SAMUEL VAN HOOGSTRAETEN
essayé à l’eau-forte dans le genre de son maître, comme y ont si bien réussi Ferdinand Bol, Salomon Koninek, Jan Lievens et autres. Je ne serais pas étonné non plus que Jacomo eût gravé à l’eau-forte des oiseaux, — canards ou poules, — car dans sa peinture il a parfois des accents vifs qui annonceraient presque un certain usage de la pointe.
Là-dessus nous faisons appel aux iconographes, aux conservateurs de collections publiques et aux possesseurs de collections privées. La moindre inscription sur une estampe, une date, un indice de pays et d'école, peuvent souvent jeter une vive lumière sur les points les plus obscurs de la biographie ou de l’histoire.
SAMUEL VAN HOOGSTRAETEN. — Il a dû se trouver chez Rembrandt au même temps à peu près que Victor, car il y entra après avoir perdu son père, Dirk van Hoogstraeten, mort à Dordrecht en 4640 ‘. Il était tout jeune encore, puisqu'il est .né en 1627, et son talent, comme celui de Nicolaas Maes, se trouva formé de très-bonne heure. Dès 1652, il court déjà
renseignements précieux. Les amateurs hollandais doivent en avoir. M. Suermondt, d’Aix-la-Chapelle, en possède un, trèsbon, de Jan Victor, dans son style familier : mi-paysage et mi-marine ; huit figures; des pêcheurs qui offrent leur poisson à une famille de seigneurs (Galerie Suermondt, p. 111 et 112).
1 Houbraken. — On peut croire Houbraken bien renseigné sur Samuel van Hoogstraeten, qui fut son maître.
le monde et il patronne à Vienne son frère puiné, devenu son élève. Je crois bien que ses meilleures œuvres sont aussi celles de sa première manière. Ii a fait alors quelques portraits, assez magistralement peints, par exemple un portrait d'homme, de grandeur naturelle, vu jusqu'aux genoux, avec un fond de marine, appartenant à la collection de M. Dupper, de Dordrecht, et qu’on prendrait pour un Ferdinand Bol.
Son tableau du musée van der Hoop est exceilent. Il représente une jeune femme malade et son médecin, et il rappelle beaucoup, comme composition, les tableaux analogues de Jan Steen et de Metsu.
La jeune malade, toute pâle et la tête penchée, est assise, de face, le coude gauche appuyé sur une table couverte d’un tapis rouge , avec un linge blanc, une fiole et un pot. Ses deux mains se joignent contre la taille, et ses petits pieds reposent sur une chaufferette. Elle a une cornette blanche , un caraco jaune, largement bordé d’hermine, un jupon bleu-perse, un tablier blanc. Derrière la table, le médecin, debout, presque de profil à gauche, toque noire et costume noir, ses gants dans une main, tient dans l’autre main un flacon qu’il exhausse en l'air pour bien voir au jour la liqueur révélatrice et diagnostiquer en toute certitude.
La médecine, à cette époque, était déjà, comme on sait, une science infaitlible. Il ne s'agissait que de regarder dans la bouteille à la science. Ce médecin-là
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pourtant n’est pas si subtil que les médecins de Jan Steen, et il y a chance qu'il ne devine pas la maladie.
Au fond de la chambre, on aperçoit Ie lit, chastement voilé de rideaux verts; à gauche, quelques degrés conduisant à une enfilade de pièces, avec des effets d'intérieur dans le genre de ceux de Pieter de Hooch.
Signé: S. v. H., sans date apparente.
Les figurines, d'environ 4 pied de haut, sont trèsfinement dessinées. L’harmonie générale de la couleur est étrange, distinguée, originale. Il y a des tons paille, des tons perle, des tons argentés , très-heureux de rapprochement, une habile distribution de la lumière , et dans les ombres de la légèreté. Sur cet exemplaire de son talent, on estime bien plus Samuel van Hoogstraeten que sur son grand tableau de la galerie de La Haye’, lequel a pourtant de fortes qualités.
