‹ Muses d'aujourd'huiChapitre 4 sur 14 · ESSAI DE PHYSIOLOGIE POÉTIQUE · texte numérisé non relu

ESSAI DE PHYSIOLOGIE POÉTIQUE

de poète évoque je ne sais quelle sig-nification d'exil; un poète est toujours « ailleurs »; il ne vit que dans le monde imaginaire qu'il s'est construit, et qui est pour lui plus réel que le vrai. C'est que ce monde imaginaire est son milieu vital, qu'il reconstitue imag-inativement et artistiquement.

Je voudrais, d'après cette méthode critique, analyser l'œuvre de quelques femmes poètes et jnontrer que, par leur poésie, elles créent en elles, et projettent devant elles, comme les méduses des grandes profondeurs, leur propre lumière. C'est dans ce rayon lumineux qu'elles vivent et qu'elles chantent, éblouies de leur propre clarté intérieure.

Mais d'abord, en dehors de cette jiécessité générale à toute poésie d'être la reconstitution artistique d'un milieu vital, la poésie féminine a-t-elle un caractère particulier? Le but de la

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poésie masculine est la conquête de la femme : le poète fait la roue comme un paon ; son ramage est son plumage. Il faut donc que la poésie féminine soit comme l'autre face de la sexualité, qu'elle nous montre le désir de la femme d'être saisie, emportée comme une proie; cette sorte d'effroi délicieux où la crainte se mêle au désir, parce que la volupté qu'elle devine la blessera. Mais on s'aperçoit vite que, chez la femme poète, ce n'est pas le désir de l'homme qui domine, mais seulement la nécessité d'une vibration eurythmique qui régularise son équilibre nerveux. La vie physiologique de la femme est dominée par cette recherche de l'eurythmie nerveuse. L'amour normal le lui procure rarement; elle demande des gestes plus compliqués et savants auxquels puissent se marier les jeux de l'imagination et de la suggestion. George Sand a cherché toute sa vie, sans la trouver, la réalité de sa

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