‹ Musées de la HollandeChapitre 23 sur 72 · PEINTRES DIVERS · texte numérisé non relu

PEINTRES DIVERS

C. TFroost, dont le musée d'Amsterdam possède le portrait", est très-apprécié par ses compatriotes, qui l'ont même baptisé le Hogarth hollandais; né à Amsterdam en 1697, — un an avant Hogarth, — il mourut en 1750. On lui a fait les honneurs, pour lui tout seul, d’un petit cabinet attenant à la grande salle du Taureau. Là sont exposés quinze de ses dessins à la gouache et au pastel, encadrés et sous verre. Ils forment deux séries, l’une de dix Scènes de comédies hollandaises ; Yautre de cinq Scènes d'une réunion d'amis connus sous le nom de Nelri. C’est curieux pour les mœurs et les costumes de la première moitié du xvrm' siècle, mais sans valeur aucune comme art. L'esprit comique, le vit et l'humour du caricaturiste anglais n’y sont point. Ce Troost ne prendra jamais rang dans la famille de Hogarth, de Goya, de Gavarni et de Daumier.

La Hollande d’ailleurs était entrée, à cette époque, dans une nouvelle phase. Sa grande histoire et sa glorieuse école n’ont qu'un siècle, celui de l’indépendance et de la liberté, le xvn°. Au xvin* siècle out est fini dans les arts et les lettres, aussi bien que ans la politique; l’ancienne république hollandaise, qui avait pesé sur les affaires de l’Europe, qui avait inspiré Rembrandt et Vondel, n’est plus alors qu’une naison de commerce, toujours active et intelligente, aais sans le rayonnement du génie.

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i Voir page 171.

Les FLramanps. — Les Flamands sont un peu mieux ici qu'au musée d'Amsterdam; encore n'y paraissent-ils point à leur avantage, et ils demeurent toujours écrasés par leurs frères et rivaux les Hollandais. Ceux-ci, à la vérité, ne font pas belle figure non plus dans les musées d'Anvers et de Bruxelles, où règnent Rubens, van Dyck et Jordaens, et où seul Rembrandt se tient victorieusement à côté de ces maîtres, avec son éclatant portrait de femme à toque rouge, de l’ancienne galerie de Guillaume IE, avec son superbe portrait d'homme, daté 1641, l'année d'avant /a Ronde de nuit.

Le nom de Hemmelinck (sic) sur le catalogue attire d’abord. Mais, quand on a trouvé le tableau, — Descente de croix, — classé avec les Allemands, dans: un des petits salons à droite, on est un peu désenchanté. Memling, non assurément. De l'école des van Eyck, sans doute. Assez près même de Rogier van der Weyden. Mais il s’en faut bien qu’il y ait dans cette peinture, très-magistrale d’ailleurs, | sentiment exquis de Memling, ni son élégance parti culière, ni la claire harmonie de son coloris.

« Le catalogue du musée de La Haye, dit M. Mi chiels (Histoire de la peinture flamande et hollan daise, t. AT, p. 126), attribue à Hemling une Des cente de croix, où règne le style de Jan van Eyck Un paysage en miniature forme la perspective : 0 y distingue une vilie et une habitation féodale en tourée d’eau. Les figures du premier plan, vraies e

LES FLAMANDS. 287 communes, semblent toutes des portraits. La Vierge et une sainte femme ont le front couvert par leur mantille, selon la mode byzantine. Le Christ est maigre, décharné, sans caractère divin : non-seulement la flamme vitale paraît absente de ce triste corps, mais on dirait une momie. Les habillements sont peints avec une extrème finesse, la couleur a une grande vivacité. Les deux belles têtes de saint Jean et de saint Pierre l’emportent sur les autres. Un évêque agenouillé doit être le donateur. »

De Memling nous passons à Breugel de Velours, né en 1568, mort en 1625 (et non 1581-1642, dates inscrites au catalogue). Breugel n’a guère travaillé seul ; nous le trouvons d’abord associé à van Balen pour un tableau d’une finesse et d’une richesse extrèmes : «les Quatre saisons en médaillon entouré d'une guirlande de fleurs; » puis, associé, pour une Fuite en Égypte, à Rottenhammer, qui a peint aussi les figures dans un mauvais Purgatoire de Breugel d'Enfer (mort en 1637, et non en 1625 comme dit le catalogue).

