‹ Musées de la HollandeChapitre 20 sur 72 · ÉCOLE DE GERARD DOV · texte numérisé non relu

ÉCOLE DE GERARD DOV

Au fond, vers le milieu, sous une arcade, dans une pièce à peine éclairée par deux fenêtres et par un feu qui brûle dans l’âtre, on découvre deux figures : une femme près du foyer et un vieux bonhomme.

Le tableau, sur bois, cintré au sommet, a 2 pieds 3 pouces de haut, 1 pied 9 pouces de large. Il a fait partie de l’ancienne collection des princes d'Orange. Conquis par les armées françaises, 1l fut emporté au Louvre, et, en 1815, restitué à la Hollande.

Je ne sache pas que cette précieuse peinture, datée 1658, cinq ans avant /a Femme hydropique, aït jamais été gravée. Comptez qu'elle se vendrait plus de 100,000 francs.

Il y a encore un autre Gerard Dov : Femme à une fenêtre, et tenant une lampe à la main. Maïs c’est peu de chose, et cela ressemble à Schalcken.

Écocr ne Gerarn Dov. — Schalcken lui-même, qui avait étudié chez les deux maîtres précédents, et dont nous avons déjà vu cinq tableaux au musée d'Amsterdam, à encore cinq tableaux au musée de La Haye : un second portrait de Guillaume ITT, roi d'Angleterre; — une Jeune femme devant sa toilette, éclairée par une chandelle; c’est, je crois, la einture qui, en 1726, dans la collection d’un ambassadeur d'Espagne, fut vendue 265 florins ; — /4 Préaution inutile, belle jeune femme, élégamment ‘êtue, assise près d’une table et tenant à la main une che cassette. Un vieux fou, arrivant avec un livre

sous le bras, semble lui donner de sages conseils. Morale inutile serait done le vrai titre du tableau : the useless Remonstrance, comme Smith l'a cataloœué, ajoutant que c’est une belle production du maitre. — Le Médecin empirique, avec une femme debout qui pleure et un gentleman assis qui la regarde et qui, mieux que le médecin sans doute, doit connaître la cause du mal, Gravé dans le Musée français ; car ce tableau à aussi passé dans les fourgons des guerriers. — 5° Enfin, une Vénus avec des colombes, provenant de la collection van Slingeland ; petite peinture coquette et maniérée, comme en firent plus tard les artistes français sous le règne de la gracieuse marquise de Pompadour.

Frans van Mieris le vieux pourrait bien compter comme un chef d'école; car, s'il a imité quelquefois Gerard Dov, il s’est fait aussi une manière propre, où avec l'influence de Gerard Dov se combine celle de Metsu. Nous le trouvons ici dans ces deux manières.

Son portrait d’abord, avec celui de sa femme } arrangés en une petite scène familière, tout à fai charmante. La jeune femme, en cornette blanche, e caraco rouge, bordé d’hermine, jupon de soie bleu brochée, est assise, de profil, et vue jusqu'à mi-jambe près d’une table avec un tapis perse et une guitar dessus. Elle tient de sa main gauche un petit épagneul (king-charles) couché sur son giron, et un autre épa gneul cherche à grimper sur ses genoux. Mieris, d

ÉCOLE DE GERARD DO. 227 bout, de face, au milieu, lui parle en riant et en agaçant le petit chien dont il tire l'oreille. Sa femme le repousse de la main, en baissant les veux, avec une expression très-coquette. On dirait qu'il s’agit de galanterie et de séduction entre les deux époux.

Mieris a une tête assez belle, d’une beauté bour- Seoise; la physionomie honnète et joviale, mais sans originalité. Il porte un grand chapeau brun à plumes blanches, et un grand manteau gris, doublé de velours. Ses longs cheveux tombant en boucles sont — une perruque; car la peinture, non datée, doit être d’environ 1665, Mieris (né en 14635) paraissant avoir une trentaine d'années.

Ce petit bijou, aussi délicieux qu’un Metsu, provient des collections baron Droste, 1734, 725 florins, et van Zwieten, 4741, 910 florins, Il a été gravé, par Audouin, dans le Musée français, et à l’aquatinte par Greenwood. Peint sur panneau, haut dé 10 pouces seulement, et large de 8.

La galerie de Buckingham Palace, à la reine d'Angleterre, en possède une répétition, mentionnée par Descamps, et qui a passé dans la collection van Slingeland.

Un autre Mieris, du musée de La Haye, se trouve également en double à Buckingham Palace. Son titre consacré est : /es Bulles de savon, Le peintre a répété quatre fois ce sujet. Descamps mentionne une des répétitions comme étant, en 1754, chez le due d’Orléans: à la vente de Calonne, Londres, 1795, elle fut

vendue 48 livres sterling ; puis, à deux ventes de lord Rendlesham, en 1806, 189 livres sterling ; en 1809, 131 guinées; elle a été gravée dans la Galerie Lebrun et aussi par Ingouf. Le tableau de Buckingham Palace paraît être celui qui a fait partie de la collectien de M. G. Morant. Le quatrième, enfin, était, en 1829, dans la galerie de lord Mulgrave.

Celui du musée de La Haye, provenant des coilections Schônborn, 1738, 620 florins, et Lormier, 1763, 1,560 florins, a figuré au Louvre, ainsi que le portrait de Mieris avec sa femme, et il a été gravé par Pigeot dans le Musée francais. N'est daté 1663. Haut. 9 pouces, larg. 6 pouces et demi; panneau cintré au sommet.

Le beau petit garçon qui fait des bulles est encadré dans une fenêtre entourée de pampres ; sa toque rouge à plumes blanches est déposée à droite sur le rebord de la fenêtre, près d’une bouteille d’où sort un brin d'héliotrope; plus haut est accrochée une cage. Berrière l'enfant, se tient, dans la demi-teinte, une jeune femme avec un chien entre ses bras. C’est sur l'appui extérieur de la fenêtre qu'est écrite la date en chiffres romains : MDCLXII. |

Willem van Mieris a souvent imité cette composition de son père, par exemple dans son tableau dus Louvre, n° 326, qu'on attribuait même autrefois à Frans. La première invention de ces petits faiseurs des bulles appartient d’ailleurs à Gerard Dov. ;

Le troisième Mieris au musée de La Haye est lei

ÉCOLE DE GERARD DOV. 229 portrait de Horatius Schuil, professeur de botanique à Leyde, exquisitely painted, dit Smith; trop délicatement même, trop minutieusement; genre porcelaine, On y lit la signature entière : F. van Mieris f. A° 1666. Pour ma part, je préfère de beaucoup la manière grasse et spirituelle dans laquelle le peintre a exécuté son propre portrait.

Du fils Willem, nous avons un de ses tableaux importants, une Boutique d'épicier. Triste peinture ! Ne nous arrêtons pas devant cette boutique.

Les imitateurs de ces Mieris père et fils ne nous manquent pas.

Arij de Vois, quoiqu'il ne paraisse pas avoir travaillé chez Frans le vieux, s’en rapproche assez dans un petit tableau très-fin et très-harmonieux, qui est certainement un de ses chefs-d’œuvre. Un Chasseur, tenant à la main une perdrix, est assis, jambes nues, contre un tronc d'arbre. Signé : À D Vois f., l'A, le D, le V, entrelacés en un monogramme. Cité par Immerzeel, comme ayant été payé, dans je ne sais plus quelle vente, 1,210 florins.

Philip van Dijk, quatre tableaux : une Dame devant sa toilette; assez bon pour le petit maître; — une Dame pinçant de la quitare; — Judith avec la tête d'Holopherne; porcelaine; — et un Homme taillant une plume; détestable.

Louis de Moni, élève de Philip van Dijk : une Vieille femme et un jeune garçon, encadrés dans une

fenêtre cintrée; lenfant fait des bulles de savon, la

vieille fait dé la dentelle. Signé : L. De Moni f. 1742.

À. de Pape, autre sectateur des Mieris : Zntérieur, avec une vieille femme qui plume un coq, et un petit garçon agenouillé près d'elle. Assez bonne peinture du maître, signée à gauche. Immerzeel dit que ce tableau a été payé 490 florins à la vente Gerrit Muller.

En ajoutant ici deux tableaux du chevalier van der Werff, nous en aurons fini avec les peintres trop précièux.

L'un de ces van der Werff est le portrait d’un magistral, couvert d’un affreux manteau bleu à petits plis secs. L'autre est une Fuite en Égypte, que l'empire français ne mañqua pas de s'approprier. Le chevalier Adriaan passait alors, comme d’ailleurs pendant tout le xvur° siècle, pouf un dés plus grands artistés qui eût jamais existé. La Fuite en Égypte à donc été gravée dans le Musée français. Elle n’a que { pied 6 pouces de haut sur 4 pied 2 pouces de large. On y voit la Vierge, de profil, en manteau bleu de Prusse, accompagnée de saint Joséph qui conduit l'âne. Ils : cheminent le long d’un ruisseau. Le paysage est orné d’un portique, de ruines, et de groupes d'arbres.

Cette peinture avait été donnée par l'artiste à sal fille, qui la vendit, à M. Schuijlenburg, 4,000 flo-4 rins! A la vente ds 4 La Haye, 1765, cllél monta encore à 2,500 florins. Louis X VI payait bien | 33,000 francs cinq van der Werff qui sont eo to au Louvre.

