‹ Musée royal de NaplesChapitre 5 sur 49 · SARCOPHAGE · texte numérisé non relu

SARCOPHAGE

rtEKRZ. - nÀUTEVa DE CRAQUE BAS RELIEF I PtED Ç) POUCES II LICICS.

Ce bas -relief nous montre les deux fijce» principales d'un sacorpbage. Là étaient sans doute ensevelis deux époux ; le sculpteur a reproduit leurs traits , ainsi que l'époque la plus importante de leur vie. Le côté n" i les représente tous deux , brillans de leunegse et de beauté , au moment solennel de l'initialion. Ils sont nus selon Tusage , ainsi que l'hiérophante ., mais celui-ci est libre dans ses mouvemens : il n'a plus honte de sa nudité, car la nature est au-desso\is de lui ; il a la connaissance des choses sacrées, et ii les révèle aux jeunes suppliaus. Mat» ceuxci parai8«eul honteux et surpris ; îis écoutent avec dévotion les paroles sacrées de l'hiérophante , et tiennent leurs mains croisées là où la pudeur exigerait un vêtement.

Dans le fond y on aperçoit un Priape-Hermès , petit vieillard chauve j qui tient en ses mains uu grand phallus. La cuve qui lui sert de piédestal et le thyrse qui repose à côté indiquent suffisamment les mystères dionysiaques ou de Bacçhus surnommé Dionysos : nous en parlerons plui^ au long à l'explication de la planche vu.

Le côté n' a offre une représentation symbolique des cérémonies pratiquées aux funérailles. Une femme est assise sur un rocher auprès d'un tombeau. Sa coiffure , es-

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pèce de turban, indique le deuil ; car chez les peupICvS du Tantiquité, comme chez les Hébreux des temps modernes , l'usage était de se voiler, de se couvrir la tête en signe de respect et de deuil; c'est le contraire chez les chrétiens. Celle femme porte en ses mains un masque tragique : on se servait également de ces masques au théâtre, dans les festins , à la guerre , d^ns les solennités des triomphes , les bacchanales et les funérailles.

Auprès de cette figure, une sorte de poteau, supportant probablement une inscription , indique la limite de la vie , où les deux fidèles époux , dont on veut honorer la mémoire , se sont rencontrés , après avoir descendu ensemble le fleuve de là vie. A droite, vous remarquez tm tombeau ; il est placé sous un chêne. Cet arbre était proprement celui de Jupiter, de sa mère Rhéa et de P-m; mais 1& déesse Hécate , la Diane des enfers , se couronnait aussi de feuilles de chêne. Les pasteurs de l'Arcadie étaient appelés mangeurs de glands ; ils se disaient descendus d'un chêne.

Derrière le tombeau , un jçvipç homme , dont on ne voit que lo buste , tient en ses mains une baguette brisée, image de l'existence qui vient de s'éteindre. Il a Tair de parler, et prononce, sans doute,' l'éloge des deux défunts.

u LE DIEU PAN SUR UN MULET

BAS-tteUEf E5 MARBRE. - Rl.TrrET7B 7 POUCES !^ LICSE». tAKCBUX^lPISD. 4 POVCZS 3 LICVBS.

Le dien Pan est monté sur un mulet dont la housse est formée par une peau de Léopard. Une clochette est suspendue au cou de Tanimal, ce qui prouve que cet usage > encore en vigueur en Italie et en Espagne, est d'une haute antiquité. En Sicile, les mulets, monture indispensable aux voyageurs, portent un collier de sonnettes d'où résulte un carillon des plus fatigans ; mais c'est en vain qu'on voudrait acheter des muletiers l'exemption de ce désagréable accompagnement. Soit préjugé , soit expérience positive de leur part , ils affirment que les mulets débarrassés de leur orchestre s'endcrmiraîent en marchant, et pourraient tomber dans les prëcipices dont les routes sont assez fréquemment bordées.

Sur notre bas-relief, l'animal semble hennir, et il accompagne même d'un geste expressif ce hennissement qui dénote chez les bëtes de somme une sensation amoureuse. La position de ses jambes indique suffisamment qu'il veut s'arrêter ; maiis son cavalier fait tous ses efforts pour l'obliger à poursuivre sa route : il se penche en arrière, lui frappe sur la croupe, et soulève la bride. La figure du dieu est pleine d'expression ; sa lèvre inférieure est poussée en avant pour donner nassagc à l'ex-

FLAKCBE y.

claioalion bien connue de tous les muletiers : dg'u). Qui donc peut ainsi retarder la marche du mulet qui porte un fli noble fardeau ? On dirait qu*il recule devant la statue de Priape qu*on aperçoit sur une masse de rochers à la droite du spectateur. Cet Hermès , pourvu de se» attributs oi-diuaires , tient dans ses mains deux objets qu^il est asae-À mal aisé de reconnaître : Tuu est peut-être une petite coupe ; l'autre une corne d^abondance , ou simplement une massue. Les anciens éi aient assez portés à représenter les divinités qui présidaient à la reproduction de l'espèce humaine avec la corne d'abondance ; et ce symbole de fécondité est une application trop facile à saisir pour que nous en donnions ici Tinutile explication. Ordinairement , parmi les fruits dont cette corne était remplie , ou voyait figurer le coing , fruit consacré aux jouissances éroliqucs. Chez les Romains , on donnait un coing à manger aux nouvelles mariées avant que de les conduire au lit nuptial.

