‹ Musées de la HollandeChapitre 10 sur 72 · ÉCOLE DE REMBRANDT · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE REMBRANDT

Le portrait de l'amiral de Ruijter est tres-fort et très-précieux. Il porte la signature et la date 1677. Gravé par W. van Senus.

De Fictoor, est un Joseph expliquant les songes dans la prison, faible peinture qui est pourtant signée : Johanes Victors fc 1648".

Un portrait, assez lourd, du czar Pierre le Grand, est attribué à Aart de Gelder. On lui attribue aussi une sorte d'étude d'intérieur, sans personnages : Vestibule avec un escalier.

sculpteur Arthur Quellinus. » — Artus Quellin, le vieux, né a Anvers, en 1609, mort dans la même ville en 1668, fut chargé par la régence d'Amsterdam des statues, cariatides et bas-reliefs de marbre et de bronze, qui décorent à l’intérieur et à l’extérieur l’ancien hôtel de ville sur la place du Dam. — Voir sur les Quellin le Cat. du musée d'Anvers, 1857.

1 La signature Jan Victors fe se trouve aussi sur un tableau du musée de Francfort-sur-Mein (ne 154). Le portrait de Jeune fille du Louvre (n° 469) est signé : Jan Fictoor f. 1640. Parmi les biographes, les uns prétendent que ce peintre est Flamand et élève de Rubens, les autres qu’il est Hollandais et élève de Rembrandt. On serait assez porté à supposer que Fictoor et Victors ne sont pas le même, d'autant que toutes les œuvres attribuées à ces deux noms ne se ressemblent point. Le Fictoor du portrait du Louvre est incontestablement Hollandais et très-bon sectateur de Rembrandt, Les Victors que j'ai vus sont, en général, bien moins forts, par exemple la Prophetesse Anne, signée J. Victor 1643, à la galerie van den Schrieck à Louvain; cependant les dates qui suivent l’un et l’autre nom sont toujours autour de 1640 à 4650. Qui éclaircira la biographie de ce peintre, sur lequel on ne sait rien?

Sous le nom de Leonard Bramer et sous le nom de Jacob Sandrart se trouvent deux portraits représentant Pieter Cornelisz Hooft, bailli de Muiden, tous deux en buste, dans la même attitude et avec des détails absolument identiques. Seulement Le premier , très-pâle et très-faible, est de grandeur natureile; ie second , très-vigoureux et très-libre d'exécution, est en petit. Il est évident que le grand portrait n’est point un original, etil est probable qu'il est une copie d’un portrait de même dimension, dont le petit pourrait être une étude !.

Mais cette vive et chaude étude est-elle de Sandrart? Immerzeel l’attribue à Theodor de Keijser. Elle tient, en effet, à l’école de Rembrandt, dont Theodor de Keïjser a subi l'influence, sans peut-être avoir été disciple du maitre.

La famille des de Keizer ou Keïjser, nombreuse et illustre, embarrasse beaucoup les biographes, qui confondent souvent Hendrik, Pieter, Theodor, Willem, ete. Ainsi le catalogue d'Amsterdam attribue à LL. de Keizer, né en 1565 et mort en 1621, — c'està-dire à Hendrik?, architecte et sculpteur, qu'on sup-

1 Le nouv. cat. jà-dessus ne change rien à l’ancien. Il nous apprend seulement que ce prétendu Bramer a été acheté 47 florins (35 francs) en vente publique! et la petite ébauche, attribuée à Sandrart, 14 florins. Le portrait a d’ailleurs été gravé par A. Bloteling, mais peut-être d’après la peinture originale, qui n’est pas le tableau attribué à Leonard Bramer.

? Le nouv. cat. conserve cette attribution à Hendrik, l’ar-

ÉCOLE DE REMBRANDT,. 53 pose l’auteur de la statue d'Érasme à Rotterdam , — un « portrait de R. Hoogerbeets, avec sa femme et ses enfants. » Cette peinture, trop haut placée et dans l'ombre, paraîtrait être plutôt de Theodor, dont nous trouverons un chef-d'œuvre au musée de La Haye. Nous donnerons alors quelques renseignements sur là famille des de Keïjser. — A Theodor de Keijser ressemble aussi beaucoup un admirable portrait, relégué parmi les Inconnus : Bernard Prevostius, ministre remonstrant (n° 372 ).

