FUITE D'ÉNÉE
HÂxmvr. g povcta , uiRCtm 1 1 podcci.
Cette fresque, découverte à Gragnano , en 1760, représente la fuite d'Énée, mise en caricature. Les anciens avaient du goût pour les représentations grotesques qu'ils appelaient cercopilheci , singes à. longues queues, ou cynocephalif singes à tête de chfen '.
Le héros troyen porte autour de sou cou cette sorte de châle-manteau qui se nommait chlamyde , elle est d'un rouge foncé , ainsi que celle du jeune Âscagne. Celui-ci est coiffé du bonnet phrygien, de même couleur; il donne la main gauche à son père , et porte , de l'autre , une espèce de roseau ou petit bâton qu'il a ramassé en folâtrant; car l'enfance, heureuse et insouciante, ne connaît pas le danger; mais la physionomie d'Anchise est plus grave et plus mélancolique. L'infortuné vieillard n'a vécu si longtemps que pour voir tomber les murs sacrés qu'Hector n'a pu soutenir. Dans sa fuite, il n'a point oublié ses dieux pénates : la cassette qu'il tient dans ses mains est celle où il les a renfermés. Énée cependant , le fort , le protecteur de la famille, regarde derrière lui; sans doute il cherche sa fidèle Creuse dont il ne verra plus que l'ombre plaintive. On s'aperçoit aisément que c'est à ce héros que la sûreté de la famille devait nécessairement
I Martial. - Plioe. - Pausanias.
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être confiée, car il paratt d'une nature pi ud perfectionnée que ses compagnons; ses jambes sont celles d'un homme, tandis que son père et son fils ressemblent encore par là aux quadrupèdes.
Ainsi, malgré leurs têtes de chien, ces trois figures conservent encore le caractère distinctif des personnages qu'elles représentent; et remarquez que le peintre a. suivi, avec une grande exactitude , les indications de Virgile , dans ce deuxième livre de son Enéide si justement célèbre. En effet, le jeune Ascague, selon le poète, saisit la main droite de son père :
a ....:. Dextrse te parvus lûlus r. ImpUcuit »
Trop jeune et trop faible , il le suit à pas inégaux : « Sequiturque patrem uon passibus acquis. »
Il n'est pas difficile de retrouver dans la fresque qui fait l'objet de ces remarques , les deux circonstances dont il est question dans le poète.
La boîte qui se trouve dans les mains d'Anchise contient bien réellement les dieux pénates de la famille , car le pieux Ënée avait recommandé à son père de s'en charger, attendu que, pour lui, sortant des combats et encore souillé de sang, il ne pouvait y toucher avant que de s'être lavé dans une eau pure :
« Ta , genilor , cape sacra manu , patriosque peaates : u Me, bello è tanto digressùm et cœde receati, » Atlrectare nefas , doneu me fluoiine vivo » Ablnero. »
Enfin ce n'est pas sang raison que rariiate a peint l'inquiétude et reffroi inéme sur les traits du héros troyen ; car ce brave guerrier, qui voyait sans pâlir »'«vanGer les bataillons épais des Grecs, et qui ne redoutait point leurs traits acérés, s'épouvantait naaintenant au moindre souflle de l'air; le bruit le plus léger le tenait en émoi y tant il craignait pour celui qu'il portait et pour oelui qu'il conduisait I
« £)t me , quem dadùm non nlla injecta morebant
» Tel* , ne<jae advereo glomerati es agmine Graiî ,
» Nonc omnes terrent aune , sonas excitât omuis
» Suspensupi, etpariter comitiqoe onerique timentem. y>
Il est impossible ) on le voit, de pousser l'exactitude plus loin.
La malice des artistes de l'antiquité ne se bornait pas d'ailleurs à d'innocentes caricatures. Rome vit, maintefois, monter sur ses théâtres d'insolens acteurs coiffés de certains masques qui reproduisaient les traits des citoyens les plus respectables de l'empire. Ce scandale excitait la risée de la plébaille et l'indignation des gens bien nés.
Ce n'est donc pas chez les modernes que la caricature a pris naissance : il faut le dire avec orgueil, puisqu'on a tant abusé , chez nous , de ce genre badin , aimable même dans son origine , et quelquefois grave dans ce qu'il semble avoir de plus burlesque : Castigat ridendo mores.
Peut-être les amateurs de la poésie ne seront-ils pas fichés de retrouver ici quelques-uns des beaux vers qui suivent ceux que nous venons de citer.
Creuse s'est égarée ; le pieux Énée , dont lé cœur esf
brisé par la douleur la plus amère , a*hésite pas h retourner sur ses pas pour chercher sa fidèle cotnp^gue ; U revoit le palais de Priam , et la citadelle et le temple de Janon :
« Ausus quia etiam voces jacUre per nmbram ,
» loiplevi clamoro yias, mœetasque Creiisam
» I^iequicquam ingeminaas iterùmque iterùmque vocavi.
» Quserenti et teetis urbis sine fine furenti
» Ii<feiix simuiacrum atque ipsius umbra Creiisx
» Visa mihi ante oculoa , et nota majqr imago.
» Obstupui , st«teruatqae cumw, et vox (aur.ibut hxsit.
» ''^ùm sic affiiri , et curas Ma deuere dictis :
» Quid (antum insaoo juvat indulgere dolori ,
» O dal' is coDJux? non iisec sine namine divûm
» Lvvuiuut ; nec te hinc comitem asportare Creiisam
• Fa» , aut iile sinit superi régna tor Oljrmpi.
» Longa tibi exaiiia , et vastum maris aequor araodam .
u Et terrara besperiam venies, ubi Lydius, arva
» lateropima virùm, leni fiait agmine Tibris.
» Illic res i«t« , regnumque , et regia conjux
w Paita tibi : lacrymas dilectx pelle Creiisae.
» Non ego Myrmidonum sedes Dolopumve superbas
» Adspiciam , aut graiis servitum matribus ibo ,
» Dardauis, et dÏTX Ycneris nurus : .
» Sed me magna deûm genitrix his detinet cris.
» Jamqne Taie , «t nati serva communis amorem.
» Haec ub> dicta dédit, lacrymaatem et multa vcleutera
p Dicere deseruit , tenaesque recessit in auras.
» Ter conatus ibi colio dare brachia circùm,
i> Ter (rustrli comprensa manas effugit imago,
» Par leribas yentis , yolucrique simillima somno.