ArNOLD HouBRAkEN. — Qui a vu des tableaux du peintre-biographe, Arnold Houbraken, élève de Samuel van Hoogstraeten, et même, selon Descamps,
1 Sur ce fableau de La Haye (4t" volume des Musées de la Ho'lande, j. 222 et suivantes) nous avons négligé de donner plusieurs renseignements qui ont leur importance : il était en 1770 dans la galerie du prince d'Orange, qui l’avait payé 415 florins à la vente van Oostrum, 1765. — H. 7 pieds 8 pouces. L. 5 pieds 8 pouces. — Il est signé, comme celui de la galerie van der Hoop, des initiales S. v. H. — D'autres fois, Samuel employait un monogramme formé des trois lettres ,
de Jacques La Vecq, condisciple de Samuel chez Rembrandt ? Houbraken était donc issu doublement de Rembrandi, au second degré il est vrai, et il aurait presque pu le connaître, puisqu'ilest né en 1660; ce qui ne l’a pas empèché de publier sur le grand maître les fables les plus rdicules. Oh! le vilain homme, avec sa longue perruque, son nez en biseau, son air prétentieux et rusé! Et ce sont ses belles inventions de biographe qui ont sauvé son nom de l’oubii. Car ses œuvres d'artiste, où sont-elles ? EE pourtant il avait fait quantité de mythologiades, que les amateurs hollandais payèrent très-bien. Une Hélène monta, en vente publique, jusqu'à 600 florins, quand on avait, en ce temps-là, des Rembrandt et des Cuijp pour un prix dix fois moindre. Le goût hollandais était un peu égaré dès le commencement du dixhuitième siècle.
A la vente d’Arnold Houbraken, après sa mort, en 1720 , il y avait trente tableaux de lui : Jupiter, Vénus, Narcisse, Didon , Diogène , Scipion , Abraham, Moïse, madame Putiphar, le prophète Élie, saint Jean-Baptiste, des Parnasse, des Saintes Familles et des Bergères, — tout ce qu'on peut imaginer de mieux. Que sont devenus tant de chefs-d’œuvre ?'Ses toiles barbouillées de couleur n'ont pas duré aussi longtemps que ses feuilles de papier barbouillées de noir.
PS entortiilé sur ie premier jambage de l’H, dont la barre horizontale intérieure est infléchie et apointie en un petit v.
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Le musée van der Hoop possède de Houbraken un tableau, —le seul que j'aie jamais vu de lui, — une petite Scène d'atelier, qu'on trouve probablement peu décente, puisqu'on l’a dissimulée dans l’ombre, derrière la porte de la salle où sont rangés les modernes. Une femme nue, dedos, et courbée en avant, pose, sous la lumière d’une fenêtre ouverte à gauche. Le peintre est à son chevalet, et derrière lui un amateur contemple le modèle féminin dans sa position délicate.
Cela rappelle un peu le conte du Moyen de parvenir, où de vieux seigneurs en goguette, aprèsavoir déshabillé une jeune innocente, s’amusent à lui faire ramasser par terre des semis de roses.
Je soupçonne Houbraken d’avoir exploité, outre les sujets mythologiques et religieux, — comme madame Putiphar, — les sujets érotiques qui avaient porté malheur à Torrentius dont les œuvres furent brûlées. Car on rencontre encore dans la vente mortuaire de Houbraken une Femme prise en adultère et des Bergères suspectes. Ces libertés hasardeuses s'accordent à Rembrandt, qui, Dieu merci, ne s’en est pas privé; mais les mauvais peintres devraient se contenter des Scipion et des Saint Joseph.
J’ajouterai que ce pitoyable opuscule de Houbraken m'a assez réjoui, et, si j'étais directeur du musée van der Hoop, je le mettrais en belle lumière à côté de la Fiancée juive de Rembrandt, entre un intérieur de Pieter de Hooch et un paysage de Hobbema, deux
artistes obscurs, sur qui le savant biographe Houbraken ne savait rien du tout et ne nous a pas transmis la moindre historiette du goût de celles qu'il raconte sur Adriaan Brouwer et Jan Steen.
Le continuateur et rectificateur d’Arnold Iloubraken, Jan van Gool, à aussi un tableau au musée van der Hoop : « Paysage avec du bétail. » Je consigne ici cette production de décadence, seulement à cause du nom de l’auteur de la Nouvelle histoire des peintres néerlandais.