Deux grands tableaux, le Baptême du More ei la Rencontre de David et d'Abiqaïl, sont portés à Breugel de Velours tout seul. Les figures, presque de grandeur naturelle, trahissent une cerfaine recherche de Paolo Veronese et de Tintoretto, et doivent être aussi de Rottenhammer, qui avait étudié ces maîtres à Venise. Quelques figurines des derniers plans pourraient être de Breugel. Le

paysage et les fleurettes sont très-délicats et trèsbrillants.

Mais Breugel eut souvent un autre collaborateur, plus illustre que van Balen et Rottenhammer. Le voici avec Rubens (le catalogue de La Haye comme celui d'Amsterdam écrit Rubbens ‘) pour un Paradis, que Smith nomme une «production sans pareille (natchless), d'un fini exquis, d’un éclat et d’une pureté de coloris vraiment enchanteurs. » Sans pareille en effet, dans l’œuvre de Rubens, qui, cette fois, à proportionné son talent à la manière du miniaturiste chargé du jardin tout frais enfleuri, où s'ébattent mille petits êtres frais éclos et bien heureux d’être au monde, L'Adam et l'Eve de Rubens! sont en harmonie avec cette nature immaculée, proprette, ratissée, qui vient de s'épanouir subitement, et qui n’a encore subi que les attouchements d'une main mystique.

Je croirais bien que ces figures petitement peintes doivent être du commencement de Rubens. Plus tard, malgré sa bonne volonté de s’accommoder avec Breugel, sa main robuste eût ajouté de l'ampleur

1 ILest singulier que ce catalugue de La Haye inscrive tous jours que Rubbens est né à Cologne, quand c’est précisémen le savant archiviste de La Haye, M. Backhuisen van der Brinck, qui a prouvé que Rubens est né à Siegen. — Le nouveau ca talogue d'Amsterdam aussi donne Cologne comme lieu 4 naissance de Rubens! Est-ce que les Hollandais ne croien pas à la découverte de leur compatriote M, Backhuisen?

LES FLAMANDS. 289 et des accents à la touche modeste du Père Éternel. Ce tableau doit faire les délices des amateurs de a peinture polie, patiente et froide. Il a été payé 1,350 florins, à la vente de madame Backer, Léyde, 1766; prix énorme pour ce temps-là. Sur panneau, large de 3 pieds, haut de 2 pieds 6 pouces. Smith, en 4830, l’estimait 1,200 guinées.

Breugel de Velours à aussi travaillé au paysage et tux accessoires d’une Vénus avec Adonis, de Rubens, petites figures également très-finies, dans le même procédé que l'Adam et l'Éve. Rubens cependant a ravivé certaines parties des fonds et le ciel. Vénus s'efforce de retenir Adonis; son char et ses cygnes ont derrière elle; en avant, trois chiens de chasse. Gravé dans le Musée francais, et par Tassart. Haut. 2 pieds 6 pouces, larg. { pied 9 pouces. Sur bois. Dans un tableau attribué «à Rubens ou à son

cole, » — des Nymphes avec la corne d'abondanre, le paysage, les fruits et les fleurs sont encore de reugel, quoique le catalogue n’en dise rien. Une des vmphes, à droite, vue de dos et toute nue, pourrait ien aussi être de Rubens, mais le tableau n'est pas ssez à portée du regard pour qu'on puisse s'en asrer.

Un sujet tiré de l’Arioste, «le Songe d'Astolphe, ù Angélique endormie excite amour d’un ermite, » lement porté à Rubens ou à son école, semble être » la même fabrique.

Jusque-là, Rubens ne représente pas très-vaillan-

nent l'école flamande au milieu des Hollandais. Mais, par bonheur, nous avons, de plus, trois portraits dignes de lui : ses deux femmes et son confesseur.

Cé confesseur de Rubens et son ami, qu'il fit nommer évêque à Bois-le-Duec, le révérend père Michael Ophovius, moine dominicain, est vu de face, dans le costume de son ordre. Tête énergique, et robuste santé. Peinture large et vigoureuse. Elle ornaïit autrefois le monastère des Dominicains à Anvers. Vendue 3,800 florins, dans la collection de Vinck de Wezel, Anvers 41814, et 4,650 florins à la vente Stiers d’Aertselaer, Anvers 1822. Sur toile. Haut. 3 pieds 6 pouces, larg. 2 pieds 7 pouces. N° 1,128 du Catalogue van Hasselt. Smith, par erreur, l’a enregistré deux fois, n° 26 et 283.