Une bonne peinture de l’école de Rembrandt est une Jeune fille dans l’embrasure d'une fenêtre, figure de grandeur naturelle, en buste, par Nicolaas Maas. La tête a beaucoup de vie et d'expression. La main gauche, placée sur l'appui de la fenêtre, est à serrer dans sa main. La couleur générale est d’un beau ton roux. Signé des grosses lettres habituelles au maître. Gravé par Lange’.

Le paysage, Vue d'une forêt avec une rivière, attribué à Philip Koninck, n'est pas si authentique, et ne mérite pas qu'on s'y arrète ?.

chitecte et sculpteur, et il donne un monogramme que nous n'avions pas découvert : DK, le k formé dans intérieur du D, et accolé au jambage vertical. Mais ce monogramme, qui n’indique aucun prénom, n'est-il point précisément la marque de Theodor?

! Provenant de la province de Groningue, et acheté 2,000 florins en 4829 (nouv. cat.).

? Le nouv. cat. écrit à tort : de Aonircç. Le peintre signe :

Jan Lijvens peut être considéré comme un sectateur de Rembrandt dont il fut l'ami. Le portrait de J. van den Vondel, qu'on lui attribue, n’est pas digne de lui, qui était un maître savant et énergique‘.

A l’école de Rembrandt se rattache aussi Pieter Saenredam, qui est censé avoir étudié chez Pieter de Grebber, qui est eensé avoir étudié chez Rembrandt. De Grebber, en effet, cherche Rembrandt, comme on le constate par exemple dans ses peintures au pavillon du Bois à La Haye. Le musée d'Amsterdam possède deux Vues de l’intérieur de la grande église à Haarlem, par Saenredam. Sur l’un de ces deux tableaux il y a une signature avec la date 4636. Un des chefs-d’œuvre du maître, Vue de l’ancien hôtel de ville d'Amsterdam, est conservé à l'hôtel de ville actuel.

Enfin, un tableau porté au nom de K. Slabbaert se rapproche encore du style de Rembrandt. Il représente une Femme qui coupe du pain (n° 258). La figure est dans le genre de van den Eeckhout, et les fonds rappellent un peu Pieter de Hooch*.

Koninck (voir Trésors d'art exposés à Manchester, elc., par W. Burger, p. 253 et suiv.). Ce prétendu Koninck d'Amsterdam n’a été payé que 310 florins, à une vente pourtant très-célèbre, celle de G. van der Pot, à Rotterdam, en 4808.

1 Payé 275 florins, à la vente J. de Bosch, Amsterdam (nouv. cat.).

? Vente de la baronne van Leijde van Warmond, 4846, 841 florins (nouv, cat,).

MIEREVELD, VAN RAVESTEIN, ETC. 90 Nous réservons Gerard Doy , qui viendra après les peintres de grands tableaux.

MiërevELD, VAN RAVESTEIN, FRANS HALS, VAN DER Venxe, GErarb Hoxraorsr, etc. — Un peu avant les deux artistes — Rembrandt et van der Helst — qui symbolisent le mieux la grande peinture hollandaise, la Hollande comptait cependant une foule de maîtres très-forts et très-originaux !: Miereveld à Delft; Jan van Ravestein à La Have; Frans Hals , né à Malines , mais naturalisé à Haarlem; Adriaan van der Venne, de Delft, qui fut peintre de Maurice de Nassau ; Gerard Honthorst, que Rubens, lors de son voyage en 1627 dans les Provinces-Unies, alla visiter ; —et bien d’autres.

Le musée d'Amsterdam à quelques échantillons des peintres de cette génération née dans la dernière moitié du xvif siècle, et qui enjamba sur la première moitié du xvir° *.