Pierer pe Hoocu. — Nous avons été heureux de trouver, dans le catalogue allemand de la galerie Suermondt ', que M. Waagen partage notre sentiment sur les adhérences de Pieter de Hooch à Rembrandt. Nous avions déjà risqué de dire (Musée d'Amsterdam) qu'on découvrirait peut-être un jour que Pieter de Hooch s’est formé chez Rembrandt luimême. La date de la naissance de Pieter, 1643, proposée par Descamps, Pilkington et autres, mais contredite d’ailleurs par des signatures trop rapprochées
8 Raisonnirender Catalog der Gemaelle-Sammlung des Herrn Barthold Suermondt, zu Aachen (Catalogue raisonné de la collection de tableaux de M B. $, à Aïx-la-Chapelle), par le Dr G. F. Waagen, etc,; Aix-la-Chapelle, 1859; in-8° de 84 pages; avec une préface et une table; 131 numéros. Nous avons donné la traduction de ce catalogue dans notre livre sur la Galerie Suermondt , in-8° de 200 pages. Bruxelles, Ferdinand Claassen, 1860,
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de cette date apocryphe, semblait un obstacle chronologique à ce qu'il eût fréquenté l'atelier de Rembrandt, fermé aux élèves après les désastres de 1656. Mais voilà que Pieter de Hooch serait né quinze ans avant 1643! Du moins, M. Christiaan Kramm, dans sa suite à Immerzeel (de Levens en werken, etc., Amsterdam, 1859), cite une note du Nederlandsche Kunstspiegel (Miroir de l’art hollandais), d'après la quelle « Pieter de Hooge est né vraisemblablement en 1628. » Il lui paraît certain aussi que Pieter était l'oncle de Romein de Hooghe, le graveur, né en 1638. Si, en eflet, Pieter est né vers 1628, rien ne s'oppose plus à ce qu’il ait travaiilé chez Rembrandt, et ce dut être à peu près au même temps que Nicolaas Maes : autour de 1650. Cela expliquerait à la fois son style et sa technique rembranesques , et ses analogies avec Maes.
Le musée van der Hoop possède quatre tableaux de Pieter de Hooch : trois intérieurs d'appartement et un effet de plein air.
N° 54%. Une « Mère et son enfant. » La femme, assise sur une chaise, est tournée à droite et éclairée par une petite fenêtre haute. Elle a un serre-tête noir, un caraco rouge, bordé de fourrure blanche, un ju- : pon bleu foncé. Sa petite fille, en corsage gris et jupe d'un vert à reflets d’or, se penche sur elle. Ce que la mére fait à l'enfant est mystère de toilette. elle lui netloie la tête et les cheveux. En arrière de ce groupe, un lit enfermé dans une alcôve de bois, à rideaux
verts; une bassinoire est suspendue contre le panneau de l’alcôve. A droite en avant , une petite chaire, sur laquelle est la signature. Vers la gauche, par une porte ouverte, le regard pénètre dans une autre pièce, dont le battant supérieur de la porte extérieure esl ouvert aussi et laisse voir une cour avec échappée de paysage. Trois plans successifs de lumière différente! C’est là qu'excelle Pieter de Hooch. Un petit chien noir, vu de dos, est couché sur le parquet à carreaux rougeâtres, devant la première porte, surmontée d’un tableau sombre.
Belle qualité du maître. Couleur rayonnante. Le panneau, de forme presque carrée, a environ 1 pied 1/2 de haut.
N° 55. C'est le plus beau. Une merveille ! bien difficile à décrire, car la valeur superlative de cette peinture est dans l'effet lumineux.
Balzac avait l'habitude de commencer ses romans par une topographie minutieuse des localités où devait se passer le drame. Il créait d’abord son milieu, à la façon du Pére Éternel plantant d'arbres et de fleurs son paradis terrestre, avant d’y mettre l’homme et la femme. Dis-moi où tu es, je te dirai ce que tu y feras. Si Eve a cueilli la pomme, c’est qu'il y avait là des pommiers en fruit. — Une fois entré dans la maison du père Grandet de Saumur, on connaît l’avare et l’on devine que sa fille Eugénie sera bientôt amoureuse du premier venu, pour se déscnnuyer dans cette triste cage.