« Catherine Brintes, première épouse de Rubbens; » ainsi se trouve débaptisée, dans le catalogue de La Haye, Isabelle Brant, que M. Waagen, dans ses Xunstwerke, appelle aussi Catherine! Elle est à mi-corps, la tête nue, des perles dans les cheveux. Son corsage noir, coupé carrément, très-décolleté, laisse voir, à peine couverts d'un fichu de gaze, les deux | seins qui se touchent. Les mains sont croisées hori- J zontalement contre la ceinture. Oh! Les belles mains ! Un rideau gros vert sert de fond; mais, en bas, il y à une échappée de ciel.

Cette peinture, d’un ton magnifique, est supérieure au portrait de la seconde femme, Elelena Forman, ou Fourment, lequel est cependant de belle qualité.

LES FLAMANDS. 291 Hélène, la gorge mi-nue, est en riche toilette, toque noire à plumes blanches, collier de perles, corsage bleu et manches à crevés bleus et blancs, grande chaine de pierres précieuses, tombant sur la poitrine. Dans le haut, un pan de rideau rouge.

Les deux portraits se font pendant. Haut. 3 pieds, larg. 2 pieds 4 pouces, Sur panneau, tous les deux. Catalogue van Hasselt, n°% 964 et 1,036. Smith, 380 et 381.

Rubens est aussi pour sa part dans deux grandes compositions de Snyders : dans une Chasse au cerf, il a peint le paysage; dans une Cuisine avec léqumes ei gibier, la figure de femme. Bons tableaux de décoration.

Les Jordaens peuvent se classer parmi les meilleurs ouvrages du maître. La Vénus suivie de bacchantes et de satyres ne perdrait rien de sa force entre une Bacchanale de Rubens et une Bacchanale du Titien. Le Faune et la Jeune fille tenant une corbeille de fruits, figures à mi-corps, de grandeur naturelle, est peint avec une abondance superbe. C’est la beauté, telle qu'elle se manifeste dans le plantureux pays d'Anvers. Les femmes d'Anvers ont de 11 pomme ou de la pèche; les fillettes, de la cerise; il y en a dans la campagne qui ont de l'abricot, hâlé et vermillonné au grand air; d’autres ont de la poire, où il en faut.

Ce qui frappe dans la beauté du Nord, c'est toujours le modelé, et non les lignes. Dans le Nord, la forme

292 MUSÉE DE LA HAYE, ne s’accuse pas par le contour, mais par le relief. La nature, pour s'exprimer, ne se sert pas de ce qu'on appelle Le dessin proprement dit. Si vous vous promenez une heure dans une ville d'Italie, vous rencontrez des femmes correctement découpées, dont la structure générale rappelle la statuaire antique, dont le profil rappelle les camées grecs. Vous pourriez passer un an à Anvers, sans apercevoir une forme qui donne l’idée de la traduire par un contour, mais bien par une saillie que la couleur seule peut modeler.

L'architecture du Nord ne s’est-elle pas conformée aux conditions naturelles du climat? Au lieu de lignes droites et pures, elle aime les lignes courbes et rebondies, variées par des creux et par des reliefs, qui produisent des contrastes de lumiere.

C’est pourquoi l’on reproche, bien à tort, aux Flamands et aux Hollandais de ne pas savoir dessiner. Il ne s’agit point de cela vraiment en présence de la! nature locale. Les princes du dessin, comme Raphaël et les autres académistes, seraient bien embarrassés pour délinéer, avec leur perfection de trait, des per= sonnages et des objets qui ne se présentent jamais en silhouette, mais en plein, pour ainsi dire. Aussi, tan | dis que les Florentins, entre autres, se caractérisen par les articulations du dessin, ce qui caractérise Ru= bens, et surtout Jordaens, c’est le modelé et la cou leur, de même que ce qui caractérise Rembrandt c’est l'effet,

Il y a, de plus, une copie en petit— par Rottenhammer, je pense, — d’un Banquet des dieux de l'Olympe, descendus sur la terre, d'après Jordaens.

