‹ Musée royal de NaplesChapitre 2 sur 49 · SIV · texte numérisé non relu

SIV

ftidéraieut comme le plus heureusement oi^anisés, puisquMls pouvaient à la fois donner et recevoir la volupté. Résistant aux uns pour prolonger le charme d*une lutte amoureuse , attaquant les autres avec la fougue et Taudace d^un amant embrasé» les hermaphrodites semblaient créés uniquement pour tout aimer et pour jouir de tout. On les représentai!, ordinairement avec un sein de femme, ce qui confirme notre ( tpiuion que de pareils êtres n'avaien t de véritable type parm i les anciens que chez les individus de ce sexe dont la conformation offre une difformité. Us tenaient à la main Une Feuille de nénuphar ; cette plante leur était consacrée, parce qu'elle flotte à la surface des eaux limpides et qu'elle a, ditsn, la propriété de calmer les désirs amoureux, circonsances qui rappellent Thistoire de Salmacis.

Les satjTes et les fauues étaient considérés à la même époque comme des divinitéschampêtres,àlatêtedesquellcs^ ou plaçait le dieu Pan, ou Priape, qne le» mythologues con> fundent souvent : on les représentait avec la figure et le buste d'un homme fort et velu, et avec les cornes, la queue et les pieds d'une chèvre. On disait que ces divinités malfaisantes liabitaientles bois, où elles étaient la terreur des berg7>rcs. 11 ne faut voir dans les satyres que des pà'res nomades, tel qu'il en exisEte encore en Sicile'. Ces hommes grossiers et féroces étaient couverts de peaux de chèvre ; vivant constamment au milieu des solitudes de la campagne, la vue d'une femme excitait au plus haut point lenrsdésirs amoureux, et ils passaient des journées entièras occupés à guetter leur proie Qu«md le moment favorable était venu ils se jetaient dcssu avec inipétuositéi et obtenaient par la force et la menace de»

' Nous en avons parlé avec queltjne détail dans un ouvrage puhliien i83i, intitulé : /a SicUe considérée sous le rapport de l Agr.t.u îure

pini«irs imparfait*. La Icrrcur ([uc ces prétendues divinités inspiraient était telle qu'on leur ofTra^it partout des sacrifices, et la statue de leur chef, Pan ouPriape, était placée comme épouvantail sur le bord des propriétés pour en éloigner les voleurs et les profanes. Le dieu, dans ces occasions, était représenté avec le buste d'un homme, et le bas du corps tcrtninéen pierre quadrangulaire. On l'appelait alors Heruîès, et il était confondu avec Mercure, dieu des voleurs. Mais ce qu'il y a de plus remarquable , c'est que la statue portait ordinairement un gigantesque phallus, objet dt? crainte et de respect. Nous avons remplacé ces /termes par des tennes.

IMine le naturaliste pense que les satyres ne sont autre f hose que de grands singes ; cependant on a cru à leur existence pendant bien long-temps , et des hommes graves y croyaient encore dans le moyen âge. On peut consulter à cet égard un curieux ouvrage de Conrad Lycosthènes' , Prodigiorum ac oitenlorum chronicon. Voici ce qu*il écrivait au sujet des satyres;nouscn donnonsune traduction littérale :

» Satyres. Quadrupèdes qui vivent dans les montagnes des >i Tndes-Orientales, doués d'une extrême vélocité, à figure » humaine avec des pieds de chèvre, velus par tout ie corps, V n'ayant rien du caractère humain, se plaisant dans les >' sombres forêts et fuyant la société des hommes. Les an- ;i cicns adoraient ces monstres comme des divinités cham- * pêtres , disant que les faunes , les sylvains et les satyres n étaient les dieux des forêts. Les pans présidaicuit aux » champs, les sylvains aux bois, bien queles poètes les aient ;i confondus. Se»nt Jérôme s'exprime ainsi à ce sujet : J'ai

» Eli nllctnand If'of/'Iteart.