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Le procédé topographique de Balzac est souvent utile pour donner une idée des tableaux de Pieter de Hooch, où l’intérieur domestique , le 4ome des Anglais, avec tous ses charmes, a tant d'importance. Ce n'est pas que les personnages y soient un accessoire, mais ils en sont inséparables. Tout cela est créé pour eux, surtout la lumière qui les anime et les égaye. Tout cela n'est qu'un milieu harmonieux où quelqu'un va vivre comme chez soi, y faire quelque chose, peu de chose, peut-être rien du tout.
Nous sommes dans une chambre dont la porte, au fond à gauche, est grande ouverte sur le quai d’un canal; une fille passe le long du trottoir; puis on voit un arbre, un tronçon du canal, et sur le bord opposé une autre rue, frappée de soleil, où deux petits bonshommes en manteaux sont arrêtés devant une maison. C’est prodigieux de lumière et de perspective.
On connaît le caractère des villes hollandaises , avec leurs innombrables canaux bordés d’arbres et leurs maisons multiformes et multicolores, rien qu'à jeter un coup d'œil par cette percée large comme la main.
Au-dessus de la porte, légèrement cintrée, une fenêtre, à droite, une grande croisée à petits carreaux et à quatre compartiments, dont un est entr'ouvert. Sous le rayon de la croisée, dans l’angle de la pièce, est assise une jeune fille en corsage bleu et tablier blanc; elle tourne la tête vers un jeune homme qui arrive par
une porte de biais au premier plan, tout à fait à droite ; d'une main, il tient son chapeau, et de l’autre main il présente un billet. Ce sera une distraction pour la belle rêveuse. Tout ce coin-là rappelle le fond chatoyant du délicieux tableau du Louvre (n° 224), où une jeune personne et un cavalier causent mystérieusement dans la pénombre. Il n°y a rien dans la chambre que les deux personnages, et un gros chien noir, qui allait sortir par la porte et qui se retourne aussi vers ie page au billet.
La signature est entière : P : d'hoech(sic) ; mais, outre que les lettres ne sont pas en caractères romains, selon l’habitude du maître, l’e au lieu du second o et l’apostrophe après le d ne semblent pas une bonne garantie d'authenticité. Il se pourrait cependant que cette signature fût vraie. — Peint sur toile. Hauteur, environ 60 centimètres ; la largeur un peu moindre.
N° 56. Celui-ci est plus ordinaire. Il est singulier qu'il ait aussi une signature écrite avec l'E, mais en lettres romaines, — et sans apostrophe. Nous ne nous souvenons pas d’avoir rencontré cette apostrophe dans les signatures certaines, assez rares en toutes lettres, l'artiste se contentant des trois initiales PDH, quelquefois d’un monogramme où le D est formé dans l'intérieur de l’Æ, comme sur son portrait du musée d'Amsterdam, quelquelois-— peut-être —d'un monogramme où, à l’intérieur de l'E, c’est un P au lieu d'un D. Est-ce que M. van der Hoop tenait à avoir
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des tableaux signés, et s’arrangeait-on pour le servir à son goût? Les Hollandais écrivent d’ailleurs plus volontiers : de Hooge, que : de Hooch. Du reste, l'originalité de ces signatures avec un e serait facile à vérifier pour qui pourrait examiner la peinture sous une lumière convenable.
Ce tableau n° 56 offre un effet de soleil qui plaisait à Pieter de Hooch, aussi, je pense, à van der Meer de Delft, et que M. Decamps a employé dans une École turque, du Salon de 1846, réexposée à la dernière exhibition d'Amsterdam.
