PLANCHE V
Isis Salutaire *.
Le caraclère général de cette statue est du à sa restauration. Ainsi nous ne parlerons des attributs qui lui sont ajoutés, qu'autant qu'il sera nécessaire pour les justifier^ Nous fixerons plutôt notre attention sur la tête antique , laquelle a toujours appartenu k nn simulacre d'Isis de l'école grecque. Les symboles de cette Déesse se trouvent dans cet ornement qu'on appelle communément diadème j mais que les anciens ont plutôt connu sous le nom de couronne (i)» On y voit deux serpens sculptés l'un <:ontre l'autre,, comme nous les avons remarqués dans le buste d'Ihis ^yoilée qui est dans ce Musée (2). Ce qui rend le monument qui nous occupe différent et
* Cette statue ^ qui a quelque chose de plus que Ujcuf palmes) est en marbre grec de Paros : maïs )a tête antique , qui est rapportée, est de marbre cipollin ou pente-* lique. Le bras droit et la moitié antérieure du gauche sont modernes; le cou est moderne aussi , de même que quelques parties de la draperie. On est incertain sur la fouille d'oà elle fut tirée ; et elle appartint d'abord à M. Pie* rantonj; qni après l'avoir restaurée la céda à S. M. Pic VI. Elle a été ensuite dans le Musée de Paris , ayant été comprise parmi les cent objets d'art cédés à la France par le traité de Tolentino.
(0 ^%e(pàv7im Athénée^ l.v. , p. aoi, D^ dans la description de la figure de Junon.
(2) Tom. VI, pi. XVII, S «•
plus remarquaLle que Tauire , c^est que dans le buste il y a uo disque, symbole de la Luoe, qui sépare les deux serpens > et qu'ici la même planette est indiquée par uo emblème, qui D*est, pas égyptien , mais grec , et beaucoup moins ordinaire. La Lune, dont Isis est la divinité, a ici pour symbole la Gorgone, qui, selon Clément d'Alexandrie, est son biéroglypbe (i), et qui est exprimé comme tel sur différentes médailles grec* ques, et sur les étrusques de Populonia^ oh un masque ou un visage semblable est accompagné de la demi*lune (a), et parait devoir so rapporter au nom de celte ancienne ville , dont le
(i) Topyo^^oy riiP 2cAi7i'j?y, ^là ro h àvr^ *jtpô^
€Wt09. StromaCf liv. Y. ^ Ils appellent Ut Lune Gorgone à cause du visage ifu*on lui voit. Plutarque, dans le traite de fade in orbe iunae , la dtfpeint justement comme une Méduse en disant que cette face épouvante les âmes qui y; sont transportées , et qu'à mesure qu^ elles s'en approchent, eUe leur parait plus sombre et plus horrible A p. 944 > tom. II y de redit, de Francfort , i6ao. Le même auteur* indique dans plusieurs endroits de ce traité qu*ii y a une relation entre la planette lunaire et Minerve. Ne pour-^ Tait-K>n pas de cela tirer une nouvelle explication et différente de celle qu'on donne de la tête de Méduse , qui se Toit sur les images de la Déesse ? Ce masque serait le symbole de la pleine lune, conune la demi-lune, qui indique les images de Diane, est le symbole de celte planette dans ses autres phases.
{2) Eckel, Nami Aneçd. <, pag. lo* On peut consulter encore la remarque que fait le même antiquaire sur les médailles de Naples en Macédoine, d'Abidos et deParos^ dans sa Docirina Numonmi , et autres lieux qui y «at rapport.
nom s'écrivait le plus aDcieonement Popluna 9 presque PoplSVfiA,
Comme la belle télé dont nous parlons, s'adaptait si Lien h cette statue de femme plus grande que nature , mais à laquelle manquaient la tête et une partie des bras , et qui par cette raison était privée de ses symboles, on a conçu le dessein de lui faire représenter la Dé.^sse du Nil , sous la ressemblance d'une divinité Salu^ tifere j ou, comme les anciennes inscriptions la nomment, d'his Salutaris 9 Salutaire (i). D'après cette idée on plaça dans ses mains le serpent d'Hygie ou de la Santé , et la patère qui a le même rapport: et ces attributs se rapportaient aux serpens du diadème pour lesquels . cette Déesse pourrait s'appeler:
aspide cincta comas (2).
Ou a quelquefois ajusté sur des images d'Isîs les symboles de plusieurs autres divinités , ce
(1) Gruter, LXXXIIf , i5. Un passage classique de Diodore de Sicile donne entièrement le motif de ce titre dMsis. En voici la traduction latine : 9 Isin midta sanitati hominum pharmaca invertisse , Aeg^ptii tradunt , utpote tjuae scientiae medicae fuerit peritissima .... ntmc quoque sanatione hominum maxime gaudet , . . . . et toiius prope orbïs tesiimonio se niti y qui ejfusis deam honoribus , oh praesens in medicando numen^ remunerentur : liv. i , § a5.
(i) Valërias Flaccus, liv. VIII, v. 4*8. La seule idée d'IIeinsius de changer dans ce passage le mot aspide en celui de spiciSy peut faire voir à combien d'erreurs peut être sujette cette critique qui n'est pas appuiée sur la ^ficience des antiquités.
^ui fit donner à ces figures le nom de Panthéen-' iie5 ( I )• Elles faisaient allusion à différentes fonctions de cette Déesse , qui représentait dans VÉgypte presque toutes les Déesses de la Grèce (s). Mais les symboles qui lui étaient plus particuliers la désignaient comme Déesse salutaire:
nam posse mederi}
c'est ainsi que s^adressait à elle un poète malade •'
Picta docet templis midi a tabella tuis (3).
La manière qu'on remarque dans cette statue semble conserver quelque trace du style le plus ancien de Fart. Les mouyemens de sa draperie ont 9 à la vérité, quelque cbose de gracieux et de là variété , mais sa tunique est sillonnée par des plis paralèlles et égaux, comme on les voit dans beaucoup de morceaux étrus* ques ou grecs de la plus ancienne école. Les lignes principales de la figure tiennent beaucoup de ce genre de contours que les Grecs appelaient opthï ou droits y comme pour les caractériser et les distinguer de ceux qui s'exécu-. tèrent dans des temps moins reculés, et qu'on nomma ifnoXioi ou serpentans (4/
(i) On peut regarder comme telles quelques images d'Isîs avec des simboles de la fortune et d'autres divini les, que Ton trouve dans les bronzes d'Herculannm, t. II, pi. 25, 26 et 37.
(a) On connaît sur ce sujet un passage d' Apulée , au •lîv. XI , Metamorph,
(3) Tibulle, lîv. I, él. m, V. 27. -
(1) Pausanias^ lîv. II ^ c. ao > Strabon , liv. XIV, p. 44o
Le bracelet, armlUa, qui orne la partie supérieure du bras gaucbej est garni dans le milieu par une pierre oyale , et ressemble à ceux que Ton voit aux copies antiques de la Yéaus de Guide. Les bracelets ornent M)uvent les bras d'Isis, dans ses statues égyptiennes et grecques.