‹ Musée Pie-ClémentinChapitre 7 sur 49 · PLANCHE VL · texte numérisé non relu

PLANCHE VL

Pastophobe Egyptienne *.

Les Égyptiens , dès les temps les plus reculés , avaient Tusage de retirer de leurs temples les images de leurs Dieux dans les jours de solen* nitës, et de les porter au-dehors renfermes dans de petits tabernacles en bois doré et richement décorés (i). On appelait ordinairement dans ce

de l'ëdit. du i587. Wînckelmann k bien remarque Topposition de ces deux termes grecs ^ mais il semble les avoir entendus difleremment., Hist, de VArt ^ eic^ Ht. I, c. t, S !i6 de redit, romaine.

* Elle est en très-beau basalte vcrd^ de bautenr trois palmes -, elle n'a de moderne que la tête. M. l'avocat Fëa l'a publiée dans l'ëdition romaine de V Histoire de P Art de Winckelmann , tome I ; pi. Vil* M. l'ab. Cancellicri l'a reproduite de nouveau dans son ouvrage de Secre^ tariis j tome I ^ page 6.

(») Hérodote^ II, c. 63. Le décret des prêtres égyptiens contenu dans l'inscriptions de Bosetta , dont on fera mention particulière ci-dessous ^ après avoir ordonné que les images de Ptolomée V Epipbane seraient placées

^7 pays ( au moins sous la domioation des Grecs,

et quand leur langue y devint familière) thor lami ( P€LSti ) , les temples , et plus parti- Gnlièrement les chapelles et les tabernacles qui étaient ou sous les portiques d* entrée, ou dans les sanctuaires (f). De-là le même mot fut employé pour désigner ces petites chapelles portatives que Ton voyait ordinairement embellir les pompes et les processions égyptiennes, et Ton donna le nom de Pastophores^ ou porteurâ de thalami^ à ces ministres sacrés qui s*ezpo* saient à la vénération de la multitude en portant ces objets avec une contenance religieuse (3).

dans ton* In temples , renfermiées dans de semblables ta* beraacles d'or (ligne 4i )> ajoute, k la ligae 4^:

KAI EN TAIS METAAAlï nANHrïPEZlN EN

AI£ EHOAEIAI TûN NAûN riNONTAI KAI

TON TOT e£OT £ni«ANOT2 ETxapunov foop

cSOAETEIN:

ei in rnagnis solemniituibus in quihus exitus œdicu" larum aguntur, aediculam eiiam dci Epiphanis Gratiosi exire :

(t) Pline, liVa VU, S 7>* Délabra qiuie ihalamos' vacant : il parle de deax cbapelles du Dieu Apis: A'oh vîeot la glose d'Hësychias^ ▼. TlaaTOpôpiOf f qui Texplique par fooç BVdV&ilç S Thaleanus • . • . temple orné de flearia

(a) Le nom et \th fonctions des Pastophores est de porter les images des divinités dans les processions égyptiennes; il a été parfaitement expliqué par Gisbert Caper dans son Harpocrates* Ce savant a indiqué le véritable sens de cette parole grecque que les lexicographes modernes, même

Nous avons beaucoup de monumens qui fout eoDuaitre ce rit , et l'un des plus remarquables et le plus curieux c'est la statue dont nous allons nous occuper. Il mérite d'autant plus parce que cette figure portant un tabernacle, semble être celle d*une femme , et qu'elle a été restaurée comme telle après un mûr examen.

Lie plus savant interprète des antiquités égyptiennes a regardé cette restauration comme provenant d'une erreur (i). Il semble cependant qu'il y a plus d'un motif qui puisse justifier le sculpteur moderne d'avoir placé une tête de femme à cette statue , pour remplacer celle qui manquait. On a cru reconnaître dans cette image tronquée une figure de femme à une certaine délicatesse dans les extrémités,à unecer-^ taine rondeur dans les contours , et même à l'élévation de la poitrine; toutes ces cboses paraissaient peu convenir à' une figure d'bomme. Ces signes peuvent être équivoques, mais ils méritent d'être remarqués. Ce qui peut être moins équivoque j c'est cet babillement féminin qui

les plas savans ; n'avaient pas expliqué : et il est éKyanant que Forcellini n'ait pas profilé des observations de Cuper. Cependant non-seulement Pastos, thalamus^ mais Comasia, chapelle portative, eiChalj-béf tabernacle , étaient les noms que Ton donnait à ces petits temples portatifs, sur lesquels on peut consulter encore les différens ouvrages indiqués dans une note tiès-érudite de M. l'abbé Cancellieri ^ p. i55^ i3G, de son ouvrage de Secretariis BasUicae Vaticanae.

