‹ Musées de la HollandeChapitre 46 sur 72 · JAN BOTH · texte numérisé non relu

JAN BOTH

Jan Born. — Il a aussi son chef-d'œuvre au mu-

sée van der Hoop, et qui, comme le chef-d'œuvre d’Adriaan van de Velde, offre le portrait de l'artiste lui-même, et celui de son frère Andries. Smith l’acheta, en 1834, de M. Thomas Hamlet, qui l'avait payé 1,260 £ en 1833, et il le revendit à M. van der Hoop 1,179 £ 13 s. 6 p. Laissons à Smith le soin de décrire et de vanter cette «splendide œuvre d'art», très-célèbre en Angleterre, à juste titre, car c’est la plus belle peinture du maître que j'aie jamais vue.

«L> Artiste étudiant d'après nature. Celte magnifique peinture représente un site de vaste étendue et d’une rare beauté... A gauche, des rochers, et, au fond, les Apennins... Près d'un grand chêne, sur un fragment de roc, en avant, groupe de quatre personnes : Jan Both lui-même, assis, vu de dos, ayant un livre de croquis ouvert devant lui, et causant avec un berger; son frère Andries est assis en face, et le quatrième personnage lui indique du geste un objet à quelque distance. Effet d’une belle matinée d'été... Sur toile. Hauteur 6 pieds 4 pouce. Largeur 7 pieds 10 pouces. »

Jan Both, à ce que je suppose d’après ses peintures, a le plus souvent composé de fantaisie ses paysages, en s'inspirant du souvenir de Claude Lorrain. La supériorité du tableau van der Hoop tient à ce qu’il a été, très-probablement, étudié d’après nature, avec l’idée d'en faire une œuvre précieuse.

qui conservât le portrait des deux frères. Il est entendu que les figures sont d’Andries.

Smith avait déjà vendu, en 1833, 160 guinées seulement, à M. van der Hoop, un autre Both, haut d'environ 40 centimètres : Vue d'Italie, le matin, en été; des montagnes à l’horizon, sur la gauche; en avant, à droite, des arbres; plusieurs figurines sur un chemin. Ce tableau, très-fin et très-lumineux, a passé dans les collections Destouches, 1794, 552 fr.; Talleyrand, 1817 (acheté avec l’ensemble de la galerie par MM. Gray et Allnutt), 4,000 fr.; Pourtalès, 1826, 205 guinées; dans une vente à Bath, 1828, 250 guinées.

Pars Wouwerman. — Restons dans la série des chefs-d’œuvre. Tous les amateurs connaissent par la gravure de J. Moyreau (n° 6) l’Abreuvoir, possédé autrefois par la comtesse de Verrue. Sa tradition est des plus nobles. IL figure à la vente Montriblond, en 1784; à la vente de Calonne, en 1788, 6,400 fr.; à la vente de Benjamin West, le peintre anglais, en 1820, 700 guinées; à la vente Joseph Barchard, en 1826, 650 guinées; à la vente du chevalier Féréol Bonnemaison, en 1827, 20,000 fr. Il avait été exposé à la British Institution à Londres, en 1824. Il est peint sur bois et n’a que 18 pouces de haut sur 24 de large.

Il est impossible, même chez Wouwerman, qui est si spirituel et si adroit, de voir une composition

PHILIPS WOUWERMAN. 97 plus riche, plus animée, plus variée, plus brillante. Il y a de tout : un ciel d'argent, avec des nuages illuminés par le doux éclat du matin, des lointains à perte de vue, un gentil cottage sur une colline, des groupes d'arbres, des terrains où des femmes ont étendu du linge à blanchir, et surtout une grande et belle rivière qui est le centre du tableau; des enfants s’y baignent, un bac avec personnages et animaux y passe, de petites barques y circulent, et c’est le moment où les grooms et les paysans y amènent boire leurs chevaux. Ces petits groupes équestres sont délicieux : ici, un homme conduit deux chevaux, dont l’un rue contre un chien qui aboiïe; là, d’autres chevaux s’agitent au bord de l’eau; quelques-uns y sont entrés jusqu'au poitrail. Il y a, je crois, huit chevaux, dont un blanc, superbe, et une vingtaine de figures, y compris des laveuses et les enfants. C’est clair, lumineux, dans une gamme de gris bleuté, analogue aux reflets de la perle fine. C’est «du meilleur temps de l'artiste, » qui malheureusement, dit Smith (n° 172), n’a pas daté cette petite merveille. Mais il l’a signée de son double monogramme, celui du prénom portant un bel S très-distinctement.