Une fenêtre de gauche, au-dessus d’une table à tapis ture, se silhouette en vive lumière au bas du lambris opposé, près d’une cheminée. Devant la cheminée une servante est occupée à balayer. Une autre femme, assise, presque de face, en caraco de velours bleu et jupon rouge, tient un baby en robe jaune ; à son côté, le berceau de l'enfant. Derrière elle, une porte ouverte sur une cour, et un aperçu de ville. Le reste du fondest une muraille grise, avec un tableau. Il y a aussi un tableau au-dessus de la cheminée. Le panneau est large d'environ 40 à 50 centimètres, et un peu moins haut.
L'effet de plein air, catalogué (n° 57) : « Un seigneur et une dame assis devant une maison de campagne, » est une rareté dans l’œuvre de Pieter".
1 La galerie van Loon, à Amsterdam, possède aussi un effet de plein air, supérieur à celui-ci comme qualité.
Smith (n°64) l’appelle « une admirable production » et l’intitule : les Amoureux (fe Lovers). Ces amoureux semblent se taquiner pour le moment. La gentille femme, mi-détournée et vue de profil perdu, presse un citron au-dessus d'un verre. Âssis en face d'elle, et le coude appuyé sur la table, le jeune homme la regarde avec un fin sourire. Y aurait-il quelque malice symbolique dans la pression du citron? Les costumes sont très-élégants : la femme en caraco rose et jupon paille ; l’homme en pourpoint grenat, hauts-de-chausses écarlates, bas blancs plissés sur la cheville; il a la tête nue et de longs cheveux, une belle perruque sans doute. Ce petit seigneur est vraiment exquis, avec sa physionomie spirituelle, sa pose sans façon et sa pipe à la main ballante. Il a, sauf la pipe, quelque chose des marquis de Molière.
Ce tête-à-tête a lieu dans une espèce de cour, précédant une maison à toit en tuiles rouges; le tuyau de la cheminée est rouge; une fenêtre a des volets rouges. C’est trop rouge. L’harmonieux Pieter de Hooch, adorable dans son petit groupe des amoureux, est un peu dur de ton dans cette bâtisse, qui, d’ailleurs, à trop d'importance. Mais peut-être le tableau a-t-il été nettoyé en cette partie claire, et les glacis enlevés. Tout le reste est excellent et juste de lumière. À la porte de la maison, une femme, debout et de face, Gent un verre. Contre la fenêtre, une servante fourbit un chaudron au-dessus d’une barrique.
KOEDUK. 63 A droite, une barrière en planches et une ouverture sur une plantation d'arbres, espèce de parc; à gauche, autre clôture, vue en raccourci. La toile a 2 pieds de
haut sur 1 pied 6 pouces de large. Le tableau était en 1832 dans la collection de M. O’Neil.
Kornuk.— Il peut passer pour un élève de Pieter de Hooch, quoiqu'il soit né trop tard pour avoir étudié directement sous ce maître, à moins que Pieter ne soit mort vieux vers le commencement du dix-huitième siècle, ce qui n’est guère probable, car la dernière date connue sur ses tableaux est, je crois, 1680. IL paraît certain que Koedijk est né en 1681, à Zaandam, tout près d'Amsterdam, sur l’autre rivage de J'IJ, dans ce village où vécut Pierre le Grand et où l’on montre encore sa demeure, — Saardam, comme disent les vaudevillistes français, trop français pour accepter la géographie é/rangère.
Du prénom de Koedijk,. on n'est pas très-sür. Nicolaas peut-être? C’est presque accepté, et les catalogues du musée d'Amsterdam et du musée van der Hoop n'hésitent point. Cependant son nom se trouve dans quelques auteurs avec la simple initiale D pour prénom. De sa vie, sauf ses rapports avec le czar Pierre de Russie, personne ne dit rien. Basan, Dictionnaire des graveurs, le cite comme ayant gravé d'après Metsu et autres, mais Bartsch n’en parle point. Je n'ai jamais eu occasion de voir des gravures
de Koedijk, s’il en a fait. Ses tableaux doivent être extrèmement rares, puisqu'aucun musée de l’Europe n’enregistre même son nom. De ceux-qui peuvent être en Hollande’, je ne connais qu'un Intérieur (dans la belle galerie van Loon) avec une femme, vue de dos, assise devant un piano, et un petit garçon, debout près d’elle. Au fond, une fenêtre ; à gauche, une cheminée ; à droite, une armoire et une chaise. C'est superbe, comme Pieter de Hooch à peu près, mais plus brun.