THEODOR DE KELHSER. 231

Turonor ne Keuser. — Pour nous reposer de ces miniaturistes, je prendrai un grand peintre, presque inconnu, Theodor de Keïjser, dont le musée de La Haye possède un petit chef-d'œuvre, provenant du cabinet Braamcamp et supérieurement gravé par J. Suijderhoef": / Assemblée des bourgmestres d'Amsterdam à l'arrivée de Marie de Médicis, en 1638,

Ïl n'y a pas, dans toute l’école hollandaise, de biographies plus obscures que celles des membres de cette famille de Keïjser, artistes très-illustres cependant à leur époque, et dont les archives d'Amsterdam et des autres villes de la Hollande doivent avoir conservé des traces,

En effet, Hendrik de Keïjser, né en 1564, fut architecte et sculpteur de la ville d'Amsterdam, où il éleva les églises du Sud, du Nord et de l'Ouest (Zuiderkerk, Noorderkerk, Westerkerk).On lui doit aussi l'hôtel de ville de Delft, et on lui attribue la belle statue d'Érasme qui orne encore le Groote Markt (grand marché), à Rotterdam. Dès 1540, Érasme avait déjà une statue en bois, à la même place; en 1557, la statue en bois fut remplacée par une statue en pierre, et en 1622, la statue en pierre par la statue de bronze, dont Hendrik est présumé l’auteur, Hendrik, il est vrai, était mort en 1621, mais la statue

! Jonas Suijderhoef à aussi gravé un portrait de Hendrik de Keijser, dessiné par Theodor, car on y lit cette suscription ; TKeijser delineavit A6.

a pu être inaugurée un an après la mort du statuaire.

Pieter de Keïjser, fils de Hendrik, succéda à son père, comme architecte et sculpteur de la ville d’Amsterdam. I a fait les tombeaux de l'amiral Tromp, à Delft, de Guillaume Louis de Nassau, à Leeuwarden, et beaucoup d’autres sculptures publiques. Une de ses filles épousa Nicholas Stone, né en 1586, à Woodbury, près d’'Exeter, lequel était venu d'Angleterre étudier l'architecture et la sculpture chez Pieter.

Theodor de Keïjser est probablement un des fils de Hendrik, et le frère de Pieter, par conséquent. On ne sait s’il est né à Amsterdam, à Utrecht, ou ailleurs; ni quand. On ne sait pas davantage quand il est mort. Les dates de ses tableaux, dit-on, font supposer qu'il est né vers 1595, et mort vers 1660 *. Mais où est donc cette série de tableaux datés *?

1 Ces dates sont proposées par MM. van Eynden et van der Willigen (Geschiedenis der vaderlandsche Schilderskunst), qui croient que Theodor de Keijser est né et mort à Amsterdam. C’est à leur Histoire que Nagler, Rathgeber et les autres biographes et critiques ont emprunté le peu de renseignements qu’ils donnent sur Theodor. .

2 Il y a cependant, à ma connaissance, deux points extrêmes entre lesquels doit se classer l’œuvre de Theodor : le portraits de 1621, gravé par Suijderhoef, et le tableau de Munich, ques nous citons plus loin, avec sa date 1650. Entre 1621 et 1650, on trouve encore divers points de repère : un tableau d’Ar quebusiers, mentionné par van Eynäen et van der Willigerm comme daté 1633, cette Assemblée de bourgmestres en 1638, etc., etc. |

THEODOR DE KELISER. 233

IL y a ensuite un Willem de Keyser, — Hollandais, suivant Immerzeel, — peintre de paysage et de fleurs, qui habita Londres, où il mourut en 1670; puis un Willem de Keyser, né vers 1647, à Anvers, qui alla aussi en Angleterre, fut peintre de Jacques IL, et mourut en 4692, suivant le catalogue van der Hoop, où on lui attribue un portrait de vieillard ayant un livre à la main. Ces deux Willem ne doivent faire

qu'un, malgré les contradictions sur la nationalité et

sur la date de la mort. Walpole, dans ses Anecdotes of painting in England, ne mentionne qu'un William de Keisar (sic) d'Anvers, d’abord joaillier, puis

| peintre en miniature, en émail et à l'huile, attiré à

Londres par lord Melfort, qui le patrona près du roi Jacques. Ce de Keyser « mourut à l’âge de quarantecinq ans, quatre où cinq ans après la révolution» (de 1688) : cette date concorde avec 1647-1692. Il avait

L'une fille qui exerça la peinture et mourut en 1724.

Willem de Keyser ne se rattacherait donc point sans doute à la famille des Keïjser hollandais.

Il y à encore un Jan Keyser, de Housum, qui fut admis à la bourgeoisie d'Amsterdam, le 3 juin 1650. Mais Jan Keyser n’est sans doute pas de la même famille que les précédents. Le nom de Keiser, — Keiser, Keijser, Keïjzer, — qui veut dire empereur, est très-commun en Hollande et dans les Flandres.

Les embrouillements que les Hollandais eux-

mêmes font de ces Keïjser, quand il s’agit de pein-

ture, sont inconcevables, Ainsi nous avons déjà vu

que le catalogue du musée d'Amsterdam attribue à Hendrik, l'architecte, un portrait de Hoogerbeets. C’est aussi à ce Hendrik, mort en 1621, qu'Immerzeel attribue / Assemblée des bourgmestres en 1638! Hendrik at-il fait de la peinture ? C’est douteux, quoiqu'on lui prête un monogramme H, D, K'.

Bien plus, le catalogue lui-même du musée de La Haye donne pour prénom au Keïjser, auteur de /°4ssemblée des bourgmestres, Yinitiale A ! Qu'est-ce que ce nouveau « À. de Keyzer, » inventé par le cata logue de La Haye? Comme ce nom est suivi des dates 4595-1660, qu'on applique ordinairement à Theodor, l'A serait-il une faute typographique pour T? Tout| cela est difficile à éclaircir, comme on voit,

Pour moi, je laisse là Hendrik, Pieter, /es Willem et Jan, et je ne connais comme peintre que Fheoder, et je le tiens pour l’auteur de 7 Assemblée des bourymestres, du musée de La Haye, et, sur ce type de son talent, je le place carrément à la droite de l’auteur de la Ronde de nuit et des Syndics. Il me semble mème que l'influence de Rembrandt est incontestable dans le petit chef-d'œuvre de Theodor?.

1 Voir précédemment, p. 52, au musée d'Amsterdam, où lel portrait de Hoogerbeets est toujours attribué à Hendrik par le nouveau Catalogue qui donne un monogramme.

2 Theodor. de Keijser peignait, il est vrai, une dizaine d’ ans nées avant Rembrandt; mais, de 4630 à 4650, qui est sa bell époque, son talent peut avoir été influencé par Rembrandt. D moins, les quelques tableaux authentiques que je connais d

THEOPDOR DE KEHSER. 235 Quatre citoyens en noir’, avec collerettes ou fraises blanches, grands chapeaux noirs et souples, à la mode

du temps. sont assis dans des fauteuils, autour d’une Ps; ;

table couverte d'un tapis uni, verdâtre, glacé de bistre. A gauche, un d'eux, vu de trois quarts, semble parler ; le second, presque de dos, a la tête de profil; le troisième est de face, de l’autre côté de la table, sur laquelle i] appuie sa main droite ; le quatrième, aussi de face, a Ja main droite sur l'angle de la table, la main gauche sur le bras de son fauteuil.

Par une porte dissimulée dans l'angle du tableau, un homme botté, chapeau à Ja main, la tête et le corps de profil, entre. C'est l'avocat Davelaer, qui vient respectueusement annoncer à ces honnêtes représentants de la ville d’Amiterdam l’arrivée de Marie de Médicis.

Tout le fond est neutre, d’un {on gris superbe, digne de Rembrandt ou de Velazquez. On devine seulement une statue dis une niche du lambris. Je n'ai jamais pu découvrir ni signature, ni date, ni monogramme, ni marque quelconque. On peut croire que la peinture est de la même année que la scène qu'elle représente : — 1638.

Le tableau dans lequel s’arrangent ces cinq per-

Theodor le rattachent à Rembrandt et aussi à Aalbert Cuijp, né en 4605. La date 4595, proposée pour la date de naissance de Theodor, paraît donc un peu trop reculée. I doit être né seulement au commencement du xvit siècle.

1 On trouve leurs noms sur la gravure de Suijderhoex,

sonnages n'a pas À pied de hauteur. Ils y vivent pourtant, et très à l'aise, et chacun y a son caractère décidé. Les petites têtes sont prodigieuses d’expression sous les ailes noires de leurs chapeaux. Les petites mains sont correctement modelées. L'ensemble des figures, dessinées avec une rare solidité, a du naturel et de la grandeur. La touche est ample, ferme, juste où il faut, et rien que ce qu'il faut. Simplicité, force, harmonie, tout y est. Et cette peinture si simple à néanmoins une originalité étrange. En l’apercevant, on s’écrie aussitôt : — Ah ! quelle œuvre de maître! — Mais de quel maître? Après avoir pensé à Rembrandt, on pense un peu à Cuijp. Van der Helst? il n’a pas cette intimité. Terburg, de Hooch ? ils ont bien quelque analogie éloignée, mais non pas cette largeur que sembleraient seules comporter des figures de grandeur naturelle. On rêverait presque plutôt à un Concile du Titien !

Tel est Theodor de Keijser, cet-inconnu-de-gémie, dont on aurait peine à signaler plus d’une douzaine de tableaux. Je ne crois pas qu'il v en ait un seul en France, en Espagne, en Italie.

Parmi les musées d'Allemagne, Berlin enregistre (n°750) «une peinture de famille (Familiengemälde), par Theodor de Keiser, qui florissait, dit le rédacteur du catalogue, M. exe vers 1620.» On y voit Ic « portrait du père, 48 ans, de la mère, 40 ans, du fils aîné, 22 ans, du ne jeune fils, 8 ans, de la fille aînée, 19 ans, et de deux autres jeunes filles, l’une :

THEODOR DE KEDSER. 231 de 14, l’autre de 10 ans, tous habillés de noir, avec des cols blancs. Et les âges susindiqués sont inscrits près de chaque personnage ! Singularité que ne pratiquaient plus guère les peintres au xvn° siècle, et qui serait bien étonnante chez Theodor de Keijser.