Les deux autres Wouwerman du musée van der Hoop sont encore excellents : l’un, paysage avec de l'eau, est assez singulier et appartient à la première époque du maître, quand il adhérait à la manière de Wijnants; ce n’est pas le plus mauvais style de Wouwerman, à notre avis; l’autre, un Camp, est rempli

de cavaliers et de personnages à tous les plans; on remarque, entre autres, un cavalier tourné à droite, sur un cheval pie, blanc et café. — Le paysage à plus de 2 pieds et demi de large; le Camp, près de 2 pieds.

Point de tableaux de Pieter, ni de Jan Wouwerman, les frères de Philips.

ADRIAAN VAN OSTADE. — Première beauté ! C’est une des peintures que choisirait un artiste, dans toute la collection, avec le Rembrandt, le Nicolaas Maes, le Pieter de Hooch, l’Adriaan van de Velde, et quelques autres dont nous parlerons tout à l'heure : Metsu, Jan Steen, Hobbema, van Ruijsdael, etc.

Cet Intérieur d'Ostade a d'aussi nobles titres que l’Abreuvoir de Philips : il est cité par Descamps, comme étant, à son époque, dans la collection Lormier; à la vente Lormier, 1763, il fut payé 4,000 florins; à la vente du duc de Choiseul, 1772, 8,800 fr.; vente Dubarri, 1777, 7,250 fr.; Tolozan, 4801, 7,055 fr.; enfin, à la vente de la duchesse de Berry, 800 £; il est gravé dans la Galerie Choiseul, n° 16; il est mentionné comme un chef-d'œuvre par Smith (n° 49), par Nieuwenhuys, par Immerzeel et autres. Est-ce assez ? On commence à voir que M. van der Hoop recherchait les tableaux de qualité et ne regardait pas au prix.

Quoique le panneau n'ait que 14 pouces de hant sur 18 de large, il contient une douzaine de figures,

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Devant une grande cheminée, à gauche, un homme debout, de profil, en veste bleue et chapeau gris, tient un pot où il va boire; en vis-à-vis, un homme assis, de profil, bourre sa pipe; il a un manteau bleu et un chapeau blanc. A l’autre coin de la cheminée, un vieux, accroupi, rêve dans l’ombre; un peu en arrière, une vieille femme est assise sur un banc auquel s'appuie un bonhomme à toque bordée de fourrure et tenant sa pipe à la main. Tout à fait à gauche, contre une croisée coupée par la bordure, une petite fille mange la soupe sur un billot trépied, en s'amusant avec un petit chien blanc et noir, qui la regarde. Ce sont là les personnages principaux. Mais, sur la droite, dans un enfoncement de la pièce, au second plan, près d’une fenêtre ouverte, il y a encore un groupe de cinq hommes, trois autour d’une table, qui fument, boivent et causent, et deux autres debout.

En bas à droite est le monogramme, mi-caché sous le cadre, avec la date 1661, qu’on croirait lire

Un second Adriaan van Ostade, « Intérieur avec deux figures, » est accroché très-haut et paraît insignifiant.

Isack, plus rare en Hollande que son frère, n’a qu'un « paysage avec maison rustique et figures; » œuvre très-forte; mais cependant ce n’est point ici qu'il faut juger Isack,

GaBriez Mersu, — Toujours des merveilles. Ce Metsu encore est de haute qualité. Provenant des collections Choiseul, Conti, Calonne, etc., il fut acheté 13,330 florins ‘, à la vente Goll van Frankenstein, 1833, par M. Nieuwenhuys, qui le revendit à M. van der Hoop.

On s’imagine généralement que Terburg et Metsu sont les peintres de la haute bourgeoisie hollandaise dans sa vie intérieure, élégante et tranquille. C’est vrai ju$qu'à un cerlain point; cependant la plupart de ces charmantes conversations, comme on a souvent nommé leurs tableaux, révèlent plutôt, selon moi, les mystères du demi-monde, plus amusant et plus pittoresque que l’autre, les aventures d’une galanterie parfumée, sans doute, mais un peu excentrique. Il est vrai que ça se passe, d'habitude, en des salons, — des boudoirs, — richement décorés, où les femmes sont vêtues de satin, où les hommes portent la plume au chapeau, le pourpoint brodé d’argent et la longue épée battant le revers de leurs bottes en chamois; mais qu'y fait-on? l'amour, presque toujours. Les joueurs de cartes sont des amoureux qui font un intermède. Quand un jeune cavalier lève en l'air son verre, on croit l'entendre dire tout bas : Sine Baccho friget Amor. Si une blonde jeune fille écrit sur sa table à tapis japonais, à qui écrit-elle? et

1 Cest le chiffre écrit par Nieuwenhuys dans son livre anglais. Peut-être y comprend-il des droits de vente, car

Immerzeel donne le chiffre 12,400 florins.

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