1 J’omets exprès van Haarlem, né en 4562, mort en 4637, quoiqu'il ait eu, de son temps, une grande renommée et qu'il soit encore très-estimé des Hollandais. Mais il avait sacrifié : l'originalité hollandaise à la mode italienne, qui régna un moment au xvi* siècle. Le musée d'Amsterdam possède de lui : Adam et Eve et le Massacre des Innocents, dans un style pseudo-florentin, et un mauvais portrait de D. V. Koornhert. Le Massacre des Innocents est daté de 1590, et l’Adam et Eve, de 1592, tous deux avec le double CC — Cornelis Corneliszoon (fils de Cornelis) — et l’'H pour : Haarlem.

2 De la génération précédente, qui occupe le commencement

Je Miereveld, un des plus féconds portraïtistes qui ait jamais existé, huit portraits, de grandeur naturelle, tous représentant d’illustres personnages, el presque tous d'une excellente qualité.

C’est d’abord Guillaume le Taciturne, en buste, avec une inscription grecque. In°y à qu'un malheur, c’est que Miereveld, étant né en 1568, ne peut guère avoir peint d’après nature le-fameux prince d'Orange, assassiné en 158%. Au pavillon du Bois, à La Have, dans la salle des portraits, on montre aussi un superbe portrait du Taciturne, qu'on attribue encore à Miereveld. Comment croire qu’un enfant de quinze ans ait été le peintre du héros de la Hollande !!

Ce sont les deux fils de Guillaume ff: le prince Maurice, en pied, et le prince Frédéric-Henri; puis le prince Philippe-Guillaume. C'est le célèbre Jan van

du xvit siècle, il n’y a rien. Deux noms seulement se rencontrent dans le catalogue : Lucas van Leijden, à qui on attribue faussement un prétendu portrait de Philippe de Bourgogne, et van Schoorl, qui n’est pas non plus responsable d’une « Madeleine en méditation, » et d’un « Sujet symbolique représentant la fille de Sion *. »

1 C’est, en effel, une copie, par Miereveld, d’après Cornelis de Visscher — Gravé par C.E. Taurel et par J, P. Lange.

— (Nouv. cat.)

* Le nouv. cat. a supprimé à van Schoorl {a Madeleine, mais il lui conserve la Fille de Sion. I a aussi laissé à Lucas van Leijden le portrait de Philippe de Bourgogne, qui provient des anciennes collections royales. C'est une raison, Mais ça ne fait pas l’originalité de la peinture.

MIEREVELD, VAN RAVESTEIN, ETC. fl Oldenbarneveldt, que le prince Maurice fit décapiter en 4649 ; c’est le grand pensionnaire Jacob Cats, poëte et littérateur, dont, plus tard, Rembrandt fit aussi des portraits; c'est Cornelia Tedingh van Berkhout, femme de l'amiral Tromp; c’est Smeltzing, qui combattit sous le prince Maurice.

Le plus beau de ces huit portraits est celui de Cats, en buste, tout vêtu de noir, avec une fraise rabattue et une fourrure brune. Signé et daté 1634. — Celui du prince Maurice est le plus capital. Il est également signé, ainsi que celui du prince Philippe- Guillaume, en grandes capitales.

De Moreelse, élève de Miereveld, un bon portrait de Maria van Utrecht, femme de Jan van Oldenbarneveldt, et une Bergère, avec des fleurs et des voiles sur la tête, une houlette à la main, des draperies jaunues. Buste de grandeur naturelle. Exécution froide, mais assez habile. Moreelse signe souvent d’un monogramme où le P est formé sur le premier jambage de PM".

De Jan van Ravestein, deux portraits : J. P. Snoek, peinture tout à fait magistrale, et sa femme Margaretha Bal, avec les armoiries de là famille. Mais c’est à l'hôtel de ville de La Haye qu'il faut voir et juger

1 Le portrait de Maria van Utrecht est signé ainsi : PMo f. A° 1615. Æta 63 — La Bergère a été payée 2,150 florins à la vente Ocke, Leiden, 1817. Elle a été lithographiée par Daiwaille (nouv. cat.).

van Ravestein, dans les vastes tableaux où il à rassemblé les bourgmestres et échevins de la ville, des compagnies de garde bourgeoise, des groupes d’officiers ; car ces grandes représentations civiques étaient de tradition en Hollande, avant les chefs-d’œuvre de Rembrandt et de van der Helst.