Le Priape-IIermcs de ce bas-relief s'élève , ainsi que nous l'avons dit , sur ime masse de rochers. Sans doute c'est le gardien d*un jardin > placé sur la limite de la propriété , avec l'inscription que les dimensions de ce morceau ne pcrmellcnt pas de distinguer. Sui'un marbre an> tique rapporté par Grutier ', d'après Boissardj on voit un Priope entre deux corbeilles de fruits et de fleurs , une massue gît à côté de lui; on y lit en même temps celte inscription : A Priape Jlyp/talle , porteur de massue » gardien des jardins, cluUiant les xoleurs.

Ln cliénc étend sur l'Hermès ses rameaux vigoureux :

• Grutier, pi. xcy.

cet arbre éUiit consacré à Priape , à Pan , et à toufes les divinités champêtres. Â Tune des branches est suspendue une cymbale, offrande d'une dévote bacchante, et, au pied de^ Tarbre, on voit un petit autel entouré d'une espèce de guirlande. Un chien se dresse contre les rochers , et parait vouloir s'élancer auprès de THermès.

Derrière le dieu Pan , on remarque une colonne dorique avec une cannelure en spirale. Elle supporte une petite cassette ouverte ; c'est Varca ineffabUe , boîte oii Ton renfermait l'image de Bacchus dans les mystères dionysiaques, ou bacchanales.

Pan , qui joue ici le principal rôle, est représenté comme \ l'ordinaire avec des oreilles pointues , et des jambes de bouc. Selon les principaux mythographes , il était fils de Pénélope et de Mercure ; ce dieu voulant , disent-ils , triompher de la chasteté de la femme d'Ulysse , se métamorphosa en bouc , et obtint par ce moyen ce qu'il désirait ; le dieu des satyres naquit de cette union. Voilà, il faut en convenir, une plaisante 'manière de conservera Pénélope sa réputation de chasteté ! faute pour faute , mieux eût valu céder à un dieu jeune et beau qu'à une bête immonde. Selon une autre version , qui n'est ni moins choquante ni moins absurde, Pénélope, loin de se montrer aussi sévère qu'on l'a avancé , à l'égard de ses préJcndans , leur accorda , au contraire , ses faveurs à tous, et Pan, qui signifie tout. en langue grecque , fut le résultat de cette intrigue.

Laissant de côté ces ridicules interprétations, noiu rappellerons ici un fait dont nous avons dit quelques mots dans riutrodoction de cet ouvrage. La première idée des pans, des satyres et des faunes naquit dans l'esprit des

hommes de i'antiqnile par suite deloui- ignorance positive , de leurs préjugés, <le leur superstition i et non par Teflet d'une haute conception éminemment mystique- Alors , oommc aujourd'hui , les bergers qui passaient de longs mois de l'année dans de profondes solitudes , concevaient quelquefois une passion criminelle pour Jes animaux confiés à leur soin ; le ctime de bestialité est encore de nos jours assez fréquent parmi les pâtres siciliens. Chez les femmes il a toujours été plus rare , mais non pas inouï. L'ignorance des hommes do celte époque leur fil croire que de ces accouplemens résullaient des ôlres extraordinaires , moitié hommes et moilîë chèvres. Sotivent ces mêmes pâtres commirent des tittentats qui les rendirent des objets de crainte, et , ]f>ar suite, des objets de respect. S'il arrivait que l'un d'eux fît violence à une jeune fille dans les solitudes de la vallée , les parens de la victime ne manquaient pan de pubhei*, .soit par intérêt, soit par crédulité , que leur fille avait "été séduite par une de ces divinités champêtres qui tiemi^ilt de l'homme et de la brute. De là le culte des pans et des satyres; de là l'origine des nymphes, des dryades et des amadryades. Il est inutile d'ajouter que les législateurs et les prêtres s'emparaient de ces idées , et s en servaient pour gouverner la multitude. Aussi nos savans font-ils beaucoup trop d'honneur à l'antiquité quand ils veulent voir des conceptions mystiques, des fictions ingénieuses, des allégories brillantes, là où il n'a existé que matérialisme et ignorance.

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