(i) Zoëga, de Or. et usa Obelisc. , Sect. lY , ch. ii $111^ note (34)*

consiste dans une tuniqne, avec des manches qui couvrent la moitié du bras , s'élargissant en forme de cône ou de trompette ; elle est fermée jusqu'au cou. Cette tunique est recou* Terte par un tablier attaché sous le sein, et que Von voit assez ordinairement aux figures de l'un et de Vautre sexe. Il n'en est pas de même de la tunique. Je n'ai jamais Vu des manches pareilles qu'à des figures de femmes (i). Quant aux figures d'hommes qui sont ceintes d'un tablier semblable, elles ont constamment la poitrine et les bras nud. Ce petit jupon est quelquefois suspendu à leurs épaules au moyen de bandelettes, mais il n'est jamais mis dessus une tunique (2).

En outre de cela, un des argumens principaux sur lequel on avait établi une opinion cou* traire, a perdu depuis quelques années de sa va* leur. On croyait généralement, sur la foi d'Hcrodote, que les femmes n'étaient pas admises en Egypte parmi les ministres sacrés, et que

(1) J'obterre cette forme des manches dans une figure qui est répilée en Egypte 11 l'entrée de diffe'rens tombeaux, el qui a ëtë dessinée par M. Dcnon , gravée ensaite à la planche laS, n.^ a de son bel ouvrage intiinlé : Vofùge de la haute et basse Egypte. Il pense avec beaucoup de probabilité que cette figure représente la veuve du défunt. On voit encore des manches semblables à la taniqne d'une joueuse de lyre , gravée au n.^ 27 de la planche i35 du même ouvrage.

(2) Voyex aussi les pi. lai aux numcros 6 et 9, et i56 Au yojigt cité.

les exemples que Vod donnait contre cette idée, appartenant à une époque à laquelle les superstitions égyptiennes furent transportées dans Fempire romain , étaient par cette raison beaucoup postérieurs à Fépoque du monument dont nous parlons, et qu'on ne pouvait sans anacronisme l'appliquer à notre question. L'inscription en trois espèces de caractères, qui fut découverte en Egypte, et publiée en France (i), a changé entièrement nos idées sur quelques points d'antiquité égyptienne. Elle nous a démontré deux Térités, qui toutes deux concouraient à décider notre question: la première, c'est-que l'Egypte dès le temps des Ptolomées, avait des prêtresses qui occupaient un rang assez important dans la hié« rarchie (a); la seconde, c'est que l'usage et l'art ^— ^■— — — ^— — ^— ^1^— — — — ■^■—

(i) L'apographe de celte inscription, connue à présent sous le nom de Rosette, est accompagné d'une dissertation érudite de M. Ameilbon, et publiée pour la partie grecque Il Paris l'an i8o5, in-4.^| de l'inipriinerie de Tlnstitut. A la ligne 5 de l'inicription sont nommées trois prêtresses eponimes , c'esl-a-dire qu'elles distinguaient en Egypte les dates des actes sacerdotaux. On peut encore voir ce qu'a noté sur cette particularité le célèbre Villoison, sur la tombe duquel pleurent encore les muses grecques, dans sa troisième lettre sur le monument^ insérée dans le Magasin Encyclopédique de M. Millin , IX année , tome 2, page 3'i3.

{o) Il semble cependant que dès la plus haute anti* quité, les femmes furent en Egypte consacrées au culte, voyez Hérodote, lîv. ii ,,c. 54, et au môme endroit la note de Walkcnaer. Elles n'avaient pas cependant la diguité de prêtresses. Mais qui nous dit que les Pastophorcs fas^

5i d'écrire en caractères hiérogljphiqaes » et de les graver sur la pierre, a cooûoué sans interruption sous les Ptolomées , de manière qu'il D*est pas facile de distinguer l'écriture de TÉgypte indépendante, d'ayec celle de l'Egypte con« quise (i)*' et par cette raison les sculptures marquées par ces caractères peuvent être de beaucoup postérieures aux époques auxquelles on les attribuait.

Voulant venir actuellement à des observations plus particulières sur notre Pastophore , il faut remarquer que la délicatesse des hiéroglyphes ne correspond pas au fini agréable de la sculpture (3), laquelle semble s'éloignor en partie du style le plus ancien de l'art égjptien. Les petites têtes de lion qui forment les bracelets sont touchées sans sécheresse , et ressemblent à des camées. Cette recherche dans le fini n'est pas d'accord avec la gravure un peu négligée des hiéroglyphes, et un pareil contraste noua persuade que la petite statue en question peut être l'ouvrage d'un siècle dans lequel le ministère des

sent miies sa rang des prêtres 7 Quelques autorités dans Cnper semblent placer les Pastophores dans la classe des Néocores f on gardiens des temples.