Rubens estimait beaucoup Jan van Ravestein et il avait un portrait par lui dans sa collection.

Ce n'est point non plus au musée d'Amsterdam qu'on peut apprécier Frans Hals, cette sorte de Tintoret hollandais. C’est à l'hôtel de ville et dans plusieurs autres édifices de Haarlem , qui possèdent ses compositions principales. L'hôtel de ville d’Amsterdam aussi a de Frans Hals un grand et magnifique tableau d’arquebusiers, qui pourrait faire pendant à ceux de van der Helst et de Flinck.

Au musée on ne trouve de lui que deux toiles, mais dont l’une est bien précieuse; car elle offre le portrait du maître lui-même, avec celui de sa femme, tous deux en pied et de grandeur naturelle.

Ils sont assis sous de grands arbres ; lui, à gauche, la tête de face, un peu renversée en arrière et souriante, encadrée dans un chapeau noir à grands bords; il porte moustache et barbiche: son costume de soie est tout noir , et sa main droite, gantée de blanc, est nonchalamment glissée dans le pourpoint contre la poitrine. Près de Lui sa femme en jupon noir, corsage puce, avec une grande fraise. Elle met sa main droite sur l'épaule de son mari, par un geste d’affec-

MIEREVELD, VAN RAVESTEIN, ETC. 59 lion badine. Sa physionomie est très-vivante et trèsgaie : bonne commère pour ce diable d'homme dont on raconte tant de brutalités; il a pourtant l'air d’un vrai gentleman, tres-distingué et très-soigné, trèsspirituel et très-fier. Comme il paraît avoir trente ans environ et qu'il est né en 1584, la peinture doit être de 4615 à peu près. Le fond est un beau paysage avec une ouverture de ciel à droite sur un parc, où se promènent quelques couples de petites figures, non loin d’un petit château.

Les grands arbres, les terrains du premier plan, les détails des fonds, tout est enlevé avec la plus franche adresse, dans une gamme verdâtre, du ton de l’olive. On sent partout le maître qui couvre une grande toile en se jouant, et dans les têtes la finesse expressive d’un portraitiste consommé.

C'est ce portrait de Hals qui, selon moi, rappelle la figure de l’homme au grand chapeau dans la peinture du Louvre attribuée à Craesbeek (n° 97), et qui aiderait à prouver que le tableau est mal attribué et décrit inexactement . Il serait bien simple que la Direction du Louvre, à qui sans doute rien n’est difficile, se procurât une photographie du tableau d’Amsterdam , comme pièce de comparaison.

La seconde toile de Hals est un portrait d'homme. Buste de grandeur naturelle ; tête de face sous un vaste

! Voir Trésors d’art exposés à Manchester, etc., par W. Burger, p. 262 et suivantes.

chapeau noir ; pointe de barbe au menton; collerette tombante ; costume jaune chamoiïs, du ton particulier à Frans Hals. La main droite ouverte est vue de face en dedans. Physionomie très-vive; touche brusque et juste".

Van der Venne n’a jamais fait, à ma connaissance, de figures de proportion naturelle, mais on voit au musée d'Amsterdam un grand tableau, le plus grand qu'il ait peint peut-être, et qui est un chef-d'œuvre : Le prince Maurice, ses frères et ses cousins, à cheval (n° 305). La toile a environ 8 pieds de large sur 4 de haut. Les personnages sont à trois quarts nature. Superbe cavalcade qui n’est point composée comme un tableau. Le fils du Taciturne, de profil sur un cheval blanc, est accompagné de ses frères et de gentilshommes également à cheval. Tous s’avancent vers la droite comme une file de procession. Derrière ce groupe équestre, des pages, des serviteurs et des chiens. Fond de paysage et de ciel sur lequel se dessinent les figures. Dessin correct, tournures élégantes, physionomies expressives, belle couleur, touche libre et solide, van der Venne y a mis toutes les fines qualités qui distinguent ses petits tableaux, avec une cer-

1 Signé du monogramme F H, l'E formé sur le premier jambage de l’'H. — Vente de la baronne van Leijde, 1816, 385 florins. — Le portrait de Hals et de sa femme était autre fois dans la galerie Six van Hillegom, dont une vente partielle fut faite en 1852. Il à été payé, à cette vente, 600 florins (nouv. cat.).