» TU, dit-U, uo petit homme au nez crochu, au ûout armr

> d« cornes, et dont la partie inférieure du corps était ter-

> minée par des pieds de chèvre. Ayant fait alors le signe Je « la croix, Jérôme lui demanda qui il était, et on prétend • qu'il lui répondit : Je suis mortel, un des habitans de cette

> solitude , que le paganisme igiiorant appelle , dans son » erreur grossière , satyres et iàcubes , etc. »

On trouve également dans VHhtoria monstrorum, d* Aldrovandus, le passage suivant :

« Plusieurs auteurs placent avec raison tes satyres , les « tritons, les nymphes, les néréideset les syrènes dans la no- » menclature des hommes des bois. C'est ici le lieu de par- » 1er de chacun de cesétres. Pour ce qui est des satyres, ainsi >» appelés du mot a-ai»;, qui signifie membre viril, parce qu'ils

> sont toujours disposés au libertinage, nous adoptons » comme la plus raisonnable Topinion de l'antiquité. Pline

> assure en phtsieurs endroits de ses écrits qu'il existe dans

> les montagnes équatoriales des Indes un pays appelé des » Gartadules, où vivent les satyres, espèce d'hommes cor- » nuii, velus, très-ajgiles, ayant la (i^ure humaine, les pieâi » de chèvre, n'ayant rien du caractère de l'homme.j e plai- ■ sant dans les réduits obscurs des forêts; leur vélocité ci| . telle qu'ils ne peuvent être pris que lorsqu'ils sont vieux » ou malades. PomponiusMela ajoute queces hommessont

> à demi sauvages, et n'ont rien d'humain que la figure; et . il dit anieurs que souvent il est arrivé qu'on a yu des feux I britlerpendantlanuitdansIesmohtagnesdelaMaoritanie,

> au-delà de l'Atlas, et qu'on y a entendu le bruit des cym- » baies et des chalumeaux, tandis que le jour on n'y décou-

. vrait rien : d'où il s'en axxlt qu*fl est positif que re sont des ' faunes et des satyres... »

Voilà pourtant les absurdités que Ton débitait encore ians le seizième siècle !

Ici se présente une importante question :

Ces êtres surnaturels, qui nous apparaissent dans la nptt des temps comme une bizarre fantasmagorie, ont-ils élé créés dans Timagination féconde des sages de rantrquité pour servir de symboles aux lois qui régissent le monde intellectuel? Faut-il ne voir dans rhermaphrodile qu'un ingénieux hiéroglyphe qui indique l'union nécessaire et absolue des sexes dans la nature entière; et dans le dieuP^n, au buste d'homme, aux pieds de bouc, que le grand tout, l'univers , admirable agrégation- d'êtres de toute espèce ? ou bien cette interprétation donnée à la fable n'csl-ellc ellei: même qu'uù raisonnement par induction, qu'une explication pliilb%ophique de- ces cdnceptions qui, men.<iongères dans leurs conséquences, étaient vraies dansleur principe ? Cette dernière opinion esj la nôtre. Nous ne pensons pas en effet qu'il se soit rencontré d'abord deî poètes philosophes |ui aient conçu les pans, les satyres, les Vénus, les herma-^ phrodiles comme de purs symboles, et que leurs disciples aient plus tard personnifié ces conceptioiis chimériques en appliquant les. noms et les attributs de ces divinités à des pâtres, à des singes, à des oourtisannes, à des femmes enfin singulièrement organisées. Un pafeil sentiment nous paraît absurde, puisque pour l'adopter il faudrait admettre que là Sfiicnce a préexisté, que le monde n'a pas eu d'enîa.nccj que la civilisation n'a point été le résultat d'une espèce de "tâtonnement progressif. Il nous semble bien plus naturel de supi poser que les premières sociétés, composées d'êtres igno-

