‹ Musées de la HollandeChapitre 13 sur 72 · GERARD POV, S · texte numérisé non relu

GERARD POV, S

pourpoint et hauts-de-chausses noirs; petit manteau, d’un noir brun, sur l'épaule gauche, et cachant tout le bras qui repose sur la hanche ; bottes molles en chamois, et des éperons. Il occupe le milieu du panneau.

A droite est assise la femme, tournée de trois quarts vers lui. Elle a une cornette empesée, faisant couronne autour de la tête, un col à riches guipures, un corsage camellia, à reflets rouges et argentés, avec des broderies et des lacets d’or, des manches brunes, de hautes manchettes bordées de guipures comme le col, une jupe de soie orange foneé, à reflets verdâtres. Sa main droite gantée et appuyée sur son giron tient un éventail en plumes. Le bras gauche est abandonné tout droit le long du corps; le gant de cette main est tombé à terre.

Ces figures ont presque 1 pied de haut. Les têtes sont merveilleuses ; celle de l’homme surtout, qui est vivante et fière. Malgré l'extrême finesse de la touche, ce n’est ni sec, ni maigre, ni petit. Au contraire, c'est large et fort. On pourrait regarder ces portraits par le petit bout d’une lorgnette : ils paraîtraient de grandeur naturelle, réels, francs, solides, comme des portraits de van der Helst.

La même expérience ne réussirait pas, d'ordinaire, avec les personnages de Gerard Dov. Vous auriez beau les grossir par l’artifice de verres optiques, ils sembleraient souvent d’ingénieuses marionnettes, délicatement modelées en carton, sur une frêle arma-

ture de fils d’archal. Mais essayez cela sur les petites

figures de Rembrandt, sur sa petite Vierge mére (n°410 au Louvre), et vous verrez une vraie femme en chair sur une charpente d'os.

Le paysage, par Berchem, est un fond de bouquets d'arbres, assez sombres, sur lesquels se dessinent les personnages. À droite, un tronc de grand arbre est coupé par le haut du cadre; à gauche, entre les feuillages, on aperçoit un peu de ciel et un horizon de montagnes. Sur le premier plan, du même côté, un épagneul roux est tourné vers les personnages. IL y à aussi un morceau de pierre sculptée, avec un petit buste. Ce paysage a sans doute poussé au noir, et il est devenu du ton des Poussin. On dirait la nuit dans celte campagne; mais les figures sont frappées de lumière, et ce contraste sert à les faire ressortir.

La signature de Berchem est au bas, à gauche; celle de Gerard Doy sur le petit buste sculpté.

Le panneau a 2 pieds 8 pouces de haut, sur 2 pieds de large. — Vente de la comtesse van Moens , 3,200 florins.

Gerard Dov paraît avoir eu, durant une certaine période, cette manière peu connue. On en rencontre toutefois de beaux exemplaires en Hollande, notamment dans deux portraits de la galerie Steingracht, à La Haye. je ne saurais fixer précisément l'époque de ce style dans la carrière du maître, mais ce doit être entre 1650 et 1660, d’après le caractère des costumes. La collaboration de Berchem (né en 1624) à ce tableau du musée d'Amsterdam indique

GERARD DOV. 87 aussi à peu près cette date. C'était peut-être la vue des grandes et magnifiques peintures exécutées en Hollande, après la paix de Munster, qui avait influencé momentanément Gerard Dov. Il à d’ailleurs fait, ce qu’on ne sait guère, quelques figures de grandeur naturelle, — un portrait de sa mère, par exemple, — au sortir de l'atelier de Rembrandt ".

Le troisième Gerard Dov est encore un effet de lumiere : Jeune fille, encadrée dans une fenêtre ovale, avec une lampe à la main. La signature ‘habituelle est sur le rebord de la fenêtre. Très-petit tableau en hauteur, gravé par Valck. Il était, en 1756, dans la collection van Heteren.

Le quatrième ? représente un Ermite en prière, dans une grotte. Il a été payé 1,100 florins à la vente van der Pot, Rotterdam, 1808. Sur panneau, haut de 9 pouces, large de 7 pouces. L’ermite a un chapelet à la main; devant lui, un crucifix.

1 Ce portrait, dit la Mère de G. Dov, était, au temps de Smith, dans la collection W. Wells. — Lebrun, dans sa Galerie des peintres flamands, mentionne une autre grande peinture de Dov, faite au sortir de l’atelier de Rembrandt, et qui de la collection Braamcamp passa en Angleterre (Smith, n° 140). Elle représentait Tobie en présence de son père, et avait 3 pieds et demi de haut sur près de #4 pieds et demi de large!

? Smith, dont le Ier volume, contenant le catalogue de l'œuvre de Gerard Dov, fut publié en 1829, mentionne, comme étant alors au musée d'Amsterdam, un cinquième Gerard Dov : Homme assis près d’une table et jouant de la flûte. Mais ce tableau n’est plus au musée.