MIEREVELD, VAN RAVESTEIN, ETC. 61 laine grandeur et une fierté très-délibérée. Gravé par W. Delfr.

Le musée du Louvre possède de lui, dans un genre différent, un délicieux tableau signé et daté 1646 : Fête donnée à l'occasion de la Trève de 1609; avec paysage et accessoires par Breugel de Velours (n° 545). Le musée d'Amsterdam, sans le savoir, une autre merveille de van der Venne, assez analogue à celle du Louvre, et qu'il attribue à van Balen". C’est bien fraternel de la part des Hollandais, de laisser ce chef-d'œuvre à un peintre flamand. Le paysage et les menus détails sont d’ailleurs aussi de Breugel de Velours,

Ce tableau est intitulé : Composition représentant les diverses sectes du christianisme (n° 11). C'est une piquante satire des adversaires de la Réfor-

1 J'ai vivement réclamé contre cette attribution auprès de M. Engelberts, conservateur de la peinture, et c’est sans doute d'après mes indications, que le nouv. cat. a restitué ce chefd'œuvre à van der Venne, sous le titre excellent : les Pécheurs d'âmes (de Zielenvisschers). En étudiant la composition on ÿ a trouvé, en effet, des allégories singulières’, et les portraits d’Albert et d'Isabelle du côté des catholiques, les portraits du prince Maurice et du prince Frédéric-Henri, de l’autre côté, avec les réformés. — Ce tableau a été vendu en 41735, sous le nom de Breugel de Velours (voir les catalogues de Gerard Hoet), 730 florins, à la vente de Mauritius de Jeude. Le musée d'Amsterdam le tient de la galerie du château du Loo. Il ne paraît pas qu’on y ait trouvé de monogramme; du moins, le nouv. cat. n’en mentionne point.

mation, Comment van Balen, qui était catholique orthodoxe , de gré ou de force, sous le paternel gouvernement des Espagnols , aurait-il osé railler ainsi le dogme romain et les mœurs des hauts dignitaires de l'Église !

A droite est la foule des catholiques, un nain en tête, sorte de symbole grotesque de la Folie. Derrière ce Triboulet , acciamé par des gamins, se pressent des docteurs, des seigneurs, des cardinaux, précédant le pape lui-même, porté en triomphe dans cette cohue carnavalesque. Au milieu de la composition, un grand fleuve, avec des barques pour sauver ceux qui sont tombés à l’eau et risquent de se noyer — dans l’hérésie. Car de l’autre côté du fleuve sont les protestants, des milliers de petites figures. Dans le fond, un arcen-ciel, qui n’est pas celui de l'alliance sans doute, mais le signe de la lumière nouvelle.

Si les docteurs hollandais étudiaient ce tableau, ils y trouveraient quantité d’emblèmes et d’allusions caustiques. La composition est, d’un bout à l’autre, une allégorie très-spirituelle, et surtout excellemment peinte. Le fou et toutes les têtes du premier plan ont une physionomie et une vivacité incomparables.

Il se pourrait bien qu'il y eût quelque part une signature , ou du moins le monogramme du maitre, qui est un grand A étêté, croisé à l’inverse par le V, et contenant sous sa barre horizontale un petit v, pour faire Adriaan van Venne. Ce tableau, d’ailleurs, ne ressemble pas plus à van Balen que le tableau du

MIEREVELD, VAN RAVESTEIN, ETC. 63 Louvre ne ressemble à Pourbus à qui on l’a si longtemps attribué. Van Balen est un peintre gonflé, rond, un peu mou, un peu banal; van der Venne, au contraire, est serré et nerveux, etil cisèle ses figures comme le plus fin médailliste.

