ESSAI DB PHYSIOLOGIE POETIQUE
chair et ce repos momentanément absolu de sa sensibilité détendue. Le plaisir qu'elle prità écrire lui fut une transposition de la sensualité impossible. J'imagine que les femmes poètes trouvent dans leur poésie leur plus parfaite eurythmie. L'inspiration chez elles ne peut être séparée de leur état physiolog-ique, dont elle exprime les diverses fluctuations périodiques. Le cygne est blessé ; son sang tache la blancheur de son plumage : il va chanter et son chant sera un cri d'amour, un appel qui ne veut pas être entendu, un cri de sensualité plus beau de n'être pas étouffé par l'étreinte brutale du mâle. La poésie, c'est de la sensuaUté transposée en éréthisme mental : cela devient l'amour de la vie, du soleil, des odeurs, des violences, des douleurs, des joies et des rêves.
Pour qu'une œuvre poétique puisse avoir une influence vivante sur la sensibilité contempo-
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raine, il est nécessaire qu'elle ait été touchée par les lèvres des femmes, que les femmes aient plong-é en elle leur visage comme en une ro^e. Cette vivification a manqué à beaucoup d'œuvres poétiques, d'un art sincère et puissant, pour qu'elles se propagent. Ce sont les femmes qui, parmi les poèmes, choisissent ceux dont l'émotion est adéquate à la sensibilité ambiante : alors, elles s'en font les propagatrices, les vulgarisatrices. Quelques-unes se sont même si parfaitement assimilé la poésie de certains maîtres qu'elles ont, instinctivement, produit des poèmes presque identiques aux leurs. Mais leur art, et ceci est un des caractères de la poésie féminine, sait éliminer ce qui serait trop nouveau pour s'adapter à la sensibilité du public. Par elles, la poésie de Verlaine, de Régnier, de Jammes , sentimentalisée , a pénétré dans la foule. Il ne s'agit pas d'imitation, mais d'une