Nous avons recherché dans les anciens catalogues de ventes : même rareté. Les catalogues de Gerard Hoet ne citent qu'une peinture, «extra-belle, »vendue 31 florins, à La Haye, en 1730. Le catalogue de la collection Lormier (1752) contient bien deux tableaux attribués à Koedijk : un Clarurgien qui bande la jambe à un paysan, avec beaucoup d'accessoires, — et un /ntérieur; mais ils ne se retrouvent plus à la vente publique de cette collection en 1763.
A la célèbre vente Braamcamp, Amsterdam, 1771, il y avait deux Coedyk (s2c sans prénom) : 1° un /ntérieur de chambre, avec un escalier en vis, d’où descend un homme ; dans une seconde chambre, on aperçoit une femme assise près d’une table; 2° un autre intérieur, intitulé l’Escalier ; dans une galerie,
1 On lui attribue, au musée d'Amsterdam, un excellent petit portrait en pied, placé haut, en mauvaise lumière, et qu'il est difficile de juger.
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un homme et une femme sont assis à une table; au fond de la galerie, deux femmes causent près d’une porte ouverte. — Ils furent achetés par le même acquéreur, M. A. van den Bogaarde, le premier 4,300 florins, le second 1,700 florins; c'était prodigieux pour l’époque. Que sont-ils devenus depuis bientôt un siècle ?
Immerzeel cite quelques autres tableaux qui ont passé dans des ventes plus récentes : à une vente à Amsterdam, 1817, deux /ntérieurs; l’un avec un seul homme et beaucoup d'accessoires, 940 florins; l’autre, un Homme qui pèse de l'or, une femme assise près de la cheminée où un domestique fait du feu, 510 florins ; — vente Brentano, 4822, un /Zntérieur, 105 florins; — vente Dirk Versteeg, 1823, un Æ/ffet de lumuère, 51 florins.
Je n'ai pas la collection des catalogues français, qui peut-être offriraient quelques indications. Je suppose aussi qu'il pourrait bien y avoir des Koedijk en Russie, puisque Pierre le Grand fut le protecteur et l'ami du peintre.
Le tableau du musée van der Hoop est une belle et large peinture, simple et harmonieuse, toujours dans le style de Pieter de Hooch. Il est intitulé : «N°66. Une dame jouant du clavecin, etc. Sur toile. » La femme, en cornette et pèlerine blanche, caraco de velours rouge, bordé d'hermine, jupon rouge, est assise dans une chaise en bois, sur le dossier de laquelle est jetée une draperie violette; le
corps est de profil, la tête retournée de trois quarts. À sa droite, devant le piano, un homme, debout et de dos, l'accompagne en pinçant d’une guitare dont on ne voit que le manche. Il a une grande robe noire à reflets bruns, une avalanche de chevelure rousse (toujours la perruque sans doute); son chapeau noir est jeté à ses pieds sur la dalle grise. À gauche, est ouverte une fenêtre donnant sur un intérieur de ville; au fond, une espèce de bibliothèque voilée d’une draperie verte; entre la fenêtre et la bibliothèque est accrochée une glace dans laquelle on aperçoit de face le buste du joueur de guitare. — Sur le rebord inférieur de la fenêtre, la signature en toutes lettres, assez grandes.
Koedijk est le dernier peindre de la tradition rembranesque, et même le dernier bon peintre de la Hollande. De son temps régnaient Gerard de Lairesse, Schalcken, les van der Werff, Limborch, le digne élève du chevalier Adrien ; Nicolaas Verkolije, l’indigne fils de Jan; et la misérable dynastie du vieux Frans Mieris. Détournons nos yeux de cette corruption.