La dimension du panneau est d'environ 5 pieds de large sur 2 pieds et demi de haut.

Le catalogue attribue à van der Venne un tout petit portrait du prince Maurice au lit de mort (n° 306). 4 pouces sur 2, pas davantage. Brimborion, d’un pinceau assez délicat".

Parmi les Inconnus est classé un excellent tableau qui se rapproche aussi de la manière de van der Venne. Il représente /e prince Maurice avec un de ses chefs d'armée (n° 371), tous deux à cheval, et face à face, l'un sur un cheval blanc, l’autre sur un cheval rouge. Au fond, un camp, avec beaucoup de petites figures très-adroitement tournées. Malheureusement, cette peinture, pleine de caractère et vigoureuse comme un Cuijp, est trop haut placée pour qu'on puisse l’étudier*.

Les portraits catalogués Honthorst ne sont pas de sa meilleure exécution : un portrait du prince Fré-

1 Attribué maintenant par le nouv. cat. à Cornelis Visscher, d’après une inscription qu’on a trouvée au revers du cuivre : « Le prince Willem I‘ sur son lit de parade, A° 1584, peint par le vieux Cornelis Visscher. »

? Laissé aux Inconnus dans le nouv. cat., qui nomme le général : « Stakenbroek, »

dérie-Henri et un de sa femme, Amélie de Solms; et deux portraits du prince Guillaume [E, qui pourraient bien être de Willem Honthorst, frère de Gerard!. Mais on a égaré parmi les Inconnus deux portraits peints par Gerard incontestablement, et qui valent mieux : La comtesse de Solms, veuve de J. W. van Brederode (n° 385), et Sophie Hedwig, femme du comte Ernest Casimir de Nassau (n° 389). Les portraits du comte d'Egmont et du comte de Hoorn, pendants classés aussi parmi les Inconnus (n°376 et 311), semblent pareïillement se rattacher à l’école de Honthorst.

IH y a encore de ce maître : Un homme joyeux (n° 430), avec une belle toque à plumes, et tenant un violon et un verre. Cette peinture, dans sa première manière hollandaise, avant sa déformation en Italie, a de l'éclat et de l'ampleur?.

Karez pu JARDIN.— Qui le croirait! Karel du Jardin, le peintre des petits ânes, des petits troupeaux et des bergères, des petits cavaliers et des manéges, des foires et des hôtelleries italiennes, Karel du Jardin

1 Un de ces portraits de Guillaume IT est signé (nouv. cat.) G. Hondhorst, avec de grandes capitales. Gerard signe ordinairement d’une toute autre écriture, comme on le voit au portrait d'Amélie de Solms, outre qu’il met un é et non un d à la première syllabe de son nom.

? Payée 500 florins à la vente de la comtesse van Moens, Amsterdam, 1803 (nouv. cat.).

KAREL DU JARDIN. 65 rivalise, au musée d'Amsterdam, avec les peintres de figures en grand, qui ont représenté les personnages notables des corporations publiques ou particulières. Ce n’est pas à dire que, malgré sa science et son aplomb, il égale en ce genre van der Helst, ou Frans Hals, ou Flinck, ou Bol, ou le plus faible d’entre les autres. Il est à peu près à Rembrandt, ce qu'est Sassoferrato au Tilien. Il est à van der Helst, ce qu'est van der Werff à Jordaens.

Oui, Karel du Jardin, avec une toile de 12 pieds 8 pouces de large sur T pieds 8 pouces de haut, af fronte, au musée d'Amsterdam, les Syndics de Rembrandt. Oui, précisément en face des Syndics, dans la petite pièce du premier étage, est un grand Reyentenstuk, provenant de la maison de correction d'Amsterdam (€ Spinhuis) , et représentant les cinq Régents (directeurs) de cet établissement , en pied et de grandeur naturelle, autour d’une table couverte de velours violet. Le violet était la couleur privilégiée de Karel.