Gerard Dov affectionnait ces petites têtes ridées de vieux solitaires, auxquelles se consacra aussi, presque exclusivement, un de ses imitateurs, Jan Adriaan van Staveren. Notons une de ces imitations par van Staveren : Vreëllard priant sous une voûte. Petit tableau assez fin, signé en toutes lettres.

Le plus consciencieux et le plus patient des imitateurs de Gerard Dov, P. van Slingeland, a deux tableaux au musée d'Amsterdam : l’/ntérieur d'une habitation rustique; un homme joue du violon; un petit garçon l'accompagne de la voix; une femme prépare le diner. Signé : P : V: Slingeland Fecit. Sur bois. I. 1 pied 6 pouces, L. 2 pieds. « Bel exemplaire du maître, » dit Smith. — Et une espèce de portrait d'homme en habit japonais. — Tous deux du cabinet van Heteren.

Autre élève de Gerard Dov, — Schalcken, — avec eimq tableaux : Portrait de Guillaume [TT , roi d’Angleterre , en armure, et éclairé par une torche; buste de grandeur naturelle; gravé par M. J. W. Kaiser; — Jeune femme mettant dans une lanterne une chandelle allumée; et pour pendant, Jeune homme assis, fumant sa pipe; — Chacun sa fantaisie; un garçon mange de la soupe; un autre mange un œuf; tableau signé : G. Schalcken. pinrit ; et pour pendant, un intérieur avec trois hommes; deux causent, le troisième allume sa pipe.

De van Tol un seul tableau : N° 280. Trois En-

GERARD DOV, 59 fants joyeux. Un jeune garçon, appuyé sur le rebord d’une fenêtre cintrée, tient un chat et lui montre une souricière. Deux autres enfants le regardent en riant. Signé : D. v. Toc. Vente de M" Heemskerk, 1770, La Haye, 420 florins.

Mais le meilleur des élèves de Gerard Dov est incontestablement Frans van Mieris le vieux, qui, à son tour, et sans compter ses fils et petits-fils, engendra une foule d'imitateurs. Il ne manque pas de quelque originalité, a une place intermédiaire entre son maitre el Gabriel Metsu ; et, dans certaines de ses pein- Lures distinguées et rares, il lui arrive d’égaler à peu près l’un ou l’autre.

Le musée de La Haye et les collections particulières montrent plusieurs de ses petits chefs-d’œuvre,

Au musée d'Amsterdam, le catalogue enregistre deux Mieris : wne Femune qui pince de la quitare (n° 182), effet de chandelle, à la Gerard Dov; pe- {it panneau de 6 pouces, absolument insignifiant, et même contestable '; et une Femme qui écrit une lettre (n° 181). Elle est assise, en robe de satin jaune, à une fable couverte d'un tapis de velours écarlate et sur laquelle est un instrument de musique. Un page debout près d'elle attend ses ordres. Sur une chaise garnie de velours vert, un petit chien endormi. Ce

1 Il provient cependant, selon le nouv., cat., de cabinets cébres: van Zwicten, 1731, de Fraula, 4738, Lormier, 1763, et van Heteren.

tableau, mentionné par Descamps, a 10 pouces de haut et 8 pouces de large; sur bois. Il a été payé, en 1765, à la vente Cauwerven, 2,100 florins; en 17714, vente Braamcamp, 3,610 fL.; en 1777, vente Randon de Boisset, 8,100 francs; en 1787, vente Beaujon, 7,000 fr.; en 1808, vente van der Pot, 2,025 florins.

De Willem van Mieris, fils de Frans le vieux : un Marchand de volailles; de Frans le jeune, fils de Willem : un Ermute en prière, attribué à Willem lui-même par Immerzéel.

Un tableau assez curieux, de l’école de Gerard Dov, est catalogué comme représentant « Grotius , âgé d'environ douze ans, dans son cabinet d’études (n° 89), » et attribué à Joost van Craesbeek le Flamand, né en 1608; or Grotius est né en 1583! Le catalogue n'a point songé au rapprochement de ces dates. Ce petit portrait, minutieusement fini, ne représente donc point Grotius, et il n’est point non plus de Craesbeek , l'élève et l’ami de Brouwer; il est de van Gaesbeeck, dont le nom, oublié aujourd'hui, fut assez célèbre. La signature : &« A. VAN GAESBEECK. fecit » s'étale en toutes lettres au bas du panneau !,

1 J'ai montré cette signature à M. Engelberts. Le nouv. cat. a «'onc mis ce tableau à van Gaesbeeck, et enregistré la signature; mais il ne paraît pas connaître ce van Gaesbeeck, ni l'6poque où il a peint, puisque le personnage est toujours nommé Hugo de Groot (Grotius) « à l’âge de 42 ans. » Gaesbeeck est né bien après Grotius, puisqu'il s’est formé sui

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