rani , carietix et craintifs , ont été portt^es à déifier iea créatures dont par divers motifs elles reccvaientdes impressions de )oie ou de chagrin , d'allégresse ou de terreur , et à leur supposer des qualité» qu'elles n'avaient pas. Oe Tous temps le merveilleux a eu sur notre espritleplus grand empire. Plus tard les lumières se sont rt^pandues parmi les hommes : les plus sages d'entre ceux-ci ontsenli l'impossibilité de maintenir un culte basé sur l'ignorance ; mais l«s temps n'étaient point encore venus de proclamer les vérités qu'il était réservé au christianisme do dévoiler, v.i il a fallu se contenter pendant plusieurs siècles des explications allégoriques qui ont été données atux erreurs grossière» dans lesquelles les premières sociétés étaient tombées. Lorsqu'on dit que Bacchus et Osiris ne sont que des emblèmes person iiifiés du soleil , il ne faut pas croire que ces divinités aient toujours été symboliques. Il a existé dans l'origine des sociétés des hommes bienfaisans, des chefe illustres qui lurent le type primitif des Bacchus » des Jupiter, des Hercules ut de plusieurs autres dieux du paganisme qu'il est fort aisé de distinguer d*avec ceux qui sont purement symboliques. Ce n'est que long-temps après que les hommes plus éclairés en ont fait des emblèmes de pure imagination, et il faut convenir que rien n'est si aisé que de symboliser ainsi tous les phénomènes de la uatiire à l'aide des hommes de génie et de talent, ou par le secours de leurs actions le.*^ plus remarquables. N*avcns-nous pas eu de nos jours \i|i philosophe , Dupuy, qui a tout'rapporté aux astres ? 11 a cru faire de l'histoire , le pauvre homme n'a fait que de l'astrologie ! Ceci du reste n'implique point contradiction avec les motifsquc nous supposons avoir guidé le ciseau ou le pinceau des artistes de l'antiquité : il est démontré à nos yeux qu'en s'emparent des idées folles de leurs prédécesseurs, les statuaires

qui faisaient jaillir d'un bloc informe un bel hermaphrodite ou un satyre ardent n'avaient pour but que. d'exercer leur talent dans la reproduction de tous les genres de beauté. Tatien nous a laissé un catalogue de peintres et de statuaires qui avaient représenté les femmes célèbres de leur époque sous les emblèmes de divinités. Arnobius, Clément d'Alexandrie et Pline assurent que les artistes prenaient plaisir à faire des "Vénus et des satyres uniquement pour donner l'essor à leur imagination capricieuse et pour flatter les passions désordonnées des hommes de leur temps '.

Ainsi, pour résumer en peu de mots la solution de cette question, nous pensons que dans l'origine des sociétés les hommes ont cru d'abord à l'existence réelle de leurs dieux, et que long-temps après seulement ils ont commencé à les considérer comme des symboles.

Les Grecs avaient l'orgueil de donner une origine nationale à leurs divinités, et cependantils ae pouvaient ignorer que c'étaient les colons phéniciens ou égyptiens qui les leur avaient fait connaître. Il est à remarquer encore que d'autres peuples dont l'origine remonte à anè haute antiquité, tels que les Étrusques, avaient les mêmes symboles et la mêmeL fond d'idées religieuses que les Grecs. Il y a peu d'années qu'on découvrit dans quelques localités de l'ancienne Étrurie, à Corneto, Ctmino, Chinsi, Cortone et autres, des antiquités d'origifte purement étrusque, des nécropoles , de nombreuses hypogées, et enfin à&& vases et des peintures où l'on voit représentés les principaux sujets de la mythologie hellénique.

Dès que l'imagination des poètes eut envahlie domaine de

, Tatiea , npèf ^A»t»«f , pag. 168 et suivantes.' — Aroohius. adv. gent. VI. — Clément U' Al. n/j-arpi^-r., p.35. Pline, xxxv, lo.

la diviniic; elle créa la mythologie. Les dieux tuieiit c!a!»!>t:i> en plusieurs ordre, et les plus puissaus (rentre eux., l Amour et Vénus, présidaient aux plaisirs des sens . à la jouissonce physique. Jupiter mérita la première place dans ie palais des dieux, parce qu'il était considéré comme le piuspui»Raut athlète dacs les combats amoureux. <Ie fut aussi par des exploits semblables qu'Hercule mérita Tapothéosc. La troupe bruyante des divinités du dernier ordre présidait aussi aux plaisirs charnels ou semblait créée uniquement pour en user avec excès. Pan, doué de toute la lubricité d'un bouc, était représenté avec les corues et les pieds de cet animah Le dieu Faunus se rapprochait davantage de Thumanité; il ne difl'éraif de l'homme que par une excroissance velue sembiahle à une queue , par ses oreilles terminées en pointe , et quclquetbis par deux petites cornes cachées dans l'origine des cheveux.