Un des régents, le corps tourné à gauche, la tête de trois quarts, est assis en avant. Sa main droite, ap-

puyée sur la table, tient un papier à écusson , daté février 1669 et signé : Midelman'; sa main gauche

‘ Le nouv. cat. dit: Muylman; Smith dit: Muilmans. Je crois avoir bien lu : Midelman, quoique ce nom paraisse se rapporter à un des personnages qui se nommerait, selon M. Scheltema : Willem Muylman.

est posée sur La hanche. De l’autre côté de la table, un second régent a la main droite sur un registre et tend la main gauche à un serviteur qui apporte un papier. À ce coin de la table est assis un troisième régent, mi-tourné à droite; c’est le meilleur du tableau. Le quatrième lui fait pendant à l’autre angle de la table; le bras gauche appuyé sur le dossier de son fauteuil, il cause avec le cinquième collègue , debout , accoudé à un dossier de fauteuil en velours rouge. Tous cinq sont en noir, avec rabat blanc, et grand chapeau noir. Le fond, d’un gris faible, simule des colonnes cannelées et des groupes de femmes en bas-relief. A droite, dans la demi-teinte d’une porte ouverte, une servante, les mains croisées contre sa taille, retourne la tête vers un jeune homme qui lui parle. Le tout supérieurement dessiné, les mains, les têtes, les plis des costumes. C’est irréprochable , mais très-ennuyeux. La froideur correcte de l'exécution rappelle un peu Philippe de Champaigne. On pense aussi, malgré soi, aux papiers peints pour tapisserie.

A gauche sur le mur est la signature : Anno : 1669. — Karez : pu : [arpin : ec.

Grande surprise pour les artistes que ce tableau ! On le donnerait en mille à deviner au plus fin connaisseur et aux admirateurs des pastorales de Karel.

Tous ces petits maîtres hollandais, si habiles dans les scènes familières et naïves, sur des panneaux d'un ou deux pieds carrés, se sont perdus quand ils ont voulu tenter des #7achines d’une certaine dimension

KAREL DU JARDIN. 67 disproportionnée à leur talent. Nous les trouverons presque tous ainsi égarés un moment dans des essais ambiieux et impuissants : Paul Potter, Berchem, Wouwerman, Metsu, etc. Et alors ils sont vides, làches, communs et faux. Toutes leurs qualités de lumiere et de couleur, de délicatesse et d'expression, les ont abandonnés. Il n°y a que les disciples de Rembrandt qui aient également réussi en grand et en petit : van den Eeckhout, Nicolaas Maas, etc.

Dans la même salle, et à droite des Syndics, est un autre Morceau, de la même manière, et sans doute du même temps, entre les deux séjours en Îtalie : le « portrait du sieur Reynst, » qui fut un des amis et protecteurs de Karel. Figure de grandeur naturelle, jusqu'aux genoux, sur une toile haute de 4 pieds, large de 3 pieds 4 pouces. M. Reynst a la tête nue et une perruque blonde tombant sur ses épaules. Il est vêtu de gris violacé, d’un ton de chocolat terreux. Son poignet droit est appuyé sur la hanche, et la main vue du côté de la paume; cette main renversée est très-savante. Fond de paysage et de ciel. Deux lévriers gris accompagnent le personnage. Signé, sans date '.

Les admirateurs ne manquent pas à ce portrait en fer-blanc : ça résonnerait st on toquait dessus; car c'est creux.

Le musée d'Amsterdam possède aussi un petit

1 Ce tableau a été payé 1,000 florins (nouv. cat).

portrait de Karel du Jardin, par lui-même, sur bois, haut de 9 pouces seulement et large de 6 pouces et demi. En buste, presque de face, longs cheveux noirs et plats tombant sur le cou, mince filet de moustache, le reste de la barbe rasé. Gros veux saillants, sans expression ; bouche forte et bête. Point de front, ni de cervelle : la tête aplatie. La peau terreuse, et le teint de papier mâché. L'ensemble du costume est grisètre, avec un grand col uni et des manchettes bouffantes. La main droite, prétentieusement étalée sur la poitrine, drape le manteau.

