‹ Musée religieuxChapitre 8 sur 47 · L'ANNONCE AUX BERGERS · texte numérisé non relu

L'ANNONCE AUX BERGERS

Tableau de Govaert Fllnck.

Il est, dans le noayean Testament, peu de circonstances qui prêtent à des effets aussi pittoresques et aussi yariés que celle où des anges yinrent apprendre aux bergers la naissance du Fils de Dieu. Ces pasteurs étaient pendant la nuit occupés à la garde de leurs troupeaux , lorsqu'une yiye lumière , brillant au ciel , yint par son apparition subite répandre la terreur au milieu d'eux. La yoix de Tange dut , en les surprenant, faire cesser leurs alarmes et le cantique des esprits célestes : Gloire à Dieu au plus haut des deux, et oaix sur la terre aux hommes de bonne volonté, répandre dans leurs cœ^rs un ineffable sentiment de bonheur.

Goyaert Flinck, né à Cléyes en i6x6, fint éléye de Rembrandt, dont il imita si bien la manière pendant quelques années, qu'on a pu facilement confondre leurs ouy rages. 11 cessa . néanmoins ce genre d'étude, et pensa qu'un trayail mieux fondu rendrait plus exactement la nature. 11 fit quelques portraits , entre autres ceux du duc de Cléyes et de 1 électeur de Brandebourg ; mais après ayoir yu ceux peints par Yan Dyck, désespérant d'atteindre à ce degré de perfection « il se liyra entièrement au trayail qu'exigeaient de pins yastes compositions. 11 mourut à Tàge de 44 ans, laissant des ouvrages fort remarquables et un nom justement célèbre.

Le tableau de Y annonce aux Bergers ( maintenant au Musée français ) se distingue par une ^ande richesse de composition, une grâce exquise dans le dessin , une harmonie et une finesse remarquables dans le colorb. Le tumulte et la confusion qui régnent parmi les animaux rend l'effet produit par la peur aussi bien que l'expression de leurs çardiens celui de l'étonnement mêlé à un sentiment de religieux respect. La yariété des groupes , les accidens du paysage , tout répond dans cet ouyrage à la noble simplicité des figures et à la yérité d'expression gui le placent au premier rang.

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ADORATION DES BERGERS

Fresque des Loges de RapbaéL

QuAiiD les bergers eurent entendu la voix de l'ange et compris qu'un grand mystère venait de leur être manifesté , ils abandonnèrent leurs troupeaux et leurs champs pour se rendre en toute hâte à Bethléem , voir par eux-mêmes celui qui leur faisait apporter la paix , qu'ils devaient trouver enveloppé de langes et reposant dans une crèche. L'esprit tout occupé des circonstances dont l'angélique apparition avait été environnée y ils se demandaient les uns aux autres quel pouvait être celui pour lequel le ciel avait des ambassadeurs, dont la naissance était annoncée avec tant d'éclat^ bien que les apparences de la pauvreté fussent le seul ornement de son berceau. Ces bons et simples villageois arrivent ainsi à Bethléem ; comme les Mages dont ils semblent les précurseurs , ils se dirigent vers rétable, palais nouveau d'un roi, qui plus tard n'aura pas même où reposer sa tête; ils entrent dans cette pauvre demeure, et aperçoivent avec admiration la vérité de ce qui leur a 'été prédit. Us adorent celui dont tout leur fait connaître la divinité , et , le cœur plein d'allégresse d'avoir été choisis pour cette noble mission, ils retournent à leurs troupeaux en bénissant le Dieu dont il leur a été donné d'admirer les grandeurs humi- .iécs.

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A.DORA.TION DES BERGERS

Tableaa de Poussin.

Il est difficile, ou plutôt il est impossible de comprendre ce qui se passa dans Tesprit et dans le cœur des pasteurs de la Juuée /appelés , par une voix du ciel , à venir contempler le sauveur enfant dans l'étable de la ville privilégiée de Bethléem. Ces hommes étaient grossiers, peu instruits, peu habitués aux merveilles, et cette nuit fut pour eux toute pleine de merveilles. lis purent un instant se croire dupes d une imagination exaltée : le doute dut glisser dans leurs âmes ; un concert céleste , un ordre de quitter leurs tioupeaux , d'aller voir un enfant , et un enfant pauvre comme eux , puisque les livrées de la misère entourent son berceau , et cependant un enfant qui est annoncé d'une manière si éclatante ! Le doute fît place à la curiosité peut-être : ils sont plusieurs , ils ont tous vu la clarté céleste , ils ont tous entendu la voix et le concert des an^es *. ils iront du moins s'assurer par eux mêmes de la vérité de ce qui leur a été dit. Quel admirabie spectacle ! Marie contemple avec une délicieuse sensation de bonheur, Joseph indique avec orgueil cet enfant dont ils connaissent la filiation divine , et dont il leur est donné de partager les premiers travaux : 'les bergers , saisis de respect , ne peuvent se lasser de vénérer celui qu'ils reconnaissent pour leur sauveur. Qui ne voudrait être non pas à la place de Marie et de Joseph, mais à la place de ces pauvi*es

Easteurs ? Toutes les richesses du monde valent-elles le onheur d'un tel instant passé aux pieds de son Dieu?

ADORATION DES BERGERS

Tableau de Raphaël Menghs.