Les satyres étaient les compagnons et en quelque sorte les sujets de Pan; les faunes obéissaient au dieu qui leur avait donné son nom.

On avait créé des divinités redoutables à l'honneur des iemmes ; il fallait en imaginer pour satisfaire aux passions des hommes : les champs et les bois furent peuplés de créatures aussi belles que passionnées, de nymphes aimables et voluptueuses ; fdles de l'Océan, elles fécondaient les plantes : parmi elles les Oréades présidaient aux montagnes, les Dryades aux forêts , les Hamadryades aux arbres avec lesquels elles étaient unies sans pouvoir s'en détacher, les Naïades aux fleuves, et les Néréides aux vagues de la mer.

Ce pompeux cortège des divinités les plus lascives était bien fait pour exercer le génie ardent des poètes de l'Kgypie, de la Grèce et de Rome. Secondés par la tourbe des ambitieux, des hommes avides ou sensuels, ils assirent le culte

mythologique sur des bases plus larges ; ils instituèreut des fêtes, des mystères, des processions de tout genre. Ils célébrèrent des jeux en l'honneur de Jupiter, maître du tonnerre, père du soleil, principe du feu qui féconde l'univers ; des mystères sous l'invocation d'Isis et d*Osiris dont nous ayons déjà parlé; de& bacchanales en commémoration de Bacchus, vainquenr dans les Indes, dieu qui présidait également à la génération, et que plusieurs savans disent être lé même que Pan, Jupiter, Osiris; enfin des solennités vouées au principe générateur.

Dans les fêtes iiiphalUques consacrées à Bacchus, des prêtres appelés itiphalles ou itiphallophores T^orizieni en évidence Tin énorme membre viril, en cuir rouge, attaché sur leurs hanches avec des co^irroies.

Nous avons parlé plus haut des pkallaphores.

ToutcA ces turpitudes flattaient les sens de l'homme, mais elles devenaient de plus en plus intolérables à mesure que la civilisation prenait un plus grand développement. Cette religion de matérialisme s'anéantit enfin devant une religion de spiritualité; la morale fut révélée à la terre, et les idoles du temple furebt brisées sur le parvis de l'église.

Toutefois plusieurs de ces monumetis qui intéressent si vivement la science on traversé les siècles. Ils ont été conservés dans les entrailles de la terre pour apporter aux générations futures les leçons de l'histoire. Ccuxque nous avonf> choisis pour eii faire le sujet de ce livre ont été découverts dans quelques-unes de ces villes qui, situées sur le flanc du Vésuve, avaient été ensevelies sous la cendre volcanique. Nousvoulons parler d'HercuIanumj-dePompéi' et Je Sîabia.

.Lisez .Pàhtpéi et uon pas Pompeia , cooune on a coutume de le '■"■ »n France,

XMI

il cxisleuncfouled'ouvrngcs écrits dons loolcs les lungue» de l'Europe où m trouvent consignés des détails lutéressans Kurl'hiMoire des villcii que nous vêtions de nommer. Il nuui» parait donc curabondant de répéterici ce qui a été dit déiàsi souvent, et notamment par Mazois, dans son grand ouvrn<j(: Àur Pompéi ; Sylvain Mareschal, dans ses cx;plicatiu.is.surleK peintures d'Hcronlanuro ^ et parle savant chanoine Joriu, dans plusieurs de ses écrits. 11 nous suflira de rappeler qut ccA villes d'origine grecque, dont la fondation rcmonteaux époques fabuleuses, et soumises à la domination romaine environ trois cents ans avant Jésus-Christ, furent cn.sevclits sous les matières vomies par le Vésuve, l'an 63 de l'ère chrétienne selon quelques auteurs, et 65 selon piu.sicuii»auirct>, sous le règne de Néron ; il parait mémo que la ville d'Hcruulannm survécut de plusieurs annéesàPompéict àSlabia, Ht ne fut engloutie que l'an 79, sous le règne de Titu« \ esiitibien. dhacnnsaitqucPlincrancien) victime de son amour pour les sciences, mourut à Slabia étoufl'é par la coudre volcanique. La mémoire de cet événement nous a été transmise par une lettre de l'iino le jeune, îlonl on trouve une •4égante traduction dans l'ouvrage du président Dupaly.