De van Dyck’, nous avons aussi un chef-d'œuvre: le portrait de Quintin Simons, peintre d'Anvers , vu de trois quarts, avec moustaches et barbiche, drapé dans un manteau que soutient la main gauche en avant; magnifique portrait dans la manière flamande du maître, plus profonde et plus intime, plus solide d'exécution, que l'élégante et délicieuse ma nière, parfois un peu superficielle, qu'il adopta dans ses dernières années à Londres. Gravé par P. de Jode. N'y en a-t-il pas aussi une eau-forte par van Dyck lui-même?

On ne s'explique pas pourquoi le catalogue persiste à intituler : «/e duc et la duchesse de Buckingham» un portrait d'homme et un portrait de femme qui ne ressemblent point à ces personnages bien connus. Sir Joshua Reynolds, qui viten 1781 ces deux van Dyck dans la galerie des Nassau, protestait déjà contre cette appellation erronée. Smith (1831) proteste à son tour. Le femme d’ailleurs a été gravée par B. Clouet, avec le

‘ Par un excès de bonne volonté typographique, le nom de van Dyck, le peintre flamand, se trouve quelquefois écrit, ans les premières feuilles tirées de ce kvre, comme les noms le van Dijk, l'écrivain hollandais, et de Philip van Dik, le etil peintre né à Amsterdam. C’est assez de conserver aux ollandais leur ij, sans l'appliquer aux Flamands, qui écrivent eurs noms avec y: van Dyck, Snyders, de Crayer, etc.

nom d'Anna Wake. L'homme a été gravé, sans nom, par Ulmer. Les figures sont à mi-corps; les deux toiles de même dimension : 4 pieds 2 pouces de haut sur 3 pieds 4 pouces de large.

L'homme est vu presque de face, avec un grand manteau, la main droite tenant un gant. Daté 1627.

La femme a le corps de profil et la tête de trois quarts, tournée à droite. D'une main elle tient un éventail.en plumes; l’autre main ballante est admirable. Robe de soie noire, manches à crevés, fichu de dentelle, collier de perles. Daté 1628.

Un quatrième tableau, catalogué van Dyck, représente sur une même toile, dans six médaillons ovales, séparés, les Portraits de la famille Huygens. Quelques-uns de ces portraits sont excellents, d'autres faibles et vulgaires, non-seulement d’expression, mais d'exécution. En certains endroits, on trouve bien la touche et la couleur de van Dyck; en d’autres, tout accuse une pratique d'élève ou del copiste. |

On à peine à croire aussi que van Dyck ait ima= giné cette exhibition de bustes enmédaillonnés, pa reille à une toile destinée à orner le devant d’une ba raque de foire. Il eût trouvé mieux et plus court d faire un tableau d'intérieur avec ces six personnages comme il a fait souvent pour la famille de Charles E°®, On peut donc supposer que, van Dyck ayant pein des portraits de cette famille, détachés sur de petite {oiles ovales, quelqu'un a eu l’idée de les rapproc

LES FLAMANDS,. 295 en une sorte de galerie simulée, et peut-être d'en ajouter. Peut-être cela s'est-il fait par un élève de van Dyck; et peut-être le maitre lui-même ail touché de sa brosse plusieurs des médaillons.

Sebastian Francken est censé avoir étudié, comme Rubens, chez Adam van Noort, On trouve de lui, au musée de La Have, outre deux petits fableaux historiques, sur cuivre, insignifiants, deux autres tableaux très-curieux : #n Bal à la cour, avec les portraits d'Albert et d'Isabelle, peint en collaboration de Pourbus; et une Galerie de tableaux d'après différents peintres célèbres; sur le devant, Apelles fait le portrait de « Campasme, maitresse d'Alexandre. » Il y a là des Corrége, des Titien, des Rubens, rangés contre les lambris d’une salle bien en perspective; et tous ces petits chefs-d'œuvre sont adroitement pastichés.

Daniel Zegers, le Jésuite d'Anvers, a deux de ses belles guirlandes de fleurs, l’une autour d'un buste de Guillaume LE, l'autre autour d'une statue de la Vierge avec l'enfant Jésus. — Philippe de Champaigne, un portrait de «Joseph Govaerts.» —Pecter Neefs, un Zntérieur d'église. — Roland Savery, Orphée attirant les animaux. — Un autre paysagiste, son contemporain, David Vinkboom, né à Malines, en 4578, mort à Amsterdam en 1629, mi-Flamand, mi-Hollandais, un paysage, sans importance. — Viennent enfin David Teniers le fils et Gonzales Coques,

Deux Teniers seulement : un Alchimiste, à barbe grise, assis près d’une table et tenant un livre; son aide est agenouillé près d’un fourneau allumé ; petit tableau sur bois; gravé, je crois, dans le Musée français ; — et la bonne Cuisine.