(1) Les lignes hiéroglyphiques de l'inscription de Rosette contiennent des caractères assez purement gravés^ et qui auraient été; sans la traduction^ assignés k un âge beaucoup plus antérieur.

(2) Minori quidem elegantiac laudc: ce sont les exprès* sions de M. Zoëga^ /. c.

femmes était encore en usage dans les cérémo*

nies égj'piiennes.

La tête moderne est bien d'accord quant au style, mais la manière dont les cheveux sont ajustés ne convient pas au reste, ni au costume de la ûgure.^

Les têtes de lion qui sont sur les bracelets du Pastophore^ nous font penser au culte du Dieu Horus. La figure qui est dans le thalamuSf ou le tabernacle, peut convenir à cette divinité à raison de ce qu elle est enveloppée de bandes jusqu'aux pieds.

On doit remarquer le pied ou le soutien sur lequel est placée cette petite chapelle. Je crois que ceci soit' précisément le Pastophore ou porteur du thalamus des anciens écrivains (i).

(0 Voyez les articles^ Ilacrro^o/^ioy et ïla(TTQ(popei09 dans les lexiques d'He'sycbius et de Suidas. L'explication est celle-ci ro top ocacrvov (pépof : ce qui soutient le thalamus. Noos tronroos aussi ce pied on support da thalamus dans une figure grossière de Pastophore, appelée Alexandrie^ sculple'e près d'une inscription en deux langues^ savoir grecque et latine, qui se trouve dans la collection des Strozzi à Florence: Gori, Inscr, per Etrur.f parL I, page 575, n. 128. En ce lieu , comme dans notre petite statue, ce support semble adhérent à la petite chapelle à quatre faces. C'est peut-être ce qui a donné lieu de prendre quelquefois le mot Pasiophorion , support du thalamus, au lieu à a moi Pas tos, thalamus. "Sons avons vu il y a peu cette confusion dans une glose d'Hésychius ciie'e ci-dessus à la note (i)^ p. 27. Pastophorium. fut eusuite dans un autre sens un lieu où se tenaient les Paitophorcs, et qui était une espèce de sacristie. Voyez Cupcr ; 1. c. , et le Moine , de Melanophoris.

rc,-.-.^ —

L^habit de la prêtresse tout borde d'hiëroglyphes qui se fait remarquer dans quelques-autres figures égypiienues (f)est cependant une circons* tance qui rend notre monument plus précieux et plus rare.

Le pilastre qui , placé par derrière , sert d'ap«« pui à la petite statue, les trois faces, et le plan supérieur de la chapelle , les trois côtés du Pas^^ tophore et la plinthe de la figure , sont couverts d' Hiéroglyphes (2).

(i) MoDtfaacon, A. £.^ tom. I,P. II, pi. 109» Zoëga, de O. et U. Ohelùc. f. p^g. 49 >•

(2) Zoëga, /. cit.f p« 4781 de'crît aîosî ces caractères: Prae omnibus vero notabilis est pastophori stantis effigies ( Dons avons vu qu'il prétend que notre petite siàlue re* présence on prêtre et non une prétresse) e basalte vi-ridi characterum copia conspicua , minori guident elegan'tiae îaudcm Nom praeterquam in plinthi superficie duo sint epigrammata horizontalia , alterum a dextris ad sinistra exaratum , alterum a sinistris ad dextera , inque trabe dorsum subrigente très characterum columnae ad sini' stram conversae , pastophorus iste indutus est tunica ta* lari undequaque inscripta characteribas per coUmtnas di-^ sposiiis, (Je ne sais si le nom de tunique peut convenir a ce tablier qui est seul chargé de caractères ^ d'autant plus que la figure est velue d'une autre tunique lisse et garnie de manches ). Nempe in dextra parte sont co* îumnae novem sinist'rorsum spectantes , in parte sinistra oeto dextrorsum, Porro sacellum cum statua OsiridiSj quod ante se posifum ambigus mahibus fulcit , in piano superiori sive tecto habet quatuor columnas ad sinistram spectantes, in antis ^ atque in fulcro binas adversas , in laieribus temas frontem respicientes : denique in fronts

Musée Pie-Clém, YoL YD. 5

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