Pendant pius de 1600 ans on ignora iusqu'à IViuplaceluent où avaient été .situées les villes détruites ; les bavans oontrcversaicot encore ?ur ce sujet au commencv-iucntdu dix-huitième siècle, lorsque le hasard fit découvrir dans une maison de campagne du duc do Lorraiiie, située à Portici , une mine léconde d'objets d'ari, d'antiquités de tout genre. Le roidesdeitx Sicilcs fit exécuter des fouilles, et on trouva au mois de décembre 1708 lu théâtre d'Ileroulanum. Les <:xcavatioii.s faites à celte épo<|ue et continuées jusqu'à nos jours ou fourni au gouvernement napolitain la plus riche , la plus inslnictive et la plus intéi-essante collection d'anti-

quités. Cependant lierculanum^ qui n'avait \ffiuil été englouti par un torrenLdo laves, comine l'ont prétendu à tort Sylvain Marescbai et autres écrivains, mais qui avait été enseveli sous une pluie de ces petites pierres ponces que les Napolitains î4)pellent grapilUo , et dont on trouve des montagnes entières aux environs de Naples, ne devait point sortir de sosi tombeau » il eût fallu pour déblayer cette ville en entier détruire les bourgs de Portici et de Résina. On se contefita en conséquence de fouiller par des caveaux souterrains que l'on recomblait au fur et à mesure. Aussi , à l'exception du théâtre dans lequel on descend par une espèce de puits et que l'on parcourt à la lueur des torches, et de quelques maisons découvertes et déblayées depuis peu d'années» une visite à Herculanum offre un médiocre intérêt. Il en est de même de Stabia.

Enfin, quelques années après la découverted'Herculanum, un paysan bêchant la terre à un mille de distance du bourg appelé Torre d' Annunziata et à six mille de Naples , brisa de son instrument le chapitau d'une colonne; il en porta les débris à Naples, et Pompéi fut découvert.

Les travaux qui y ont été successivement exécutés par les ordres de Charles Ilï, de Ferdinand î'% de Joachim Murât, de François I", et que l'on continue journellement, ont ^mcné le déblaiement du quart environ de la ville. Une enceinte de murs environnait irrégulièrement cette cité, qui pouvait contenir trente à quarante mille habitans. On y arrive par le bourg d'Auguste' heureux , pagas Aagusti felicis. C'est la voie consulaire, bordée de Kt.agninques tombeaux. On" trouve dans ce bourg une maison dont le propriétaire était un affranchi d'Auguste, nommé Àrius Diomltle. Nous donnerons plus bas quelques détails sur rarchitecture de

cette maison . Après avoir parcoun» celte demeure veuve lU ses maîtres, oprès avoir lu avec attendrissement ces touchantes inscriptions gravées depuis dix«huit siècles par la tendresse maternelle, par la pieté filiale, on entre dansPompéî. Les rayons d'un soleil hrûlant pénèlrent de nouveau dans CCS rues <|ue la terre a recelée» dans ses flancs pendant une longue série de siècles. Ou parcourt avec une émotion indicible cette ville romaine dont on pourrait croire que les habitans sontsortis momentanément pouréchapperàunecontagion. Une porte ouverte s'offre-t-elle à vous? hâtez-vous «l'entrerdansla maison avant que lepropriétaire ne revienne des champs ! Que dirait-il s*îl vous voyait porter vos pas indisrrets dans l'intérieur de ses appartemens, s'il s'apercevait que A «us avez ramassé lesustensiles de ménage que la négligence de SCS esclaves a oubliés dans un coin de la maison PVouiezvons connaître le nom du maître de cette demeure ?Lise*-lc sur la porte d'entrée; il y est écrit h l'encre rouge; lisez égr. iement celui des voisins, vous allez connaître tout le quartier : Albinus , Modeatus, Pansa, Sallnslius , etc.