Je ne me rappelle plus ce tableau du musée de Berlin. Peut-être est-il de Hendrik, à supposer, comme on le dit, que Hendrik ait fait de la peinture. Et s’il est de Theodor, il appartient sans doute à ses premiers temps. Mais comment l’auteur, si prodigue de chiffres et d'inscriptions, n'a--il pas mis quelque part une date avec son nom, où pour le moins un monogramme? M. Waagen n'en cite point. — Le monogramme de Theodor est un grand T, avec le » et le k entre-croisés et accolés à la partie inférieure du jambage vertical de T.

Au musée de Munich, on trouve un Theodor de Keïjser, daté 1650. Il représente une Vieille femme assise et un homme debout (n° 418 du cat., IE partie, p. 240).

Le catalogue du Stadel’sche Institut, de Francfortsur-Mein, rédigé par M. Passavant, enregistre aussi un « Theodor de Keyser (n° 202) : Portrait d'un cavalier avec deux levriers. » Ce tableau porte un monogramme, que M. Passavant aurait bien dû donner.

Le docteur Georg Rathgeber, qui ne connaît en tout que sept tableaux de Theodor, prétend qu'il y en a trois à sa galerie de Gotha, parmi lesquels vx

Bourgmestre d'Amsterdam, avec femme et enfants, dans un paysage’.

A la National Gallery de Londres, il y a encore un très-bon tableau de Theodor, représentant « un Marchand assis près d’une table et son commus qui lui remet un paquet » (n° 212). Petites figures enlières.

Le musée de La Haye montre un second tableau de Theodor de Keïjser : Portrait en pied d'un magistrat. C’est encore un chef-d'œuvre, comparable aux portraits des maîtres les plus éminents.

L'homme est assis de trois quarts, devant une table couverte d’un tapis rouge des Indes. I feuillette, de la main gauche, un livre posé sur un pupitre; mais il ne regarde pas le livre, il regarde le spectateur. Il a des cheveux gris, assez courts, et une moustache; l'œil plein de feu, la physionomie très-expressive. Il est coiffé d'un large chapeau noir. Une fraise blanche éclate sur son pourpoint de soie noire ouvrée ; bas de soie noirs, et souliers à belles rosettes. La main droite, qui est superbe, s'étale sur la cuisse droite.

Le parquet est dallé de pierre noire et de pierræ grise. Le fond, très-sobre, ne sert qu'à faire valoir la figure. Il y a cependant une indication de bibliothèque sur la gauche.

Le personnage est assez grand, cette fois : au tiers à peu près de la proportion naturelle.

! Annalen der niederländischen Malerei, etc., Gotha, 1839

ADRIAAN VAN OSTADE. 239

On ne trouve point Theodor de Keïjser dans les deux autres musées de la Hollande’, — musée de Rotterdam et musée van der Hoop, — mais / Assemblée de bourgmestres et le Portrait de magistrat suffisent pour constater sa haute valeur dans l'école de son pays.

ADRIAAN VAN OsTaDE. — Il à aussi deux œuvres de premier ordre, au musée de La Haye. On ne s’en douterait pas, à lire le catalogue : N°106. L'intérieur d'une maison, ornée de figures. — N° 107, L’extéricur d'une maison rustique.

Essayez, après cela, de vous rendre compte de quelque peinture d'un musée, en consultant les catalogues, notices ou publications quelconques, qui la concernent. Il en est ainsi pour tous les catalogues de la Hollande?, pour tous ceux de la Belgique, sauf Anvers, pour ceux de l'Allemagne, sauf Berlin, qui st excellent, et Vienne qui a ses qualités, pour tous ‘eux de l'Italie, sans exception, pour ceux de Madrid, our tous ceux de la France, sauf celui du Louvre,

1 À la valerie Steingracht, à La Haÿe, il ÿ a un bon portrait Jar Theodor.—- En Belgique, on pourrait encore en signaler uelques-uns : par exemple deux portraits, appartenant à . Dubus de Gisignies, et qui ont été exposés en 1855 au alais Ducal à Bruxelles.

? Sauf Amsterdam maintenant, depuis son nouveau Cataogue.

le meilleur de l'Europe, malgré ses nombreuses erreurs et ses quelques imperfections. IT faut excepter encore le catalogue de la National Gallery, de Londres, qui est assez complet et très-correct.

Les catalogues de collections appartenant à des fondations particulières, ou à de riches amateurs, dans tous les pays de l'Europe, sont encore pires que ceux des galeries publiques. |

En fait de peinture il faut absolument voir de ses propres yeux, ne juger qu'après autopsie, nach Autopsie, comme disent les Allemands, en employant à merveille le mot selon son étymologie : orcs ce, — voir soi-même. Et c’est pourquoi les livres d'art, — rédigés avec des livres seulement, — sont toujours trompeurs et détestables.

Les deux tableaux d’Adriaan van Ostade étaient naturellement de la rafle faite par les troupes impériales sur le pays conquis, et ils ont été gravés dans le Musée Napoléon, et par Bovinet, dans le Musée) français. Ws sont à peu près de même dimension, — l’un 17 pouces de haut sur 14, l’autre 16 pouce sur 15, — et se font très-bien pendant. Mettons un centaine de mille francs la paire, et 150,000 francs si les Anglais s’en mêlaient, — et ils s’en mêleraient On voit déjà que le musée de La Haye vaut de l'ar gent. Quand les Hollandais seront embarrassés dan leurs affaires commerciales, ils n'auront qu'a offrir en adjudication leurs tableaux de La Haye et d'Amster dam.

ADRIAAN VAN OSTADE. 241

L'intérieur de la maison est orné de huit personnages de haute distinction, — et d’un chien. Groupe principal, au milieu en avant, trois hommes et une femme ; un des hommes, assis à gauche sur un banc très-bas, allume sa pipe dans un réchaud posé sur un tabouret avec un hanap et une pipe; un autre, assis à droite dans une chaise, élève en l’air son verre plein, et de sa main gauche tient un pot qui sans doute n’est pas vide ; entre eux deux, le troisième gentleman accorde son violon. On fête à la fois Apollon et Bacchus. La femme, appuyée sur le dossier d’une chaise, devise avec ces nobles artistes. À gauche, près d’une ouverture en arcade, qui laisse voir un arbre au dehors, une petite fille assise s'amuse d’un petit épagneul blanc qui la regarde. Au fond, à droite, la cheminée flambante, et trois buveurs-fumeurs dans l'ombre. C’est parfait de tournure, d'esprit, de couleur. Signé : AV. Ostade. 1662; l'A et le V accolés. Peinture superlative, dit Smith.

L’extérieur de maison rustique est encore mieux orné de figures pittoresques que la tabagie de village. Le plein air aussi prête à des effets de lumière plus variés. Ce cottage rustique est d’ailleurs ravissant, avec sa porte surmontée d’un auvent en bois et entourée de vignes et de plantes grimpantes, avec sa muraille multicolore, décorée de pots et d’ustensiles accrochés à des clous, et même d’une affiche illustrée d'une petite vache comme symbole du texte. Sur le

battant inférieur de la porte s’accoude une vieille Et

femme ; à sa gauche, un homme, accouru pour voir, avance une tête curieuse, et un troisième personnage paraît dans la demi-teinte de l'intérieur, Qu’'y a-til donc à voir au dehors?

C'est le vieux ménétrier qui fait sa tournée. Il est là, debout, jouant du violon, et accompagné de son petit conducteur fidèle. Il a un magnifique chapeau gris, qui ferait envie à Frédéric Lemaître. Et la belle pose sentimentale qui trahit le virtuose ! Et comme il racle avec amour son stradivarius d'occasion ! C’est à se tordre d’attendrissement — ou de rire. Aussi, un philosophe de campagne, assis sur un banc extérieur, à gauche de la porte, et serrant, à la manière de Sganarelle, entre ses jambes écartées, une cruche chérie, se renverse en ricanant vers les hôtes de la maison.

A droite, une petite fille tient un baby assis sur un petit escabeau, et un boy, assis par terre, agace un chien couché près de lui. Deux autres enfants complètent ce groupe.

La signature À V. Ostade est suivie de la date 1673. Le peintre avait soixante-trois ans. On ne s’en douterait pas, à voir la franche gaieté de la composition, la fraicheur délicieuse du coloris, l'abondance et en même temps la sûreté de la pratique.

Rien d’Isack van Ostade ! Qui croirait que ce maître se rencontre si rarement en Hollande? Il n’y en a point non plus au musée de Rotterdam, et qu'un ! seul, très-ordinaire, àu musée van der Hoop. Ce sont

ADRIAAN VAN OSTADE, 243

les Anglais qui ont tous les plus beaux ouvrages d'Isack. L'Exhibition de Manchester en montrait quatre, d’une vaillante qualité.

Le catalogue attribue à Tilborg, sans autre indication, un curieux tableau : € N° 156. Une société de peintres à un repas chez Adrien van Ostade, Au nombre des convives se trouve le peintre Potter, avec sa femme et ses enfants, » Le catalogue entend sans doute désigner Gilles van Tilborg, ou Tilborgh, ou Tilburg, né à Bruxelles en 1625, et qui fut, dans l’école flamande, une sorte de rival de Teniers. Le tableau est si mal éclairé qu'on ne peut s'assurer de son authenticité, Tilborg a sans doute habité la Hollande, et je crois même qu'on le suppose élève d’Adriaan.

Toujours est-il qu'Adriaan se trouve là, assis au milieu, ayant à sa droite sa femme, puis un homme, puis une femme. A la gauche est maître Potter, avec ses longs cheveux, son grand chapeau, un pourpoint gris perle et des bas rouges; l'air assez gaillard et le nez retroussé;, bien portant et très-vivant: Ce n’est point alors le mélancolique du touchant portrait de van der Helst, Près de lui, sa femme, debout, en jupon bleu tendre; femmelette assez mince, pas trèsgracieuse, et qui pourrait bien l'avoir un peu tourmenté. Deux autres peintres, debout sur la gauche, ciusent ensemble,

Qui sont-ils? peut-être Tilborg et Isack van Ostade, à moins qu'Isack ne soit l'homme assis à table près de Ja femme d’Adriaan, Mais je ne suis pas sûr.

