‹ Musées de la HollandeChapitre 11 sur 72 · PAUL POTTER · texte numérisé non relu

PAUL POTTER

Tous les artistes connaissent, par la gravure ou la lithographie, le fameux Taureau de Paul Potter, conservé au musée de La Haye. Il y a bien à dire sur cet animal de grandeur naturelle, qu’on s'accorde à considérer comme le chef-d'œuvre du maître, et que les Hollandais placent, avec /a Ronde de Rembrandt et /e Banquet de van der Helst, au-dessus de toutes les productions de leur école. Chef-d’œuvre, soit, et même presque unique en son genre. On trouve encore, dans la galerie de M. Six van Hillegom, un autre Paul Potter assez étrange : le portrait équestre, de grandeur naturelle, du chevalier Dederick Tulp, frère (de second lit) du docteur Tulp de /a Leçon d'anatomie. Le malheur est que le jeune peintre ne se soit pas contenté de ces deux excentricités plus ou moins heureuses !.

Sa Chasse aux ours est bien autrement stupéfiante que les Régents de Karel, et personne au monde n’en devinerait l’auteur, si une signature en lettres énormes ne s’élalait pas sur un tronc d'arbre : « Pavuzus

sèche, en bois, sans vérité et ridicule de mouvement. » — M. Ducamp, Revue de Paris, oct. 57.

1 On lui attribue un quatrième tableau avec figures et animaux de grandeur naturelle : deux vaches et deux moutons, un berger et une bergère (haut. 6 pieds 6 p. ; larg. 8 pieds 8 p.); tableau qui fut exposé au musée Napoléon et restitué en 1845 à la galerie de Cassel (aujourd’hui, n° 527 du cat. de Cassel). Mais, suivant Smith, à qui l’on peut se fier, cette grande peinture est de Camphuysen, imitateur de Paul Potter.

Porrer F 4649. » Deux ans après /e Taureau de La Haye, trois ans avant l'établissement de Potter à Amsterdam.

A la vérité, la peinture a été fort dénaturée par les restaurations, et il ne reste presque plus rien du maître. Nous laisserons Smith décrire ce tableau et en raconter les rusfortunes :

«Cette singulière production de l'artiste est composée d’un gentleman à cheval, d’un homme à pied, de deux ours et de six chiens; et la lutte sanglante se passe au premier plan d’un paysage découvert. L'ours, rendu furieux par les morsures des chiens, s’est dressé, et avec une de ses pattes il étouffe un chien ; avec l’autre patte, il déchire le dos d’un chien qui lui mord la cuisse ; sous ses jarrets, il tient renversé le troisième chien, et Le quatrième se roule expirant sur le sol. En ce moment, un chasseur, tête nue, épée à la main, arrive au galop sur un jeune cheval bai et regarde cette boucherie avec une expression de terreur. L'autre chasseur s’avance prudemment, avec sa lance, de derrière un grand arbre, à gauche de la peinture !, où l’on voit un chien poursuivant le second ours. À un plan très-reculé, trois cavaliers arrivent au grand galop.

« Inutile de rechercher quel motif a décidé ce

1 Quand Smith parle de gauche ou de droite, c’est toujours relativement au tableau lui-même. Dans nos descriptions, au contraire, c’est toujours relativement au spectateur.

PAUL POTTER. 73 peintre distingué à entreprendre un pareil sujet, au quel évidemment son génie ne le rendait pas propre. L'ambition ou l'intérêt peuvent lavoir influencé , ainsi qu'il est arrivé à bien d’autres qui, comme lui, s'étant écartés de leur sphère habituelle, sont tombés au niveau de la multitude. Se livrer à plus de détails critiques de la peinture, dans son état présent, serait injuste; car, bien qu’elle tire son origine de Paul Potter sans contredit, elle a subi tant de changements et de mutilations depuis qu’elle a quitté son chevalet, qu'il faut un œil très-fin pour y découvrir trace de l'œuvre originale. Son annihilation finale (èts final annihilation) date de peu d'années (le V° volume de Smith, où se trouve le catalogue de P. Potter, a été publié en 1834), de l'époque où le tableau, extrait du musée de La Haye, fut confié aux mains de M. Pieneman, — artiste de quelque réputation dans son propre pays, — qui n'a pas montré, pour l’œuvre d'un si grand peintre, le même bon sentiment et le mème respect que montrerent en semblable occurrence quelques artistes, se refusant absolumefñt à poser un pinceau sur la peinture d’un maître supérieur ; car il semble avoir pris un plaisir particulier à repeindre tout le tableau du haut en bas; de sorte que ce qui avait été laissé par un ignorant nettoyeur de peinture, un moderne peintre de portraits Pa détruit, » |

Et en note Smith ajoute: «Si une gravure à l’eauforte (etching) sur un verre à boire, datée 1656 (sept

ans seulement après que la peinture avait été exécutée), aujourd’hui (1834) dans le cabinet de M. Moyet, amateur distingué à Amsterdam, fut une copie assez exacte de l'original, il se trouve tout à fait changé matériellement, depuis qu'il est sorti des mains du restaurateur ; car cette gravure représente le chasseur portant une belle toque à plumes, et les chiens attaquent un ours sauvage ; il y a aussi un second chasseur, monté sur un cheval très-animé, et essayant avec son javelot de porter un coup à l'ours. »

Ces critiques sont bien rudes pour le peintre-restaurateur, dont le fils est aujourd'hui, comme son père, un portraitiste « renommé dans son pays. » Un autre connaisseur anglais, M. Nieuwenhuis, qui avait vu la Chasse à l'ours avant qu'elle fût achetée pour le musée de La Haye‘, prétend qu’elle était dès lors perdue. Quoi qu'il en soit, c’est après la restauration par M. J. W. Pieneman le père, qu'elle a passé au musée d'Amsterdam.

La Chasse aux ours, ne doit plus compter véritablement dans l’œuvre du maître. Mais peu importe à la gloire de cet artiste incomparable dans sa spécialité. La Hollande et l'Angleterre possèdent de lui assez d'autres merveilles, pour qu'on ne regrette pas trop le désastre de cette grande composition, qui fut un égarement hors de son génie particulier.

1 En 4828, à la vente van Reenen, à La Haye, 7,000 florins,

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