ( tome III, page 175 ^^ '77) y *u>' ees fragmens et plusieurs autres du même genre que Ton voit encore dans un édifice antique qui y est encore atuché. Ficoroni, Vestigiadi Romane. 16, page tu • et Vennti, Roma antica, ch. 7 , page 137 du tome I de la dernière édition.

(2) Ils sont gravés dans l'ouvrage cité > de Ciampini , page I ; pi. aa , q3 et a^.

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ou des étniux. Ceux-ci servirent d'aborJ seuleuteol à omer des voûtes , et de-là od s'en servît pour les tours ei les pavés (t).

(i) Pline, IK-. XXXVI, § 64. Puisa defnde ex hano fm^imenta in caméras iransiere e vitro. L' opas musi<unt dans In nnciennct inKriptions rapportées par Furictti ett tonjoart pris pour \tt voâtet , camerae , ci jamais pour pavé. Unr gloM mannscrite dont parle Ducaoge ( Lex, med. et inf. L. v. Musivam ) prOBVe aasti que le Vuaivaim ^laii exécute avec des pîiei de verre : it/iuiVnm tfaod lit de vitro, parielihus. Le glossaleur a t'yaaXx parieiihas , parce que de son temps la mosaïque faite avec de* emaui servait encore à orner les murs , et non pas acolement aux voCltes. On en 61 cependant ensuite nsage pont le pave , comme on peut le déduire d'un passage de i. Augustin (de civ. Dei , Hv. XVI, chap. 8), où U jiarle de figures, mufivo pictae , exécutées en mosaïque dans le pavé (à ce qu'il parait) de ta place marîtint* de Cartilage. Mais on avait dcjli fait usage pour le pavé de mosaïque eu cmaui, car j'en ai vu des roorceani dores qui avaient fait partie du pavé du Champ de Mari , oJi l'obélisque d'Auguste servait de méridienne (v.Bandini, de olielisco CamjH Martii , et Venuti, /(oma arnica, t. II, page loi }. Lei termea et les phruei des ouvragei testetlata, vermicalata et nttuita , ont été lonvent em- ]p\ojit également par lu Aufvaîo* qai l'en tout «ervia indJQîÉreinment. A. tout lei genre* de iitrttftrotos'^conunesH et mosaujuet, j'en ajoateni an antre moina connu, nuU dont on garde encore qnelqnea fragmcna dana let vofttet dea Bonterrain* (^crjrpioportiau) At la Villa Adriaoa à TtVotî. Ce «ont dea bas^'clieft d'nn itnc trèa-dnr , reconnrt i* petite* pierre* on d'^manz de diveraei conleon ; ili imitent le* bat-reliefs en cire avec le* «onlcôn oatnr^ei. II 7 a dans le Huiée de la Biblioih^e Impériale de Pari* , nn beau fragment qni repréaente U figure de l'Espérance. Le comte de Caylo* l'a publia, Recueil, tome VI, pi. S6.

rt

Après avoir aiosl fixe le sens de ces dirersès paroles et manières de s'exprimer , il sera plus facile d'expliquer ce qu'il paraissait imposable dé Eure k Furietli , comment ^ par exemple on noinmait mosaïque le même genre de travail lorsqu'il ornait les voûtes , et qu'on ne le connaissait que sous le nom d'opéra tessellata ou vemUculaia , quand on en formait des pavés ( i ). La différence des noms dépendait seulement 4^ <^^ d^ ™^ tériaux employés. Etait-ce des émaux k la place de petits cailloux? le travail alors s'appelait mu^ siyum. Eiait-il formé de petites pierres naturelles? et le travail était , sdon la forme des pierres , distingué par les noms de iessellatum ou de •i;ermiculatum. 11 est vrai que dans le commencement on n'employa les verres colorés et les émaux que pour les voûtes; les premiers artistes de ce genre craignant peut-être que ces matières fussent moins solides que les pierres,* et qu'on put les briser ou 1 -s endonunager en marchant dessus. Mais l'expérience les détrompa bientôt, alors assurés de la solidité de ces matières, en verre, ils ne balancèrent pas à les employer dans les travaux tessellati ou vemUculati ^ en les mêlant avec des pierres : ils purent dès lors donner une plus grande perfection à ces travaux , partictdièreroent quand les cotileurs qui étaient déterminées par le carton se trouvaient difficilement dans

(i) De fmtsi¥is , pa^. 4 «t 5.