Fameuse cuisine, en effet, et il faut qu’il s'agisse d’un gala de conséquence. Gibier, volaille, poisson, légumes, fruits, il y a de tout, sur les tables, sur le parquet. Dans le fond, près d’un grand feu, un cuisinier embroche des viandes; un homme et une femme sont très-occupés près de lui. En avant, au milieu et en lumière, est assise une jeune prètresse de Comus, également consacrée à la préparation du saint sacrifice; pour le moment elle pèle un citron, qu'un petit néophyte, debout devant elle, vient recevoir dans une assiette; elle a un jupon couleur de sang, et sur son caraco couleur de ciel s'étale un large col, d’un blanc que Metsu envierait. |

Le tout très-lestement et très-largement peint, ! avec cette touche juste et libre, ces accents spirituels ! qui caractérisent la pratique de Teniers. Daté 1644, de son plus beau temps, où commence la période argentine. Il avait alors trente-quatre ans. De Teniers, c'est surtout le milieu qui est bon. Dans sa jeunesse, il tient encore trop à son vieux père, qui avait été son maître. Dans sa vieillesse, son imagination est un peu stéréotypée, et sa main s’alourdit.

Teniers est, comme certains de ces poissons qu'il faisait si bien, excellent entre tête et queue,

La bonne Cuisine est peinte sur cuivre, large de 2 pieds et demi, et ne fut payée que 455 florins à la vente Schuijlenburg, La Have, 1735. Smith, qui l'appelle « une production splendide, » l'estimait (1831) 700 livres sterling. Elle Or plus du double, à présent.

Gonzales Coques est bien rare, et sa biographie n’est guère connue; son nom ne se trouve pas même dans tout le cours des catalogues du Louvre.

On à supposé qu'il était d’une famille riche, et qu'il peignit par plaisir; d’une famille espagnole sans doute, comme son nom F'indiquerait : il y avait, aux xvi° et xvn° siècles, tant d’'Espagnols impiantés à Anvers, dans les Flandres et dans tous les Pays-Bas, par.la longue domination de Charles- Quint et des Philippe d'Espagne. Aujourd’hui encore, chez les femmes de Bruges surtout, on retrouve le sang et le type espagnols, la couleur de la peau, des yeux et des cheveux, la tournure et même le costume.

Né à Anvers en 1618, Gonzales était entré d'’abord dans l'atelier de David Ryckaert, peintre de scènes populaires, assez habile, mais sans distinction, et il avait probablement épousé la fille de son maitre.

Cependant son génie — et son origine espagnole peut-être — le poussaient vers un style autre que celui des petits maîtres flamands de cette époque. Il était encore tout jeune lorsque van Dyck mourut,

en 4641, un an après Rubens; mais van Dyck vivait dans ses élégants portraits, et Gonzales le prit pour modèle.

Gonzales à donc deux manières très-distinetes dans sa première manière, il est un peu lourd. ct assez commun ; dans la seconde, il est élégant, délicat, raffiné, un van Dyck en petit. Ses tableaux de cette seconde époque sont délicieux et extrêmement chers.

Deux fois doyen de la gilde de Saint-Luc d’Anvers, il fut en relation avec tous les peintres du pays. Steenwijk lui faisait des intérieurs, Ghering des édifices, van Artois des paysages, Peter Gysels des fleurs et des accessoires.

Il mourut à Anvers, le 18 avril 1684. L'inscription de sa pierre tumulaire, dans une chapelle de l'ancienne église Saint-George, a été publiée, en fla= mand, par M. J. B. van der Straelen, dans / Annuaire de la qilde de Saint-Luc d'Anvers‘. Je nes crois pas que cette pièce, intéressante pour la biogra= phie du charmant artiste, ait jamais été traduite en français. Je la donne, ligne par ligne, comme dan l'original.

1 Jaerboek der vermaerde en kunstryke Gilde van Sint Lus cas binnen de stad Antwerpen, etc., (de 1434 à 1795); gran in-8 de 389 pages. Anvers 4855,

GONZALES COQUES peintre mort le 48 avril 4684 Jouffe CATHARINA RYCKAERT sa femme morte le 2 juillet 4674 sa fille madame GonzaLiNA CoquEes femme de Mr LONCGRAYE morte le 44 octobre 4667 son fils... mort le .... 1670 Jouffe CaTHARINA RYSHEUVELS sa seconde femme morte le 1...

