‹ Musées de la HollandeChapitre 5 sur 72 · INTRODUCTION. IX · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. IX

y eut encore, sans doute, des maîtres habiles, que chacun de ces peuples appela ses Raphaël ou ses Michel-Ange, mais qui ne comptent plus dans l'histoire de son art autochthone.

Le propre de l’homme est d'inventer, d’être soi et non pas un autre.

La troisième période de l’art hollandais concerde avec l’affranchissement religieux et politique, qui suscita en Hollande, au commencement du xvu° siècle, une société nouvelle, étrange, distincte même des sociétés que le luthéranisme renouvelait sur d’autres points du Nord, et absolument incomparable au reste de l'Europe, comme l'est aujourd’hui la jeune société américaine, protestante et démocratique.

Les conditions topographiques de la Hollande contribuent à éclairer ce phénomène excentrique. Dans ce pays bas, — ho! land, le mot le dit, — composé d’îles et de presqu'îles, de polders et de marécages, presque flottants sur la mer ou incessamment creusés par elle, rattachés à peine au continent ferme , — on se sentit à l'aise, une fois secouée toute autorité religieuse et politique, pour en faire à sa guise, les pieds dans l’eau ou sur la pointe d’une barque.

Si dans le monde physique on avait tout à créer

x INTRODUCTION.

et à recréer sans cesse, mème le sol ,— dans le monde moral et intellectuel, on avait également tout à créer, puisqu'on venait de tout briser. On recréa tout, par un élan spontané du génie national.

Au milieu de cette crise, en quelque sorte génésiaque, le peuple hollandais fit des merveilles. Libre de pensée et d'action, aussi inventif que courageux, il eut alors son moment de fortune, de puissance et de gloire. Pendant que ses marins tenaient tête à l'Espagne, à l'Angleterre, à la France, pendant qu'ils allaient échanger les richesses autour du globe, le peuple hollandais bâtissait à la fois ses digues, ses bassins, ses ponts, ses chantiers, ses arsenaux, ses hôtels de ville, ses temples, ses écoles, ses bourses, ses marchés, ses hospices pour les orphelins et les vieillards, et mille édifices pour ses compagnies d’arquebusiers , ses sociétés scientifiques, ses corporations de travailleurs. Tout date de ce temps-là, non-seulement ses grands navigateurs et ses grands citoyens, mais ses grands poëles et ses grands peintres. |

Comment s'étonner que l’école hollandaise du xvu® siècle, émergée ainsi tout à coup dans des circonstances si exceptionnelles, ne soit point de la mème

famille que les écoles du Midi, demeurées catholiques

INTRODUCTION. XI et monarchiques, et qu'alors aussi elle se sépare de l'école flamande, avec laquelle précédemment elle avait eu un commun caractère?

Ce qui fait son originalité, son ingénuité, dans le sens du mot latin, c’est précisément qu’elle est le produit de sa spontanéité isolée. Prolem sine matre creatam. Virtualité singulière, dont ne furent point doués les autres pays protestants, lorsqu'ils eurent rompu leurs traditions de quinze siècles. L’Allemagne, un peu après la Réformation, n'eut plus d'art. L’Angleterre n'a eu des peintres nationaux qu'au xvin* siècle.

A cause de cette singularité peut-être, l’art hollandais du xvrr siècle n’a pas été étudié par les peuples du Midi avec la même sympathie que les écoles mythologiques, chrétiennes ou païennes. Et surtout il n'a guère été compris. Les amateurs de l'Antiquité, ou du Moyen-âge, ou de la Renaissance italienne, ces trois grandes formes de l’art jusqu'ici, les sectateurs d’une orthodoxie traditionnelle quelconque, ont dû anathématiser l'originalité hollandaise, tantôt sous prétexte d’ignorance ou de déréglement, tantôt de bassesse et même d’immoralité, tantôt de fantaisie insensée, tantôt de naturalisme grossier; les uns au

nom d’Apollon, les autres au nom du Christ, d’autres

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