les pierres naturelles , ou quand il s'agissait de furnier dans ces couleurs quelque dcgradatluti de teinie que l'on eulcnvain chercbê dans les pierres. Quant à l'origine très-aotique de ces atts qui ont tant d'adinilé , voici ce qui me semble de plus certain. Les autorités bibliques , citées par divers écrivains, prouvent que du temps d'Assuérus , c'est-à-dire de Darius tils d'Itaspe , on faisait en Perse des pavés composes de marbres précieux de diverses couleurs, mais qui n'éiaient pas travaillés ni à commesso ni à moia/co(i). Les ouvrages tesseUati représentant des figures, c'està-dire de véritables mosaïques, sont connus déjà du temps d'Alexandre le Grand, car c'est à de semblables travaux que se rapporte un passage curieux de Diogène, pbilosopbc cîoique, contemporain de ce conquérant (a). Selon tonte proba-

(i) Dans le liv. d'EMher, chap. I, v. 6, les cxprcs- BtoDs de ta vulgate semblent indiquer un pave de mosaï- «]ue : pavimenluin smaragilitio et Pario siratam lapide. , . . ifOod mira varietate pictura decorahat. L'interprète sacr^ à cru par ces phrases rendre le mot litostrotos , que lei ' Scplantet unt contevré dani la vcriioo grecque : mata le texte bAreu neditpti autre choie, si non que ce pavj était compoié de quatre aortes de pierres préci<:nfei on marbrei, qui s'appelaient &dAar,f&iiuA, dar et sohereth. Le marbre Uanc àétigni par le mot dar a ^te' traduit daiu le* deux versiona par ceux-ci parltts lapis. D'autres passages de la Bible^ inr lesquels s'appnjent las émditi pour prouver l'usage des paves en mosaïque dans les temps éloignés chex quelques peuples d'Oneot , sont encore moins coDcluans quand on le* examioe sur le texte original.

(ï} Galîen, qui nous a consem! dans le Protreptrique

liîJîië un (rarail pins antique, mais d*une exécution moins dëlicaie et recherchée , était le pavé tes^selUUus d'un portique ou colonnade à deux ne& , élevé à Pestum ou Possidonia de la Lucanie, édifice dont il reste encore quelques vesdges remarquaUes (i). Du temps de la première guerre Punique , Hiéron II , roi de Syracuse , avait fait construire cette nef magnifique , dont les appartemens étaient pavés en ouvrages tessellati oit se voyaient réprésentées les fables de l'Iliade (2).

Les ouvrages sectiles ou commessi étaient connus du temps de César, qui en fit usage, ainsi que des tessellati pour parer sa tente dans les camps (5) ; et un siècle après , ils servaient à orner, comme les ouvrages vermiculatij les murs des plus riches palais (4)*

ce trait de la vie de Diogène , raconte qne ce philosophe cynique introduit dans nn riche appartement , cracha sur le visage du maître de la maison , disant que tout c« qu'il voyait dans cet appartement était plus orné , plus nohie , puisque le pave représentait les images des divinités , etc.

(i) Voyez l'ouvrage du P. Paoli sur les antiquités de Pestum, Disseri. Y, n. i4*

(a) Athénëe à l'endroit déjà indiqué , liv. V, p. 207 , C

(3) Suëtone, in Caesare , chap. 4^.

(4) Pline, liv. XXXV, $ M «^ h>- XXXVI, S 61 , oîi il cite un vers de Lucilius , d'où il résulte que les pavés tessellaia et vermiadata étaient connus à Rome dès le commencement du septième siècle de sa fondation. Pline , liv. XXXVI , S 60 , indique les paves les plus anciens , exécutés en forme de peintures par les Grecs , non pas

Enfin les mosaïques faites avec les émaux , in-» ventées pour décorer les voûtes , n'étaient pas en core en usage chez les Romains du temps d'Auguste , mais on s'en servait du temps de Pline ( i ) ; et de plus il est probable que le luxe les avait introduit déjà sous le règne de Tibère (a).

Après avoir donné ces notions préliminaires et historiques , et venant à nous occuper de la mosaïque , que représente la gravure ci-jointe , il sera bon de faire observer que c'est le plus grand monument de ce, genre qui se soit conservé jusqu'à nous (3). n formait le pavé d'une salle très-belle , de forme octogone , la principale des supei'bes ther-' mes édifiés par Antonin le Pieux , pour les habitans de la colonie d'Ocriculum (4)-

avec des pierres , mais avec des terres cuites de diverses coalears ^ et qui peu k peu tombèrent en peu de valeur lorsqu'on introduisit les différens genres de lîtostrotoi et de mosaïqes.