Priez pour leurs âmes.

Gonzales eut donc deux femmes, dont la première doit être la fille de son maître, David Ryckaert ; deux enfants : une fille, Gonzalina, — quel joli nom espagnol! — et un fils dont le prénom est inconnu; tous les deux morts jeunes, bien longtemps avant leur père qui vécut soixante-six ans.

C’est là, je pense, à peu près tout ce qu’on sait sur Gonzales.

Quant à ses tableaux, les meilleurs sont en Angleterre*. Anvers, son pays, Bruxelles et la Belgique

1 95 novembre 41684 et enterrée dans la cathédrale.

2? Voir Trésors d'art, elc., par W. Burger, p. 232 et suivantes. — C'est encore un Anglais, lord Hertford, qui, à la vente Patureau, a acheté 45,000 francs le Repos champétre,

n’en ont point, sauf une grande toile de la première manière dans la galerie van der Schrieck, à Louvain. Vienne, Berlin et les autres musées d'Allemagne, point. Dresde seulement a les portraits de la famille du peintre; mais deux autres tableaux, inscrits comme Gonzales au catalogue du musée : Portraits de Charles I d'Angleterre et de sa femme Henriette- Marie (n° 965 et 966), doivent plutôt être restitués à Daniel Mijtens, peintre du roi Charles, d'autant qu'il ne parait pas que Gonzales ait jamais été en Angleterre. La Hollande elle-même, dans ses collections publiques, n’a pas d'autre Gonzales que le n° 46 du musée de La Have.

J'ai tenu longtemps pour apocryphe cette peinture, où, dit-on, l'artiste s’est représenté avec sa famille, au milieu d’une galerie de tableaux. « Les tableaux dont la salle est ornée, ajoute le catalogue. sont peints par des élèves de Rubbens, de van Dyk. de Rembrandt et autres. » Ces petits tableaux reproduits sur la composition n° 46 sont, en effet, d’une autre main que la famille groupée au premier plan, et ils paraissent même de plusieurs artistes assez

payé 8,000 florins seulement, je crois, par M. Paturean, à la vente du roi Guillaume Il, de Hollande. — Dans la galerie de lord Ellesmere (Bridgewater Gallery) à Londres, il y a trois Gonzales exquis : les portraits de l'électeur palatin, Frederick, et de sa femme, la princesse Élisabeth {n9s 455 et 156), gravés dans la Stafford Gallery; et le portrait de David Teniers 4 (n° 224), provenant de la collection G. Watson Taylor.

| différents; c’est là sans doute ce que veut dire le ca-

| talogue. |

Le malheur est que cette œuvre si curieuse pour

| l'histoire de l'art est accrochée trop haut, en face

. d’une fenêtre, en retour d'un angle, sur la droite du Taureau de Paul Potter. Impossible de la bien voir, sous une lumière écarquillée, et à une pareille dis- {ance. Elle porte des dates précicuses, non-seulement sur les petits tableaux, qui sont signés soit des auteurs, soit d’après les originaux, mais aussi, en bas à droite, sur le parquet, une signature, — seraitce celle de Gonzales? — avec une date qu’on croirait lire : 1706! 11 4 a de quoi embarrasser les connais seurs les plus perspicaces.

Cependant les figures, qui ne sont pas bonnes, peuvent avoir été peintes par Gonzales, avant sa transformation que décida l’influence du style de van Dyck. Certains (ronzales, de ce premier temps-là, ne sont pas meilleurs.

Plusieurs des petits tableaux , entre autres une mythologiade quelconque, dans le genre de Rubens, avec des femmes nues endormies, sont délicieux.

La direction du musée devrait bien mettre en beau jour et à hauteur du regard cette peinture qui mérite d’être étudiée.

Après cetle rapide analyse des Flamands, et malgré quelques belles œuvres de Rubens, de van Dyck, de Jordaens, de Teniers, on voit que ce n’est pas en Hollande qu'il faut aller chercher l’école flamande .

bien que les amateurs et critiques français semblent s’imaginer que toujours Flandre et Hollande ne font qu’un, comme au bon temps des Pays-Bas espagnols, avant la révolution de 1579.

ÉcoLes ÉTRANGÈRES. — Les Allemands. — Six noms de peintres, et seulement quinze tableaux.