!, quoique je Con-

d'avoir jamais vu ces deux artistes naisse de vue la plupart des maîtres hollandais de ce bon vieux temps, et leurs allures et leurs costumes, et leur famille et leurs amis, et les lieux qu'ils fréquentaient, leurs promenades ou leurs estaminets d'affection. Car de presque tous on a conservé des portraits, et aussi des traditions sur leurs alliances, leurs demeures, leurs habitudes. Eux-mêmes ont souvent pris soin de se montrer dans leur intérieur, ou dans leurs distractions au dehors. De beaucoup on pourrait dire comment ils levaient le coude en buvant un verre, comment ils jouaient aux quilles le dimanche, comment ils travaillaient les autres jours, faisaient jouer sur leurs genoux leurs petits enfants, embrassaient leurs femmes, comment ils portaient sur l'oreille la toque ou le chapeau, quelques-uns l'épée au côté, la dentelle aux poignets, les rubans à leurs hauts-de-chausses. Toute leur vie est écrite dans leurs œuvres et dans le souvenir de leurs compatriotes. N’est-il pas surprenant qu'elle n'ait point été écrite dans les livres, et que les deux ou trois biographes leurs contemporains aient remplacé la vérité naïve par des contes calomnieux ou insignifiants !

TergurG. — Voici maintenant le portrait de Ter-

1 Dans la Famille d’Adriaan, au Louvre (n° 369), ily a aussi un Jeune homme debout, « qu’on suppose être Isack. » Je ne me rappelle pas assez sa figure pour dire s’il est le même

- qu’un des personnages du tableau de La Haye.

TERBURG. 245 burg, — nous les passerons tous en revue, — petit portrait en pied, dans le costume de bourgmestre, — Terburg a été bourgmestre de Deventer, où il mourut, — portrait sérieux, planté droit sur le parquet, comme une statue sur un socle.

Ce Terburg est un grand original dans son école : il en a la simplicité, la grâce, avec je ne sais quelle dignité exceptionnelle et une certaine froideur dans son élégance. Un siècle plustôt, il eût fait des Romains tout comme un autre.

Il est debout, de face, grave sous son manteau noir, tombant jusqu'aux genoux et sous lequel sont dissimulés les bras; les deux jambes rapprochées, la droite en avant cachant presque la gauche. On dirait un terme antique, habillé à la mode hollandaise du xvu® siècle. Une majestueuse perruque, enfoncée bas sur le front, se déroule en grosses boucles sur les épaules et fait cascade jusque sur le rabat en guipure. Des nœuds noirs pendent à la jarretière sur des bas de soie gris. De longues rosettes noires ornent les hauts souliers, de forme Molière.

Tout ce costume accuse sa date. Nous sommes vers 1660. Terburg a environ cinquante ans.

Sa tête effilée est un peu revèche. Il a le nez long, mince et droit, la bouche ferme, surmontée d’une grêle moustache, le menton très-long et plat, c'est-àdire une très-longue distance du nez au bas du menfon; signe habituel de rigidité. Les têtes de ses tableaux ont souvent de son propre type. On met

toujours un peu de soi-même dans les autres. Le type affectionné de chaque peintre pour ses personnages lui ressemble toujours un peu. Je croirais bien d'ailleurs, à un certain air de famille, que la femme au long profil froid, qui revient d'habitude dans les tableaux de Terburg, celle qui chante au Louvre (n° 528), est sa fille, la Constantia, qui fut peintresse.

Le fond du portrait est gris neutre, comme le parquet, et tout cet entourage de la figure se confond dans une fine harmonie et paraît peu. Cela rappelle

certains portraits doux de Velazquez, où il semble qu'il n'y ait que de l'air autour du personnage.

La toile a seulement 2 pieds de haut sur 4 pied 5 pouces de large.

Smith enregistre ce portrait comme étant celui d'un «gentleman. » Mais, sans aucun doute je pense, ce gentleman est bien maître Terburg, bourgmestre de Deventer, et le catalogue du musée de La Haye n'hésite pas à le signaler comme tel,

Le second Terburg du musée est assez célèbre. Il est mentionné par Descamps, il a passé dans la col= lection van Slingeland, il a eu les honneurs du rap militaire et il est gravé, par Audouin, dans le Musé français. Nieuwenhuis, dans son livre, l'intitule : la Dépêche; Smith, lInterruption; le catalogue d La Haye le décrit ainsi : « N° 154. Un Officier, ayan à la main une lettre remise par un trompette, et un Dame écoutant avec attention, »

La vérité est que Mars, Vénus, et même Bacchus

TERBURG. 247 sont compromis dans l'affaire , et 11 est élonnant que, sous l'Empire, on n'ait pas donné au tableau ce triple titre, qui aurait eu peut-être l'inconvénient de rappeler Henri IV, le vert galant qui boit et qui bat.

L'officier, en riche tenue, tout botté, tout cuirassé, et coiffé d’un chapeau gris à larges bords, profite d'un moment que lui laisse le dieu des batailles. Il n'a eu que le temps de déposer son arquebuse sur une table, à côté de verres et de flacons. IT est assis dans une chaise basse, la main gauche caressant l'épaule de sa maîtresse, volupteusement accroupie à ses pieds. Elle, avec son bonnet chiffonné, est charinante, avec son corsage citron et sa robe fraise.

Terrible trompette! Est-ce que l'ennemi est aux portes de la ville? Va lui dire, comme les gentilshommes de Fontenoy : — Commencez, messieurs ! Tirez les premiers ! nous vous répondrons tout à l'heure.

Le trompette est debout, de profil, en uniforme bleu. Il a fait son devoir et remis la lettre à son supérieur, — C’est bon; merci. Selle mon cheval. — Mais pourquoi cet aimable officier n'a-t1l pas été chez sa dame, au lieu de l'amener dans sa tente, ornée de faisceaux d'armes accrochés au fond?

Cette peinture, très-belle d’ailleurs, a beaucoup poussé au noir et est devenue sombre dans les entourages, On à cru, bien à tort, la raviver par d'épais vernis, qui, au contraire, empêchent de la voir. Le

panneau à 2 pieds À pouce de haut sur 1 pied 10 pouces de large.

Un élève de Terburg, Gaspar Netscher, nous offre aussi son propre portrait, — avec ceux de sa femme et de sa jeune fille. Le peintre, de profil, en casaque rouge à crevés, tient à la main une guitare. Sa femme est assise, dans la demi-teinte, de l’autre côté d'une table à tapis de Perse. A droite, la jeune fille, debout, presque de profil, chante. Elle a des plumes dans les cheveux, et une belle robe de satin blanc. Sur le dos du fauteuil de Netscher est la signature, avec la date 1665.

Smith catalogue, comme étant au musée de La Haye, et daté également 1665, un tableau « représentant les portraits de Netscher, de sa femme et de son enfant, » mais il en donne une description toute différente , ajoutant que cette peinture provient des collections Schônborn et van Slingeland, et qu'elle à été gravée par David. Je n'ai pas vérifié si la gravure de David se rapporte, en effet, au tableau décrit par Smith, ou au tableau du musée de La Haye.

Mersu. — Les trois tableaux du rival de Terburg 4 sont très-remarquables : l’un, pour sa qualité; l’autre, pour la proportion de la figure qu'il représente; le troisième, à cause de sa date. |

Nous commencerons par celui dont la date authentique permet de rectifier la biographie de Metsu,

METSU. 249 Tous les biographes, tous les critiques d'art, {ous les catalogues de musées et collections, y compris le catalogue du Louvre, y compris ceux de la Hollande, et même celui de La Haye! écrivent que Metsu est mort en 1658. Or voici un de ses petits chefs-d’œuvre, le Chasseur tenant un verre de vin à la main (n° 88), où, à la suite d’une belle signature en toutes lettres : G. Metsu, on trouve, bien authentique et bien pure, la date 1661. Metsu n'était donc pas mort en 1661, puisqu'il — peignait encore. Diverses indications doivent même faire supposer qu'il vécut plusieurs années après cette date.

Le petit chasseur, vêtu d’écarlate, col et manchettes blanches, est assis, la main droite appuyée contre son chapeau posé sur ses genoux ; de la main gauche il tient un beau verre de Bohême à pied colorié. Il a le longs cheveux, une physionomie délicieuse d’esrit et de gaieté. On le voit ainsi encadré dans une cnêtre sur le rebord de laquelle sont un pigeon ranier mort, une poire à poudre et un pot d’étain. La signature et la date, en bas de l’appui de la fenêtre. ur panneau. Haut. 10 pouces, larg. 8 pouces 1/4. utrefois dans la collection van Slingeland. Gravé ar David et dans le Musée français.

La Société de trois personnes faisant de la musiue est une peinture exquise, même un peu trop affinée à la Müieris en certaines parties. Elle a été ravée aussi dans le Musée français et par Watson. Tout ce qu'il y à de beau ay musée de La Haye

290 MUSÉE DE LA HAYE, a passé par les mains des conquérants de l'Empire. Nous n’en ferons plus l'observation.

Au milieu est assise une jeune femme qui écrit. Elle à un caraco de velours cerise, bordé d’'hermine, un jupon jonquille, en soie bordée d'argent, un tablier bleu tendre, une cornette blanche et par-dessus, en‘arrière, une vyoilette noire. Le petit bout de son pied mignon, pantouflé de rouge, repose sur une chaufferette, Au dossier de sa chaise, sur la gauche, est accoudé un gentleman debout, en noir, tenant à Ja main son chapeau. De l’autre côté d’une table à tapis persan, une jeune fille debout pince de la guitare. Derrière elle, au fond, une cheminée surmontée d'un tableau. Du plafond pend un lustre en cuivre. A droite, au premier plan, un épagneul. Haut, 1 pied 8 pouces ; larg, 1 pied 4 pouces. Sur panneau.