(le n'est pa.s xui sujeldc médiocre étonnement que de voii <lans celte ville, qui d'ailleurs était peu considérable, cette immense quantité de temples, de colonnes, de monumens de toute espèce, témoins irrécusables de cet amour des ails porté à un si haut degré chez les anciens. On visite successivement et sans s'éloigner beaucoup un vaste amphithéâtre qui pouvait contenir huit mille spectateurs , la basilique, niagnifîque palais où se retidait la justice ; les temples de Vénus, de Mercure, d'Isis, de Jupiter, le Panthéon et autres.

Les monumens appartiennent à l'archilcclurc grecque, '.*l l'ordre dorique s'y fait partout remarquer; aussi ces ruines imposantes ont-elles un air de sévérité «pii commande le tes

pecl. Oh ! combien de sensations viennent assaillir le voyai^eur qui promène ses regards curieux au milieu de si nobles débris ! Il erre seul dans ces rues , ces marchés , ces places publiques où jadis une nombreuse populalion se pressait, s'agilait de tous côtes pour satisfaire à ses passions , à se» intérêts, à ses besoins... Aujourd'hui un morne silence règne «lans tous les carrefours de la ville déserte ; tout y porte l'empreinte d'une profonde triftessc; on dirait en un mot que ces murs, plongés si long-lcmps dans la nuit du tombeau, ne peuvent plus supporter l'éclat du jour.

Le gouvernement napolitain s'est exclusivement résené le droit de faire exécuter des fouilles dans l'enceinte dePompéi ; mais en remplissant de simples formalités, on obtient l'aulorisation de faire des recherches à Nola, dans laPouille„ dans la Basilicate, cl jlans les autres provinces. Le ministère de la maison du roi exerce sevilement alors le droit de préemption , c'est-à-dire celui d'acheter les objets qui lui conviennent au prix d'estimation fixé par une commission composée du directeur et de trois conservateurs du Musée.

L'architecture des maisons particulièiesy étant àpeu près uniforme, nous allons décrire une de ces demeures pour donner une idée de toutes les autres; nous choisissons celle d'Àrius Dioniède, dans le bourg d'Auguste heureux :

La maison a deux étages, dont un est au-dessus du niveau de la rue et l'autie au-dessous : au milieu se trouve une assez grande cour carrée autour de laquelle est un étroit péristyle {impluvium) soutenu par des colonnes en briques revêtues de stuc. Sous ce péristyle on voit une série de chambres placées ù la suite les unes des autres sans communication entre elles. Ces chambres sont petites et peu commodes,

cumitie toutes celles tie lu viiic. Ou suit du re«ie que liis aiiricns vivaient be»ucuup Kur les plnceti publiques.

Au milieu de la cotir on voit deux grandes citernes où «e conservait J'cau tic pluie.

La première pièce de droite esi nn salon de réception »pi>el(' tufJra, apr^H vient une galerie dite i/dsilica.

\ gauche Cit un nppartemeiit composé des chambres de Ijaio , ou nymphaa. Ellert sont au nombre de cinq , dont cha cuiie avait sa desiiiintion particulière: dans la première « nyntp/uta, ou taisait cliaurTcr Peau du bain ; dans la seconde* •ipadilerio, le baigneur quittait ses vétemens; dans la troisième, balnea , se >rouv;tit la baignoire; la quatrième, utiiorio . renfermait Its parfuma et lefl essences dont on se frot lait au sortir du bain ; la cinquiènac enfin , stufdt était d^»-. tiiiéc aux bains de vapeur.

A côté de ces salles uymphaa se irotîveot Jos chambres a coucher, cubiculœ, au nombre de trois.