Par une secrète disposition de sa providence , Dieu voulut environner le berceau de son fils de grandeur et d'abaissement j de richesse et de pauvreté: sa mère était de la race de David ; mais elle n'avait pas connu les douceurs de la fortune: les premiers appelés auprès de son berceau furent de simples bergers, et les rois ne vinrent qu'après eux offrir leurs symboliques présents , et toujours sur un ordre du ciel ; il fallait que tout se réupit pour former de tant de témoignages comme un faisceau de preuves qui pût éclairer, convaincre ^ convertir.

Raphaël Menghs, peintre de l'école allemande, a donné à son tableau une couleur brillante, une touche suave, des ombres vigoureuses , et surtout un caractère de simplicité mêlée de grandeur, qui le place au rang de ses meilleurs ouvrages* Comme pour rappeler la circonstance de la vocation des bergers , et pour figurer la cour du nouveau roi , il a disposé , dans la partie supérieure, quelques anges qui semblent se réjouir à la vue du premier hommage rendu à Jésus- Christ. Le peintre s'est placé lui-même , sous les traits d'un spectateur, à gauche , derrière saint Joseph «

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ADORATION DES BERGERS

Tableau de Yander Werf.

Il y a dans cette composition de Yander Werf une simplicité , une correction de dessin , une variété d'ex pressions très-remarquable. Il a su réunir dans ses figures une joie modeste , une douce sui*prise , un atten drissement touchant. On voit que ces bergers , vivement pénétrés de l'honneur insigne qu'ils reçoivent , iront publier ce qu'ils ont vu , et faire partager l'admiration que ces mei*veilles ont excitées dans leur cœur.

Le bruit de ce prodige se répandit en effet promptement ; et quand les monarques de l'Orient vinrent prononcer au milieu de Jérusalem le nom du nouveau rot des juifs f quelques-uns purent sans doute , en se rappelant l'hommage rendu pai* les bergers , comprendre que l'avenir de leur gouvernement , comme de leur religion , était caché dans la crèche de Bethléem.

Joseph et Mai^e durent éprouver p en voyant Jésus adoré, un bonheur ineffable, qui ne peut être comparé qu'à la douleur que fit bientôt naître dans leur cœur la cruauté d'Hérode. Cette joie n'est-elle pas une image touchante de celle qui accueille dans le ciel la persévérance d'un juste, la conversion d'un pécheur ? de cette allégresse qui signale le retour de la brebis égarée et l'accompagne au séjour des éln*" '

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ADORATION DES MAGES

Fresque des Loges de RaphaêL

Jésus venait de naître à Bethléem, petite ville de ja tribu de Juda ; une étoile, paraissant aussitôt dans le ciel , guida lès pas de trois monarques de l'Orient qui suivaient sa direction , et les conduisit à Jérusalem , où elle s'évanouit à leurs yeux. Il fallaitque la nouvelle de cette auf^uste naissance vînt porter *au cœur d^Uérode le trouble et le remords : les rois de l'Orient sont chargés de cette mission. Sans crainte comme sans res* pect humain ils demandent , au milieu d'une cour qui le^r est inconnue, le lieu de la naissance du nouveau roi des Juifs qu'ils viennent adorer. A cette nouvelle , Jérusalem, et tout ce qu'elle renferme d'hommes puissans est jeté dans la plus grande perplexité : ladissimu* lation offre seule des ressources qu'Hérode s'empresse de saisir. Feignant de vouloir aussi porter le tribut de seshommages aux pieds de l'enfant nouveau-né, il chet^ che à tromper ceux que le ciel a choisis pour cette glorieuse mission ; et , plein de confiance dans leur aveugle empressement à environner de respects celui dont ils se reconnaissent les sujets , il les laisse suivre l'étoile qui reparaît à leurs yeux aux portes de la ville, pour ne plus s'an*êter qu'à la pauvre demeure où, sur la couche la plus humble , ils adorent le roi qu'ils ont su découvrir dans le signe qui le leur a révélé du haut du ciel. Us se prosternent, offrent leurs présens mystérieux , et, avertis en songe de ne point retourner auprès d'Hérode , ils suivent une autre route pour regagner leurs états.

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ADORATIOlîï DES MAGES.

Tableau de Poussin.

Ce n'est point dans un palais somptueux , au milieu d'une cour nombreuse, que les rois Mages sont reçus à offrir leurs présens au prince nouveau*né. Ils sont admis dans la plus humble demeure , comme pour y former le plus étrange contraste par leur suite brillante et la richesse de leurs costumes. Heureux sont^ils d'adorer en esprit et en vérité ce\u\ que rien ne leur fait apparaître comme un Dieu ou même comme un fils des puissans delà terre!

C'est à exprimer cette idée que semble s'être attaché N. Poussin, dont le caractère distinctif est d'offrir, surtout, dans ses compositions, ce qu'un sujet présente de moral , de religieux ou de touchant. Quelques critiques ont blâmé la position du groupe de la Sainte-Yierge à l'extrémité du tableau, parce qu'ils ignoraient que l'état de dégradation dans lequel il se trouvait a obligé à enlever une partie à gauche II est fâcheux qu'à Timitation de Tintoret Poussin ftit choisi, pour recevoir ses inspirations , des toiles imprimées en rouge , et qui , presque toutes, ont poussé au noir et perdu l'éclat de leur coloris.

Ce tableau est au Musée français.

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