Assurément toutes ces compositions de Metsu et de Terburg ne varient guère; mais leur charme est dans la délicatesse des physionomies, la grâce des attitudes, la simplicité naïve des scènes, et surtout dans l'harmonie d’une couleur incomparable.

Je ne m'explique pas pourquoi Smith, dans son catalogue, mentionne comme étant au musée de La Haye trois autres Metsu qui n’y sont point : /4 Lady charitablé, le Marchand de volaille, et une Jeune lemme pinçant dela quitare. En revanche il omet le curieux tableau intitulé : Aeprésentation emblématique de la Justice, C'est là, pour le fond et pour la

forme, une production exceptionnelle dans Pœuvre ; L

METSU. 251 de Metsu! Une femme, symbole de la Justice, les yeux bandés, l'épée dans une main, la balance dans l'autre, debout, de face, en draperie blanche, foule aux pieds un homme renversé sur des sacs d’or. A droite, un jeune garçon, vêtu de rouge, et une femme portant dans ses bras un petit enfant sont à genoux et prient. En l'air un génie tient une couronne d'or au-dessus de la tête de la Justice. Au fond, à gauche, une sorte de trône doré, et, de l’autre côté, une colonne cannelée. Les figures ont environ 2 pieds de proportion |

Quelle idée à ce peintre familier, de s’égarer en pareille allégorie, avec la veuve et l’orphelin, avec trône et colonne grecque! Ça ne lui à pas mieux réussi que sa Femme adultère du Louvre. C'est vide, faible, lâche, sans caractère, et même sans les qualités habituelles de coloris et de clair-obscur.

Le meilleur élève de Metsu, Uchterveldt, est l'auteur d'un «/ntérieur, avec un marin offrant du poisson à une dame; » excellent tableau, très-rapproché du maître et un peu influencé aussi par Pieter de Hooch, dont le musée de La Haye ne possède aucune peinture.

Michel van Musscher, autre élève de Metsu, s’est donné, comme tous ses compatriotes, le plaisir de transmettre à la postérité son portrait avec sa femme et son fils, assez grandes figures, mi-nature, un peu lourdes, Et il a signé : M: v : Musscher Pinrit A° 1681 in Amsterdam. 1 avait alors trente-six ans.

Jan Srkex. — Encore des portraits d’un de ces vieux amis ! Mais celui-là on le rencontre souvent, et nous le connaissons bien. Maître Steen est presque toujours de la partie dans ses bambochades, et ce serait grand dommage qu’il n’en füt pas; car à lui seul, avec sa physionomie pantagruélesque, il éclaire toute une scène.

Ici, la chose est solennelle. Le vertueux Jan Steen a rassemblé autour de lui toute sa famille. Où peuton être mieux que dans sa maison, — si ce n'est au cabaret ?

La réunion est composée de onze personnes. Naturellement Jan Steen est à table, au milieu, de face; longs cheveux, large chapeau. Que fait-il? I rit et il fume, en attendant qu'il boive. A sa gauche, sa bonne grosse femme, un peu jordanesque, en cornette blanche, en caraco de velours bleu, bordé de fourrure, bourre une pipe; soyez sûr qu'elle va fumer. Elle à près d’elle une autre femme, une sœur peutêtre. La vieille mère de Steen, assise à gauche au premier plan, fait jouer sur son jupon rouge un petit enfant debout, en robe citron et en bourrelet. Le vieux père, en lunettes, debout contre la cheminée, chante d’après un papier qu'il tient à la main ; il ac compagne sans doute le fils aîné de Steen, gentil garçon debout, en pourpoint gris, et qui joue du flageolet. En avant, un chien, des ustensiles de cuivre ef un mortier sur lequel est la signature.

Ce tableau, important par sa dimension, 2 pieds

JAN STEEN. 253 T pouces de haut sur 2 pieds 10 pouces de large, par l'intérêt des personnages qu'il représente, est, en outre, de la belle qualité de Steen, dans sa manière large et abondante, assez analogue, malgré la différence des proportions, à la manière de Jordaens quand il peint aussi sa joyeuse femme et ses enfants.

Gravé par Villain, et par Oortman dans le Musée francais.

Mais les voici encore vraiment, presque les mêmes, dans une composition intitulée : Tableau de la vie lunaine, el gravée également dans le Musée francais, par Oortman.

I y à plus de monde, cette fois : une vingtaine de figures, en plusieurs groupes. À gauche, le vieux père assis fait jouer un petit enfant ; près de lui, une jeune fille accroupie prépare des huîtres. Au milieu, un vieillard offre une huître à une femme assise. Les enfants s'amusent autour d'eux, l’un faisant danser un chat, un autre tenant un petit chien, un autre portant un broc et un panier de fruits. A la table servie, un peu en arrière sur la droite, Jan Steen joue du luth, une jeune femme l'écoute, un gros compagnon rit, son verre de liqueur à la main. Au lond, groupes de joueurs et de fumeurs. En haut, sur Pavant-plan, un grand rideau violet étend sa pénombre sur une partie de cet intérieur.

La signature JSteen, VS entortillé sur le 3, est sur un pilier à droite, Haut. 2 pieds 3 pouces; larg. 2 pieds 8 pouces, Sur toile, comme le précédent.

+) na

Smith intitule ce tableau : /a Fête aux huîtres, € le déclare «une des meilleures peintures du maître.»

Jan Steen se révèle déjà mieux, dans sa force et son originalité, au musée de La Haye qu'au musée d'Amsterdam ; car, outre ces deux beaux /ntérieurs de famille, il a encore deux Scènes de médecin, — un Dentiste arrachant une dent à un villageois, petit tableau assez ordinaire, qui provient peut-être cependant de la collection Lormier, — et une trèssingulière composition, intitulée : «une Ménagerie, et dans le lointain la maison à Honsholredijk. »

Ce dernier tableau est en hauteur — 4 pieds 4 pouces! — et représente une espèce de cour exté-

rieure à une maison de campagne qu’on aperçoit sous une grande arcade. D'une plate-forme devant l’arcade quelques degrés en pierre descendent vers Le premier plan où coule un ruisseau et où se dresse sur la droite un vieil arbre dépouillé, dont une branche sert de perchoir à un paon. Des canards barbotent dans le ruisseau. Des poules, des dindons, des pigeons, picotent des grenailles dans la cour.

Assise sur un des degrés, une petite fille en robe jaune paille, guimpe et tablier blancs, fait boire du lait dans une coupe à un agneau. Un bonhomme à tête chauve lui parle en riant; il s’en va porter quelque part un panier d'œufs et un pot vert. Un autre vieux serviteur de la ferme, arrêté sur la plate-forme, rit aussi en regardant sa jeune maîtresse. Ce personnage qui tient sous son bras gauche une poule, et

JAN STEEN. 259 sous son bras droit la nichée de poussins dans une corbeille, est très-grotesque : nabot, ragot, à jambes courbes et tortues, ce que les Hollandais et les Flamands appellent un £rom. Jan Steen s’est bien amusé à le peindre d’après nature et il y a mis toute sa science réaliste et expressive. La tête du bonhomme au panier d'œufs est aussi d’une réalité merveilleuse, et Je ne crois pas que Jan Steen, ni aucun des petits maitres hollandais aient jamais fait une tête plus correctement modelée et plus vivante.

Cette peinture, si volontaire dans le dessin, si ferme d'exécution, si scrupuleuse dans le détail, si simple et si juste de lumière, ne ressemble à aucune autre du maitre, et l’on pourrait d'abord être embarrassé de nommer l’auteur. C’est sans doute ce qui a fait supposer à Smith que cette ménagerie devait être des premiers temps de l'artiste : — an early production of the artist. Mais Smith se trompe, car le tableau est daté 1660, après une signature en toutes lettres. Or Jan Steen étant né vers 1625, et non en 1636, comme l’imaginent tous les catalogues de l’Europe, y compris celui de La Haye, avait alors environ trente-cinq ans, et depuis dix à quinze ans son talent élait complet.

Mais ce terrible homme s’est souvent montré sous des aspects très-divers. Ses variations de manière tiennent à la variété des sujets. Son style et sa pratique se conforment toujours à la nature qu'il veut traduire.

Molière aussi change de style selon qu'il peint le Misanthrope ou Sganarelle, Don Juan ou Harpagon. Célimène ou Dorine.

On pourrait compter plus d'une demi-douzaine de manières fort distinctes dans l’œuvre de Jan Steen ; toujours lui-même cependant, quoique dans lés scènes de cabaret il rappelle un peu van Ostade, mais avec plus de verve satirique, et aussi Brouwer qu'il égale pour l'expression; dans les scènes du monde élégant, Metsu, mais avec plus de vigueur et d'esprit; dans les festins, Jordaens, mais avec une mimique bien plus vive et des types plus accentués; dans ses paysages roux et ses ciels gris, le beau-père van Goïjen, mais non pas avec une pareille monotonie; où même Cuijp, avec presque autant de lumière.

Quelquefois, comme dans ces figures des deux vieux serviteurs de la ferme, il adhère, pour ainsi dire, à la nature, au point qu'on ne sent plus ni manière, ni procédé quelconques. Aïlleurs, dans certaines orgies, il s’abandonne à une fantaisie de pratique aussi origis nale que la conception même des caractères, des phy4 sionomies, des attitudes. Et c’est là surtout qu'éclat son génie, mélange inexplicable de science et d licence, de profondeur et de frivolité; grand pratis cien, qui a ses défaillances; grand philosophe, e triple fou !

Nous n'avions pas encore vu de ses médecins, le plus admirable est au musée van der Hoop, — mai en voici deux qui ont leur mérite. |

N° 147. Le Médecin rendant visite à une malade. C’est sérieux : la jeune fille est au lit; charmante malade dans son petit lit à baldaquin vert. Le grave docteur, tout de noir vêtu, est assis auprès. Il a probablement consulté déjà un vase mystérieux, posé sur une chaise devant la couchette, vase en métal, selon la mode du pays; cependant il n’a pas l'air très-sûr de son affaire. Que ne regarde-t-il un grand tableau pendu au fond contre le mur : des Centaures enlevant des femmes ! ! Quel sujet de tableau pour une chambre à coucher de petite fille!