(i) Pline , liv. XXXVI , S ^4-

(a) Ce Julius Nicephorus , museiarîuSf nomm^ dans une inscription de Gruter , page 558 ^ n. 3 ^ ëtait vraisemblablement un affranchi de Tibère , et son prénom devait être Tiberius et non Titus j comme on l'a lu mal k propos^ et comme l'a dëjk fait remarquer Furietti^ de MusMs, page 5a.

(3) Le comte de Gaylus a donne dans le II vol. de son Receuil d* Antiquités , pi. laô, le dessin d'un pave en mosaïque trouvé en Angleterre dans la comte' de Glocester , dans un lieu dit Woodchester : ce pave avait de longueur i4i pieds de France ^ ainsi il était beaucoup plus grand que le nôtre , mais il n'y a pas de certitude qu'il se soit conservé.

(4) J'ai rapporté dans le tome II, page i54; note (i), l'inscription de cet ouvrage.

Mi

Le disque rond en forme de bouclier ^ omë dWe.téte de Mëduse , qui est placé au centre d'un tond à écailles , lequel peut £ûre allusion à Té^ gide de Minerve^ a été re&it ayec très-bon goût dans les temps modernes. Le pavé antique avait dans son centre un vide qui servait à placer une conque ou une fontaine. Toute la surface est pleine autour, et divisée en biiit trapèzes orties d'im agréa** ble dessin d'ornement à méandres , varié de couleurs brillantes sur un fond noir (i); et au mi-^ lieu des entrelacs de ces méandres sont disposés symétriquement quelques paraUéHpipèdes à jour qui produisent avec tout l'ensemUe un effet adrni-* rable.

Quelques connaisseurs , qui s*efforcent de rap* peler les arts à des théories abstraites, voyent avec peine que Ton représente sur tm pavé des choses qui, si on les supposait réelles, rendraient le sol trè&-peu propre à marcher dessus. D'après cela ils condamnent tous les oroemens d^un pavé qui présentent Fidée d'inégalités de terrein ou de cavité du sol, les regardant comme plus propres k des voûtes qu'il des planchers, et comme capables de fidre craindre, à ceux qui les regardent, d'y mettre les pieds. A la vérité chaque partie d'un édifice doit porter des omemens dont le caractère lui soit propre , et ceux qui eu effet ne convien-

(i) Des dettx bandes qoî s'entrecoupent Ytme est rose ^ Taatre yerte ; les parallëlipîpèdes creux sont jaunes , mai» les ëpaîssenrs de ceux-ci, comme des bandes^ sont blaDchef#

Musée Pie^lém. VoL VH. i6

Dent qu'à des voûtes , seraient mal placés sur le payé. D me semUe cependant que lorsqu'on éta* blit comme une règle invariable que des images qm offrent des inégalités ne conviennent pas h orner des pavés , ce précepte n'est pas assez fondé sur Tobservation et sur l'expérience. L'illusion que font les ouvrages des beaux-arts ne ^parvient presque jamais à tromper. L'inégalité représentée avec art sur un pavé bien uni, au lieu de faire arrêter les pas de ceux qui s'en approchent , est plutôt capable d'exciter dans son esprit une surprise agréable. Le spectateur ne craint aucun danger, malgré l'apparence d'un sol raboteux et ayant des trous, et il ne met pas en doute que le pavé sur lequel il marche ne soit plat et Hsse , et alors cette idée fausse d'inégalités et de dangers se convertit en une sensation de plaisir et d'agrément

On peut en dire autant des figures humaines et de celles des animaux, que quelques-uns ne voudraient pas qu'on représentât sur les pavés. Leurs dimensions plus petites que le naturel suffisent pour détruire Flllusion, et pour faire qu'on n'éprouve aucune crainte en les foulant sous les pieds. Que la mosaïque d'un pavé nous offre les plaines de l'Egypte inondées , et ses habitans qui reçoivent un empereur (i); que l'on voye dans une autre les courses du Cirque (2) , ou un sujet

(i) La mosaïque de Palestine.

(2) Comme dans celui d'Italie et dans celui de JJion , publie's par M. Artaud.

àe mythologie , comme renléyement d^urope ( i ) | ou enfin quelque scène de comédie ou de tragédie grecque (3) , le spectateur adnodre en conterapbnt ces histoires peintes ^ pour ainsi dii^ | aVec de vives couleurs , et exécutées avec un art tel ^u'on ne peut les endommager en marchant dessus:. il en parcourt des yeux toute Tétendue^ il examina les sujets , et les voit plus à son aise que si ces histoires étaient peintes sur des mU'railles ou sur des voûtes.