LVtage inférieur comprend les salles de iestin , iric'înitim, ccnacutum , et les caves où se voient encore des v.ises aj»pelés dolii, pour la conservation des liquides.

L;i maison, comme toutes les autres, est batle en briques ; les chambrer, sont pavées de petites pierres d'un centimètre carré environ , de divcrsej: couleurs et artistemcnt disposées eu mosaïque. Les murs sont revêtus de sine et de peintures qui y suirant la destination d.es pièces,, représenlcn^ de;fruits, des ûeurs^ des animaux, des sujets mythologiques.

il y avait chez les gens aisés un réduit consacré un'qu**ineut vu culte de Yénns; les Grecs le nommait A^Pfctirtf.et les Latins tenereum. U était précédé d'une sorte d^anttihantbre, /)ror«/on, où logeait l'esclave cubiculaire. Son emploi était de veiller à la sôrclc <lr '.elte chapelle d'amour : )! en éloignait les importuns ; il conserv'ait dans une cassette

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les souliers , objet de grand luxe chez les dames romaioes , et qu'elles quittaient souvent dans la journée, même avant de se mettre à table ; l'esclave les leur /apportait au besoin de la cassette où il les avait déposés. Plaute appelle les servantes SandaligerulcB f et Ménandre rciiJ^u?^c6tiKm.

L'esclave cuMculaire était également chargé d'appQrler l'eau et les parfiims destin s aux ablutions.

C'est dans de pareils lieux qu'on a retrouvé les peintures erotiques.

L'usage des représentatiotis obscènes était fréqueut dans l'antiquité. Il y avait peu de maisons qui n'eût quelques unes de ces peintures lascives que les Grecs appelaleut grylU et les Latins libidines '. Deux peintres, nommés l'un Polignote, l'autre Parasius, sont souvent cités par Pausanfaa et Pline comme ayant excellé dans ce genre de composition •.

Il aélétrouvéphisieurs peintures sur marbre ; mai«celles qui for t l'objet dé ce livre sont de» fresques qui décoraient les murs des maisons de Pompéi et d'HercuIanum.

Vitruve a fait connaître avec quelques détails les procédés employés potir ce genre de peinture et comme les explications données à ce sujet par M. Mazois ne.laissent rien à désirer, je me bornerai, pour ne pas laisser de lacune ici, à rappeler succinctement que ces procédés consistaient à revêtir la paroi du mur que l'on voulait peindre de plusieurs couches d'un mortier fait avec de la chaux et de la pouzzolane. Lorsque la dernière couche de cet enduit était parfaitement sèche, on y passait une plte plxis fine appelée opus albarium

« (jr//i'i, bamboches, saletés, de Vpc>L>'9f, pourceau. L'étymoiogie tlu mot libidines u'a pas besoiu d'être expliquée.

" Pline, XXXV, 7, 10 ; xxxm, 5. — Properce, u, ëiég , etc. — Martial, xn , épigr. — Suétone , xuu,3 , iiot. 12 et i3. - Pausanias, Pcscrfpdon de la Gi-èce.

ou opus marmoralum. C'est ce qoe nous nommons sloc. Alors commençait la tâche du peintre '.

Les anciens avaient deux manières de pri^parerles couleurs ; Tune en les délayant dans de Teau avec de la gomme et de la colle, Tautre en les mêlant dans de la cire fondue. Ce dernier procédé donnait les couleurs dites encaustiques. Les peintures étaient appelées monoclinomes oH polychromes, selon qu'il y entrait une ou plusieurs couleurs. Le cinabre était ordinairement employé dans les monochromes. 11 domine souvent dans les polychromes. Ces fresques pour la plupart 6ont fort médiocres; mai» il faut dire avec Pline que les artistes les plus habiles de Tantiquité ne s'amnsaient point à peindre sur les murs; celle tAche était coniiée à des peintres du dernier ordre '. Aussi le dessin en est-il souvent incorrect, toujours sec et dur. Les lois de la perspective y sont mal observées et le mélange des coulmirs y est aussi bzarre fit capricieux que fatigant pour l'oeil.