Une femme, la mère sans doute, présente un verre de vin; les femmes ont toujours de bonnes idées. Ce verre de vin aidera peut-être à sauver /« Malade d'amour : on appelle quelquefois ainsi cet excellent tableau. Derrière la femme, une table à tapis ture, et dans Le fond à droite, une porte cintrée et deux petits chiens. ?

La signature est en toutes lettres, sans date. Le panneau à 2 pieds de haut sur 1 pied 7 pouces. II provient des célèbres collections Lormier et Braamcamp. À la vente Lormier, 1763, il fut payé 460 florins; à la vente Braamcamp, 1771, 310 florins seulement. Les hauts prix de Jan Steen ne datent que du lix-huitième siècle, comme on sait.

L'autre Scène de médecin, faisant presque penlant comme dimension, est moins inquiétante, La

! Smith dit à tort : L’'Enlèvement des Sabines. 2?

fillette, en corsage bleu, bordé d’hermine, est assise dans une chaise et abandonne son poignet délicat au docteur, petit homme maigre et décidé. Derrière elle, une servante en jupon jaune ; et au second plan, à droite, une vieille femme accroupie devant la cheminée. En avant, un petit épagneul couché sur un coussin bleu. Le lit, à baldaquin rougeûtre, est au fond. Sur la gauche, une table. Signé aussi du nom, et sans date.

Ces deux tableaux, très-distingués , sont gravés

dans le Musée français.

Paris WouwErmax.—Nous avons rencontré tout à l'heure une assez grande composition allégorique de Metsu; on voit aussi au musée de La Haye la plus grande toile qu’ait peinte Philips Wouwerman; une Bataille, de 8 pieds de large et de plus de 4 pieds de haut !

Au milieu, groupe principal de cavaliers attaquant et défendant un pont; on y remarque un trompette qui sonne la charge, un personnage en pourpoint écarlate, sur un cheval gris; ces figures du premier plan ont environ 8 pouces de proportion; c’est trop pour Wouwerman; on le retrouve mieux, avec ses fines qualités, dans les groupes semés à droite et à gauche sur des plans plus reculés.

En bas est le double monogramme du prénom et du nom. Point de date : le maître n’en mettait pres-

PHILIPS WOUWERMAN. 259 que Jamais ‘; on peut supposer néanmoins que cette flasque peinture doit être de la période transitoire entre sa première et sa seconde manière, où il employait souvent des tons bruns un peu lourds. Sans doute 11 y a du mouvement, de la variété, beaucoup d'adresse, mais une incontestable débilité dans le dessin et la charpente de ces hommes et de ces chevaux d’une proportion inaccoutumée, Van Huchtenburgh à fait aussi bien.

Cette ambition d'élargir leurs toiles et de risquer la grande peinture, a tourmenté un momenf tous ces délicats traducteurs de la nature en petit. Excepté Adriaan van Ostade et Adriaan Brouwer, il n’y en a pas un peut-être, depuis Gerard Dov jusqu’à van der “Werff, qui n'ait tenté quelques essais de ce genre ; mais il n’y en à pas un qui ait su y conserver des qualités estimables.

Quand le plus vaillant des ciseleurs modernes, Benvenuto Cellini, a voulu modeler des statues monumentales, il à perdu aussi sa supériorité ; et pourtant il s'élevait au plus haut style dans l'exécution d'un bijou. La moindre de ses figurines sur une petite coupe vaut mieux que son Persée.

C'est précisément le style, j'entends la recherche de la beauté, qui manque aux petits maîtres hollan-

1 Smith ne cite que 3 tableaux datés, sur 522 que contient son catalogue; un de la première manière, 1646, et deux de la dernière, 4657 et 1660,

dais. Une figure simplement naïve et prise de la vie vulgaire ne vaut pas la peine qu'on la dresse de toute sa taille sur un piédestal. Elle paraîtrait d’ailleurs toujours petite, quelle que fût sa grosseur physique. Le style seul grandit les images, et les artistes doués de cette rare faculté n’ont point à se préoccuper de la dimension matérielle de leurs œuvres.

La grande Bataille de Wouwerman n’en à pas moins de chauds admirateurs, et le musée de La Haye la compte comme un de ses frésors. Il possède, en outre, huit autres Wouwerman, dont plusieurs de première qualité.

Deux pendants célèbres et qui méritent leur célébrité : l’Arrivée à l'hôtellerie et la Sortie de l'hôtellerie. 2 pieds de large environ sur 4 pied 4/2 dehaut. Compositions très-riches, représentant des intérieurs de remise, avec quantité de chevaux de toute couleur, les uns montés par des gentlemen, ou des ladies, ou des jockeys, d’autres qui mangent, d’autres qui sont couchés, d’autres qui se cabrent; avec des chèvres qui jouent, des coqs qui se battent, etc. ; ! tous épisodes vivement et spirituellement traités. Wouwerman est là chez lui, et incomparable.

Un paysage plus célèbre encore et qu'on appelle le Chariot de foin. La galerie de Buckingham Palace possède un sujet analogue, mais d’une qualité bien supérieure. Ici, un large canal occupe une partie # du panneau. En avant, à droite, une femme avec un petit garçon, une charrette à un cheval, conduite pars

PHILIPS WOUWERMAN. 261 un paysan; au bord de l’eau, une charrette de foin, attelée de deux chevaux, et un homme à cheval, avec une femme en croupe; plus loin, des hommes qui chargent du foin sur des bateaux. Collection Buyten, Delft, 1748, 610 florims. Haut. 1 pied 3 pouces; larg. 4 pied 6 pouces. Gravé dans le Musée français.

Un beau « Manége en pleine campagne, avec un carrosse attelé de six chevaux. » Un cavalier, vu de dos, exerce son cheval au manége. Au premier plan, à gauche, un gentilhomme debout, appuyé sur une canne, le regarde; derrière lui, son cheval est tenu par un page. Toile large de 2 pieds 5 pouces, et haute de 2 pieds. Egalement gravé dans le Musée français. 1.

Une Partie de chasse, groupe de chasseurs qui arrivent à un château; un d’eux, descendu de son cheval qui se cabre, présente un verre de vin à un cavalier, sur cheval gris de fer, vu de croupe; un autre fait boire son cheval à une fontaine où boivent deux chiens tenus en laisse par un jeune valet; une élégante chasseresse est montée sur un cheval marron. Paysage très-boisé et très-pittoresque. Gravé par Wachsmuth. Environ 4 pied 1/2 de haut sur 2 pieds de large.

Un excellent petit « Paysage avec plusieurs chevaux. » Les chevaux et les figures sont d’une finesse charmante. Le panneau n’a guère que 4 pied de haut. Toujours gravé dans le Musée français.

Enfin, «x Camp, et des Paysans à pned et à cheval, tableaux assez faibles et sans importance.

Rien de Pieter Wouwerman, mais de van Huchtenburgh, élève de Philips, deux bons Combats de cavalerie, et le prince Eugène de Savoie à cheval. entouré de querriers.

Bercnem. — Berchem à fait pire que Wouwerman dans sa grande Bataille : il a osé peindre « un paysage {alien avec des animaux et des figures de grandeur naturelle. » Toile de 6 pieds 6 pouces de haut sur 8 pieds 6 pouces de large! C'était peut-être le Taureau de Paul Potter qui l'empêchait de dormir; ou peut-être une mauvaise suggestion de /a Bande académique de Rome. Toujours est-il qu'il n’a jamais recommencé, et que le tableau de La Haye est le seul Berchem avec des animaux grands comme nature.

C’est une sorte de pastorale qu’il a voulu faire, sous l'influence de je ne sais quels maîtres italiens. Il n'avait alors que vingt-quatre ans , car la peinture est datée de 1648, un an après le Taureau de Paul Potter, et il était tout frais débarqué dans « Ja ville 4 éternelle. » Bien savant déja, ce tableau le prouve malgré l'impuissance de l'effet général.

Non-seulement les personnages sont de grandeur # naturelle, mais ils sont presque nus , autre ambition académique. Les figures nues exigent plus de style et de beauté que les bonshommes couverts d'une

BERCHEM. 263 peau de mouton. C'est égal, Berchem a dessiné son berger demi-nu et couronné de pampres, comme un compagnon de Bacchus dans les Bacchanales du Titien. Sa bergère, assise à droite, a aussi le torse nu, et tient endormi sur sa jupe bleue son enfant tout nu, comme un saint bambino de Raphaël. Mais on pense bien qu'il n’y à point à chercher là dedans le style des grands maîtres italiens. On y trouverait tout au plus le froid Sassoferrato.

Une vache rouge est couchée, un peu en raccourci, heureusement, Ajoutez un âne, une chèvre, une brebis. Tout cela dans un paysage #falien, avec des arbres et des broussailles. Ce curieux tableau a élé payé 6,000 florins à la vente Gevers, à Rotterdam, en 1821. £

Les autres tableaux de Berchem au musée de La Haye sont également assez étranges dans son œuvre, — sauf un Paysage italien (signé et daté 1661), de sa manière habituelle, avec un fond de ruines, et des personnages et des animaux qui traversent un gué ; une femme en caraco bleu et manteau jaune, sur un cheval brun, un paysan qui cause avec elle, un petit pâtre suivi de son chien, une vache fauve et une chèvre; — car nous avons un Combat de cavalerie dans un défilé de montagne et une Chasse au sangher.

Le Combat est un tableau d'importance, sur toile haute de 3 pieds, avec d'innombrables figures distribuées en plusieurs groupes. On se bat furieuse-

ment autour d'un convoi de waggons et dans tous les ravins de l’étroit passage. Des hommes et des chevaux gisent sur le sol. La confusion est extrême. La terrible Bataille des Cimbres, de M. Decamps, ne donne pas mieux l'image d'une mêlée. — Collection de la baronne Thoms, Leyde, 1816, 7,010 florins.