Cette petite peinture, si triste comme physionomie et comme couleur, est très-savante de dessin, trèscorrecte, très-travaillée, et Smith la qualifie « d’admirable. » Elle vient, de la collection de M. Muller d'Amsterdam, où elle fut vendue 1,600 florins, en 1827. Suivant Smith, elle est datée 1662", un an après le Calvaire italien du Louvre (n° 242).

On ne sait point exactement la date de naissance de Karel, sur laquelle les biographies et Les catalogues se livrent aux fantaisies les plus variées et les plus aveugles. Les catalogues hollandais vont de 1635 à 1650 ! Le catalogue de Paris, qui enregistre un tableau daté 1646, suppose cependant que Karel est né vers 4635 !

La date 1662 sur ce portrait d'Amsterdam, dans

‘ Le nouv. cat. ne donne point de date, et je n’en ai pas vu non plus sur la peinture.

KAREL DU JARDIN. 69 lequel Karel du Jardin semble avoir trente-cinq à quarante ans, prouverait qu'il est né de 1620 à 1625. À cette date 1662, Karel avait déjà longtemps résidé à Rome et se retrouvait peut-être dans sa patrie. On voit qu'il ne porte plus la barbe de bouc qui l'avait fait surnommer, en Italie, par la Bande académique : Bokbaard. C’est un monsieur tout à fait rassis, trèsempesé, très-grave, et posant en maitre; race absolument différente de tous ces braves artistes hollandais, si simples et si naturels, comme Adriaan van OUstade et Adriaan van de Velde; si fins et si distinœués, comme Terburg et Metsu ; un peu débraillés parfois, comme Jan Steen. Aussi maître Karel, trop italianisé, ne put se réacclimater en Hollande, et bientôt, avec le Reynst dont 1l avait fait le portrait, il retourna en Italie, où il mourut.

Le portrait (n° 250) du Louvre passe également pour être le portrait de Karel. On croit même reconnaître encore son portrait dans une figure des Charlatans italiens (n° 243), dans « le personnage enveloppé d’un manteau. » Ces deux peintures du Louvre sont datées de 1657, cinq ans avant le portrait d'Amsterdam. Karel aurait donc eu alors environ trente ans. On peut vérifier si les portraits supposés se rapportent à cet âge, et au besoïn les comparer à celui d'Amsterdam, qu'on s'accorde généralement à considérer comme authentique. Smith fait pourtant quelques réserves; mais il s’est embrouillé sur ces deux portraits, qu'il n'avait peut-être pas vus.

Nous retrouvons le du Jardin ordinaire dans trois petits tableaux qui malheureusement ne sont pas de haute qualité : un « paysage, » sorte de ferme hollandaise, avec deux ânes, des porcs, une chèvre et ses chevreaux; daté 4655, époque du séjour de Karel à Amsterdam; — L'Auberge italienne, au bord d'une route; une femme se montre à la fenêtre; l'hôte, avec ur plat à la main, s’avance vers deux muletiers, conduisant un cheval gris, un mulet, un âne, chargés de bagages ; le tableau est signé K. nv. Garpin (sic). fé.; signature fausse sans doute; il se pourrait bien aussi que le tableau fût apocryphe; — un Cavalier devant une auberge; excellent petit tableau, cette fois, et digne de la réputation bien méritée de Karel dans ces sortes de sujets. Le cavalier, en manteau bleu, sur cheval gris, boit un verre que lui a donné l’hôtesse, debout près de la porte ; son chien est couché derrière le cheval, pour lequel un garçon prépare la ration dans une auge. Sur toile. 4 pied 5 pouces de haut, 4 pied 4 pouce de large”.

Pauz Porrer. — Hélas! Paul Potter, comme du Jardin, a aussi une toile gigantesque au musée d'Amsterdam : la Chasse aux ours (n° 220), horrible galette de 11 pieds carrés*.

1 Ces trois petits tableaux proviennent du cabinet van Heteren, dont 130 tableaux environ furent achetés, de M. Gevers, héritier de la famille, pour le musée d'Amsterdam.

2 «.…, Une Chasse aux ours que je trouve hideuse, dure,

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