DE Keyser ? — Le catalogue attribue à « Willem de Keiser, né vers 1647, mort en 1692, un portrait de vieillard ayant un livre à la main; sur bois. » Nous renvoyons pour ce Willem, assez fantastique, à l'articie sur les de Keïjser dans les Musées de la Hol-
lande (1, p. 231-239), en attendant qu’une autre
galerie ! nous fournisse occasion d’ajouter quelques nouveaux renseignements. La peinture, assez forte d'ailleurs, ne paraît pas être d'un Keïjser ou Keyser quelconque, car, sur le livre que le vieillard feuillette de sa main droite, on découvre une sorte de marque en forme de cœur, surmonté d’une croix à double barre transversale, et dans lequel sont inscrites les initiales I B.— A qui elles peuvent se rapporter, je ne sais. L’homme est à mi-corps, debout, la main gauche sur la hanche; il a les cheveux blancs, la barbe taillée à la mode Louis XITT; vêtement noir, col plat. Fond neutre. Beaucoup de simplicité et de caractère.
Vax per Mer DE Dezrr. — Encore le sphinx!
N° 714. Un intérieur avecune femme en robe bleue; sur toile. » La femme est debout, de profil à gauche, vue jusqu'à la cheville ; elle lit une lettre; elle a un long caraco bleu-clair, du même ton que la draperie bleue dans le buste de femme de la galerie d’Arenberg, et un jupon gris-tendre. Devant elle, une table et une chaise à dossier bleu; en arrière, une autre
1 Par exemple la collection de M. Dubus de Gisignies, à Bruxelles, sur laquelle nous préparons un travail. Il y a là deux petits portraits de Theodor de Keijser, un homme et une femme, qui sont de première qualité. Le portrait d'homme a une belle signature en toutes lettres : TDKeijser f. 1639, les trois capitales formant monogramme. Le portrait de femme n’a que le monogramme, avec la date 1640.
chaise bleue. Décidément, van der Meer de Delft affectionnait le bleu ciel. Le fond est un lambris pâle, clair de lune toujours, et le buste se découpe sur une carte géographique, un peu teintée de bistre et accrochée à ce lambris.
L’exécution de cette peinture singulière est trèsdélicate, presque mince, la pâte très-légère , la couleur faible et même un peu sèche. Il est vrai que ce tableau est frès-frotté. D'habitude, au contraire, van der Meer de Delft a la touche franche et la pâte grasse et abondante, même exagérée dans sa Vue de Delft, au musée de La Haye; une incomparable fermeté de dessin et de modelé dans la Laitière de la galerie Six van Hillegom; un coloris extrêmement chaud et harmonieux dans la Facade d'une maison hollandaise, mème galerie.
Ces différences de pratique nous ont fait hésiter longtemps sur l'originalité de la Liseuse du musée van der Hoop. Cependant la physionomie de cette femme est d’une finesse exquise; les bras nus, la main qui tient le papier, sont dessinés à merveille ; l’ensemble a beaucoup d’étrangeté ; et puis, cette lumière pâle, ces bleus tendres, tout cela accuse Delftsche van der Meer.— Ce diable d'artiste a eu sans doute des manières diverses.
Le tableau avait même une signature, sur un livre ouvert sur la table, et quoique les lettres en sotent presque effacées, on y devine encore: Mcer. Il à d’ailleurs une tradition que nous avons retrouvée : dans
VAN DER MEER DE DELFT. 69 le catalogue, rédigé par A. Paillet et H. Delaroche , d’une vente faite à Paris en 1809, il est décrit ainsi : «N° 85. L'intérieur d’un appartement où l'on voit au milieu une jeune femme dans un déshabillé du matin. Elle est debout et occupée à lire une lettre attentivement ; une table, des chaises et une carte de géographie forment des accessoires rendusavec beaucoup de vérité. Cette production, quoique très-simple, est remarquable par l'expression naïve de la figure et l'effet de lumière, mérite ordinaire des ouvrages de ce peintre. Hauteur 17 pouces; largeur 14. » (C'est bien la dimension du tableau van der Hoop.) — Vendu 200 francs.
Il reparaît en 1825, à la seconde vente Lapeyrière, catalogue rédigé par Henry, sous le titre : /a Toilette (n° 127), et avec une description un peu différente. — Payé 1060 francs par Berthaud.
La Ziseuse du musée van der Hoop doit donc être ajoutée à la courte liste des œuvres authentiques de van der Meer, déjà citées Galerie d’Arenberg, savoir :