La Chasse au sanglier, peinte & dans la plus Hbre et la plus parfaite manière de l'artiste, » est datée 1659. Beaucoup de chasseurs à cheval et à pied, une femme sur un cheval blanc, un homme sur un cheval bai violacé; des chiens à la poursuite de sangliers ; un cerf tué, au premier plan. Les petites figures ont la finesse et l'élégance de celles de Wouwerman. La toile a un peu plus de 2 pieds de large.

Des élèves de Berchem nous trouvons : Soolmaker, un paysage, où il a exagéré les défauts de son maitre, le tapotage de la touche et l’éparpillement de la lumière; — Jan Glauber, dit Polidor, un Paysage en Arcadie, avec des figures de son ami Gerard de Lai- | resse, dont nous avons aussi un Aclle reconnu par Ulysse, personnages mi-nature, œuvre pitoyable ; — et Karel du Jardin.

Les deux tableaux de Karel ne sont pas extraordi-! naires. L’un, daté 1673, représente une Cascade en talie ; au bord de Peau, des pêcheurs tirent un filet; sur la berge, un homme à cheval conduit un ânes rétif; collection Lindert de Neufville, 1765, 805 flovins; — l'autre, plus petit, montre une Bergere quil {ile en gardant son troupeau: près d'elle, un Ânei

| couché, un chien, et, un peu en arrière, un bœuf blanc qui se frotte contre un tronc d’arbre. Collection Wierman, Amsterdam, 1762, 325 florins. Ces deux tableaux sont gravés dans le Musée francais.

ADRIAAN VAN DE VELDE. — Adriaan van de Velde n'a que deux tableaux, non plus, au musée de La Haye, mais ce sont deux chefs-d'œuvre, deux petits bijoux de la plus adorable qualité.

Vue du rivage de Scheveninque. Sur la plage de sable, à gauche, devant une sorte d'appentis en perches et en chaume, groupe de neuf figurines : un vieux marin en chapeau, un autre marin en bonnet rouge, une femme et une petite fille, avec leur chien couché à leurs pieds, une femme accroupie, un homme qui se repose, un marin en grandes bottes et bonnet rouge, jouant avec un chien, deux petits garcons dont l'un porte l’autre. C’est le premier plan, ivec une charrette et deux chevaux, sur la droite.

La plage est nue partout, la mer très-basse; issez loin, au bord du flot, on aperçoit une voiture à quatre chevaux, suivie d’un petit cavalier. Des barjues microscopiques flottent sur la mer tranquille, signé, au pied de lappentis : À. V. Velde. Sur bois. [. 1 pied 2 pouces, L. 4 pied 5 pouces.

« Petite perle d'art, dit Smith, extrêmement intéessante par l’admirable vérité de la perspective érienne et les teintes locales de la couleur. » Lorsque

266 MUSÉE DE LA HAYE, cette perle était au Musée français, où elle a été gravée par Hulk, elle devait briller même à côté de l'autre chef-d'œuvre (n° 536 du Louvre), qui représente aussi la plage de Scheveningen.

Des bestiaux dans un paysage. « Encore une perle de la plus précieuse qualité. » Pâturage en avant d'un bois. Au premier plan, à droite, un chêne, derrière lequel s’avance de profil, en hennissant, un beau petit cheval gris souris, singulièrement coupé en deux par le tronc du chêne, la tête paraissant d'un côté, la croupe de l’autre. Adriaan s’est amusé

.à répéter cette fantaisie dans plusieurs de ses tableaux, notamment dans un chef-d'œuvre conservé à Buckingham Palace et dans une autre peinture qui a été en France, chez M. de Morny, sauf erreur.

Au pied du chène, deux moutons et une vache couleur chamois, couchée, la tête de face. A gauche, une vache qui paît et des moutons ; et sur une éminence, au second plan, le pâtre assis près de sa bergere, qui allaite un baby; derrière eux, le reste du troupeau.

Vers le milieu de la prairie, une percée s'ouvre dans le bois, et sur cette douce lumière se modèle un petit chevreau blanc, debout et de profil. C’est exquis de couleur.

Tout cela est en miniature, car le panneau n'a pas 1 pied de haut.

On aimerait mieux avoir ces deux petits van de Velde que le Taureau de Paul Potter, la Vache de

LES PAYSAGISTES, 267 Berchem, la Justice de Metsu et la Bataille de Wouwerman.

Nous trouvons encore Adriaan chez ses amis van der Heïjden et van der Hagen.

Le van der Heijden, signé, représente / /ntérieur d'une ville, probablement Anvers selon le catalogue, Dusseldorf selon Smith, mais ce n'est point Anvers, et je ne crois pas non plus que ce soit Dusseldorf. Flamands où Allemands, où Hollandais, les petits personnages dispersés dans cette ville anonyme sont délicieux,

Des deux van der Hagen, l’un, Vue en Gueldre, est tres-vrai et très-bon, l'autre, /e Rinport à Arnhem, est un peu froid.

Simon van der Does, absent au Louvre, est le seul élève d’Adriaan van de Velde, dont le musée de La Haye ait un tableau, peinture grossière, molle, commune : une Bergère avec des moutons. Nan der Does est quelquefois très-fin et très-lumineux, dans une harmonie qui se rapproche de celle de son maitre.

Les paysaGisres. — Débarrassons-nous d’abord des pseudo-Italiens.

Poelenburg a deux petits paysages, l’un avec des ruines, l'autre avec des baigneuses. Bartholome Breemberg, son élève, — son maître, suivant le catalogue, quoique Breemberg soit né en 1620 et Poelenburg en 1586, — un paysage, insignifiant. On peut classer après Breemberg, à qui il ressemble

quelquefois, Jacob van der Ulft, qui peut-être n'a jamais été en Italie, mais a pastiché dans ses tableaux

des gravures de villes et de sites italiens. Il a aussi un paysage, «avec édifices et un corps d'armée en marche, » très-important pour lui.

Vient ensuite le groupe qui se rattache à Claude Lorrain : Swareveld, un grand paysage; Jan Both, deux tableaux; et de Heusch, deux petits paysages, assez distingués.

Les deux Both sont de la plus belle qualité. Le grand surtout doit être compté comme un chefd'œuvre. Il a été payé 5,610 florins à la vente de la baronne Thoms en 1816. La toile a 4 pieds de large sur 3 pieds 5 pouces de haut.

C’est un soir d'été, dans la campagne italienne. Des collines et de petits vallons, de l’eau, des groupes d'arbres élégants. À gauche, une route sur laquelle! s’avancent un muletier conduisant sa mule chargé un voyageur en vêtement rouge, et plus loin un troisième homme sur une mule. Signé J. Both, le Ji formé sur le premier jambage de B. |

Dans l’autre petit paysage, la signature ne porte que le nom sans l'initiale du prénom.

Adam Pijnacker a sa manière à part, très-caracté risée par des contrastes d’ombres et de lumières u peu trop métalliques. Nous avons de lui un grand paysage, adroitement peint, d'une brosse aiguë et in cisive comme la pointe d’un graveur à l’eau-forte.

Lingelbach, ce maître complexe, Allemand d

LES PAYSAGISTES. 260 naissance, Italien souvent par le style, quelquefois Hollandais par la pratique, est bon à étudier au musée de La Haye; car on y voit de lui quatre tableaux, de genre et d'exécution dissemblables : un Port de

mer en Italie, avec de grandes figures, assez mauvaises; signé /. Lingelbach, 1670 ; la même année que le Marché aux herbes, à Rome (n° 270 du Louvre); double date qui prouve, en passant, que Lingelbach a séjourné à Rome dans son âge mûr, après y avoir étudié dans sa jeunesse; — /e Départ de Charles IT de Scheveningen pour l'Angleterre, en 1660; composition très-riche, très-habile, très-Tumineuse; — un Paysage avec un chariot de foin, dans la manière de Philips Wouwerman ;— et une Marche de cavalerie, où les petites figures sont excellentes et ne trahissent l’imitation d'aucun autre maitre.

En outre, Lingelbach a peint les personnages dans le paysage de Philip Koninck, déjà cité, dans deux bons paysages de Moucheron et dans un grand paysage de Wijnants.

Des paysagistes demeurés purs Hollandais, le plus ancien au musée de La Haye est Wijnants, qui ouvre Ja grande période du xvu° siècle ; 11 a deux paysages très-remarquables ; l’un, signé et daté 1659; les figures seraient, suivant Smith, de Helt Stockade; l'autre— c’est celui dont Lingelbach à fait les figures — porte, avec le nom en toutes lettres : J. Wiynants f., Ja date authentique 1675, renseignement précieux pour la biographie de l'artiste, dont la date de mort

est assez vague. Le musée de La Haye lui-même, qui possède ce tableau daté 1675, inscrit que Wijnants est mort en 4670 !

Ce grand paysage sert aussi à constater la dernière manière de Wijnants, plus large et moins fine de détail que ses manières précédentes.

De Cuijp le musée de La Haye n'a qu'un seul tableau : Vue aux environs de Dordrecht. À gauche, un cavalier, de face, sur un cheval bai. Il est coiffé d’une toque noire à plumes rouges. Un pêcheur, en bottes fortes, lui offre du poisson. À droite, un épagneul couché. Au second plan, des pêcheurs, un cheval noir, et, de l’autre côté d’un canal, une maison. Les deux figures principales ont environ { pied de haut. Belle peinture, un peu brusque cependant.

Les trois Ruijsdael sont extrèmement originaux.