Le fameux azarotos , ou le pavé non balajré du palais de Pergame, le plus célèbre, peut^tre^ de toutes les mosmques de ^antiquité, 'serait un objet de dédain pour les modernes professeurs , comme ils s'appellent d*estetique , et leur délicatesse ne saurait épargner le goàt de l'artiste Sosos , qui avût représenté sur ce pavé , destiné à orner la salle à manger d!un palais , les restes d'un banquet répandus à terre, et que des do* mestiques négligens n'avaient pas encore enlevés avec les ordures (3)b Mais il ne faut pas croire

(i) La mosaïque dû palaîs Barberini^ et Vautre qai 4 appartenu au cardinal Casali.

(1) Les mosaïques trouvées à Herculanum , ouvrage de Bioscoride de Samos^ qui y a gravé son nom, et celles qui ornent le pavé d'une des salles du Musée du Vatican, représentent des histrions en scène.

(5) Pline , liv. XXXVI , $ 60 , nous a laissé des souvenirs de ce pavé célèbre et de son auteur. Lui-même em traduisant par une longue périphrase la phrase grecque, asaraton oecon dément les fausses, étvmologies qmeque^ ques grammairiens donnent aux mots asarotos ou oioroton.

pour cela que cet ouvrage, qui (ut tant loue, n'était pas d'une beUe composition et d'un bon goût. Je me figure des guirlandes jetées sur le sol avec des rubans, des coupes, des yases, des plats de métal ou de cristal , et des pierres précieuses , des yases entiers , partie de rompus ( i ) , donnaient une grande * yariétë à cette ingénieuse composition , dans le centre de laquelle était placé un quarré semblable k celui, si yanté, des colombes (2).

(i) Qae saît-on si les vases brisifs qae nous verrons daos une autre mosaïque , pi. XLVIII ^ ne sont pas une imitation de Vasaroios de Porgaine?

(ti) Je dis un carreau semblable j parce que je suis l'opinion de Winckelmann ( Hisi, de VArt , etc. , liv. XII , ch. I y S 8 ). Que les colombes de Furletti ne soient pas '\t% mêmes que les originaux de Sosos, qu'elles n'ayent pas ëtë détachées par ordre d'Adrien du pavé de Xasaroios de Pergame^ nous sommes convaincus par beaucoup d'exemples que les artistes qui travaillaient en mosaïque du temps d'Auguste pouvaient faire cet ouvrage^ en ayant exécuté de plus parfaits encore , comme le sont sans doute les mosaïques dont était ornce la Villa Tibnrtine de Yopiscus qui surpassaient^ selon SiSLcey Y asaroios de Pergame. Il faut rapporter ses vers, quoiqu*assez connus ( Silv. , liv. 1 , 5 , v. 55 et suîv. )

Calcaharn nec opinas opes ; nnm splendor ab alto Defluus j et nitidum referentes aëra testae Monstravere solian j varias ubi picta per artes Gaudet humus , superatque novis asarota fleuris. Il me semble que les interprètes n'ont pas compris ce que sont testae referentes aëra nitidum -y selon moi les verres que Stace appelle poétiquement testae y comme faits de sable brûlé , le poëte se sert du mot asarota neutre , le rapportant à pavé. Pline Tavait employé dans le genre masculin , parce qu'il y avait ajouté oecon , chambre.

Passant de cette digresnon au monument re« présenté ici, nous dirons que les frises à méanr dres étaient , suivant les idées des aihciens , et selon leur nom même , des emblèmes d'eaux coulantes ( I ). D*après cela on les a employées avec rai* son pour orner le pavé d'une grande salle de ther« mes, comme si leau y coulait dans tant de ca^naux disposés symétriquement Nous ayons dit que tout l'espacé est reporté sur cette frise en huit trapèzes de triangles tronqués : examinons main* tenant que chaque trapèze est subdivisé en plu* sieurs faces , de contours mbtilignes , par deux autres méandres d'une composition variée 9 et par un grand Encarpe , c'est^-dire par une guirlande de fleurs, de fruits et de feiuDes. Cette guir* lande , et ces petits méandres , passent dessous les bandes de la plus grande frise, et décrivent trois cercles concentriques. Dans les huit espaces les plus étroits, et les plus proches du centre, sont représentés huit combats de guerriers ^ probablement des Lapithes de la Thessalie contre les Centaures. Chaque groupe est de deux figures. Dans les c<mipartimens plus grands , vers la drconféreifce, on voit des Tritons accompagnés de Néréides et de monstres marins. On ne trouve cependant les Néréides, que dans quatre des hùi( compartimens alternativement. Chaque Triton^ dans l'espaee où il n'y a pas de Nymphes, est accomipagné de deux monstres. Le cours de Y Encarpe 9

(I) Fcstos^ V. Maeandrum.

T. mii^

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