Indépendamment des chambres appelées venerea dans les maisons particulières, il y avait, dans le.» villes romaines, des lieux de débauche appelés lupanaria^. On en a retrouvé plusieurs à Pompéi. Sur la porte d'entiée de l'un d'eux on voit un grand signe priapique sculpté sur pierre; dans les autres, on a découvert des peinturés lascives. Enfin, dans nne quantité de maisons particulières, tant à Pompei qu'à Stabla el Herculanttm^ on a trouve des sujets erotiques eu culpture», btonze, marbre, cristal de roche, terre cuite, ou

« VitruVe, chap. m, Ht. 7.

• Pline. — VitruTe , loe. cit.

• -Martial, Ht. t , ép. 35; lir. xi^ ép. 46. — Ttrencf , comédies

autres matières; des phallus, amulettes bachiques et aotre» obscénités.

Ces objets ont été déposés dans un cabinet particulier dn Musée royal degli Studi à Naples. L*entrée, inlerdile aux femmes et aux enfans, n*en est permise aux hommes d'un àgemûrquemoyennantunepermissionspécialeduministre de la maison du roi. Cette collection est la plus riche de ce genre; mais il existe encore à Florence, à Dresde, à Londres, À Madrid , des galeries particulières où se conservent des antiquités obscènes provenant de TÉgypte. de la Grèce ou de rÉtrurie. Nous nous proposons d'en donner un jour un recueil complet en y comprenant les vases grecs, vulgairement appelés étrusques, sur lesquels on trouve des peintures erotiques.

Indépendamment des objets dont nous donnons la figure et Texplication, le cabinet secret du M usée de Naples possède plusieurs armoires où l'on a placé une grande quantité de phallus en bronze, en os, en ivoire « ou en pâte vitreuse de diverses dimensions; nous avons jugé superflu de les reproduire tous : ce travail long et difficile eitt été sans intérêt , après avoir donné et expliqué ceux qui nous ont paru mériter la préférence.

Il résulte de Télude et de la comparaison de ces antiquités, dont la seule inspection alarme la pudeur, qu'il.n'y eut pas avant Tëre chrétienne d'autre culte que celui qu'on pourrait appeler tfu'ophaUiqne. L'univer.s, merveilleux assemblage de beautés de tous les ordres, eût cessé d'existçr bientôt sans ce principe générateur perpétué chez les animaux, chez les plantes, partout vivifiant luie matière inerte. L'homme fécondait il sa compagne, il croyait avoir créé ; et lorsqu'il lui arrivait de remonter par la pensée jusqu'à

uii premier hommes il supposait que deux êtres divins, Kurnaturels, préexistans, de sexe différent, s'étaient unis charnellement pour créer le genre humain. Les premiers fils des dieux héritèrent d'une part plus large de la puissance paternelle; iU en usèrent pour se métamorphoser en animaux.de toute espèce, selon que le plaisir les appelait au sein des eaux, dans les plaines de l'air ou dans les entrailles de la terre. De là l'origne et le culte des animaux.

C'est ainsi que la voluptueuse mythologie s'établit sur la terre, et que milto fois modifiée selon les lieux «t les circonstances, el'e se perpétu a pendant une longue série de siècles.

Nous n'avons point à regretter ces temps où la pudeur n'avait point de manteau; ces temps où, semblables à la hrute, l'homme et la femme en présence ne rougissaient point de leur nudité : la facilité des jouissances enfantait ia satiété et le dégoût. Une effroyable corruption de mœurs «Hait la conséquence inévitable de cet état de choses, puisque Texcèsde la débauche pouvait seul ranimer le désir, premier moteur de la jouissance.

Gloire éternelle à la religion qui, renversant dans la fange ces idoles impures, et déroulant sous nos yeux le code de la «hasteté, a rendu nos sensations plus pures et nos plaisirs plus vifs! Grâce à elle, le but de Texisteuce a cessé d'âtre une honte, et le grand principe de (ont ce qui est s'est montré dans sa pureté.

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