Le plus singulier, qui rappelle beaucoup le style de Philip Koninck et de Rembrandt, est cataloguc par cette phrase : «Du côté d'Overveen on voit dans le lointain la ville de Haarlem. » Cette vue est prise, à vol d'oiseau, d’un point élevé. Au premier plan, une prairie plate et rase où sont étalées, sur l'herbe, de longues bandes d’étofle blanche. Les maisons de la blanchisserie se groupent un peu à gauche. Au delà, l'œil se perd sur une campagne unie, presque sans arbres et sans habitations, jusqu’à la ligne du ciel. La ville et un clocher de Haarlem se discernent à peine, bien loin, bien loin, à l'horizon, Et ces lieues

de pays sont représentées sur une petite toile haute de 4 pied 8 pouces !

Signé à droite : Ruisdael, le premier jambage de PR formant aussi un grand J et un petit v (Jacob van Ruisdael). A la vente Gerrit Muller, Amsterdam 1827, ce chef-d'œuvre a été payé 6,700 florins.

« Rien de plus parfait n'est jamais sorti du pinceau du maître, » dit Smith. En effet, outre la solidité des terrains, frappés de coups de soleil en certains endroits, la perspective aérienne et le ciel, mélangé de gris de fer et de gris d'argent, sont des prodiges.

Le second Ruijsdael, intitulé wx Rivage, n'est guère moins étrange. Il représente la côte de Scheveningen, par une fraiche brise, avec des nuages qui annoncent un grain. C’est dans ces caprices de la nature que Ruijsdael montre sa poésie. Le trouble des éléments surexcite ses qualités vigoureuses. La Tempête du Louvre (n° 471) en est un exemple.

Ici nous avons à la fois une marine et un paysage; les dunes de sable, à droite, et sur la gauche, de petites barques à flot. La plage est animée par beaucoup de petites figures, hommes et femmes qui se promènent, où font n'importe quoi. Je ne saurais dire l’auteur de ces excellentes figurines; peut-être Storck. La toile a environ 2 pieds de large. Vendu 1,165 florins, en 1808, à la vente van der Pot.

Une Cascade! Ruijsdael en a peint beaucoup, mais celle-ci est d’un ton particulier, assez rapproché des verts glauques de Hobbema. L'eau tombe, rebondit,

mousse, scintille, en avant, A gauche, un fond de forêt; à droite, un coteau surmonté d’un édifice. Beau ciel orageux. Haut. 2 pieds 3 pouces; larg. 4 pied 9 pouces.

A côté de son compère Ruijsdael, Hobbema manque toujours |

Mais voici un grand peintre, dont la biographie n'est pas plus connue que celle de Hobbema, et dont les œuvres sont encore bien plus rares. On sait seulement qu'il est né à Delft vers 1632, et c'est pourquoi, afin de le distinguer de ses homonymes, on l'appelle van der Meer de Delft { Delfsche van der Meer). Suivant Immerzeel, son véritable nom serait Jan Vermeer et il aurait été élève de Karel Fabricius. Il n’y a aucune preuve de cela, qui d’ailleurs signifierait peu, et il faut laisser ce Delfsche van der Meer parmi les <illustres inconnus. »

Où trouver de ses tableaux, pour le connaitre en l'étudiant? C’est seulement chez M. Six van Hiliegom, dans deux tableaux très-différents, une Vue d'intérieur de ville hollandaise, et une figure de Femme, découpée sur un lambris pâle, qu'on peut : avoir une idée de cet artiste bizarre. Il manie la pâte comme Rembrandt; il fait jouer la lumière comme Pieter de Hooch, qu'il imite un peu ; 1la aussi quelque * chose d’Aalbert Cuijp; et il tourne ses personnages 4 avec une certaine violence, très-particulière et très- | fantasque.

Dans le tableau de La Haye, Vue de la ville de

LES PAYSAGISTES. 213 Delft, du côté du canal, Wa poussé les empatements à une exagération qu'on rencontre parfois aujourd'hui chez M. Decamps. On dirait qu'il a voulu bâtir sa ville avec une truelle, et ses murs sont de vrai mortier. Trop esttrop. Rembrandt n’est jamais tombé dans ces excès. S'il empâte les clairs quand un vif ra von fait jaillir une forme, il est sobre dans les demiteintes, et il obtient la profondeur des ombres par de simples et légers frottis.

La Vue de Delft, malgré cette maçonnerie, est pourtant une peinture magistrale et tout à fait surprenante pour les amateurs à qui van der Meer n'est pas familier ". Elle à été payée 2,900 florins à la vente Stinstra, en 1822.

1 «Jan van der Meer, que je ne connaissais que de nom... Cela est peint avec une vigueur, une solidité, une fermeté d’empâtement, très-rares chez les paysagistes hollandais.. Van der Meer est un rude peintre, qui procède par teintes plates largement appliquées, rehaussées en épaisseur ; il a dù visiter l'Italie. C’est un Canaletto exagéré. » — (M. Ducamp, Revue de Paris, 1°" oct. 1857.) — Je crois que M. Ducamp se trompe, et que van der Meer de Delft n'a jamais éte en Italie. On ne devine guère non plus quelle est l’analogie qu'on peut trouver à ce rude Hollandais avec Canaletto, soit dans le style, soit dans l’exécution.

M. Théophile Gautier n’a pas été moins frappé que M. Ducamp de ce tableau du musée de La Haye, et il en fait grand éloge dans ses articles, déjà cités, du Moniteur (juin 1858) : « Van Meer (sic) peint au premier Coup avec une force, une justesse et une intimité de ton incroyables... La magie du diorama est atteinte sans artifice.

LES MARINISTES. — Qui le croirait! nous n’avons pas au musée de La Haye une douzaine de tableaux de marine. Deux Willem van de Velde seulement, trois Backhuizen, deux Abraham Sforck; et puis ?une Vue de l’Amstel à Amsterdam, n'ayant d'autre valeur que de rappeler l'aspect de la ville dans la seconde moitié du xvin° siècle, par Torenburg, né vers 1737 et mort vers 1786. C’est tout, avec les deux ou trois plages de Scheveningen, peintes par des paysadtitée, et le Port italien, de Lingelbach. Encore les deux marines de Storck ne sont-elles pas des exemplaires sur lesquels on puisse apprécier ce maître habile. Restent donc Willem et Ludolf, qui sont d’ailleurs les premiers types de lécole hollandaise dans cette spécialité.

Les deux tableaux de Willem van de Velde ont la même dimension, 2 pieds 2 pouces de haut sur 2 pieds 6 pouces de large, et se font pendant. Ils ont passé tous deux dans une vente anonyme à Amsterdam en 1765, où l’un a été payé 1,310 florins, l’autre 930 florins. Tous deux, ayant été emportés par les guerriers français, ont été gravés dans les Musée Napoléon. Véritables compagnons, — comme dit le mot anglais, pour pendants, — et insépa-s rables. Deux perles pures et brillantes, au juge ment de Smith. Très-pures en effet; diamants des

la plus belle eau, limpides, et, malgré leur transparence lumineuse, inattaqués jusqu'ici par l'air, les soleil ou l'humidité, ni par les agents les plus cor=

LES MARINISTES. 275 rosifs de la peinture, les restaurateurs et barbouilleurs patentés.

Îls représentent la mer calme, avec des navires de tout calibre et de toute forme, depuis le vaisseau de guerre jusqu'au petit bateau de pêcheur, et quantité de personnages de toute classe qui se remuent sur les embarcations. Le n° 165 est signé à droite, au premier plan : +. Je n'ai pas trouvé la signature de l'autre.

Les trois Backhuizen sont aussi de premier rang dans son œuvre; ce qui ne doit empêcher personne de dire ce qu'il en pense. — Le Chantier de la cidevant Compagnie des Indes orientales à Amsterdam estexécrable, à mon goût. — La Marine par un gros temps est froide et faible, quoique Smith

en vante l'exécution (ax admirable performance ) ; elle est signée sur une barque : Bakuuis (sie). — Le Retour du roi Guillaume III d'Angleterre à Maassluis, en 1694, ne peut pas compter comme une marine; toute l'importance est pour les personnages qui viennent de débarquer. Guillaume, en costume d’apparat, sur un cheval gris qui caracole, est accompagné du duc d’Albemarle et} d’un cortége de gentilshommes et de soldats; une députation de la ville s’avance pour le recevoir; il y a encore, sur le quai, beaucoup d’autres figures bêtement peintes. Mauvais ciel, Tableau très-cher cependant à cause du sujet, et même très-admiré par une certaine classe d’amateurs.

LES PEINTRES D'ARCHITECTURE. — Cette catégorie n’est pas brillante non plus. Après Hendrik van Steenwijk le vieux, des Bätiments avec fiqures, — van Bassen, une Église catholique, — van Vliet, /a Vieille église à Delft, — on ne trouve que deux maîtres dignes d'attention : Hoekgeest, dont on sait peu de chose, et Dirk van Deelen.

Hoekgeest a beaucoup d’analogie avec Emmanuel de Witte, et dans ses excellentes figurines il rappelle quelquefois Aalbert Cuijp. Ses deux tableaux offrent l'Intérieur de l'Église neuve & Delft, l'un avec le tombeau des princes d'Orange, l’autre pris d’un point de vue différent, et signé d’un monogramme (H, le D accolé à rebours au premier jambage de l'H, avec la date 1631.

Le van Deelen est extrêmement curieux : il représente «/a Salle du Binnenhof à La Haye, pendant la dernière grande assemblée des États en 1654. » I a, de plus, cet intérêt, que les nombreuses figures ont été peintes par Palamedes. C’est la seule fois qu'on rencontre dans les musées publics de la Hollande cet | excellent peintre, aussi original qu'il est rare. A la: vérité, on lui attribue en tous pays quantité de ta bleaux vulgaires, exécutés après lui ou autour de fui: par des imitateurs. Dans les galeries particulières, en Hollande, je ne connais qu'un autre Palamedes, chez le baron Steingracht. Le musée du Louvre n'en à point. Le musée de Bruxelles en à un. Les musées d'Allemagne en ont peut-être une douzaine.

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