ESSAI DE PHYSIOLOGIE POETIQUE
comme le paon, devant leur Muse, symbole de leur désir perpétuel de la femme. Chez eux, c'est rimagination qui commande le désir, et non pas seulement la nécessité physique de se répandre. Aussi parlent-ils leurs amours plus qu'ils ne les réalisent : ils mettent dans leurs poèmes le rythme même de ces gestes dédaignés, et c'est pour cela que nous retrouvons dans leurs œuvres le parfum et la nudité même de la femme.
« Chez les désharmonisés, écrit Régis, l'imagination n'est jamais absente des actes de la sexualité » ; et on peut citer le cas de certains imaginatifs, trouvant auprès d'une femme réelle et vivante une excitation dans l'image évoquée d'une autre femme, dans tel geste revécu, dans tel souvenir d'une page lue, etc.. Ces imaginatifs sont des poètes.
Cette hypertrophie de la sensibilité et de l'imagination chez les poètes les a fait qualifier,par
2a MUSES D AUJOURD MUI
certains savants, de désharmonisés, de déséquilibrés organiquement. C'est seulement, chez eux, prédominance d'une faculté physique et mentale. Un harmonisé parfait serait un être bien peu intéressant, en tout cas improductif au point de vue artistique. Le désharmonisé, au contraire, cherchera, par Tart, à rétablir en lui l'harmonie : d'où son œuvre artistique, poétique ou musicale. C'est physiologique > il s'agit de retrouver l'état physiologique normal, de recréer, en soi et autour de soi, l'atmosphère et comme la température nécessaire à la vie, le milieu vital propre à son espèce et à sa race.
Pour bien comprendre ce qu'est le rythme poétique, il faut faire abstraction de l'écriture, qui rend la poésie presque abstraite, presque silencieuse : la poésie est, en réalité, le rythme musical du poète, c'est un geste musculaire nécessaire à la vie cellulaire de son organisme. Le mot