D'abord Albrecht Dürer, si rare ailleurs qu’en Allemagne. Le catalogue devrait savoir la date de naissance de ce grand homme et ne pas inscrire 1470, au lieu de 20 mai 1471. Mais le catalogue ne se tourmente guère des dates et, après avoir donné exactement, par hasard, la date de mort, 1528, il attribue « à Dürer ou à son école » trois portraits, l'empereur Maximilien IT dans sa jeunesse, Élisabeth, fille de l'empereur Ferdinand", et Anne, fille du même; —tous trois datés 1530! — trois copies, sans valeur artistique. |

Deux autres portraits d'homme sont généralement acceptés comme authentiques. On peut hésiter cepen-# dant sur le portrait (n° 187) d'homme à cheveux gris et en toque noire. Il a quelque chose d’une belie et ancienne copie qu'un Flamand aurait peinte. Mais le portrait (n° 188) est parfaitement original, d’un grand caractère, et très-beau. L'homme, vu de profil, a less trails aigus, et comme ciselés par la main ferme du graveur; il porte une barrette rouge. Quelqu'un qui ne connaîtrait de Dürer que cette œuvre si volontaire

ÉCOLES ÉTRANGÈRES. 303 aurait déjà une idée de son style et de sa pratique comme peintre.

Holbein est superbe, cette fois. Quatre portraits.

Thomas Morus, le chancelier d'Angleterre, presque de face, cheveux courts, barbe rousse. Il tient un faucon sur son poignet gauche ganté, et de la main droite, qui est admirable, le capuchon de l'oiseau. Je ne sais comment il se fait que le tableau porte, je pense, la date 1542, avec : « Anno ætatis xxvur; » ce qui ne saurait s'appliquer à l'illustre chancelier d'Angleterre, né en 1480 et mort en 1633. Mais peut-être le personnage n'est-il pas Thomas Morus ? în tous cas, la peinture est de première qualité.

Robert Cheseman , tenant aussi un tiercelet sur le poing, est un peu plus faible, ou du moins plus sec, quoiqu'il ait été vivement loué par Joshua Reynolds. Il à une toque noire, une casaque en fourrure, avec des manches rouges. Ce buste est presque de grandeur naturelle. On lit sur le panneau : Ætatis SU XINI. ANNO DM — MDXXXIIT.

Jane Seymour, une des femmes de Henry VIIL, les deux mains croisées. Sa chevelure est relevée d’or et de noir. Collier de perles sur le cou nu. Corsage et manches rouges, dorés. Autour du corsage une ceinture de perles montées en or. Fin, vigoureux, excellent. Petit panneau de 9 pouces sur 6.

Le quatrième portrait — « Portrait d'une dame » — est anonyme. Cette femme, assise, ses belles mains jointes contre sa taille, a un corsage noir doublé de

fourrure, montant jusqu’au cou, et un tablier blanc; en dessous du corsage, on aperçoit une guimpe plissée. Sur la tête une /atlle blanche, sorte de voile transparent qui tombe sur les sourcils, mais laisse à travers deviner le modelé du front. La figure, à mi-corps et de grandeur mi-naturelle, s'enlève sur un de ces beaux fonds mats, d’un vert bleuté, assez familiers à Holbein. :

Les trois premiers portraits ont été peints en Angleterre, comme le montrent les personnages et les dates, mais celui-ci pourrait bien être antérieur à lémigration de Holbein (1526), et peut-être avoir été peint dans les Pays-Bas, lors de son passage à Anvers pour se rendre à Londres. Le costume, la faille surtout, encore usitée dans la Belgique occidentale, sont assez du pays et de l’époque. Le modelé extrêmement fin du visage et des mains, dans un ton indescriptible, rappelle l’adorable Fille d'Offenburg (Fräulein Offenburqg), déguisée en Laïs et en Vénus, au musée de Bâle, et qui est datée 1526.

în cette période de son talent, Holbein — l'observation sera comprise par ceux qui le connaissent bien — avait dans l'exécution de ses têtes, dans le modele intérieur des plans du visage, cette indéfinissable délicatesse et à la fois cette fermeté sobre et savante qui caractérisent /a Joconde de Léonard. Procédé qui 4 échappe à l'analyse, car on y perd toute trace de la 4 touche, de la pose et du mélange des couleurs, de la manutention matérielle.

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